ADMIRATION POUR LA HOTTE
talent, plus jeune^ du reste, qu^il ne le dit S éprouve comme une tentation, heureusement réprimée, d'infliger une correction matérielle aux faquins de lettres ameutés contre lui? Pour sa part, il s'est toujours respecté lui-môme, en respectant ses adversaires. Même dans la querelle des Anciens et des Modernes, où les polémiques n'avaient rien de courtois, il n'a jamais injurié ceux qui ne pensaient pas comme lui. S'il a trop souvent fait preuve d'injustice et d'aveuglement, s'il n'a su se préserver ni du mauvais goût, ni même de la grossièreté triviale, du moins il n'a maltraité que des œuvres, non des hommes, et encore les œuvres d'écrivains morts depuis des siècles, et pour lesquels la critique aveugle, l'injure même étaient choses très indifléreptes.
Dans cette querelle, Marivaux avait embrassé les idées de La Motte avec un dévouement absolu. Au théâtre et dans le roman il avait su rester lui-même et se préserver d'une imitation qui eût tué son originalité ; en matière de critique ancienne, il se constitua l'homme-lige de son « dangereux ami ' ; j» il le défendit envers et contre tous. Lorsque La Motte est aux prises avec M""' Dacier, Marivaux s'empresse de prendre parti pour le premier. Non seulement il publie Vlliade travestie, mais il met en tête une préface, dans laquelle il attaque directement M""' Dacier, au risque de détourner sur lui-même une colère prompte à l'invective, et raille, assez spirituellement, il faut le reconnaître, la violence et l'aigreur du champion d'Homère :
Je me sais bon gré, dit-il, de n'avoir jamais lu l'ancienne Iliade dans son original; car, après la lecture des Causes de la corruption du goût, livre fait par M*"* Dacier, je commence à croire que l'ancienne Iliade est pernicieuse à qui peut la lire : je ne puis penser qu'une dame s'irrite assez pour ménager aussi peu qu'elle l'a fait le plus doux de tous les hommes.
Puis, très longuement, point par point, il réfute les reproches faits à La Motte. Par surcroît, trouvant que celui-ci n'est
guère écoutéâ. C^est ce que constatait naguère avec tristesse M. Caro dans un courageux article, où il énuuiére les causes diverses de celte décadence {Revue des Deux-Mondes, i" février 1882).