‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 356 sur 445 · n avait trente-quatre ans à cette époque · texte numérisé non relu

n avait trente-quatre ans à cette époque

2, D'Alembert, p. 60&, n. 3.

pas estimé à sa valeur, il se fait, en quelque sorte, le démonstrateur de cet^esprit très rare. > Et lui, le fantaisiste charniaDl, le romanesque auteur de féeries, il loue son ami de manquer absolument € d'imagination, » de représenter «la raison pure, » de ne point causer à son lecteur ce « plaisir imposteur et confus que produit surtout le feu de la première, mais cette joie d'ordi*e supérieur qui naît de l'évidence et de la parfaite clarté ^ En 1722, après RomuluSy il prend encore la plume et compose une brochure uniquemeut consacrée à faire valoir la tragédie de son ami. Il ne craint pas d'écrire : a On dit communément Vélégant Racine et le sublime Corneille; quelle épithète donnera-t-on à cet homme-ci, je n'en sais rien ; mais il est beau de les avoir méritées toutes les deux '. Après Inès de Castro^ il le qualifie « d'homme illustre, > et, s'il n'écrit pas une nouvelle brochure, du moins il consacre toute une feuille du Spectateur, la vingtième, à l'éloge de l'œuvre nouvelle. En 1755, dans le Miroir, vingt-quati*e ans après la mort de La Motte, passant en revue les grands hommes de tous les temps, il accorde à l'auleur de Romulus sinon le premier rang, du moins le plus d'espace. 11 trouve que, malgré la réputation dont La Motte a joui de son vivant, on ne lui a pas rendu pleine justice. Il s'efforce d'établir que s'il a eu « tant de contradicteurs, » c'est « qu'il était bon à tout, > et que, par là, il excitait trop de jalousies et bravait le préjugé absurde qui veut que l'on ne soit bon qu'à une chose.

Une pareille admiration, aveugle, absolue, persistante, est presque du fanatisme. On a peine à la comprendre chez Marivaux, qui avait, sinon beaucoup de goût, au moins une exquise finesse, et qui, d'ordinaire, se montrait peu enclin à l'enthousiasme, habile au contraire à découvrir le point faible des choses, attentif à ménager l'éloge et à se garder de toute duperie. Cette fois, il fut complètement trompé par La Motte.

Cette surprise d'admiration a plusieurs causes. D'abord, on l'a justement remarqué, La Motte possédait au suprême degré

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