‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 357 sur 445 · ATTAQUES CONTRE HOMÈRE · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE HOMÈRE

ces faux semblants de « génie, » qui font si souvent illusion à des contemporains et qui peuvent pour un temps usurper le suffrage des meilleurs juges, le spécieux *. De plus, en faisant l'éloge de La Motte, Marivaux faisait, sans s'en douter, le sien propre. Quelle qualité relevait-il de préférence chez son ami? La finesse,, et lui-même valait surtout par là. Phénomène qui n'est point rare dans Thistoire littéraire, il s'admirait dans autrui *. Enfin, qu'il s'en rendît compte ou ixon, il aimait dans La Motte un ennemi de la poésie, que lui-même avait le malheur de ne pas aimer. Affaire de rancune peut-être chez Marivaux, qui maniait si gauchement le mécanisme poétique, affaire de principe chez La Motte, qui, après avoir écrit un très grand nombre de vers, s'avisa beaucoup trop tard de déclarer inutile l'art de les faire ^. La poésie, en effet, considérée dans son essence ou dans son mécanisme extérieur, a été souvent méconnue et dédaignée par toute une famille d'esprits *, à d'autres égards éminents, fermes et lins, mais trop amis de l'exactitude, du contour net et précis, trop ennemis des entraves de toute nature, pour comprendre, d'une partie charme du vague et de l'indéfini poétiques, d'autre part le merveilleux secours que la contrainte du vers peut prêter à la pensée ^. Et cependant Marivaux était poète, nous avons essayé de le montrer, mais poète d'une espèce si particulière qu'il méconnut et outragea, avec une sorte de furie aveugle, le prince des poètes.

On ne saurait imaginer, avant d'avoir lu les divers factums de xMarivaux contre Homère, l'acharnement et la passion qu'il

i. Nlsard, Histoire de la littérature française^ t. IV, p. 23; voy. aussi V. Fournel, Littérature indépendante, p. 406, et H. Rigault, Histoire de la querelle des Anciens et des Moiernes, troisième partie, chap. n.

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