‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 362 sur 445 · Le Spectateur français, septième feuille · texte numérisé non relu

Le Spectateur français, septième feuille

à. Plus raisonnable en cela que La Motte, qui soutient, par raison démonstrative, non seulement qu'on a le droit de juger un poète dont on ne sait pas la langue, mais encore de le traduire et de le corriger dans une traduction. Voy. le Discours cur Uomèrp , qui précède la traduction en douze chants de Y Iliade,

ne pas l'être, attendu qu'il est Grec et le plus ancien. > Hais il admire sans restrictions c Télégance, la sagesse et la majesté 9 de VÊnéidCy goùlc Tort € la fierté tantôt romaine, tantôt gasconne » de Lucain ; il estime que Sophocle et Euripide c ont été pour le moins les Corneille, les Racine, les Crébillon et Ic^ Voltaire de leur temps ; » il admire en Aristote, « malgré rohsrcurité de sa philosophie, l'auteur dont l'esprit n'a point eu d'autres bornes que celles que l'esprit humain avait de son temps ; » c peut-ôtre même, » ajoute-t-il, c qu'il les a passées. »

Longtemps, du reste, avant le Miroir ^ Marivaux avait eu le courage, tout en restant l'allié des Modernes, de dire à chaque parti ses vérités. Aux fanatiques des Anciens, d'abord, il appliquait une critique sans méchanceté, à la fois spirituelle et sensée, qui valait mieux que la meilleure des parodies. Il relevait plaisamment la cause intéressée qui attachait aux classiques latins et grecs une foule de médiocres écrivains : c Comment ! leur faisait-il dire, comment I messieurs les Modernes, petits marmousets, vous prétendez valoir et surpasser des auteurs qui ont écrit en grec et en latin, et que j'étudie depuis vingt ans ! Si le monde allait vous en croire, que deviendraisje, moi, qu'on associe au respect qu'on leur rend? > Mais il ajoutait, faisant une promesse que, malheureusement, il n'a pas tenue, comme tant d'autres de même genre : c Je parais aujourd'hui n'apostropher que les amateurs des Anciens; un de ces jours les Modernes auront leur tour, je m'y engage, et je promets que leur article vaudra bien celui-ci, » En attendant, il proteste contre les admirations imposées, d'où qu'elles viennent : c L'on aurait beau me dire, cela ne vaut rien ou cela est excellent, on ne me donne de disposition ni pour ni contre; je lis le livre, et le jugement que j'en forme m*appar^ lient, à moi et à mes lumières, sûres ou non; fort pur d'ailleurs de toute prévention, il est à moi tout comme si j'étais seul au monde ^ » Il conclut en renvoyant dos à dos les deux écoles: < Les deux partis qui régnent aujourd'hui ont chacun leur formule de critique et chacun leurs partisans, leurs élèves qui sont les dupes des deux partis '. >

Cette impartialité était assez philosophique ; elle n'était pas

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