LE PROGRÈS LITTÉRAIRE
force de prodaction toujours égale de la nature, d'autre part, le perrectionnement indéfini de toutes les inventions*. Avec une clarté que n'avaient pas les Perrault, Fontenelle soutenait une thèse qui peut se réduire à ceci : les hommes d'aujourd'hui sont aussi bien doués que ceux d'autrefois, car la nature forme toujours les hommes d'une même pâte ; ils ont plus d'idées et de connaissances, ayant hérité de celles de leurs devanciers ; enfin, ils commettent moins d'erreurs, éclairés qu'ils sont par l'expérience des anciens âges. Or, les idées et les connaissances sont la matière môme de l'éloquence et de la poésie. Donc, avec des idées plus nombreuses et plus vraies, nous devons être plus grands orateurs et plus grand poètes que les Anciens*.
Très discutable, assurément, cette manière de poser et de résoudre la question n'en est pas moins originale et hardie. La Motte n'en comprit pas la portée; à peine si, dans son Discours sur la poésie^ il effleure en quelques lignes le côté philosophique de la querelle. Partout ailleurs il réduit celle-ci à une mesquine et stérile dispute sur le mérite d'Homère. Entraîné par son ami dans cette voie étroite, Marivaux ne sut pas d'abord l'élargir et se contenta pendant longtemps d'injurier Homère. Lorsqu'il (îit revenu au sérieux, il comprit la futilité d'une guerre aussi ridicule qu'acharnée. Par un effort de raisonnement, il ressaisit le vrai point de départ de la question, et, dans deux morceaux très curieux, il donna une digne suite aux Parallèles et à la Digression de Fontenelle. Ces deux morceaux, très peu connus, ont été pour la première fois mis en lumière et analysés par Sainte-Beuve^. Marivaux s'y montre non pas, comme on l'a dit, un théoricien du progrès universel, un précurseur de Turgot^; il n'a pas des visées si hautes et se
1. Voy. H. Riganlt, op. cit,, première partie, ehap. x etxii.
S. M., lbid,y chap. XI, notamment p. 177-78.