‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 375 sur 445 · Cauêeriea du Lundi, t. IX, p. 347 à · texte numérisé non relu

Cauêeriea du Lundi, t. IX, p. 347 à

à. M. J. Fleury, Marivaux et le marivaudage , p. y : « Avant Tnrgot, il a formulé la loi du progrès. » M. Fleury nous semble fausser, en la prenant trop an sérieux, une réflexion que Sainle-Beuve ^p. 850) exprimait arec un demi-sourire : « Nous ne pouvions fuère nous attendre à ces rencontres-là avec Marivaux : — un Marivaux précurseur de Saint^^imon, d'AUfOste Comte et de M. LIttré, qui donc aurait pu se l'imaginer ainsi? n On pourrait ajouter Darwin et la théorie de l'évolution. Quant à la théorie dn progrès formulée par Turgot, elle a une tout aulre ampleur que les tperçus de Ma-

contente de relier une chaîne interrompue ; mais, penseur pénétrant et critique de goût, il ajoute à la théorie de Foolenelie un correcti F nécessaire, qui, de paradoxale, la rend juste el vraie.

C'est dans les Réflexions sur Thticydide^ écrites à propos de la traduction de Perrot d'Âblancourt^, qu'il reprend la théorie de Fontenelle sur l'accumulation des idées dans Tesprii humain.

Le monde, depuis cet auteur grec jusqu'à nous, a si souvent changé de face ; les passions des homnies, leurs vices et leurs vertus se sont déployées en tant de manières différentes; les hommes ont successivement passé par tant d'espèces de corruption, de sagesse et de folie; ils ont été tant de fois et si différemment polis et grossiers, bons et méchants, sociables el féroces, si différemment raisonnables et sots, si diiléremment hommes et enfants ; ils se sont vus par tant de côtés, qu'il doit aujourd'hui leur en rester un fonds d'idées considérablement augmenté.

Tout, même les désastres, profite à cette augmentation de notre richesse intellectuelle :

Tous les pays du monde, à cet égard, se ressentent de la durée et des événements de l'humanité, de la diversité des lois, des coutumes et des gouvernements qu'elle a éprouvés, du nombre infini de guerres, de ravages et d'invasions qu'elle a essuyés ; Sésoslrîs, Cynis, Alexandre, les successeurs de ce dernier, et surtout les Romains mêmes, n'ont pu troubler ni agiter la terre, ni lui donner de si violentes secousses» sans y jeter de nouvelles idées, sans causer de nouveaux développements dans la capacité de penser et de sentir des hommes.

À vrai dire, en excitant des idées nouvelles, ces révolutions violentes ont anéanti beaucoup d'idées anciennes, mais, quel

rivaux. Voy. Turgot, Œuvres^ t. Il, deuxième discours. Enfln, Tiirgot aurait toujours le mérite de la priorité, car son discours a été prononcé â la Sorbonne en 1750 et le Miroir n'a été publié dans le Mercure qu*en avril 1755.

Si M. Fleury donne trop à Marivaux, M. Brunetière ne lui laisse pas asset on disant : « H y a bien de la différence entre une thèse que Ton pote et que l'on soutient pour elle-même, à la façon de Gondorcet, et, d'autre part, à la façon de Marivaux, une thèse où l'on est insensiblement amené par des considérations qui n'ont guère qu'un point commun avec la thèse. » {Revue fies Deux-Mondes^ i^^ avril 1881 ) En effet, les idées de Maiivaux sur le progrès ne lui viennent pas seulement par association d'idées, è propos d'une autre théorie. Elles tiennent à un ensemble fortement lié et médité. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à lire le Miroir.

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