L'EXPRESSION MÉTAPHORIQUE
Les expressions de ce genre se rapprochent de ce que l'on pourrait appeler le marivaudage métaphorique^ celui dont il use et abuse le plus. Il lui doit en partie les grâces de son style, bien des expressions d'une heureuse originalité. Il appellera, par exemple, un monologue d'amoureux « la conversation des fous ^ > il dira d'un homme qui a peur : c il se met tout en un tas^; > de celui qui se décide à une démarche désagréable : c il prend sa secousse^; > pour c manquer à son devoir, » il inventera c blesser son devoir*, » qui dit plus et mieux. Il lui devra encore ces passages charmants de son théâtre, où la pensée, colorée et vivante, rendue en quelque sorte visible par la comparaison, a la précision du dessin et le relief de la peinture. Mais, en revanche, que d'expressions, que de passages dignes de Mascarille et de Jodelet ! Il appellera un cœur sans amour c un cœur qui reste garçon^; » il tournera bien des phrases galantes dans le goût de celle-ci : « Vous m'avez maltraité le cœur, faites les frais de sa guérison. J'attendrai ; je suis accommodant ; le vôtre me servira de nantissement; je m'en contente^. > Il prêtera aux coquettes des réflexions de ce genre : « Que ne m'a-t-on dit que c'était le plus grand malheur du monde d'être jolie, puisqu'il faut être esclave des conséquences de son visage ' ? » Des scènes entières seront écrites dans ce style insupportable^.
A vrai dire, cependant, il réserve aux amoureux ces exagérations du langage figuré. Or, en les faisant parler ainsi, il suivait une tradition fort ancienne, qu'il accommodait au goût de son siècle et â la nature de son propre esprit. De tout temps, Tamour a eu le privilège des métaphores outrées, des hyperboles, des images prétentieuses. Dans l'antiquité, lorsque tout