‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 382 sur 445 · Félicie, scène lii · texte numérisé non relu

Félicie, scène lii

8. Voy., par exemple, dans la Fausse SuivanlCy acte II, se. vni, le dialogue entre la comtesse et le chevalier : c Vous avez là un amour bien mutin....» etc. Voy. aussi, dans Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. IX, p. 356, la dissection d*un passage de ce genre emprunté au Spectateur,

encore est simple et naïf, lui seul n'est déjà plus ni Tnn ni Tautre ; il a un idiome à lui, exagéré, comme les sensations et les sentiments qu*il exprime. En vain les siècles classiques cherchent en tout la juste mesure et se font une loi de la sobriété : il conserve le privilège d'un langage excessif el luxuriant. Pour ne parler que du temps qui précède immédiatement répoque de Marivaux, quelle richesse de phraséologie amoureuse, au dix-septième siècle! que de flammes et de torches, de chaînes et de supplices I que de neige et de roses, de lis el d'ébène ! que de glaces et de durs rochers ! Ce sont là des parures changeantes, où il y a moins d'or que de clinquant, bienttH démodées et remplacées par d'autres, car chaque époque invente les siennes pour en revêtir un sentiment toujours le même. Les critiques sont d'habitude assez indulgents pour ces recherches de langage ; ils savent qu'elles sont inséparables de l'expression de l'amour ; ils ne devraient donc pas se montrer trop sévères pour les afféteries et les subtilités amoureuses de Marivaux, qui écrivait pour le siècle par excellence de l'analyse et du raffinement ^

Marivaux abuse non seulement de la finesse, mais encore de l'esprit. Ses critiques lui reprochaient d'en mettre partout. Il répondait :

Quand je songe à cette critique,... je la trouve la chose du monde la plus comique, tant j'ai de plaisir à me représenter la commodité dont elle est à tous ceux qu'elle dispense heureusement d'avoir de l'esprit, et qui ne l'attraperaient point quand ils courraient après. Et en effet il y a bien des ouvrages qui ne subsistent que par le défaut d'esprit, et leur platitude fait croire à certains lecteurs qu'ils sont écrits d'une manière naturelle'.

Cependant, les critiques avaient raison. Employé avec mesure, l'esprit de Marivaux est l'une des formes les plus aimables et les plus originales de l'esprit français. Léger, facile, d'une grâce souriante, il fait vivre le dialogue dramatique,

1. Voy. Paul de Saint-Victor, Préface du Théâtre de Marivaux, p. 5. — M. Alph. Daudet compare ingénieusement le style amoureux de Marivaux <c à ces parures compliquées qui font mieux ressortir la pureté, la réfuiarité du frais visage qu'elles accompagnent. » (Journal officiei, 9 juillet 1877.)

Page 1