Arlequin poli par l'Amour^ se. i
comique, qui, pour se mettre à son aise, a eu besoin de se réserrer un privilège d'indiscrétion, d'impertinence et de fatuité; qui suffoquerait si elle n'était babillarde, si sa misérable vanité n'avait pas les coudées franches, s'il ne lui était pas permis de déshonorer un sexe qu'elle ose mépriser pour les mêmes choses dont l'indigne qu'elle est fait sa gloire. Oh I l'admirable engeance qui a trouvé la raison et la vertu des fardeaux trop pesants pour elle, et qui nous a chargées du soin de les porter! Ne voilà-t-il pas de beaux titres de supériorité sur nous, et de pareilles gens ne sont-ils pas risibles^?
Voilà, on peut le dire, de l'esprit prodigué à pleines mains, et du meilleur; non pas esprit de mots, mais esprit de situation et de caractère, le seul de bon aloi. La distinction, en effet, est essentielle. Le véritable esprit, au théâtre surtout, n'est pas celui que l'auteur prête à ses personnages,. sans autre but que de dire des choses plaisantes ; c'est celui qui vient, en quelque sorte, tout seul, expression originale et naturelle d'un sentiment vrai, naïf, presque inconscient, d'une situation plaisante en elle-même, et jaillissant, non pas d'une verve < qui se travaille, » mais des choses elles-mêmes ; cet esprit dont Joubert disait : « Les véritables bons mots surprennent autant ceux qui les disent que ceux qui les écoutent; ils naissent en nous, malgré nous, ou, du moins, sans notre participation, comme tout ce qui est inspiré*. » C'est aiïaire à l'auteur dramatique de donner à ses personnages une vie assez intense pour qu'ils vérifient cette loi et soient spirituels sans le savoir. Ainsi faisait Molière; jamais Harpagon, Géronte, M. Jourdain ne sont plaisants, parce qu'ils ont envie de l'être ^ Il en est de même pour Marivaux. En cela, il clôt au théâtre l'ère du véritable esprit. Beaumarchais, qui lui succède, fait pétiller sur la scène un dialogue étincelant ; personne, pas même Voltaire, n'a autant d'esprit que son Figaro. Et pourtant, malgré la verve entraînante du style et de l'invention, comme cet esprit est souvent cherché ! Beaumarchais, en effet, veut être plaisant; ses personnages le sont par lui ; il ne l'est point par ses per-