La Vie de Marianne^ quatrième partie
va auK œuvres franches et complètes, qui ne mentent pas à leur titre, et qu'une continuité d'admiration lui signale et lui impose.
Ainsi, dans le roman, comme dans la morale, Marivaux est encore inférieur à lui-même. Il a sa place, nous l'avons dit, à côté de Le Sage. Avec une conception plus nette de ce qu'il voulait faire, plus d'esprit de suite et de constance, plus d'attachement à son œuvre, en un mot, il se fût peut-être élevé au-dessus de Tauteur de Gil Blas.
Reste son œuvre dramatique. Ici, malgré trop de réserves encore et d'injustes dédains, sa réputation est moins contestée. On s'accorde à reconnaître en lui un maître de théâtre; on l'applaudit toujours; il est encore populaire, non seulement parmi les délicats, mais, ce qui vaut mieux, auprès do grand public ^ En dépit du mot marivaudagey son nom se présente immédiatement et comme involontairement à la mémoire, lorsqu'on veut énumérer les quatre ou cinq grands écrivains qui sont la gloire du théâtre français ; après Corneille, Racine, Molière, on nomme Marivaux. Crébillon père. Le Sage, Destouches, La Chaussée, Beaumarchais ', Voltaire et Regnard eux-mêmes, ne viennent qu'après lui; Voltaire, malgré Mérope, Regnard, malgré le Joueur^. Quant à ses autres contemporains, en est-il un qui mérite, non pas de lui être préféré, mais même de lui être comparé^? Que Ton suppose
1. M. Fr. Sarcey constate que le snccès de Marivaux est aussi vif i la Comédie-Française, c aux matinées du dimanehe, devant la f^rosse foule, que le soir devant Télite des amateurs, o (Le Temps, H avril 1881.)
2. Beaumarchais est, avec Regnard, le plus sérieux concurrent de Marivaux à la seconde place. M. Auguste Vitu écrivait à ce sujet (9 décembre 1881 ) : c Marivaux a fait moins de bruit que Beaumarchais; il a peut-être agi plus profondément sur les idées et sur les mœurs; et il est cent fois plus ainkâble et mieux élevé. »
3. On trouvera ci-aprés, Appendice ix, le tableau comparatif des repr^ sentations classiques à la Comédie-Française. — Voy., sur la valeur réelle de Tautebr du Joueur^ l'étude de Sainte-Beuve {Causeries du LuntUy t. VU), celles de MM. Gilbert {Revue des Deux-Mondes^ 1*' septembre 1859), J. J. Weiss (Essais sur rhùtoire de la littérature firançaise, p. 229 etsuiv.), Lenient {Revue des cours littéraires, 6 avril 1867); tous sont séduits par sa verve et sa gaieté, mais ils lui refusent le titre de grand comique; ce n'est, dit expressément M. Gilbert, que « le plus brillant et le plus vif des hommes de talent. »
4. « De tout le dix-huitième siècle, où la passion du théâtre a pourtant été si vive, qu*es(-il resté au répertoire! Deux pièces de Beaumarchais el