MARIVAUX MORALISTE
qae ses rares fidèles durent Tabandonner. Cela était facile à prévoir; en effet, bien qu'il s'imposât une tâche hebdomadaire^ Marivaux prétendait n'écrire qu'à son jour et à son heure, ne jamais forcer rinspiration, ne pas imiter ces auteurs c à qui, dans le loisir, il prend une envie vague de penser sur une ou plusieurs matières » ; ce que l'on pourrait appeler a réfléchir à propos de rien ». Il n'aimait pas c ces pensées auxquelles l'on s'excite », et s'écriait, rien qu'en y songeant : a Quoi, donner la torture à son esprit pour en tirer des réflexions qu'on n'aurait point, si Ton ne s'avisait d'y tâcher 1 Cela me passe, je ne sais point créer, je sais seulement surprendre en moi les pensées que le hasard me fait naître, et je serais fâché d'y mettre rien du mien^ » Assurément, le genre de travail que préférait Marivaux a son agrément et ses avantages, mais il n'en est pas de plus incompatible avec le travail forcément régulier et à jour fixe du journaliste, et c'est un journal que notre auteur prétendait faire*. Au bout de deux années, le Spectateur fran-- (»û avait vécu ^
Quelque temps après, nouvelle tentative de Marivaux, dans le même genre, avec VIndigent philosophe. On peut croire qu'il ne s'y décide point par goût, mais dans un moment de nécessité et par espérance de profit. Il y a en efi'et, dans ce nouveau recueil, des traces visibles de dégoût et de lassitude. Pas plus que dans le précédent, l'auteur ne s'est tracé de plan à l'avance ; il ne soigne même pas ce qu*il écrit au jour le jour; en plusieurs endroits il parle de ses « rapsodies*, » et il a raison. Il a voulu raconter, dit-il au début, l'histoire d'un indigent philosophe ou d'un homme sans souci ^ ; en effet, il la commence et la poursuit quelque temps, mais avec quelle confusion 1 Puis il l'abandonne tout à coup, et laisse