MARIVAUX A SENS
Les biographes de Marivaux s'accordent à dire qu'il s'était marié à Sens, en 17:21, avec une demoiselle Martin. Cette date de 17^1 est-elle bien exacte ? Les renseignements qui nous viennent de Sens teadraieal à rendre douteux, sinon le mariage de Marivaux dans cette ville, du moins la date de ce mariage. M. Julliot, professeur au lycée de Sens et président de la Société archéologique de celte ville, nous écrit à ce sujet :
Il y avait à Sens, au dix-buitième siècle, quinze paroisses dont les registres n'existent qu'en partie. Je n'ai rien trouvé à la date de 1721, et je n'ai pas cru devoir étendre davantage mes recherches^ parce que je craîos que la date de ce mariage ne soit pas exacte.
On trouve dans les Recherches hùforiques sur la ville de Sens et ses maisons, par G. Th. Tarbé (Sens, 1838, in-12 de -521 p.) le passage suivant, p. 110: « Rue de V Écrivain^ autrefois rue des Trois-Pigeons, rue Jean Ghâlons, rue des Jamards; ce dernier nom est celui d'une ancienne fiimiile de Sens : elle le portait encore en 1757. — HarivauX| écrivain dramatique, et auteur du Paysan parvenu et de Marianne, deux romans très estimés, demeura quelque temps dans cette rue, maison des Fauvelet, dont il avait épousé une parente, M'*^ Martin. — Marivaux, dans son Tdémaqve travesti, a emprunté les noms de quelques Caimilles de cette ville*; et, daos son Paysan parvenu, il a aussi parlé d'un chanoine de Sens^. »
Il n'y a plus à Sens de représentant de la famille Fauvelet. Un des derniers membres était Louis-Antoine Fauvelet de Bourienne, secrétaire de Bonaparte, ministre plénipotentiaire à Hambourg, mort en 1831.
1. « Celui qui, en alchimie, croyait être parvenu au grand œuvro, » (Littrë) et, par extension, sorcier.
3. Marivaux, s'il en est ainsi, avait sdjoumé à Sens avant son maria^, car le Télé' maque travesti est do 1717.
3. Ce n'est pas dans le Paytan parvenu mais dans lu Vie de Marianne, Quand le carrosso où était Marianne avec ses parents eut éié dévalisé par des brigands, ■ il ne restait plu» dans la voiture qu'un chanoine de Sens et moi... Le chanoine s'enfuit... • (Première larlie.) Peut-être aussi Tarbé veut-il dire que Marivaux, dans le Paytan parvenu, a mis en scène, sou^un autre nom, quelque chanoine de Sens, peut-4tre le directeur dés demoiselles Habert, M. Doucin (voy. ci-dessus p. 412 et saiv.). On remarquera que Languet do Gergy, qui reçut Marivaux à l'Académie avec l'aménité qae l'oo sait, était archevêque do Sens. Peot-ôtre avait-^il àcosur de venger son chanoine ou sei directeurs ridiculisés.
Le fauteuil qu'obtint Marivaux à l'Académie, en remplacement de Tabbé Houtteville, était le quatorzième, occupé avant lui par Silhon (163i), Colberl (1667), La Fontaine (1681), de Clérembaut (1695), Massieu (1714), l'abbé Houtteville (1723), et après lui par l'abbé de Radonvilliers (1763), Volney (1803), de Pastoret (1820), de Sainte- Aulaire (1841), le duc de Broglie (1856), Duvergier de Hauranne (1870), SuIly-Prudhomme(1881)*.
Nous transcrivons ci-dessous les mentions qui sont faites de Marivaux dans les registres de l'Académie.
Du lundi 10 décembre 17â2. — Aujourd'hui la Compagnie, convoquée par billets, s*e8t assemblée au nombre de vingt-deux pour la proposition d*un académicien à la place de feu M. Tabbé Houtteville, et M. de Marivaux a eu la pluralité des suffrages'.
Du lundi 17 décembre 17A2. — L'Académie a décidé que M. Tarchev. de Sens, Directeur du présent trimestre, ferait dans le trimestre prochain la réception de MM. le Duc de Nivernois et Marivaux; et que le Directeur qui serait élu au commencement du trimestre de janvier lui céderait cette fonction.
Du lundi 24 décembre 1742. — Aujourd'hui l'Académie a procédé au second scrutin pour l'élection d'un académicien à la place de M. l'abbé Hout-
1. Cette classification et cotte succession sont colles qu'indique M. Paul Mesnard, dans son Histoire de l'Académie française, p. 339. Elle n'est cependant pas indiscutable. Tantôt on adopte pour les numéros d'ordre des fauteuils, l'ordre dans lequel Pellisson nomme les premiers académiciens inscrits sur le tableau do l'Académie (1. Godeau, 2. de Gombault, 3. Chapelain, etc.); tantôt on place sous le n« 1 le fauteuil où, pour la première fois, une succession académique s'est ouverte, celui de Bardln, et ainsi de suite. De plus la succession est difBoile à établir pour quelques fauteuils, à partir do 1793, à cause du rétablissement incomplet de 1803 et des exclusions do 1816. Selon M. Vaperoau {Dictionnaire des littératures, article Académie française), le fauteuil de Marivaux serait le trentième, avec la succession suivante : Silhon, Golbert, etc.. jusqu'à l'abbé de Radonvilliers, et, à partir de celui-ci, Arnault (1798), le duc de Richelieu (1816), Dacier (1832), TIssot (1833), Dupanloup, év. (1834).
D'après le premier système, le fauteuil de Marivaux serait occupé actuellement, comme on le voit plus haut, par M. Sully-Pmdhomme. Par une piquante rencontre, M. Sully- Prudhomme exprimait au début do son discours de réception (23 mars 1882) la même idée que Marivaux dans le sien (voy. ci -dessus, p. 135) : « Le sentiment qui domine aujourd'hui dans mon cœur est un oripueil que j'aurais mauvaise e^Ace à dissimuler. L'humilité n'est pas toujours de mise; ello ne saurait être ches votre élu ni bien sincère, car il a dA lui-même se désigner à votre choix, ni bien décente, car il no lui siérait pas de déprécier en sa personne ce que vous avez jugé digne de voire plus haute récompense. »
2. Suivant Lesbros (p. 21), W^ de Tencin (ci-dessus, p. 130), etc., Marivaux c fui reçu d'une voix unanime. » Mais, d'après un usage constant jusqu'en 1793, les registres de l'Académie portent toujours « la plHraKto dos suffrages, » môme lorsqu'il y a eu unanimité.
610 APP£NDIC£.
teville, et la pluralité des sufTrages a été pour M. de Marivaux. Signé : f Josoph, ar. de Sens, De Boze, Mirabaud.
Du lundi û février 1743. — Aujourd'hui M. le duc de Nivernois et M. de Marivaux ont pris séance à TAcadémie ^. M. l'archevêque de Sens, taisant les fonctions de Directeur, a répoudu aux discours qu'ils ont fait l'un et l'autre. M . de Moncrif a lu ensuite des Réflexions sur la Critique .
On a tu' quel scandale avait failli se produire à cette séance île réception pendant le discours de Tarchevéque. La délibération qui suit ne serait-elle pas une conséquence du langage tenu par ce dernier et de l'irritation légitime de Marivaux?
Du samedi 18 mai 17ft3. — La Compagnie a décidé aujourd'hui qu'aucun académicien ne lirait un ouvrage de sa façon dans une séance, qui n'eût été lu auparavant dans une séance particulière ou examiné par trois commissaires; et que cette décision serait rapportée à la première assemblée générale afln d'y être confirmée^.
Du jeudi 30 mai 17d3. — .... Le même jour la Compagnie, ayant dtUibéré sur ce qui avait été décidé le 18 de ce mois touchant la lecture des ouvrages que les académiciens font dans les séances publiques, il a été résolu qu'on n'en lirait plus aucun, qui n'eût été auparavant communiqué au directeur et an secrétaire. Il ne s'agit dans oette décision que des lectures extraordinaires : les réponses que le directeur fait au récipiendaire, ai les discours qu'il peut faire en d'autres cccasions n'y sont point compris.
i. Nous trouvons dans les Mémoira du duc de Luynes (t. V, p. H, 17 mai 1713). à l'occasion do la réception du cardinal, son frère, d'inléreMants détails mu* les usages de l'Acadcuiio dans cos séances solennelles. On comprend que le duc, qui, à la cour, passait sa vie à obsorver les minutios do réliquetto, ait prêté ce joui'^là une attention l>arliculicre au cérémonial académique : ■ Tous les académiciens sont assis dans àc* fauteuils (voy. sur ces fauteuils, aujourd'hui purement métaphoriques, P. Hcsnard. H\S' toire de l'Académie françaite, p. 37, et Sainte-Bouve, Cauêeries du Lundi, t. XIV, p. S13 et suiv.), autour d'une table fort longue; le directeur est an bout d'ea haut, et cdui qui est reçu, à l'autro bout, vis-à-vis de Ini; les évdqaea et les prêb>eii y sont «■ habit court, comme à l'ordinaire, mais un ëvôqve, le joar de sa rcceptioa, y est en habit noir long. Quoique lo nombre des acadéoiiciens soit de quarante, et prcsqae toujours complet, ils no s'y trouvent presque jamais tous easeaiU«;... il ne serait pas possible mémo que les quarante tinssent autour do la table, telle qu'elle est aujonrd'iud. Les dames qui veulent se trouver à ces assembléos sont placées dans les tribunes qui sont dnns les deux fenêtres de la salle ; l'une de ces CrilMines est à la liisposilion de nouvel ncadcnticirn, lo jour de sa réception; l'antrOi c'est io 4irectenr qui donne les places. Lc<! auditeurs sont sur des chaises derrière les ncadémieii'ns.... i^ir^quo loes les académiciens ont pris séance, le directeur et celui qui doit être re^, ayant leur cliapoaa sur la lélo, le directeur Ate son chapeau ; c'est pour annoncer au nouvel académicifli qu'il peut parler. Celui-ci Ôte son chapeau tontes les fois qu'il dit : ■ Messieurs, » ou qu'il parle du roi. L'usage eet de lire son discours ; on ne le prononce pas par corar... Chaque discours dure un quart d'heure. > L'Académie était alors iastallôe au rei-deehansséo du L.onvre, près du pavillon Sully, dans deox des salles afleclées anjourd'hei an musée do sculpture moderne. Ces denx salles portent scluelleuMmt les nenu de Ptefrt et de Coustou ; la première était celle des séances publiques. Voy. Parié à Ir^vers le» Agu, troisième livraison, le Lourrr, par M. Ed. Fonmier, p. 6^46 ; en y treave, a la page 47. ta reproduction d'vne estampe représentant nne séance puMiqne ëe la Gflînpagnie en 1(»73.