‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 44 sur 445 · De 1728 à · texte numérisé non relu

De 1728 à

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priété de ses œuvres que du soin de sa fortune, il laissait à M"* Ricooboni * Thonneur et le profit de donner une suite à son roman. Celle-ci s'était engagée, par gageure, à le continuer, et Marivaux, tout le premier, avait applaudi à cette ingénieuse imitation de lui-môme*. Cependant le libraire Bastide^, qui cherchait un roman pour son journal le ifofufe, entend parler

1. Marie-leaniiô Laborat de Médëres, dame Riccoboni (171/1-1792), comédienne et auteur ; elle était femme de François Riccoboni, auteur et comédien lui-même, et fils de Louis Riccoboni, le fameux Liélio(voy. ci-dessus p. A7 et 53, n. 1), et de ElenaBalletti,laF/amtma,ou première amoureuse, de la troupe de 1716. Elle abandonna le théâtre, où elle avait peu de succès, pour écrire des romans très goûtés an dernier siècle ; on les lit encore avec plaisir pour la finesse des idées, la délicatesse et la vérité des peintures, {'élégance du style.

2. « Nous savons que le manuscrit ftit présenté à M. de Marivaux, qui le lut avec plaisir, et applaudit publiquement à cet heureux badinage. » (De Paulmy, Bibliothèque (ies romans ^ octobre 1775, p. 132.)

D'autre part. M"** Riccoboni raconte elle-même (Œuvres, édît. de 1818, t. I, p. 511 ; du moins V Avertissement qui précède la continuation de ifarianne semble bien rédigé par elle) comment elle conçut l'idée de continuer Marianne, L'auteur dramatique Poullain de Sainte-Foix soutenait un jour devant elle que le style de Marivaux était inimitable : t M"* Riccoboni écoutait, se taisait et ne prenait aucune part à la dispute. Restée seule, elle parcourut deux ou trois parties de Marianne, s^assit à son secrétaire et fit (une suite à ce roman). Deux jours après la conversation, elle la montra sans en nommer l'auteur; on la lut en présence de M. de Sainte-Poix ;il l'entendit avec tant de surprise, qu'il crut le manuscrit dérobé à M. de Marivaux. Il voulait le faire imprimer, M"" Riccoboni s'y opposa, dans la crainte de désobliger M. de Marivaux. Dix ans après, cette suite parut dans un journal, dont le rédacteur eut la permission de M. de Marivaux pour Ty insérer. » — Sur cette suite de Marianne, voy. ci-après, Appendiceiv, d : «On ne saurait, dit d'Alembert, porter plus loin la vérité de l'imitation. » (Page 588.) Gel éloge est des plus mérités, mais on ne saurait dire avec Grimm, toujours hostile à Marivaux : s C'est une imitation parfaite de la manière de Marivaux, mais d'un bien meilleur goût.... En vérité, sa manière d'écrire, même en se réglant sur un mauvais modèle, est très supérieure à celle de Marivaux. » {Corresp, littér.^ l*** mai 1765, t.IY, p. 263.)

3. Ce Bastide, libraire, journaliste, auteurdramatique, écrivain médiocre, mais industriel plein de ressoiirces, bien qu'il ne soit jamais arrivé à la fortune ni au plein succès, est une des figures les plus originales du dix* huitième siècle. On peut le regarder comme l'inventeur du roman-feuilleton (voy. à son scyetE. Uatin, Histoire de la presse, t. III, p. 133 et suiv.).Il était tenace dans ses instances auprès des écrivains qu'il voulait attacher à ses feuilles. Qu'on en juge par ce que dit de lui J.-J. Rousseau : « Il était de la connaissance de M. Daclos et vint en son nom me presser de lui aider à remplir le Monde. Il avait ouï parler de la Julie, et voulait que je la misse tout entière dans son journal. Il voulait que j'y misse V Emile; il aurait voulu que j'y misse le Contrat social, s'il eût su que cet ouvrage existait, s (1res Confessions f deuxième partie, livre n.)

MARIVAUX ROMANCIER. 8a

de cette suite de Marianne et la demande à M*"* RiccobonL Celle-ci désire avoir le consentement de Marivaux, qui, toujours pauvre, surtout à ce moment de sa vie, s'empresse de raccorder. Combien trouverait-on aujourd'hui de romanciers capables de pareilles complaisances? Si les lois sur la propriété littéraire eussent existé de son temps, l'auteur de Marianne ne se fût certainement pas joint à ses confrères pour charger des congrès de perfectionner et d'étendre ces lois, excellentes, du reste, en elles-mêmes, et on ne peut plus justes. Le Paysan parvenu a le môme sort que Marianne : Marivaux le pousse jusqu'à la cinquième partie et s'interrompt tout à coup. Encore une fois il s'était fatigué et dégoûté de son sujet. Bien de plus surprenant qu'une telle inconstance, si les contemporains de notre auteur ne nous en livraient le secret. Marivaux était pauvre ; il a beau se dire paresseux : l'homme qui écrit trois pièces de théâtre en un an * ne recule pas devant les tâches laborieuses. Pourquoi donc cette indifférence pour l'œuvre presque terminée ? Pourquoi abandonner ainsi la veine de faveur une fois trouvée, et décourager comme à plaisir la patience des lecteurs ? C'est que Marivaux était plus sévère pour lui-même que le public. Avec sa nature complexe, son esprit d'une excessive finesse, il voyait si bien l'infini dé-* tail des choses qu'il n'avait jamais rien terminé. Au prix de ce qu'il avait espéré faire^ ce qu'il avait fait lui semblait incomplet et mal venu : presque jamais, nous apprend un contemporain, il ne sortit d'une première représentation content de lui-môme ' ; presque jamais, il ne donna une partie de roman, une feuille de journal avec la satisfaction qui suit l'œuvre menée à bien. Sans doute il aurait tout repris à nouveau, n'eût été sa paresse naturelle, qui lui rendait facile la résignation. Nous savons qu'il se mettait à Tœuvre sans se donner la peine d'arrêter un plan^; or, qui ne sait où il va^ risque fort de n'ar^

1. En 1732 il fait représenter le Triomphe de T Amour ^ V Ecole des mères et les Serments indiscrets,

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