‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 53 sur 445 · DÉMÊLÉS AVEC LE PARTI PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

DÉMÊLÉS AVEC LE PARTI PHILOSOPHIQUE

jour, en présence de Fontenelle, quelqu'un essayait de Tentratner dans une discussion sur la nature et l'essence de Târae; Marivaux résistait et son interlocuteur aurait bien voulu appeler Fontenelle à son secours : « Vous perdrez votre peine, lui dit Marivaux, M. de Fontenelle a trop d'esprit pour en savoir plus que moi là-dessus *. » Un autre jour, pressé sur le même sujet, il se contentait de répondre : c Je sais que l'àme est spirituelle et immortelle, et je n'en sais rien de plus *. > Malebranche avait médité toute sa vie sur la nature de l'âme pour arriver à la même conclusion^.

Les chefs du parti philosophique n'en voulaient pas à Marivaux de cette attitude, assez courageuse en somme, et qui témoigne d'une réelle fermeté de caractère, si l'on considère le milieu, en grande partie matérialiste et athée, dans lequel il vivait; plusieurs d'entre eux, Helvétius notamment, étaient même ses plus intimes amis. Mais, s'ils avaient le bon goût de témoigner pour les convictions de Marivaux un respect qu'il savait commander au besoin, il n'en était pas de môme de leurs soldats, qui, toutes les fois que l'occasion s'en présentait, l'acca-

la réplique coarte et Tive. Aussi la réponse un peu délayée que nous avons ici ddt-elle être plus vraie que le trait mordant rapporté par d'Alembert et VÀlmanach littéraire. Remarquons en outre, que, suivant une habitude de satire trop facile et trop commune, il ne se refuse pas le plaisir d'attribuer à un interlocuteur ridicule et sans sérieux les idées qu'il n'aime pas, et que bien d'autres parmi ses contemporains auraient pu défendre d'une manière sinon probante, du moins digne des honneurs de la discussion. Enfin, il n^était pas lui-même à l'abri des superstitions qu'il raillait chez Bolingbroke. Voy. ci-après l'Appendice vi.

1. L'abbé Trublet {Mémoires^ p. 211). Dans Vlndigent philosophe (septième feuille), il prête à un paysan la réflexion suivante sur le même sujet : « Je me souviens qu'un jour à la campagne nous disputions, deux de mes amis et moi, sur l'àme. Un bon paysan qui travaillait auprès de nous entendit notre dispute, et me dit après : « Monsieur^ vous avez tant parlé de nos âmes; est-ce que vous en avez vu quelqu'une? s II avait raison de me demander cela, et je le demanderais volontiers moi-même à tous ceux qui disputent sur ce sujet. » Marivaux ne se doutait pas que la boutade de son paysan deviendrait l'argument favori des matérialistes : on connaît le mot fameux prêté à Broussais.

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