‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 55 sur 445 · DÉMÊLÉS AVEC LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

DÉMÊLÉS AVEC LA CRITIQUE

pas atteint et ne crut pas devoir relever la satire bouiïonne de i'abbé puriste.

Il dut être plus sensible à une allusion transparente de Le Sage, dont le talent net et facile répugnait à tout raffinement et par suite à l'originalité parfois pénible et factice que poursuivait Marivaux. A Tépoque où celui-ci commençait à faire quelque bruit par ses premiers articles au Mercure, tel passage de Gil Bios le visait, en même temps que ses amis, La Motte et Fontenelle. Gil Blas, que sa mésaventure avec Tarchevêque de Grenade n'a point corrigé^ donne des conseils au poêle Fabrice, qui lui a soumis de petits vers de sa façon :

Ton sonnet, lui dit-il, n'est qu^un pompeux galimatias; et il y a dans la préface des expressions trop recherchées, des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées, pour ainsi dire. En un mot ton style est singulier, les livres de nos bons et anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. — Pauvre ignorant ! s'écria Fabrice, tu ne sais pas que tout prosateur, qui aspire aujourd'hui à la réputation d'une plume délicate, affecte cette singularité de style, ces expressions détournées qui te choquent. Nous sommes cinq ou six novateurs hardis, qui avons entrepris de changer la langue du blanc au noir; et nous en viendrons à bout, s'il plaît à Dieu, en dépit de tous les beaux esprits qui nous chicanent sur nos nouvelles façons de parler. Nous sommes secondés par un nombre de partisans de distinction ; nous avons dans notre cabale jusqu'à des théologiens. Après tout, notre dessein est louable ; et, le préjugé à part, nous valons mieux que ces écrivains naturels qui parlent comme le commun des hommes. Je ne sais pas pourquoi il y a tant d'honnêtes gens qui les estiment <•

Suit une épigramme cbarmante, sous forme d'exemple proposé par Fabrice, du c brillant, » du c délicat, > du «mignon, »

p. 237.) La rénexîon du début et les diverses expressions qui suivent sont en effet de Marivaux.

Dans las econde lettre, déjà citée (ci-dessus, p. 70, n. 1), d'un Rat Calotin à Citron Bar6tf^ Marivaux est traité de «célèbre dans notre régiment (le fameux régiment de la Calotte) et capitaine de la brigade des précieux néologues. » (Page 438.)

On peut lire sur Desfontaines, et son rôle dans la critique du dix-huitième siècle, une intéressante étude de M. Ch. N isard dans son ouvrage sur les Ennemis de Voltaire, première partie, notamment chap. iv.

1. Gil Bios, livre VII, chap. xin. Le Sage ne borna pas 1& ses allusions malignes. Plus tard, dans le prologue d'une de ses pièces du théâtre de la Foire, les Désespérés^ il souhaitait à la Comédie-Française d'èlre préservée « de nouveaux Serments indiscrets, »

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que les novateurs de style poursuivent en torturant les mots. Marivaux ne répondit pas plus à Le Sage qu'à Desfontaines ^

Pour celui-ci cependant, c'eût été chose facile; Marivaux, si prompt à saisir et à montrer le ridicule, aurait eu la partie trop belle avec ce gros et lourd abbé, colère et médisant, prompt à rinjure, qui régentait ses confrères avec un pédantisme rogue. Il ne voulut pas en profiter: « J'aime mon repos, disait-il à M""* de Tencin, et je respecte celui des autres*. » Il avait la haine des personnalités et s'en défendait comme d'une mauvaise action. On voulut voir dans le prologue d'une de ses comédies ^ quelques traits indirects contre une pièce contemporaine*; il protesta avec une chaleur d'indignation, qui

1. Pas plasqu'à Palissot, qui, dans sa comédie des Tuteurs (1752), désignait les comédies de notre auteur par ces deux vers souvent répétés :

Une métaphysique où le jargon domine, Souvent imperceptible à force d'être fine.

Même après la mort de Marivaux, Palissot revenait à la charge et l'attaquait dans la Dunciade (176A). n le fait passer dans le champ de la lorgnette magique, au moyen de laquelle il découvre et énumère les Sots et le met au nombre des courtisans de Stupidité, la triste déesse :

Cflr son jargon Marivaux sut lui plaire.

(Edit. de Londres, 4771, 1. 1, p. 58 )

Dans la première édition de ses Mémoires pour servir à Vhistoire de la littérature française (1761), il le critique sévèrement; cependant il lui rend justice dans les éditions suivantes; voy. celle de Genève, 1775, p. 13A etsuiv.

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