‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 57 sur 445 · DÉMÊLÉS AVEC LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

DÉMÊLÉS AVEC LA CRITIQUE

montre l*honnéte homme profondément blessé pdf cette seule supposition : « La façon dont je me suis conduit jusqu'à présent, écrivait-il à ce sujet, prouve assez combien je suis éloigné de cette bassesse; ainsi, ce n'est pas une accusation dont je me justifie, c'est une injure dont je me plains ^ >

Au-dessous de ses confrères, venaient les critiques « qui n'étaient que cela'; » or, on sait que, au dix-huitième siècle, l'espèce était médiocrement estimable. Marivaux n'aimait pas plus leurs éloges que leurs blâmes ; les premiers lui paraissaient trop souvent porter à faux ou au delà, et, en ce cas, il en était c presque aussi révolté qu'il aurait pu l'être d'une épi- ^amme ou d'une satire^. > Quant à leurs attaques, encouragées € par une modération dont ils n'ont que trop abusé ^, > il les traitait avec un mépris dont l'expression énergique est venue jusqu'à nous : c J'en fais justice en ne les lisant jamais, disait-il de leurs libelles, et si tous les honnêtes gens en faisaient de même, cette vile espèce périrait bientôt d'inanition ^. > Favorables ou hostiles, il les comparait volontiers à un sot «nfant « que son père aurait décoré d'une charge de judicature, ne pouvant en faire quelque chose de mieux ^. »

tialité, ne fait aucune difficulté d'y croire. Pè8i759,rabbé de la Porte avait écrit à ce sujet : « M. de Marivaux déclare qu'il n'a eu aucun dessein d'attaquer Touvrage de M. deBoissy; et il doit en être cru sur parole. M. de Boissy méritait des égards, et M. de Marivaux est incapable d'en manquer. » {L'Observateur littéraire^ 1759, t. I, p. 78.)

Boissy était du reste des amis de Marivaux : il devint directeur du Mercure 6t y inséra Félicie, comédie non représentée de notre auteur.

1. Préface de Vile de la Raison» Tous les confrères de Marivaux au théâtre n'observaient pas à son égard cette réserve délicate ; on vient de voir les attaques de Voltaire, qui n'ont rien d'étonnant, mais on regrette de trouver dans une pièce de Destouches, naïve apologie du poète par lui-même (déjà citée, ci-dessus, p. 95, n. 2), cette allusion transparente contre notre auteur : « Une comédie (la sienne) réussit de nos jours, dit-il ironiquement, sans pensées brillantes, sans mots hasardés, sans phrases nouvelles, sans métaphysique, sans allégories, sans pointes, sans équivoques. Je n'y .survivrai pas.... Voilà donc le style naturel qui yk revenir à la mode ! Quoi ! il faudra parler pour être entendu, et écrire comme on parle ! J'aime mieux jeter la plume au feu. » {U Envieux ou la Critique du Philosophe marié, scène xii.)

2. Le Spectateur français^ cinquième feuille. Voy. ci- après, quatrième partie, chapitre ni, comme il parle d'eux.

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