‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 58 sur 445 · Id.y ibid · texte numérisé non relu

Id.y ibid

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lOO L'HOMME.

Peu de ses contemporains avaient à cet égard la même philosophie : Voltaire, on le sait, bondissait à la moindre allusion maligne, et, si infime que fût Tadversaire, s'acharnait à Técraser; Montesquieu, attaqué, au sujet de Y Esprit des Lois y par un obscur gazetier, ne dédaignait pas de répondre par une brochure ; la vie de Beaumarchais, comme celle de Voltaire, ne fut qu'une longue bataille. Le siècle retentit du bruit des querelles de ce genre : attaques des Desfontaines, des Fréron, des Marin, ripostes des auteurs. Seul, ou à peu près, avec Marivaux, Buflbn possède la faculté du dédain de TofTense; il eut beaucoup d'ennemis, il ne répondit à aucun. « Chacun a sa délicatesse d'amour-propre, disait-il ; la mienne va jusqu'à croire que de certaines gens ne peuvent pas même m'offenser*. »

Une seule fois Marivaux crut devoir riposter et rendre coup pour coup. L'attaque venait en efiet^ sinon d'un égal, du moins d'un écrivain qu'on lui opposait volontiers, Crébillon fils'. Dans un roman complètement oublié aujourd'hui, VÉcumoire^^ celuici s'était amusé à parodier le style de Marivaux, ses réflexions infinies, son goût d'analyse subtile, son peu de souci de l'intrigue et de l'action ^. Marivaux était personnifié par une taupe. Il serait aussi difficile que peu intéressant de résumer la fiction obscure et bizarre au moyen de laquelle cette métamorphose était présentée. Elle tient à la donnée même du roman, d'une obscénité plate et recherchée à la fois. Il suffira de dire que le prince Tanzaï et la princesse Néadarné s'en vont consulter sur

1. Voy. sa Correspondance y publiée par H. Nadault de BuflTon, 2 vol. in-8, 1860.

2. Ainsi un critique contemporain de Marivaux, Clément: « Quelqu'un qui, avec moins de génie peut-être, a bien autant d'esprit et beaucoup plus de goût que lui, M. de Crébillon le ftls.... » {Les Cinq années littérairôs^ 1. 1, p. 187.) Voy. encore ci-après, quatrième partie, cbap. i.

3. Ou Tanzal et Néadarné^ histoire japonaise (Paris, 1734, 2 vol. in-12). C'est le roman qui flt enfermer Crébillon fils à Vincennes ; il était plein d'allusions à la bulle Unigenitus, au cardinal de Rohan et & la duchesse du Maine. Sans être de la petite cour de Sceaux, ni appartenir ofiiciellement au fameux ordre des « Chevaliers de la Mouche à miel, > Marivaux était des amis de la duchesse, à laquelle une de ses pièces est dédiée (voy. ci-après, p. 23 et n. 1). Ainsi Crébillon avait le double plaisir d'attaquer un confrère dont il jalousait la réputation, et un membre d'une société qu'il voulait tourner en ridicule.

à. Singulière critique venant de Crébillon fils, qui lui-môme n'est pas

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