Voy. ci-après, quatrième partie^ chap. iv
2. L'abbé Trublet, Mémoires , etc., p. 210: a Marivaux, ajoute Tniblet, crut entrevoir de la raillerie dans ce mot, et y parut sensible. M. de Fontenelle 8*en aperçut, et comme il n'avait voulu lui dire qu*une chose obligeante, il ajouta aussitôt en lui adressant la parole: « M. de Marivaux, ne vous pressez pas de vous fâcher quand je parlerai de vous. » Fontenelle disait encore de Marivaux : « Son cœur est excellent, mais son esprit est bien vir. Me permettra- t-il d'ajouter que, quelquefois pas assez défiant, quelquefois aussi il l'est trop? o (/6ic/., p. 214.)
D'Alembert dit encore (p. 585) sur le même sujet : « S'il ne pouvait se résoudre à dire simplement les choses même les plus communes, du moins la facilité avec laquelle il parlait de la sorte, semt>lait demander grâce pour ses écrits, parce qu'on pouvait croire, à sa brillante et abondante volubilité, qu'il parlait, en quelque sorte, sa langue maternelle, et qu'il lui aurait été impossible de s'exprimer autrement quand il l'aurait voulu. »
3. Causeries du Lundis t. IX, p 372 : « Il y a tout un public et un ordre d'esprits, sur lesquels cet ingénieux harcèlement (des amants de Mariviiux) n'a jamais de prise ; ce sont ceux qui goûtent avant tout quelques scènes de V Etourdi de Molière, ou les Foliis amoureuses de Regnard. »
nous-mêmes que nous aimons dans les autres ; celui qui dilTère trop de nous risque fort de nous déplaire, et, s'il a des qualités, de la meilleure foi du monde nous refusons de les voir. Un genre de critique moins personnel nous rendrait plus justes et serait plus favorable à autrui.
Si Ton blessait assez souvent Marivaux, lui-même blessait rarement ceux qui Tentouraient. Il mettait à respecter leurs faiblesses une attention que sa bonté, jointe à une connaissance parfaite de Tamour-propre, rendait sûre et sans oubli. Un contemporain vante chez lui ^ le soin le plus scrupuleux à éviter tout ce qui pouvait offenser ou déplaire ^ i> Chose remarquable pour un brillant causeur, il savait écouter et ne laissait jamais € voir une distraction blessante^. » Bien plus, chacun le quittait enchanté de soi-même, car son esprit, toujours en travail d'analyse, découvrait chez ses interlocuteurs € une finesse dont ceux mêmes qui lui parlaient ne se doutaient pas ^. » Avec les sots, il pratiquait la méthode de Socrate, mais de manière à leur laisser tout Thonneur de la discussion ; ils se trouvaient alors, grâce à Tobligeante manière dont il provoquait leurs réponses, un esprit dont ils étaient tout émerveillés. Il n'était sévère que pour ceux qu'il jugeait affectés ; « plus il croyait être naturel et sans recherche, moins il pardonnait aux autres de ne pas Têtre*. » Alors, si l'on en juge par bien des passages de ses études morales, il savait être mordant et il ne s'interdisait pas le persiflage ; il disait tout haut pour le fat ce qu'il se contentait d'écrire pour le sot sans prétention. Original ou commun, simple ou subtil, il voulait avant tout que Ton fût soi-même, le plus sûr moyen après tout d'être quelqu'un ; si l'on essayait de le tromper à ce sujet, il rompait brusquement. Un de ses amis s'amusait à lui écrire des lettres très ingénieuses et dans son propre style; Marivaux était tout heureux de rencontrer un homme dont la tournure d'esprit ressemblât à la sienne ; cela lui prouvait du moins qu'il n'était pas seul de son espèce. Un jour, il va chez ce correspondant, ne le trouve pas, mais voit par hasard sur la table les brouillons très raturés de