Journal, t. II, p
3. Voy. ci-après, à l'Appendice i, l'iconographie de Marivaux. à, Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IX, p. 377.
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de préciser l'influence qu'ils eurent sur son talent; nous ne connaissons guère que l'histoire de l'ingénue au miroir^; du moins savons-nous assez de sa vie pour le considérer avant tout comme un homme de société et un obsen^ateur mondain : l'auteur ne vient qu'après.
Depuis 1720 environ jusqu'à sa mort, il fut l'hôte de la plupart des salons littéraires du dix-huitième siècle ^. Ceux .de M*"' de Lambert et de M'"^ de Tencin, qui l'avaient accueilli à ses débuts, eurent longtemps ses préférences. Fontenelley régnait et y donnait le ton ; à côté de lui, Marivaux tenait la place d'honneur, et, comme il se sentait entouré d'amis, plus que partout son amour-propre était en sûreté. On le voyait aussi,
1. Une réflexioa de d'Alembert (p. 601) semble indiquer^ sous sa Torme discrète, quMI y eut, dans la vie de Marivaux, au moins une passion : c Réduit dans la vieillesse au calme de Tamilié, il n'afTectait point sur cet état une fausse philosophie; il sentait tout ce que Tàge lui avait fait perdre; il ne cherchait point, comme tant de faux sages, à s'exagérer le bonheur du repos; il en jouissait seulement comme d'une ressource que la nature laisse à nos derniers jours pour adoucir la solitude de notre âme. »
2. On lira avec intérêt l'ouvrage récent de M. de Lescure sur les Femmes philosophes au dix^huitième siècle: L'auteur apporte peu de renseignements nouveaux sur les cercles célèbres, les couveniSy comme il les appelle, dont il raconte l'histoire; en revanche, il se sert avec esprit et agrément des documents déjà connus. Cependant, il y aurait des réserves à faire sur les tendances de son livre, et son parti pris de trouver une décadence profonde dans tout ce qu'il raconte. Trop souvent il remplace la critique littéraire par la manière de voir et de dire propre au sermon. — On consultera avec fruit sur les salons — de M*"' de Lambert : Saiute-Heuve, Causeries du Lundi, t. Ill et IV (outre les travaux déjà cilés ci-dessus^ p. 23, n. 1); — de M^^' de Tencin : la notice de Jay et Etienne (dans leur édition des Œuvres réunies de W^^^ de La Fayette et de Tencin) et le passage de Harmontel déjà cité (p. 25, n.l); — de M"^ du Deffand: Sainte-Beuve, Causeries du Iun(fi,t.Iett.XlV; M. Schérer, Etudes critiques sur la littéral lure contemporaine y t. Ill, et M. Caro, La fin du dix-huitième siècle, t. II (voy. ci-après) ; — de M^^Geoffrin ; Marmontel (voy. ci-après), ses Eloges par Thomas, d'Alembert et Morellet, publiés par ce dernier (Paris, 1812, in-8), Sainte-Beuve, Causeries du Lundiy t. Il, et de Concourt, Portraits intimes du dix-huitième siècle, p. 1 31 et suiv.; — de M"* du Boccage : Grimm, Collé, Marmontel, passim, car une étude spéciale reste encore à faire. Enfin, on trouve au tome I, chap. x des Etudes sur le dix-huitième siècle, de M. Bersol, et au chap. xi de l'ouvrage de MM. de Concourt, {la Femme au dix-huitième siècle (p. A69 à 497 de l'édition de 1877), une revue d'ensemble des salons du dix-huitième siècle, spirituelle et rapide chei le premier, curieuse et fouillée chez les seconds, et dans l'ouvrage de M. Tainc^ les Origines de la France contemporaine (i.lfCh, ii), une brillante étude .sur les cercles de ce temps et leur attrait. Voy. aussi dans VHistoire de la littérature anglaise du môme auteur, t. lII, p. 270 à 275, le tableau de ce qu'était alors en France la conversation littéraire et philosophique.
à partir de 1753, chez M""* du DeRand ; ici encore il se trouvait à 1 aise ^ car les encyclopédistes, qu'il n'aimait pas et qui le lui rendaient bien, n'y étaient pas maîtres absolus : on sait que lorsque éclata, en 1764, après la mort de Marivaux, la grande brouille entre la marquise et sa lectrice. M"* de Lespinasse', tous les encyclopédistes suivirent celle-ci, et se dédommagèrent d'une longue contrainte en disant le plus grand mal de leur ancienne amie. Chez M'"'' Geoffrin, qui avait recueilli les habitués du salon de M"""* de Tencin, et lui avait succédé, mais c comme une bourgeoise à une princesse ^, > Marivaux eut plusieurs fois à souiïrir. Malgré sa bonté fameuse. M"*" Geoffrin était despote et régentait avec une certaine brusquerie son cercle de gens d'esprit. Lorsqu'une conversation se prolongeait ou ne lui plaisait pas, elle l'arrêtait tout net en disant : « Voilà qui est bien *. » Marivaux était de ceux qu'un pareil sans- gène irrite et blesse profondément : interrompu ou écouté avec distraction, il se levait et gagnait la porte, sans longue rancune, du reste, en ceci comme en toute chose. Aussi, c'est
1. Pas toujours cependant; il est probable qu'avec sou exquise bonté, Marivaux soufTrail chez M"* du DefTand. On connait la sécheresse de cœur de la marquise : « L'humanité n'est pas ce qui la touche, dit M. Caro dans une récente étude. Ce que le dix-huitième siècle avait de meilleur dans sa philosophie est pour elle lettre close. La partie des senttmeuts la plus élevée, la plus désintéressée lui demeure comme étrangère.... Une sorte de dureté de cœur, un égoïsme presque féroce, voilà le deruier terme du mal qui se révèle. Ce mal qui la dévore, au fond, c'est l'abus, c'est l'excès de l'esprit. » Et, dans une page d'une grande élévation, M. Caro montre qu'il est impossible de fonder sur l'esprit tout seul le bonheur et même l'agrément de la vie. {La fin du dix-huitième siècle, t. II, p. 56.) Marivaux pensait, lui aussi, qu'à la passion de l'esprit il faut ajouter une de ces a nobles affections qui étendent ou multiplient notre être en y associant quelque autre. » 11 n'y avait, en somme, chez M"** du Deffand que r « égoïsme intellectuel, le désenchantement irrémédiable des autres et de soi-même, les tristes jouissances de l'analyse et de l'ironie». Ce ne pouvait être asses pour lui, et^ pour parler son langage, « son cœur n'y trouvait pas le nécessaire. »
2. GeUe-ci avait pour Marivaux, ou du moins pour ses œuvres, une aversion rapportée par M. de Guibert : « Elle ne faisait aucun cas des romans de Grébillon, de Marivaux, et de tous ceux que leur genre a enfantés après eux. » {Eloge de M^^^ de Lespinasse, sous le nom d'Eliza, dans redit. di'S Lettres publiée par M. Eug. Asse, p. 362.)
3. Villemaio, Littérature française au dix-huitième siècle, onzième leçon.
à. Marmontel, Mémoires^ livre VI, t. I, p. 341. Voy. le portrait très étudié, très fin, très nuancé, qu'il trace de M"** Geoffrin.
surtout chez M*"* GeofTrin que dut seformer sa réputation d'humeur ombrageuse et difficile : Grimm, si sévère pour lui làdessus, venait souvent aux mercredis de M"® Geoffrin. Sur la fin de sa vie, Marivaux retrouva chez M"** du Boccage tout Téclat de ses anciens succès : Marmontel nous apprend que Ton faisait cercle autour de lui ^ Malgré le poids des ans, en effet, son esprit était toujours aussi alerte et aussi vif; l'aimable causeur avait ce genre d'agrément si rare, si piquant et si doux : le gai sourire et le regard brillant de la jeunesse sous les rides de l'âge, l'entrain d'autrefois tempéré par le sérieux et la gravité de la vieillesse.
En dehors de ces maisons amies*, où l'esprit était la seule supériorité, et où, par suite, Marivaux n'avait qu'à prendre son rang, il recherchait peu les nobles amitiés si fort à la mode au dix-huitième siècle parmi les gens de lettres. Il n'enviait nullement, comme tant d'autres, l'honneur d'être le familier de quelque grand seigneur, qui lui eût accordé, en échange de quelques flatteries rimées ou de quelques plates dédicaces, une protection parfois lucrative, souvent humiliante. Dans une
1. Mémoires, liv. VH, U I, p. 467, dans la conversation avec Marivaux rapportée plus haut, p. 113, n. 1 : «Chez M*"* du Boccage, un soir,... comme on faisait cercle autour de vous.... »
2. Joignons-y celle de M'^" QuInauU la cadette (sœur de QuinauU-Dufresne, voy. ci-après, Appendice n, a), la charmante actrice de la Comédie- Française, qui, outre son talent flexible dans les rôles de soubrettes et de grandes coquettes, mérita, par Pagrément de son esprit et de son caractère, l'estime et l'amitié des liommes les plus considérables du dix-huitième siècle. On a joint aux Œuvres inédites de Piron, que nous avons citées plusieurs fois, quelques lettres de M"* Quinault, qui sont d'une grâce exquise. De tous les salons où Marivaux avait ses entrées, celui de M^'* Quinault de* vait être certainement un de ceux qu'il fréquentait le plus volontiers : a Elle rassemblait chez elle, sous le nom de société du Boui^du-banc, tout ce que la cour et la ville renrermaient alors d'hommes aimables et éclairés. Voltaire, Destouches, Pont-de-Veylc, Marivaux, le comte de Gayliis, le marquis d'Argenson, etc., étaient les commensaux les plus assidus de ces soupers célèbres, où le plat du milieu était une écritoire, dont les convives se servaient tour à tour avec autant d'esprit que de gaieté. » (Le Mazurier, Galerie historique du Théâtre-Français^ t. lî, p. 333.) Ainsi furent composés les E (rennes de la Saint'Jean (voy. ci-dessus, p. 90, n. 5), le Recueil de ces Messieurs, etc., et autres petits ouvrages réunis dans les CEuvres badines du comte de CaylU8(i787, 12 vol. in-8). Dans ces a œuvres badines, » il y a bien des nouvelles, lettres, petites dissertations morales, etc., qui pourraient, en dépit de Voltaire (ci-dessus, p. 90, n. 5), être de Marivaux, mais aucun indice positif n'autorise h les Uii attribuer. — On peut voir dans les Mémoires de