‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 70 sur 445 · SON INDÉPENDANCE DE CARACTÈRE · texte numérisé non relu

SON INDÉPENDANCE DE CARACTÈRE

lettre <*x)nserYée par un de ses biographes i , il raille finement un de ses amis, nous ne savons lequel, tout fier de ses bautes relations : « Il part jeudi par Compiègne, écrit-il ; le prince de... doit le prendre pour voyager avec lui. Je ne lui envie pas sa course, qu'il me céderait pour rien, s'il pouvait, à ce que je pense ; mais il a l'honneur d'appartenir à un prince, il faut qu'il marche; et moi, j'ai la douceur de n'appartenir qu'à moi, et je ne marcherai point » Il sentait bien que, dans cette protection accordée avec ostentation aux gens de lettres par les grands seigneurs, il y avait d'ordinaire tout autre chose que le goût désintéressé de la littérature et le généreux désir déjouer au Mécène. Il était alors de bon ton de s'intéresser au théâtre, à la philosophie, aux sciences, et Ton protégeait son homme de letti'es par pure vanité, pour être à la mode, comme plus tard on devait entretenir à grands frais des chiens et des chevaux^. Marivaux s'estimait trop pour consentir à servir d'enseigne à de telles vanités. Il était d'autant plus ombrageux dans ses relations mondaines qu'il était pauvre, et, comme il arrive en pareil cas, il exagérait, en raison même de sa pauvreté, sa réserve naturelle. Il considérait la pauvreté et la fierté comme inséparables, et il aurait pu dire avec un de ses personnages, mais plus sérieusement : « Je suis fier, mais je suis pauvre ; qualités, comme vous jugez, très difficiles à accorder

M™^ d'Epinay quels étaient Tesprit et souvent l'audace des conversations tenues chez M"' Quinaull. Yoy. notamment, dans l'édilion P. Boiteau, première partie, chap.v et chap. viii, t. I, p. 215-227 et 371-38Â.

n y avait encore au temps de Marivaux un salon fameux, celui de M°** Doublet de Persan, ouvert depuis 1741 (voy. de Concourt, Portraits iViiimes du dix-huitième siècle, p. 59 et suiv.). Plusieurs des amis de Marivaux y étaient assidus, notamment Mairan et Mirabaud, que nous avons vus cidessus (p. 25, n. 1 ; voy. aussi, ci-après, p. 127, n. 2) avec lui chez M*"^ de Tencin. Nous ne croyons pas cependant qu'il Tait fréquenté. En effet, dans les Mémoires secrets qui en sortirent et qui furent rédigés par Bachaumont, le président de la paroisse, comme on appelait le cercle intime de M"*" Doublet, la mort de Marivaux est annoncée (voy. ci-après, p. 153, n. à) avec une brièveté et une indifférence qui ne s'expliqueraient guère s'il eût été pa-^ roissien.

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