‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 80 sur 445 · ÉLECTION DE MARIVAUX A L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

ÉLECTION DE MARIVAUX A L'ACADÉMIE

pour ce choix, et Ton dllqu'àTavenir elle ne pourra plus trouver de sujets. L'abbé d'Olive t, son propre membre, n'est pas son apologiste^ .> Selon la mode du temps, des couplets satiriques circulent, où le nouvel élu et la compagnie sont c fort maltraités '. »

On a grand'peine aujourd'hui à comprendre cette hostilité. Que pouvait-on reprocher à Marivaux? Ce n'était assurément pas rinsuffisancedeson bagage : ses meilleures pièces, ses deux romans, le Spectateur /"ranfai* sont antérieurs à sa réception. Ce n'était pas davantage une réputation trop spéciale et restreinte : tout Paris l'avait applaudi ; la province et l'étranger le goûtaient autant que Paris. Il faut voir là sans doute un nouvel eiïet de cette singulière malechance qui le poursuivait partout et toujours : les confrères, les cafés, le parti philosophique avaient fait leur œuvre. Voltaire en tète, dont les colères étaient terribles, et qui dut jeter feu et flamme contre son heureux concurrent : « On trouva surtout très mauvais, dit d'Àlembert, que les portes de la compagnie fussent ouvertes à l'auteur de Marianne et ^'Annihal, dans le temps qu'elles étaient fermées à celui de la Henriade et de Zaire^. » Certes,

1. Journal de police, 6 décembre, t. VIII, p. 199. Si le policier eût été mieux inforiné, il eût su non seulement que Tabbé d'Olivet n'était pas a l'apologiste » du choix de l'Académie, mais encore qu'il était l'adversaire déclaré de Marivaux. Voy. ci-après, quatrième partie, chap. iv.

2 . Journal de police^ 6 décembre : « Voici des vers qu'on a faits à l'occasion de la réception prochaine de Marivaux, qu^on a retenus de mémoire et dont on a pu oublier quelque chose :

Pour couronner ses travaux Fontenelle mol Marivaux A lihcclcbre Académie.

N'a-t-il donc tant vécu que pour cetto infamie f »

Cette épigramme est remarquablement plate ; d'Alembert nous en a conservé une autrement spirituelle et piquante, quoique en prose : on disait que Marivaux « eût été mieux placé à l'Académie des sciences, comme inventeur d'un idiome nouveau, qu'à l'Académie française, dont assurément il ne connaissait pas la langue. » (Page 591.)

3. D'Alembert, p. 016, n. 2. Il se croit obligé de plaider les circonstances atténuantes du choix de TAcadémie : « Si Pline et Lucain eussent vécu du temps de Cicéron et de Virgile, et qu'il y eût eu dans Rome une Académie, croit-on qu'il eût été juste d'y refuser à Lucain et à Pline une place au-dessous de l'orateur et du poète latin ? o Mais, toujours la même colère et la même excommunication contre le c bétail esclave » des imitateurs de Marivaux, contre les a détestables copistes d'un mauvais genre. »

la postérité ne met point Voltaire au-dessous de Marivaux, mais que de gens préfèrentaujourd'hui le Legs à la Henriadey peutêtre même Marianne il Zaïre t ^\tiv\\iiu\ n'est pas plus pour nous Tauteur d'ilnwiôa/, que Voltaire celui de la Henriade: la gloire du premier n'a jamais été là, et celle du second n'y est plus. Elle se contente de trouver bon, à distance, que Tun et l'autre aient fait partie de notre grande compagnie litléraire; mais elle ne s'indigne pas trop que Marivaux y soit entré avant Voltaire. Celui-ci n était pas encore, en 174:2, le génie incontesté, le patriarche litléraire qu'il devint ensuite. C'était déjà assurément un auteur dramatique considérable et un grand historien, mais c'était aussi et avant tout le plus violent, le plus audacieux, le plus intrigant, le plus gênant des polémistes *.

Quanta Marivaux, avec sa candeur habituelle, il fut de l'avis de ses adversaires: « Il disait sincèrement qu'on lui avait fait trop d'honneur et qu'il n'avait pas assez de mérite pour être élu». y>

Il prit séance le 4 février 1743. Par un contraste piquant, c'était l'archevêque de Sens, Languet de Gergy\ qui élait

i. Voy., sur les obslacles de (out genre que Voltaire, par son inlempéranco de langage el de plume, se créait, comme i\ plaisir, pour son cnlréc à l'Académie, Desnoiresterres^ t. Il, p. 35^.

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