‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 88 sur 445 · Id.y p · texte numérisé non relu

Id.y p

Je TOUS dirai que c*est quelque chose de bieo crael que d'élre abaa* donné aux secours de certaines gens; car, qu'est-ce qu'âne charité qui n'a point de pudeur avec le misérable, et qui, avant de le soulager, commence par écraser son amour-propre? La belle chose qu'une vertu qui fait le désespoir de celui sur qui elle tombe ! Est-ce qu'on est charitable à cause qu'on fait des œuvres de charité ? 11 s'en faut bien. Quand vous venez vous appesantir sur le détail de nos maux, dirai-je à ces gens-là ; quand vous venez me confronter avec toute ma misère, et que le cérémonial de vos questions, ou plutôt de l'interrogatoire dont vous m'accablez, marche devant les secours que vous me donnez, voilà ce que vous appelez faire une œuvre de charité ? £t moi je dis que c'est une œuvre brutale et haïssable, œuvre de métier et non de sentiment ^

Il avait surtout le respect de la misère réservée et digne, la plus poignante de toutes, la plus lourde à porter, celle qui se cache, au lieu de s'étaler, qui ne mendie point, qui ne demande même pas, et qui voudrait être comprise h demi-mot. Un vrai pauvre, attiré par sa réputation de bienfaisance, vint un jour le trouver^ et lui parla de sa triste situation ; il n'était pas mal vêtu ; son extérieur au contraire était propre et décent. Craignant d'être dupe ou ne comprenant pas, Marivaux le laissa partir sans lui rien donner. Le malheureux revint quelques jours après, couvert de haillons celte fois: Marivaux fit en sa faveur tout ce qu'il pouvait et s'excusa avec effusion d'avoir réduit un malheureux à montrer sa détresse '.

Sa bonté était parfois aussi spirituelle que touchante. Une jeune fille qui se destinait au théâtre vient le consulter sur le talent qu'elle se croyait ; elle allait partir pour la Pologne, où elle était engagée. Marivaux l'écoute, puis, avec toutes sortes de ménagements, l'engage à renoncer à la scène: elle n'avait ni figure ni esprit : < Que puis-je donc faire, s'écrie-t-elle, je suis orpheline et sans ressources! » Marivaux lui conseille alors d'entrer au couvent. Mais les frais de la profession? Marivaux les payera. Il les paya en elTet, et, comme on s'étonnait de cette vocation religieuse provoquée chez une actrice par un auteur de comédies: « Elle eût longtemps fait bâiller les Polonais avant de les faire rire, )> répondait-il pour s'ex-

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