‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 9 sur 445 · ORIGINE DE MARIVAUX · texte numérisé non relu

ORIGINE DE MARIVAUX

s'étendre davantage sur ces premières années et ces premières études, dont l'influence est parfois décisive sur le développement et la direction de l'esprit *. Quoi qu'il en soit, Marivaux avoue lui-même que, s'il était capable de lire les auteurs latins dans le texte, il ne pouvait guère juger des Grecs que par les médiocres traductions de son temps ', ignorance regrettable, car une connaissance directe de la plus belle langue que les hommes aient jamais parlée, lui eût fait comprendre Homère et lui eût évité les irrévérences dont il devait se rendre coupable envers le divin poète.

Pourvu d'une charge de finance, son père n'aurait guère pu, si Ton en croit la réputation trop bien établie des financiers au dix-huitième siècle, inspirer à son fils par son exemple ces principes de désintéressement et de probité scrupuleuse que nous aurons à signaler plusieurs fois chez ce dernier. Mais^ sorti d'une ancienne famille de robe, qui donna plusieurs membres distingués au Parlement de Rouen ^, M. de Marivaux

1 . L*abbé de La Porte dit très justement sur cette insuffisance d'éducation claMÎque chez Marivaux : « Pourquoi fau^t-il que Testime de l'auteur pour les écrivains modernes — (il aurait pu ajouter : et son ignorance} — Tait détourné de la lecture des anciens? U y aurait puisé, comme dans la véritable source, ce goût qui donne la perfection aux ouvrages d'esprit ; et si Plaute, Térence et Aristophane n'eussent pas été ses guides dans une carrière où il n'en voulait pomt d'autres que lui-même, ils auraient du moina pu quelquefois l'empêcher de s'égarer. Les autres lui auraient appris qu'on peut bien se frayer de nouvelles routes dans tous les genres, nuiis jamais se former un langage nouveau, qu'il faut penser d'après soi-même, et parler comme tout le monde. > {L'Observateur litiérnire, 1753, t. I, p. 94.)

2. Marivaux Êtit dans son Spectateur français (septième feuille) cet aveu, qu'aucun dé ses biographes ou critiques n'a mentionné, n parle de la lecture des anciens : « Si c'est une traduction du grec et qu'elle m'ennuie, je penché à croire que l'auteur y a perdu ; si c'est du latin, comme je le sais, je me livre sans façon au dégoût ou au plaisir qu'il me donne. »

3. « Son père était d'une famille ancienne dans le Parlement de Nor-> mandie o (Lesbros, p. 5), « descendue de la robe à la finance » , ajoute d'Aleœbert (p. 577). Le nom patronymique était Carlet, de physionomie assex roturière ; comme la robe anoblissait, celui deChamblain, plus relevé» s'y ajouta. Mats, dit M. Edouard Fournier {Notice^ p. ii), « le nom de Ghamblain se trouva malheureusement pris aussi par d autres, et dans ce monde de financiers, qui pis est. Il y eut alors, outre notre Carlet de Ghamblam» un François de Gharoblain, un BuUette de Ghamblain, etc. {Vie privée de Louis XV, 1781, t. I, p. 176, 185, 186.) G'était trop, d'autant que, ces derniers Ghamblains n'étant pas des mieux vus, il importait de ne pas être confondu avec eux.... G'est, sans nul doute, pour parer à cette confusion, ei afin de couvrir son premier nom d'emprunt, qui ne le distinguait plus asses,

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était une honorable exception à une règle trop générale : il n'eut aucune poursuite à redouter lorsque, sous la Régence, la fameuse Chambre de justice, instituée en 171& contre les traitants, en obligea beaiicoup à rendre gorge et leur infligea à presque tous une flétrissure morale. Du milieu où son père vivait en honnête homme, le Tutur auteur du Triomphe de PlutiLS n'emporta qu'une profonde connaissance des gens de finance, et un mépris qui se laisse voir en plusieurs passages de SCS œuvres *.

C'est le hasard qui lui indiqua sa voie en provoquant de sa part un essai de comédie à l'âge où, si l'on songe à l'art dramatique et à la poésie, on éprouve plus volontiers ses forces dans un poème épique ou une tragédie en cinq actes que dans une pièce d'intrigue légère. On parlait devant lui des difficultés qu'il y a à faire une bonne comédie ; en jeune homme qui ne doute de rien, il répondit que c'était chose aisée, et, par pure gageure, il composa en huit jours le Père prudent et équitable ou Crispin Vheureux fourbe^ en un acte et en

que M. de Garlet en emprunta un second, celui de Marivaux, qui, loin d'avoir les mêmes disgrâces, devait devenir illustre. »

Aucun des trois noms de Marivaux ne figure ni dans V Armoriai général de la France de d*Hozier, ni dans le Dictionnaire de la noblesse de La Chesnaye des Bois, ni dans le Nobiliaire de Normandie de M. E. de Magny (Paris, 186 A). Mous aurions voulu retrouver dans les registres du Parlement de Normandie quelques traces de ces membres distingués de la famille de Marivaux, dont parle d'AIembert; malheureusement, les recherches auxquelles M. Maurice d'Acher de Montgascon a bien voulu se livrer pour nous dans ce but n*ont donné aucun résultat. D'autre part, M. Floquet ne cite nulle part ce nom dans st savante Histoire du Parlement de Normandie. — Marivaux ne semble avoir eu aucun lien de parenté avec les seigneurs de Marivaux (ou Marivaulx), branche de l'illustre maison de l'Isle- Adam, dont faisait sans doute partie Toflicier aux gardes françaises dont il est question ci-après, p. 113, n. 1.

Disons enfin que, dans les rares autographes que Ton a de lui, notre auteur signe « De Marivaux » . Son épttre dédicatoire au duc de Noailles, imprimée en tôte de V Iliade travestie (voy. ci-après, p. 28, n. 1), est signée « Garlet de Marivaux ; » celle de la seconde Surprise de t Amour ^ à la duchesse du Maine, o De Marivaux^ n et celle de la Double Inconstance, à la marquise de Prie, des initiales D. M. Sa lettre de réclamation au Mercure (voy. ci-après, p. 31) est signée aussi a De Marivaux. »

1. Par contre, suivant la juste remarque de M. Lavallée (Marivaux inconnu, P< 6), « en laissant toujours ]a magistrature en dehors de ses peintures satiriques, il montrera qu'il se souvient de ses ancêtres. >

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