‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 91 sur 445 · Lesbroi, p · texte numérisé non relu

Lesbroi, p

2. Les Confessions^ deuxièmo partie, livre Yii. — Cette comédie de Nar-^ cisse (oa l'Amant de lui-même), qae les comédiens italiens reçurent sans la jouer et que les comédiens français se décidèrent à donner assex longtemps après (/6iV/., Il, viii), est une œuvre de jeunesse fort mé* diocre. On y retrouve cependant la main de Marivaux, dans la manière adroite dont certaines scènes sont coupées et qui dénote un homme du métier, ce que Rousseau n'était nullement, dans la conduite de la scène ca' pitale entre les deux amoureux (scène ix), dans la tournure donnée au rôle du valet Frontin et de la soubrette Marton, dans quelques réflexions qui sont du pur Marivaux, — du bon, comme celle-ci : « Il • trop de dépit pour n*avoir plus d*amour » (scène ix); du mauvais, comme cette autre : a La beauté se platt à parer des visages qui ne tirent leur flerlé que d'elle » (scène m).

3. II est curieux de savoir quelle opinion Marivaux avait gardée de son collaborateur; Collé nous rapprend : m M. de Marivaux qui l'a connu quinze ans avant qu'il eût pris le parti d'être extraordinaire, paradoxal et de débiter son orviétan philosophique, m'a assuré qu'il ravait vu l'homme du monde le plus simple, le plus uni et le moins enthousiaste. » {Journal, t. II, p. 65.) Remarquons, à la louange de Marivaux, et comme preuve de sa parfaite droiture, que le soupçonneux Jean-Jacques ne put trouver en lui matière à son éternelle méfiance : c'est, avec Fontenelle et Mably, un des seuls hommes de lettres qu'il ait continué à voir lorsqu'il commença à trouver insupportables les visites et les rclalions du monde. {Confess,, II, vu.)

^. D'Alembert, p. 558.

148 L'iiOMME

N*eii doutez pas, écrivait-il à un ami, Dieu récompense toujours les bons cœurs ; à la vérité ce n'est pas toujours par ceux que les bons cœurs ont obligés. 11 y a des ingrats de qui vous ne tirez rien, mais en revanche il y a des belles âmes qui vous payent pour eux, et qui regardent comme un service tout rendu, la seule envie que vous auriez de leur en rendre ; ainsi vous ne perdez rien, ainsi les ingrats sont punis parce qu'ils vous perdent, pendant qu'il vous reste sur eux l'avantage de les connaître, et de les laisser honteux du tort qu*ils ont avec vous : car ils ont beau faire, mon ami, leur conscience ne saurait être ingrate, tout s'y retrouve. Elle a des replis où les reproches que nous méritons se conservent, où nos devoirs se plaignent de n'avoir pas été satisfaits ; oui, mon ami, des replis où se sauve la dignité de notre être, et où elle se venge contre nous de lui avoir manqué ^

Cependant, à force de donner sans compter, Marivaux en était venu à la véritable gène. Il se faisait vieux ; M"" de Tencin était morte ; il allait connaître la plus triste des misères^ celle des vieillards isolés et négligés après une existence mondaine et brillante. Une dernière amitié lui vint en aide, celle de M"' de Saint-Jean*. Celle-ci n'était pas une grande dame; elle n'avait qu'une bien modeste aisance ; Marivaux cependant lui dut plus encore qu'aux célèbres et riches amies de son âge mûr. Lorsqu'il fut vieux et malade, M"* de Saint-Jean lui proposa de venir habiter avec elle : leur âge les mettait à l'abri de la calomnie^. Marivaux accepta d'autant plus volontiers qu'il se croyait le plus riche des deux. Us s'établirent donc dans un riant appartement de la rue de Richelieu, dont les fenêtres donnaient sur le jardin du Palais-Royal \ et c'est là que Mari-

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