‹ MARMION SUIVI DE LA DAME DU LACChapitre 11 sur 33 · EL · texte numérisé non relu

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Le jeune Henri Blount avait réglé la dépense de l'auberge avec l'hôte écossais, et lui avait dit en lui jetant l'argent : «Tu mérites mal ton salaire , coquin ; vois- tu l'étal de mon cheval? Des es-

4 Feu follet, comme il sera dit dans la note y relatiyç. a. *.

ROMAJNS POÉTIQUES. 6

M MÀRftftON.

prits l'ont fait-galoper toute la oui t et ltot laissé couvert d'écume. J'espère que bientôt une <aronée réunie , avec la eroix anglaise et le sabre étincelant, mettra en fuite les diables d* ce pays et Je» refoulera dans leur séjour infernal. Quanti oette maison, je pense que toute la nuit ils y ont fait vacarme.» L'hôte, en riant, regarda son argent : « Grand merci, gentil écuyer du Nord, répondUril ; si tu viens avec ces Anglais qui doivent se mesurer contre lessabres écossais, je souhaite que la claymore qui t'atteindra porteun coup sûr et ne te donne qu'une très-courte agonie. » Ils arrêtèrent là leur entretien, car Marmion venait.de donner le signal du départ. Le pèlerin continuant de inontrer la route, Mb voyagèrent toute la matinée.

Ils marchèrent quelque temps sur la pelouse dans les Jbois

d'Humbie et de Saltoun ; cette route variée leur faisait découvrir

ici des vallons et des collines, là des clairières ; et puis les arbres

se rapprochant formaient de nouveau des arcades de verdure.

« YodàvUn ohamin>*gréable, dit ritzrIufctace v aaalogueÀ gôox

où les chevatiersteiTOntsonttQaieKii&g^ c'esten

de pareils iieuxqu'Usoutpu rencontrer q«ei(p»e geiïtedamcwelte

fuyant, la çheveliire désordonnée ,tes yeu&hagands ,«et trouvant

un appui dans sa course Auprès d'an pelacMnijui ^empressait ide

rompre une lance: pour elle, le découvre également des réduits

sombres et des grottes mystérieuses , où, en 4e telles ocoaaàons ,

souvent la belle inconnue, échappée au danger ,, racontait son

histoire, et, reconnaissante, payait le salaire de son champion.»

Ainsi parlait le fidèle écuyer pour essayer de distraire Marmion,

et peut-être aussi pour montrer sa science; car Eustace avait

fouillé dans plus d'un gros volume, près de la croisée du château

de son père, et plus d'un fameux roman imprimé par Caxton ou

-de Worde. Il parlait, mais en vain : Marmion ne répondit rien.

dïANT IV. 8Ï

Soudain des trompettes lointaines se font ouïr, elles échos en répètent le son dans la forêt et les collines ; les archers saisissent leur arc , mais bientôt ils reconnaissent à ces fanfares qu'elles n'ont rien d'hostile. Néanmoins , prudent comme on doit l'être dans un pays ennemi, lord Marmion commande à sa troupe de gagner un terrain plus découvert, et à peineront-ils parcouru quelques stades, que les arbres jusqu'alors si épais se retirent et montrent une petite plaine au milieu de la forêt. A peine l'escorte s'était rangée en bataille dans ce poste avantageux , que du côté opposé s'approcha un brillant escadron.

En tête s'avançaient les trompettes dont les fanfares avaient tout à l'heure occupé les échos de la forêt. Ils arrivaient montés sur des coursiers ardents, et portaient un manteau d'écarlate sur leur veste bleue. Chacun avait à son clairon une bannière avec Técusson royal d'Ecosse. Les hérauts et les poursuivants , Bute , Islay, Marchmont, Rothsay, venaient ensuite avec leurs cottes d'armes peintes, et montrant, orgueilleuses, des champs de gueule, d'argent, d'or et d'azur. Ils formaient le cortège d'un roi d'armes qui tenait à la main le sceptre héraldique , dont la vue avait souvent apaisé des querelles féodales dans leur plus grande violence.

vn.

C'était un homme d'un âge moyen, d'un aspect noble, grave et sage , comme il convient à l'envoyé d'un roi ; mais dans ses regards on distinguait de la finesse , de la pénétration et de la ruse , et des éclairs de cet esprit satirique qui commençait alors à fronder les vices du siècle et à briser les clefs de Rome. Ce personnage

montait un palefroi blanc comme le lait ; sa toque de cérémonie était gracieusement couronnée par une plume de héron; les housses qui couvraient son coursier pendaient jusqu'à terre, et étaient bordées des armoiries et devises de l'Ecosse : le double trescheur 1 qu'Acaius porta le premier, le chardon, la fleur de lis, et la noble unicorne. Ces armoiries du roi étaient si brillantes que la vue en était éblouie et qu'elle pouvait à peine distinguer, blasonné, le lion qui les soutenait. Une suite, appropriée à sa charge 'et non armée, était rangée autour de lui. Ton nom est encore en haute réputation, et tes vers ont encore des charmes , sir David Lindesay du Mont, lord Lion, roi d'armes (4).

Marmion descendit de cheval aussitôt qu'il aperçut le glorieux ambassadeur ; car il savait que cette marque de courtoisie était due à celui que le roi Jacques avait couronné lui-môme de l'ancien diadème d'Ecosse, après lui avoir oint les tempes et le front avec le vin sacré, et avoir confié à son doigt l'anneau emblématique. Leurs congratulations réciproques terminées, le lion expliqua ainsi son message : « Bien que le roi 'd'Ecosse ait juré de ne jamais plus former aucune alliance avec Henri , et de ne plus permettre qu'aucun Anglais parût à sa cour, cependant , comme il connaît le nom de lord Marmion et honore sa renommée guerrière, mon souverain a pensé qu'il manquerait à la courtoisie s'il le congédiait sans le recevoir. Je suis chargé de vous servir de guide , et de pourvoir à tout ce qui peut vous être agréable, jusqu'à ce qu'il plaise au roi Jacques de fixer le jour où la fleur de la chevalerie anglaise pourra paraître devant lui. »

Contrarié intérieurement de ce délai , Marmion toutefois n'en

4 Espèce de bordure de blason. ▲. u.

laissa rien paraître. Le pèlerin, son guide mystérieux, se voyant suppléé , chercha vainement à obtenir son congé : Tordre exprès du lion du roi était qu'aucun des gens de la suite de Marmion ne s'éloignât : « L'Angleterre a assez d'espions dans les yeux perfides de lady Héron, » dit à part le roi d'armes à son voisin March mont ; mais il donna un prétexte poli à lord Marmion. Les deux" escortes réunies suivirent ensemble les rivages de la Tyne.

A la un ils atteignent Te vallon sauvage et tortueux où le château de Grichtoun (5) élève ses tourelles sur les bords de la rivière: c'était là que les soins du lion avaient assigné un logement digne du rang de Marmion. Ce château est construit sur une éminence d'an riant vallon, au pied duquel on voyait descendre les eaux de la Tyne pour former un lac noir et profond où les aunes et les saules étendent leurs ombrages ; puis elles s'échappent resserrées en un lit étroit pour aller ensuite arroser la plaine. Les tours de ce château sont de différents âges ; leur architecture variée montre que des mains différentes les ont élevées : c'est un vaste bâtiment qui résista aux bandes armées de Douglas, déchaînées par la haine efpar la vengeance.

Crichtoun ! quoique maintenant ta cour fangeuse ne marque plus Que la trace du bœuf paresseux et du troupeau bêlant , tes tours gothiques, mais démantelées, n'ont pas moins captivé les chants du ménestrel. Souvent j'ai retracé au milieu de ta forteresse le sens mystérieux des devises peintes sur tes armoiries , tes écussons glorieux, restes d'une antique et grossière magnificence. Le temps n'a pas encore détruit ta belle galerie de chevaliers , ni la belle sculpture de ton escalier en pierre, décoré de rosettes et de festons entrelacés , le gracieux portique de ta basse-cour était

eocore debout , et , au dessus de la corniche , les pierres taillées qp facettas montrent toujours leurs pointes de diasuwt, hien que ift tçojjpeau y vienne seul à présent s'abriter contre la tempête. Qj&peut encore explorer en frissonnant les noirs caveaux, où jadte gémissaient les cqptfè privés de la lumière des cieux ; ou bien , de tes créneaux recouverts de gazon, on peut suivre la ligne onduleuse que tracent les flots paisibles de la Tyne féconde.

Çrichtoua offrait un autre aspect quand Marmion fut reçu sous sou portail : toutefois on l'accueillit d'unair mélancolique et triste; car U n'y avait alors dans le château que des femmes, des enfants» <te$ vieillards. Les yeux à peine ?échés , la dame du manoir vint faire accueil en son chagrin au noble Marmion ; le fils de la châtelaine, à peine Agé de douze ans, tint les rênes du coursier -, tous les vassaux en état de. porter les armes avaient marché le matin a,vec leur maître, le comte Adam Hepburn(6), celui qui mourut à côté de son souverain à la bataille de Flodden. Long-temps sa dame en deuil montera sur la tour et cherchera vainement des yeux Tépoux qu'elle ne doit plus revoir, c'était un brave que ce comte, et son nom fut toujours glorieux jusqu'au moment où te dieu Bothwell en eut souillé l'éclat.

Mwftion resta deux jours dans ce château avec tous les bonneurs dus à son rang y et, servi comme l'hôte du roi. Ainsi l'avait ojrdonné le royal Jacques, qui passait alors ses troupes en revue dans la plaine de Borough-Moor. Peut-être ne voulait-il pas que l'oeil d'un ennemi pût voir son armée réunie, jusqu'à ce qu'elle fût préparée à marcher contre les troupes anglaises , et sur les* tçrres britanniques. Néanmoins, dans leur séjour ace château , l'esprit vif de Lindesay parvint à égayer souvent l'humour plus

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sombre du baron, et à son tour il apprit à estimer dans lord Marmion la force du génie et du savoir ; car celui-ci était versé dans les arts de la Grèce et de Rome, et dans les seîences politiques de la guerre et de la pat*.

Us se promenaient dans la soirée du second jour sur les remparts, et à réclàt silencieux delà nuit parlaient sur différents sujets. Le roi d'armes inopinément, et comme par distraction, dit à Marmion qu'il aurait pu s'épargner la peine de voyager si loin , car un messager du ciel avait donné à Jacques le conseil de ne point guerroyer contre l'Angleterre (7) : questionné de plus près par le chevalier, Lindesay lui raconta cette histoire que les chroniques de l'Ecosse nous ont conservée.

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