‹ MARMION SUIVI DE LA DAME DU LACChapitre 13 sur 33 · CHANT DE LADY HERON · texte numérisé non relu

CHANT DE LADY HERON

Le jeune Lochinvar du couchant est venu ; Comme un trait son coursier à passé la frontière ; Pour seule anse il avait ion large satire nu; Sans autre arme à cheval il errait solitaire : En amour comme en guerre, on ne vit nulle part Plus digne chevalier çue Je beau Lochinvar,

Une pierre, un buisson n'amusaient point sa toute :• Il nage à travers l'Eske où nul gué ne s'offrait. Avant que Nelherbv Peut reçu sous «a roule, L'épouse avait dit oui, Pâmant trop lard paraît,

CHANT T. |jp

Cm u» Ifciu» en mvur, «n poltron a la guerre Allait de Locjiinvar épouser la bergère.

Dans Netherby sans crainte il entre, et devant loi Il voit le prétendant, les parent* et m belle ; JEI )e père, une main sur «on glaive fidèle, (L'époux tremblant n'avait nulle arme pour appni) : « Venns nrens, Loentnrar, en paix on bien «a guerre, Assister, lui dit -il, à l'hymen qu'on va faire? »

« J'ai long-tempe courtisé votre fille, et sans fruit, L'amour s'enfle et décline ainsi que la marée; &mefo»epa»t je veux, quand limeur est détruit, Ici boire avec vous une coupe épurée.

L'Ecosse a dei beautés plus tendres, qui, plus tard, Perç neronl, je l'espère, écouler Uchiovar. »

L'épouse avait baisé U coupe qu'il élève j Il boit le vin, la jette et la brise à l'instant ■ : Penché*, elle en rougit, son père la relève, Sourire sur la bouche, œil humide ; et l'amant Lui prend la main avant qu'intervienne sa mère : a Foulons, dit Loehip var, louions ans pieds le rem ! »

Jamais selon ne vit gereen pins éveillé,

Ni plus superbe taille ou plus noble figure;

Sa mère est agitée et le père murmure ;

Sut le front de l'époux la toque a pendillé.

Et les filles d'honneurs : « Mieux eût valu pour elle

« L'unir à Lochlnvar, des galants le modèle. »

On la fêté, on l'entoure, on lui parle tout bas ; A la porte un coursier pour elle te. dispose ; Elle sort, vite en croupe, à sa voix, il la pose ; Elle part, vole en selle avec tous ses appas. « Elle est à moi ! Vallons, forêt; voilà ma cause : Contre eux, dit Lochinvar, protégez donc nos pas ! »

Les deux amants qu'alors l'espérance accompagne, Ont en de Netherhy traverser la cinnpagne.

A Capnobie on chasse, on rit, joue à l'écart, Sans voir de Netherhy la fiancée errante :

En amoureuse eodace, en ardeur conquérante, fut-il jamais pareil au jeune Lochinvar !

Le monarque, penché sur la sirène, battait la mesure en même

1 Allusion à un usage écossais : quand on boit à la santé du roi ou d'une dame, onantn «"usa personne que l'on respecte, par déférence on brise le vetre pour qu il ne serve point à une autre santé, a. h.

lift MARMION.

temps qu'elle chantait , et Rapprochant de plus en plus d'elle. Il chuchota à son oreille un compliment flatteur. Les courtisans applaudirent à l'envi ; les dames , en se jetant des œillades , se parlaient à la dérobée. L'enchanteresse lança à Marmion un regard où parut régner cet orgueil qui demande un applaudissement mérité , et en môme temps un dédain réel ou feint à son royal vainqueur. Ce regard était familier, et annonçait que la femme du Héron et lord Marmion étaient d'anciens amis. Le roi remarqua l'intelligence de leurs yeux, et cette intelligence parut lui causer une surprise de dépit ; car les rois ne peuvent souffrir de rivaux, même pour un mot, un sourire ou un simple coup d'œil. Il prit sur-le-champ le large parchemin qui contenait la haute commission du lord anglais.

« Nous, habitants des frontières pillées par des envahisseurs, nos paisibles sujets volés et maltraités, dit-il; nous, soldats égorgés un jour de trêve , et les vassaux de Barton retenus prisonniers : voilà des choses que nous ne pouvions tolérer sous notre règne , car elles criaient vengeance ; et c'est pour cela que notre héros a porté à Henri l'assurance de notre défi , de notre haine et de notre mépris. »

Il s'arrêta, et, à ces mots, se rapprocha de Douglas qui , d'un œil sévère , observait cette fête. C'était ce Douglas , sixième du nom , qui portait la couronne d'Angus, et qui, le sang et le cœur jeunes , osa défier Jacques III dans son camp , et mettre à mort tous ses favoris dans la terrible plaine de Lauder. Les princes et les courtisans, devenus doux et tranquilles, ont tremblé longtemps au nom respectable d'Àrchibald Bell- the-Cat 1 . C'était ce même Douglas qui avait abandonné le poudreux vallon de l'er-

i Bell thê cat ?eut dire sonner le chat, ou, en d'autres termes, attacher le grelot an chat. a. m.

mitage de Liddesdale pour fixer sa demeure dans les forts et les tourelles où Bothwell voit ses forts défier les airs, et où la rivière de ce nom commence. Maintenant, avancé en âge, il avait déposé son armure de guerrier pour la robe paisible de simple citoyen, et le sabre pour le bâton de promeneur. Cependant chez lui encore jaillissait souvent l'étincelle guerrière qui, dans sa jeunesse l'avait porté à braver la colère d'un monarque et l'orgueil de ses favoris, et môme ce jour- là, en plein conseil, inhabile à flatter son souverain , le comte Douglas d'Angus avait blâmé son royal maître â l'occasion de la guerre qui allait éclater (9).

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