LE CHANT DU CLAN D'ALPINE
Saint an chef qni, triomphant, s'avance !
Gloire éternelle an pin, son cimier vert ; Puisse long-temps ce rameau qu'il balance A notre clan servir de frais couvert !
Snr lui le ciel épanche sa rosée, Le sol Pétreint de son suc nourricier ; Par lui la fleur encor fertilisée * Ouvre l'espoir d'un trésor printanier.
Que chaqne Jour de la verte montagne, Où grandiront ses généreux rameaux, L'écho bruyant que la joie accompagne Répète au loin le nom de ce héros !
Vive à jamais, au sein de nos hameaux, Le fils d'Alpine et sa noble compagne !
Non, ce jeune arbre auprès d'une fontaine Par le hasard ne s'est point vu planté, Afin de croître au souffle de Pété Pour que Phi ver le jette dans la plaine, Déjà flétri, mourant de vétusté !
Hais sur nos monts lorsque le vent rapide Vient d'arracher le feuillage du bois, Le clan d'Alpine alors court à la fois Se réunir sous sa mouvante égide, c Et reposer à Pombre de ses lois.
Dans les rochers il plonge ses racines, Tout orgueilleux de défier les vents :
11 s'affermit sons leurs coups impuissant*.
Menteith, chantez le plus grand des Alpines*
Dans Glen-Fruin retentit notre chant ; De Bannochar le soupir gémissant Vient de répondre à notre cri de guerre; Glen-Luss et Ross sont réduits en poussière, Et de Lomond, le plus brave guerrier (1 1), A succombé, mais ceint (Pun beau laurier!
Des fiers Saxons les veuves et les filles De pleurs long-temps nourriront leurs familles, Et l'épouvante, à ce nom souverain, Jusqu'à Lennox a circulé soudain.
Honneur et gloire an noble fils d'Alpine, Qui- de vinçt clans par sa Taillante main A consommé l'éclatante raine !
Rames, Tassaux, pour l'orgueil de nos clans ! Honneur au pin qui leur sert de bannière !
Et que la rose en notre île si chère Vienne embellir ses rameaux, verdoyants !
Oh! puisse un jour de cette illustre tige Naître et briller un nouveau rejeton Qui, s'éleyant de prodige en prodige, De Roderick étendra le renom !
ÀYec tout le joyeux cortège de ses femmes , lady Marguerite avait accouru. Leurs cheveux ondoyaient, abandonnés aux vents ; elles élevaient leurs bras ', aussi blancs que la neige , en répétant avec acclamation en un chœur sauvage le nom de chef, tandis que , ingénieuse et empressée à plaire, la mère de ce chef, avec l'accent du cœur, invitait Hélène au rivage pour recevoir son parent à son débarquement. « B;e i vite viens, ma fille, tu es une Douglas, et tu hésites à couronner le front d'un vainqueur! h La jeune fille obéit à regret et à pas lents , sur l'invitation que la dame lui faisait, et comme dans le lointain retentit soudain le son du cor, elle s'arrêta à moitié chemin : « Écoute, AUan- Bane , s'écria- 1- elle, j'entends là bas le signal de mon père ; c'est
à nous qu'il appartient de guider l'esquif et de courir à sa rencontre. » Alors plus rapide qu'un rayon de lumière , Hélène , vive et brillante , s'élance dans sa légère nacelle , et tandis que Roderick cherche avec empressement parmi les femmes celle qu'il chérit , elle a déjà laissé la rive assez loin derrière elle, et elle aborde à la baie opposée.
xxn.
Il est des sentiments accordés aux mortels , qui appartiennent moins à la terre qu'au ciel, et s'il y a des larmes humaines si pures, si limpides et si douces qu'il n'en coula jamais de plus
CHANT II. *f f
précieuses sur la joue d'un ange , ce sont les larmes qu'un tendre père épanche sur la joue cP une fille chérie ; et lorsque Douglas pressa de ses bras affectueux son Hélène étroitement sur son cœur, telles furent les saintes larmes qui humectèrent le front pieux de la jeune fille , quoique ce fût l'œil d'un héros qui pleurât. Tandis qu'Hélène bégaie d'une lèvre timide le compliment filial qu'elle veut adresser à l'auteur de ses jours , elle n'a point remarqué que la crainte, preuve d'un amour réel, tient à l'écart un aimable étranger : non, elle ne l'a point remarqué jusqu'à ce que Douglas ait prononcé son nom , quoique ce fût le jeune Malcolm Grœme.
Àllan remarquait avec un regard inquiet Roderick débarquant dans l'île. Tantôt il attachait son œil triste sur son maître , et tantôt il essuyait , d'une main hâtive , les pleurs qui s'échappaient de sa paupière. Douglas appuya sa main sur l'épaule de Malcolm, et lui dit avec affection : « Ne peux-tu donc, jeune ami, rien deviner dans l'œil brillant de mon barde fidèle? Je te dévoilerai le secret de son âme. Il se' rappelle le jour où il chantait ma gloire sur le seuil voûté de Bothwell, et tandis que beaucoup de ménestrels faisaient chœur avec lui , l'étendard normand de Percy , conquis dans une bataille sanglante , brillait devant moi, et vingt chevaliers , dont le moindre pouvait prétendre à un rang aussi élevé que celui du chef, s'avançaient derrière moi en ornant mon triomphe. Crois-moi cependant, Malcolm, je n'étais point aussi fier de ce concours imposant qui formait mon cortège , de cette foule de lords et de chevaliers , de ces hymnes sacrés qui montaient pour moi vers les deux par les soins de Blantyre , et de ces chants flatteurs que les bardes de Bothwell faisaient retentir à ma louange ; je n'étais point aussi fier , dis-je, de tout ce concours et de toutes ces acclamations que je le suis maintenant des
lift LA DAME DU LAC
pleurs silencieux de ce vieillard et de la douce affection de cette fille bien-aimée ; l'accueil dont je suis l'objet m'est plus cher que tout ce que la fortune m'offrit jamais de plus brillant. Pardonne, ami , l'orgueil d'un père : oh ! j'oublie aujourd'hui tout ce que j'ai perdu. »
Louange délicieuse! La vierge timide rougit , et sa joue devint pareille à la rose d'été qui éclate plus brjlla&te , embellie par les gouttes de la rosée ; Douglas a parlé, et Malcolm a prêté l'oreille. Afin de cacher la rougeur que sa joie craintive venait de faire paraître sur son visage , elle partage ses soins en caressant tour à tour les chiens et le faucon. Les douces attentions de la jeune fille attirent les limiers qui s'approchent en rampant et lui répondent par une tendre plainte. A son appel , le faucon choisit sur sa main sa station favorite , y ferme son aile noire , baisse la paupière, ne songe point à fuir, quoique sa tête soit découverte , et il était plein de confiance, tandis que de cette manière elle s'occupait 1 comme la déesse fabuleuse des bois. Si la tendre partialité d'un père exaltait le mérite et la beauté de sa fille , l'opinion de son amant n'était pas moins exaltée pour la louer sur une plus grande échelle -, il regardait Hélène comme à la dérobée, et chacun de ses regards furtifs exprimait le vif enthousiasme qui paraissait lui envoyer son ame.
Malcolm Grœme était d'une taille haute, d'une forme élancée, mais robuste et bien prise. Jamais le plaid drapé et le tartan bariolé ne couvrirent des membres plus gracieux ; ses cheveux dorés comme les rayons du soleil se bouclaient avec élégance
'The fond enthusiast sent his soûl.
C'est-à-dire l'amoureux enthousiaste lui enyoyait son ftme. A* M.
autour de sa toque bleue ; son œil d'aigle habitué à la chasse pouvait distinguer de loin le ptarmigan'; il connaissait tous les passages ou défilés conduisant, par la montagne et le lac ou les landes, à Lennox et à Menteith. En vain bondissait la biche brune, lorsque Malcolm bandait sur elle son arc retentissant ; à peine cet animal agile, quand môme la peur lui donnerait des ailes, pourrait il devancer le montagnarde la course. Malcolm gravit le Ben-Lomond escarpé, et n'en éprouve aucune fatigue-, tous les traits de sa Ggure s'harmonisent avec son âme ardente et (1ère, généreuse et franche : plus heureux avant l'aspect d'Hélène, son cœur n'éprouvait pas encore l'amour et ses chagrins ; il battait aussi légèrement, aussi librement dans sa poitrine que la plume ailée jouait sur son cimier. Cependant les amis qui le mieux connaissaient le jeune homme, sa haine de la tyrannie, son zèle pour la vérité, et les bardes qui voyaient ses traits s'enflammer au récit des exploits des vieux temps, disaient qu'aussitôt que Malcolm atteindrait l'âge viril, la gloire de Roderick-Dhu n'occuperait plus long-temps à elle seule les échos de la renommée dans les montagnes, et qu'elle pâlirait éclipsée devant celle de Malcolm Grœme.
On reprend le chemin de l'île, et Hélène dit à Douglas « Pourquoi, ô mon père ! pousser la chasse si loin ? pourquoi rêve nirsi tard? et pourquoi... »Le reste fut prononcé par ses yeux expressifs. « Ma fille, répondit Douglas, la chasse que je pousse loin est un amusement du noble art de la guerre, et si j'étais privé de ce passe-temps des preux, j'aurais abandonné la tribu des Douglas. J'ai rencontré le jeune Malcolm dans la forêt de Glenfînlas, lorsque j'errais du côté de l'Est, et je n'errais point en sûreté ; car en tous lieux dans les environs, les chasseurs et les
4 Espèce de coq de bruyère blanc, a. m.
cavaliers balayaient le terrain. Ce jeune homme, quoique pupille royal, a risqué sa vie et ses biens pour me servir d'escorte. A travers les chemins sinueux de la forêt il a guidé mes pas, en me préservant des poursuites de l'ennemi. Roderiek lui fera bon accueil, malgré une ancienne querelle; il le fera pour l'amour de Douglas, el alors Malcolm cherchera le vallon deStrath*Endrictr, en cessant de courir aucun risque pour moi. »
Sir Roderiek, qui venait à leur rencontre, devint rouge de colère A la vue de Malcolm Grœme, mais dans ses actions, ses paroles et son regard, il ne viola point les droits de l'hospitalité. La math née de ce jour s'écoula en jeux et en conversations ; cependant, vers midi arriva un courrier rapide qui eut un entretien secret avec le chevalier, dont l'aspect sombre annonça bientôt qu'il recevait de funestes nouvelles De profondes pensées semblaient absorber son esprit. Néanmoins il attendit que le banquet du soir fût terminé, et ce fut alors seulement qu'il réunit autour da foyer sa mère, Douglas, Malcolm Grœme et la belle Hélène. Tantôt il promenait ses regards autour de lui, tantôt il les fixait sur la terre, comme s'il eût étudié le moyen de commencer un récit fâcheux. II joua quelque temps avec la poignée de sa dague, et puis enfin fronça le sourcil et dit :
xxvin.
« Mon discours sera bref, le temps me manque, et les paroles flatteuses répugnent d'ailleurs à ma franchise de caractère. Mon cousin et mon père, si Douglas veut du moins permettre ce nom à Roderiek ; ma respectable mère, et vous, Hélène..., pourquoi, ma cousine, détournez-vous la vue ?... Toi aussi, Grœme, en qui j'espère bientôt reconnaître un noble ami ou ennemi, quand ^âge t'aura donné le commandement et l'influence dans ton
CHANT U. *ftt
pays natal, écoutez loua! L'orgueil vindicatif du roi se vaste d'avoir dompté les habitants de» frontières (là), où des chefs, qui étaient allés partager avec leur monarque les plaisirs de la chasse, furent saisis dans un piège sanglant, tandis que d'autres, qui avaient préparé leur banquet et ouvert un château pour recevoir un hôte royal, se virent indignement étranglés et pendus au seuil même de leurs propres foyers. Leur sang crie vengeance dans la prairie de Meggat, dans les landes de V Yarrow, sur les rives de la Tweed, dans les lieux qu'arrosent les ruisseaux solitaires de l'Ettrick et sur les bords du Téviot argenté. Les vallons où les camps belliqueux promenaient leurs coursiers ne sont plus maintenant qu'un lieu de pâturage pour les moutons et qu'une aride solitude. Le tyran royal de l'Ecosse, si connu par sa cruauté et son manque de foi, arrive dans ces lieux; son but est la même, le prétexte est aussi le jeu de la chasse : la grâce que les chefs montagnards peuvent espérer de lui, jugez-la par le sort des guerriers delà frontière (13). Bien plus, Douglas, tu as été reconnu dans la verte forêt de Glenfinlas : on y a distingué ta haute et noble stature. J'en reçois l'assurance par cet espion fidèle, et je demande ton avis dans ce moment de crise. »
Hélène et Marguerite, remplies d'effroi, cherchèrent à se rassurer en se regardant l'une l'autre, puis elles tournèrent les yeux effarés Tune vers son père, l'autre vers son fils. Le visage belliqueux de Malcolm Grœme changea plusieurs fois de couleur ; mais son regard laissait assez paraître qu'il craignait seulement pour Hélène. Chagrin sans témoigner d'accablement, Douglas parla ainsi : « Brave Roderick, bien quels tempête rugisse, elle peut n'être qu'un tonnerre passager; cependant je ne veux pas rester ici une heure de plus pour attirer la foudre sur ta maison, car tu sais que c'est surtout contre ma tête blanchie que la flèche
ftf Q LA DAME DU LAC.
royale est dirigée avec le plus de fureur. Toi qui peux mettre sous le commandement de ton roi une troupe vaillante, ton hommage et ta soumission détourneront la colère du monarque. Tristes restes du Cœur -Sanglant 1 , Hélène et moi nous chercherons un refuge isolé dans quelques grottes de la forêt -, et là, comme le cerf échappé à la curée, nous nous tiendrons- cachés jusqu'à ce que les chasseurs et les limiers aient cessé de parcourir et de battre la montagne et le marais. »
« Non, par mon honneur, s'écria Roderick, grâce au ciel et à ma bonne épée, non jamais ! Qu'il soit flétri le pin, l'antique cimier de mes pères, si la postérité du Cœur-Sanglant s'éloigne de son ombre au moment du danger ! Écoute le discours franc que je t'adresse, accorde-moi ta fille pour épouse et tes conseils pour aide. Assez d'amis et d'alliés, unis à Roderick- Dhu, environneront Douglas : même défiance, même intérêt, même grief, associeront à nos drapeaux tous les chefs de l'Ouest. Lorsque les cornemuses bruyantes proclameront mon hymen, les échos des rives sinueuses du Forth répéteront le cri d'alarme, les gardes tressailleront sous les portiques de Stirling; et lorsque j'allumerai le flambeau nuptial, des milliers de villages en flamme jetteront l'épouvante à la couche endormie du roi Jacques. Mais non : Hélène, ne reculez pas ainsi d'effroi ; et vous, ma mère , cessez de vous troubler : je n'ai point pensé tout ce que ma bouche a dit..., nous n'aurons pas besoin défaire des excursions de maraude ou de livrer des combats, lorsque le sage Douglas réunira par un lien d'amitié tous les clans de nos monta* gnes, pour garder les passages jusqu'à ce que le roi, désappointé et ne trouvant aucun accès dans nos vallées, retourne plein de honte à son palais. »
1 Armoiries de Douglas, a. m.
Il est des hommes qui, à l'heure de minuit; ont dans le sommeil, gravi une tour élevée et comme suspendue sur l'Océan dont le murmure n'a point de fin, et là, bercés par ce murmure, ont achevé tranquillement leur songe dangereux; mais quand, éveillé par le rayon matinal, ébloui par les feux de l'Orient, un de ces hommes ouvre les yeux, tressaille et découvre l'immense abîme ou plonge sa vue, entend l'éternel rugissement des flots et croit l'estrade étroite où il pose le pied tellement fragile, qu'elle lui paraît semblable à une toile d'araignée qu'agite le vent; dans le vertige de ses sens n'éprouve-t-il pas le désir désespéré de se précipiter dans le gouffre et d'aller au devant du péril que sa crainte aperçoit? De même la jeune Hélène, surprise et troublée à la ruine -soudaine qui s'entrouvre autour d'elle, jetée encore dans un sauvage égarement par la terreur qui s'augmente en son âme, et dont elle rend surtout l'objet, son père Douglas; de méme,dis-je, Hélène résiste à peine à la pensée désespérée d'achever par le don de sa main le salut de Douglas.
xxxn.
Malcolm devina dans le regard effaré d'Hélène ce terrible dessein ; il se lève pour parler ; mais avant que sa langue eût ex* primé son trouble, Douglas avait remarqué la rougeur qui avait coloré le visage de. sa fille, où ensuite la mort semblait combattre avec la vie; car, sur la joue de cette fille bien-aimée un moment circula une émotion brûlante qui trahissait les palpitations de son cœur, et puis par un retour soudain on vit sur cette môme joue s'étendre la pâleur de la mort. « Roderick, assez, assez, s'écria le vieillard , ma fille ne saurait devenir ton épouse ; cette rougeur soudaine n'est point celle qui est chère à un préten-
dant, et cette pâleur n'exprime point les craintes d'une pudeur timide. L'hymen que tu me proposes ne saurait s'accomplir; oublie-la, noble chef, et ne hasarde rien pour nous. Douglas ne lèvera jamais une lance rebelle contre son souverain. Ce fut moi qui instruisis 3a jeune main à guider les rênes d'un coursier, et à manier une épée ; je crois voir encore le prince enfant : Hélène ne me causai t ni plus d'orgueil, ni plus de joie ,• je l'aime toujours, malgré les outrages dont il me rend l'objet par une colère précipitée, et trompé sans doute par des langues perfides. Oh ! cherche te pardon que tu peux aisément trouver, en séparant ta cause delà nôtre. »•
deux fois le chef parcourut à grands pas la longueur de la salle . Les plis flottants de son large manteau de tartan, et son front obscurci, où l'orgueil blessé le disputait à la colère et au dépit, le rendaient, à la lueur sombre des torches, tout pareil au démon de la nuit qui abaisse le pouvoir ombrageux de ses ailes, sur la route du pèlerin égaré; mais l'amour dédaigné plongeait ses dards profonds dans le cœur de Roderick, et y faisait des blessures incurables. Roderick, avec une douleur poignante secoua la main de Douglas, tandis que ses yeux qui jusqu'alors avaient nargué les larmes, en répandaient des torrents bien amers. Les mortelles angoisses d'une espérance long- temps bercée pouvaient à peine tenir place dans son cœur ulcéré, avec son orgueil q\ii luttait en même temps sans pouvoir étouffer ses sanglots convtrlsïfe, tandis que chacun de ses sanglots (tant le silence > élait I*rofônd autour de lui,) était entendu distinctement par toute la Satie. Hélène ne put supporter le désespoir du fils et le regard de la mèfe ; elle se leva et le jeune Grœme accourut pour la soutenir él diriger ses pas.
Roderick alors se sépare de Douglas. . . comme on voit la flamme luire à travers la noire fumée, s'élever en colonnes longues et étincelantes, et se changer en un vaste incendie ; de même la nombre horreur du désespoir se fait jour à travers les étincelles d'une affreuse jalousie. Sa forte main saisit l'agrafe qui fixait le manteau de Malcolm sur son sein : « En arrière, jeune homme imberbe, s'éeria-t-il fièrement : en arrière ï As-tu donc ainsi oublié la leçon que je t'ai donnée tout récemment ? Rends grâce à ce toit hospitalier, à Douglas et à sa fille, si je diffère le châtiment que tu mérites. » Grœme, avec la promptitude plus grande que le lévrier qui se jette sur le gibier, en vint hardiment aux mains avec Roderick. « Périsse mon nom, si ce chef obtient son salut autrement que par son épée! » Il s'approche donc, et leurs mains désespérées tirent la dague ou le glaive-, la mort allait s'ensuive. . . Mais Douglas se lève, et se jetant au milieu des deux rivaux : « Guerriers, dit- il, arrêtez, je déclare mon ennemi le premier qui frappera! Insensés ! abjurez ce courroux frénétique! Eh quoi! Douglas est-il tombé si bas, que la main de sa fille soit regardée comme devant être le prix d'une querelle si déshonorante? »
Confus tous deux, ils lâchent prise à regret, en se regardant*** cTun air farouche, le pied en avant, et l'épée à moitié tirée du fourreau.
Avaot que les épées eussent brillé dans les airs, Marguerite s'estait attachée au manteau de Roderkk, et Malcolm avait entendu -le tri de son Eéièae, pareil à celui d'un songe funeste. Roderick •remet l'^pée dans le fourreau, et déguise sa colère en paroles de rméfïis. « Que. Malcolm reste ea vie jusqu'au matin \ ce serait dommage qu'une joue aussi délicate fût exposée. à. l'air froid de
la nuit (14) ! Il pourra dire à Jacques Stuart que Roderick saura défendre ce lac et ce vallon, et qu'avec son clan formé d'hommes libres il ne s'abaissera point à grossir la vile pompe d'un homme terrestre. Si ce monarque veut connaître de plus près le clan d'Alpine, Malcolm pourra lui indiquer notre force et nos défi* lés... Malise, viens !» Son compagnon accourut à cet ordre de son chef (15). « Malise, continua Roderick, donne un sauf-conduit à Grœme.» Le jeune Malcolm répondit avec calme et fierté : « Ne crains rien pour ton asile secret : le lieu qu'un ange daigna visiter est toujours béni, quoique des brigands le hantent. Réserve ton insolente courtoisie pour ceux qui craignent de devenir tes ennemis. Le sentier de la montagne est aussi sûr pour moi pendant la nuit qu'à la clarté du jour, quand môme Roderick-Dhu, avçc tous ses plus braves soldats , voudrait me barrer le passage. Taillant Douglas, aimable Hélène , non je ne vous adresse point ici d'a- * dieux; la terre n'a point de vallées assez solitaires , assez lointaines, ou seorètes, pour que je ne puisse reculer... Et toi, Chieftain , nous nous reverrons un jour. » Il dit, et abandonne celte demeure champêtre.
Le vieux Allan le suivit sur la plage, d'après l'ordre de Douglas. À son retour il annonça que le farouche Roderick avait juré qu'au lever de l'aurore, la croix de feu se verrait dans le vallon , le ravin, le monticule , la bruyère et le marais de la contrée ; que Grœme était menacé de périr de la part de ceux qui se réuniraient à ce signal, et qu'il serait plus sûr pour lui de débarquer à l'extrémité supérieure du lac. Il donna ce conseil que les vents emportèrent sur leurs ailes. Malcolm, sans y faire attention, ceignit l'épée , la gibecière et le large sabre; il roulait les plis nombreux de son plaid autour de ses armes , et se dépouillait de ses vêtements pour mieux franchir le lac à la nage.
Il dit alors brusquement au ménestrel :« Adieu , modèle de la fidélité antique ;»et lui pressa tendrement la main.» Oh ! que ne puis-je disposer d'un lieu de retraite ! Mon souverain a mes do* mairies en tutelle, mon oncle commande à mes vassaux : pour dompter ses ennemis , secourir ses amis , le pauvre Malcolm n'a que son cœur et son épée. Cependant , s'il est un seul Grœme fidèle qui aime encore le chef porteur de son nom, Douglas ne sera plus long-temps honoré comme le chef poursuivi dans la montagne jusqu'à son dernier refuge; et avant que ce voleur gonflé d'orgueil ose... je ne veux point confier le reste à l'haleine des vents! Dis à Roderick-Dhu que je ne lui dois rien , pas même le pauvre service d'un bateau pour me transporter là-bas du côté de la montagne.» Il plonge, à ces mots, dans l'écume blanchissante du lac, tient la télé levée sur les flots et s'éloigne hardiment du rivage. Allante suit d'un œil inquiet, jusque vers le milieu du lac , voit sa forme disparaître comme un trait léger au milieu des vagues sur lesquelles se joue la lueur argentée de la lune. Aussi vite que le cormoran puisse voler, le nageur déploie ses membres agiles ; et arrivant sur l'autre plage, favorisé par les rayons de l'astre au front d'argent, il annonce par un cri qu'il se trouve en sûreté : le ménestrel entend ce cri lointain, et se relire plus tranquille du rivage.
m LA DAME DU LÂC.
CHANT TROISIÈME
Ce rassemblement bes tribus.
CHANT
Le temps poursuit sa course éternelle : la race passée qui berça sur ses genoux notre enfance et émerveilla notre crédule jeunesse par d'antiques légendes et le récit d'étranges aventures arrivées sur terre ou sur mer, est effacée maintenant des choses quf
existaient. Combien peu de vieillards, tous faibles et privés de
presque toutes leurs facultés, et semblables aux débris d'un naufrage jetés sur la côte, attendent sur le bord delà mer dans l'obscure éternité que le retour mugissant de la marée les balaie de notre vue ! Le temps poursuit sa course éternelle.
Cependant il en est qui vivent encore et qui peuvent se rappeler cet âge où le chef montagnard faisait résonner son cor, dont le bruit était un signal reconnu dans les campagnes et les forêts, dans les vallons boisés et sur les rochers nus , au milieu des ravines et des landes solitaires. Le clan fidèle accourait en foule et se réunissait autour de lui ; le son d'avertissement était recueilli avec apiour ; chaque famille déployait sa bannière , la cornemuse retentissante appelait au combat, et la croix de feu étincelait au loin comme un météore (1).
La couleur réfléchie d'une aurore d'été se mêlait à l'azur des eaux du lac Eatrine *, la brise amoureuse et légère du Couchant
caressait de ses ailes la surface des flots et agitait doucement le feuillage des arbres \ le lac charmait la vue, comme une fille réservée et pudique qui tremble de révéler le plaisir qu'elle éprouve. Les ombres de la montagne n'étendent plus sur le lac azuré qu'un voile douteux, comme les joies de l'espérance s'offrent aux ré* gards de l'imagination. Le nénuphar ouvre à la clarté des cieux
le calice argenté de ses fleurs; la biche se réveille et conduit son faon au gazon étincelant des perles de la rosée ; le brouillard diaphane a quitté le flanc des montagnes ; le torrent a montré son courroux écumant ; invisible aux cieux diaprés l'alouette a fait descendre son chant matinal ; le merle et la grive tachetée saluent l'aurore du milieu des buissons et des vertes fougères, et le usinier leur répond en roucoulant ses airs de repos et d'amour.
Kulle pensée de paix ou de calme ne peut dissiper l'orage qui se grossît dans le sein de Roderick. Armé de sa claymore , il parcourt d'an pas rapide le rivage de 111e, il regarde le soleil levant et porte sa main impatiente sur la garde de son épée. Sous l'abri d'un rocher la vigilance de ses vassaux préparait cependant la cérémonie, entourée d'un profond et terrible mystère ; car l'antique usage avait appris qu'avant de lancer La croix de feu , tous les préludes fussent accomplis. La foule reculait souvent, frappée d'une crainte respectueuse , en rencontrant le regard impatient de Boderick, semblable à celui de l'aigle des montagnes, quand des rochers escarpés de Benvenue, il déploie ses ailes noires aux venté, et, planant au milieu des airs , il étend la grande ombre de de ses plumes sorte lac, et impose silence aux oiseaux du bocage,
On élève un amas de branches sèches de genévriers et de frènés sauvages, méfies aux débris d'un chêne déraciné par on coup
ft&l LA DAME DU LAC
récent de la foudre. Brian Termite, les pieds nus, avec son froc et son capuchon , se tient près du bûcher. Sa barbe horrible et ses cheveux souillés obscurcissent son visage empreint de désespoir; ses bras nus et ses jambes également nues montrent les cicatrices qui les couvrent, et les blessures qu'à faites une pénitence fanatique et grossière. Ce moine, d'une forme et d'un aspect si sauvages (2), au bruit du danger qui menaçait son clan , avait accouru de sa triste solitude, placée au milieu des arides rochers duBenharrow. Son aspect n'était point celui d'un prêtre chrétien, mais bien plutôt celui d'un druide échappé du tombeau , et dont le cœur et l'œil impitoyables eussent vu avec délices un sacrifice humain. Il mêlait, disait-on, à sa science païenne les sortilèges que murmurait sa bouche. La sainte croyance qu'il professait ne donnait que plus d'avantage à ses terribles malédictions. Nul paysan ne recherchait la prière de cette ermite : le pèlerin en évitait avec soin la cellule, et le chasseur, qui en connaissait les limites, rappelait soudain sa meute ; ou si dans le vallon solitaire quelque habitant égaré le rencontrait sur son chemin, il implorait le ciel et faisait le signe de la croix avec une crainte qui ressemblait à de la piété.
On répandait des bruits étranges sur la naissance de Brian. Sa mère veillait pendant la nuit près d'une bergerie construite dans le fond d'une vallée affreuse où gisaient dispersés des ossements humains, restes abandonnés du carnage d'une bataille, et blanchis par la pluie et le souffle des vents. Cet aspect eût effrayé l'âme d'un guerrier, en songeant à ce triste jeu des combats. Ici les racines de l'herbe longue et sauvage des montagnes enchaînaient une main qui autrefois avait rompu les rangs d'un bataillon cuirassé d'airain. Sous ces amples et robustes ossements qui entouraient un cœur inconnu à la crainte, un hôte faible et timide , la grive a placé son nid solitaire. Là , le v«r aveugle et paresseux a
CHANT IH. 2Itf
laissé en rampant son humeurvisqueuse sur des membres agiles qui déliaient le temps ; plus loin reposait le crâne d'un chef encore couronné d'une vaste guirlande , car la fleur de bruyère avec son liseron pourpré s'était plue à remplacer le panache et le cimier. Pendant toute une nuit, dans ce triste vallon, la mère de Brian était demeurée assise, enveloppée des longs plis de sa mante. Aucun berger, assura-t-elle, ne l'avait approchée, la main d'aucun chasseur n'avait dénoué son snood 1 , et cependant, depuis lors , Alice ne porta plus le nœud virginal qui devait lier sa chevelure (3); sa pudique allégresse et ses jeux enfantins s'étaient évanouis, sa ceinture virginale devint trop courte ; elle ne chercha plus, depuis cette nuit funeste, ni le temple sacré, ni les solennités religieuses , mais renfermant son secret dans son cœur, elle mourut en travail, et ne fut point confessée.
Solitaire au milieu de ses jeunes compagnons , Brian passa ses novices années, le cœur triste et brisé , étranger à la joie comme à la sympathie , et porta les témoignages visibles de sa mystérieuse naissance. Il passait les nuits entières au clair de la lune , confiant son destin aux forêts et aux ondes , jusqu'à ce que dans son égarement, recevant lui-même comme une vérité ce que la crédulité publiait de son origine , il vînt , au milieu d'un brouillard et d'un météore enflammé , chercher à connaître son père fantastique. En vain, pour adoucir son pénible destin , le cloître lui ouvrit sa porte hospitalière ; en vain la science de l'âge lui expliqua ses obscurs mystères, et lui déroula ses trésors, il n'y trouva que de nouveaux aliments pour la fièvre de son cœur. Il lut avec avidité tout ce qui a trait à la magie , à la cabale et aux enchantements : ses sombres méditations ne firent qu'augmenter son orgueil et sa curiosité.Enfin, la tête brûlante et les nerfs trop tendus,
1 Espèce de ruban on de nœud pour retenir les cheveux, a. m.
*flB LA DAME DU LAC.
et le cœur déchiré par de mystiques horreurs , H alla dans ht grotte otocure de Benbarrow cacher son désespoir et se dérober à la vue de» hommes.
Le désert lui offrit de sauvages visions, telles qu'en recevrait l'enfant d'un spectre. Aux lieux où les torrens luttent contre de noirs rochers il contemplait le tourbillon des eaux bouillonnantes, jusqu'à ce que du sein de leur écume ses yeux éblouis vissent apparaître le démon des ondes. Pour lui le brouillard de la montagne prenait la forme d'une magicienne nocturne et d'un hideux fantôme ; le vent de minuit s'élevait sauvage et terrible enflé par les voix lugubres des morts. Bien loin sur les landes arides, son œil apercevait les rangs de guerriers moissonnés sur un futur champ de bataille : c'est ainsi que ce prophète solitaire , séquestré du monde, s'en forgea un imaginaire. Un reste de sympathie le tenait encore attaché aux mortels : sa mère , seul parent qu'il pût réclamer, avait dû la lumière à l'ancien plan d'Alpine. Récemment il avait entendu, dans un songe prophétique, le cri plus prophétique encore de la fatale Ben- Shie 1 (4). Aux vents de la nuit s'étaient aussi mêlés les pas bruyants des chevaux de guerriers précipitant leur course et chargeant l'ennemi le long des flancs escarpés de Benbarrow, où jamais n'avaient pénétré de cavaliers humains; la foudre avait fendu un vieux pin : c'en était assez pour présager malheur à la race d'Alpine. Brian ceignit ses reins; et vînt déclarer ses pronostics de malheur. Tel est aujourd'hui l'homme tout prêt à bénir ou à maudire, selon que l'ordonnera le chef de sa tribu/
Tout était préparé : on prend sur le rocher un bouc , le pa-
1 Mauvais génie de Uevperttitieti écomise*
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triarche du troupeau -, on le met devant le bûcher allumé, et le glaire agile de Roderick l'égorgé. La victime expirante voit avec résignation s'échapper et sa vie et son sang qui coule en flots pourprés et descend sur sa barbe caillée et ses membres velus , jusqu'à ce que les ombres de la mort viennent obscurcir les deux globes de ses yeux ternis. Le prêtre farouche, en murmurant une prière , forme avec soin une petite croix d'une coudée de longueur, mesure convenue par l'usage. Les montants et les bran ches horizontales provenaient des rameaux d'un if dont la famille balance ses têtes majestueuses sur les tombeaux du clan d'Alpine dans l'île dlnch-Caillach, et qui, répondant aux soupirs des brises du lac Lomond, berce le sommeil éternel de plus d'un chef qui y reposent. La croix ainsi formée , le moine Brian Té* leva d'une main décharnée, en promenant autour de lui un œil hagard, et en éveillant un mélage do sentiments bizarres, tandis qu'il prononça l'anathème suivant :
« Malheur à l'homme de notre clan qui , voyant ce symbole formé de l'if sépulcral , oubliera que ses rameaux grandiront au lieu où le ciel fait descendre sa bienfaisante rosée sur les tombeaux des enfants d'Alpine ! Déserteur de la foi due à son chef , il ne mêlera jamais sa poussière à la leur ; mais, rejeté loin de ses pères, des siens et de sa famille, il deviendra en exécration à chacun des membres de son clan, qui appelleront sur lui la colère céleste et le malheur des hommes. » Ici le prêtre s'arrêta \ les vassaux répétèrent ses dernières paroles en faisant un pas en avant, et en jetant un regard farouche, et ils secouèrent dans les airs leurs épées nues , en même temps qu'ils choquèrent rudement leurs boucliers retentissants. De conftises clameurs s'élevèrent d'abord comme le murmure des eaux dans leur course , puis , semblables à l'impétuosité d'un torrent débordé qui s'avance dans la mer et
et y précipite ses flots réunis , elles éclatèrent avec un fracas terrible que répéta l'écho lointain , avec ces paroles : « Malheur au traître , malheur ! » La tête chauve de la montagne de Ben- An entendit ces accents, le loup joyeux sortit de son repaire , l'aigle superbe poussa un cri aigu , et reconnut le cri de guerre du clan d'Alpine.
Le bruit alla se perdre sur les eaux du lac et le moine continua de marmotter son sortilège. Ses accents devinrent sourds et tristes pendant qu'il brûlait la croix à ses extrémités; le peu de mots que recueillirent les airs , quoique le nom le plus sacré fût ici employé , semblèrent plutôt un blasphème qu'une prière ; mais , lorsqu'il secoua sur la foule les rameaux sacrés de la croix, il s'écria : « Malheur au misérable qui refuse de prendre la lance à ce signal terrible ! De même que les flammes cautérisent ce symbole, un sort pareil le poursuivra dans sa demeure, asile de sa frayeur! La vengeance du clan d'Alpine fera voler son vaste incendie sur cette habitation infâme , tandis que les jeunes filles et leurs mères appelleront sur sa tête la misère et la honte , l'ignominie et la douleur ! » Alors s'éleva le cri des femmes , aussi aigu que le sifflement du faucon sur la colline. Leurs imprécations se mêlent aux fredons babillards de l'enfance , qui cherchait de son côté à faire écho avec ces malédictions , et répétait : « Que la maison du lâche soit réduite en cendres! Maudite soit la plus humble chaumière qui recèlera la tête proscrite et condamnée par nous au désespoir et à la faim ! » L'écho triste et plaintif ébranla, ô montagne de Coir-Uriskin , ta caverne hantée par des fantômes ! et il fit entendre un gémissement lugubre dans le noir défilé où les bouleaux agitent leurs grêles rameaux sur le mont Beala-Nam-Bo.
Le prêtre fit de nouveau une pause , et garda un profond si* lence : son, souffle laborieux s'échappe avec peine de sa poitrine* ses dents se serrent et claquent les unes sur les autres , ses mains se raidissent d'une manière convulsive , et ses yeux étincellent comme un tison ardent ; il médite une malédiction encore plus terrible contre la tête de quiconque de son clan oserait désobéir à l'appel de son chef; il éteint dans le sang bouillonnant de la victime tout à l'heure immolée, les bras de la croix de bois d'if allupaé; il élève une dernière fois, ce symbole et sa voix rauque fait entendre ces mots : « Quand celte croix passera de main en main dans les domaines du clan d'Alpine , pour l'appeler aux armes, que l'oreille qui feindrait de ne pas entendre soit fendue à l'instant 1 Que le pied qui refuserait de courir demeure paralysé ! Que les corbeaux déchirent les yeux indifférents ! Que les loups dévorent le cœur du lâche ! Gomme ce ruisseau de sang coule sur la terre, que le sang de son cœur abreuve son àtre ! Comme expire cette étincelle sifflante hors du foyer, que le flambeau de sa vie s'éteigne au milieu d'une affreuse destruction ! Qu'enfin à lui seul soit déniée la grâce achetée par ce symbole de rédemption pour les fidèles ! » Il cessa déparier, et nul écho ne répéta le murmure de son terrible Amen,
Roderick alors, avec un regard impatient , prit le symbole de la main de Brian : « Pars vite , Malise , pars, dit-il , en remettant la croix à son brave écuyer ; le lieu du rendez-vous est la prairie de Lanrick, le temps presse, pars, Malise, pars! » Pareil à l'oiseau de la bruyère qui fuit la poursuite du faucon , un canot glisse sur les eaux du lac Katrine. L'écuyer se tient à la proue, les rameurs agissent si rapidement que les bouillonnements soulevés
par l'aviron , au lieu d'où la nacelle fut lancée , écumaient encore en montrant leurs sillons blanchissants au moment où elle atteignit te rivage opposé, et te bateau en était encore à trois bf as- «es de distance que déjà te messager des combats s'était élancé légèrement sur la plage.
Hâte- toi, MftHse, hâte-toi : jamais la peau fauve du cerf ne fut attachée à un pied plus agite. Hâte-toi, Malfse , hâte-toi : jamais motif <f accélérer tes pas né fût plus propre à distinguer tes nerfs actifs. 'Grimpe (Tune haleine la montagne escarpée, descends de «a crête comme un torrent Impétueux; franchis <Tun pas teste et
prudent les marais dangereux et tes fondrières tremblantes; traverse te ruisseau d*uft seul bond , comme te chevreuil volant sur les abîmes ; glisse à travers les landes comme le limier flairant du chasseur, La montagne est haute, le fleuve profond, mais ne recule point devant te saut désespéré ; tes lèvres sont brûlantes tt ton front ruisselé de sueur, mais ne t'arrête point près de la source. Héraut des combats, du carnage et de la mort, accomplis hardiment ta rapide carrière ! Tu ne suis pas maintenant la trace d'un jeune daim blessé , tu ne poursuis pas une jeune fille â travers te bocage , ta ne disputes pas à tes rivaux montagnards le prix de la course : mais le danger , la mort et les exploits guerriers , voilà les véhicules de ton message. Pars , Malise, pars !
À f aspect du Mai symbole, tes habitants des huttes et des hatneaux courent aux armes; te vaHdn sinueux, te toteau boisé dépêchent leurs vaillants défenseurs. Le messager n'arrête potat ses paâ ; il montrait le signal nommé le lieu du rendez-vous , et-, courant comme te vent, il laissait derrière lui la surprise et tes vâfues dameurs, lie pêcheur abandonnait te rivage , te forgeron i
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tarante ceignait le poigaasd et l 9 4pée, le rmmQmuemr joyeux je* tait sa faucille, le Jirachwr déposait sa feux , Uantle Mb à demi coupé ; les troupeaux erraient saris gardien, la charrue restait oisive au milieu du sillon, le fauconnier jetait en hâte l'oiseau compagnon de ses divertissements agrestes , le chasseur laissait le cerf aux prises arec la meute errante. Prompt au signal d'effroi , chaque membre du clan d'Alpine court aux armes : le tumulte et l'horreur parcourent la rive d'Achray. Hélas! aimable lac, tes bords n'étaient point (kits pour entendra les cris d'épouvante ! Les rochers et les bois se réfléchissent avec un calme si pur , et semblent sommerfter si tranqufltes sur ton sein d'azur ! Le chant joyeux de l'alouette elle-même , du haut de son nuage, paraît trop gai et trop bruyant pour la mélancolie de tes bords enchanteurs.
Hâte-toi , Malise , hâte-toi : le lac est déjà derrière lui , les huttes de Duncraggan apparaissent enfin , et semblent poindre comme des rochers couverts de mousse, à demi visibles , à demi cachés dans la verdure des broussailles. C'est là que tu pourras goûter quelque repos , et ton travail accompli ,' laisser au chef le soin de propager le terrible message. De même que le faucon plonge sur sa proie , l'écuyer s'élance et descend dans le vallon. A son approche , quels sinistres accents lui sont apportés par les vents ?€e sent *s «ris ttnôbrete , les gémissements des femmes ! les plafeirs (Tfcn vaiBmt «tftttear sont évanouis, tm brave guerrier a fini ses oombstsï Qui donc dfcns la bataille oui lâchasse pourra prendre m place à côté de Roderick ? Dans le château , où ta tomme des torchés Eanèbres a exclu les rayons du jour, le brave fiuacan repose au fond de sa bière, qu'une vettve arrose du tribut de ses larmes. Son fils se tient tristement debout auprès d'elle ; un plus jeune pleure et ne sait pourquoi. Xes
vierges du hameau et leurs mères prononcent autour du cercueil le coronach (6), ou chant des funérailles.