LE CORONACH
11 s'est enfui sur la colline» .
11 est perdu pour les fortts ; Comme tnre source cristalline, Quand le besoin est le plu» près.
La source peut, grâce a l'ondée , Se remontrer sur le chemin ; Mais , Dnncan » la coupe est vidée , Tu n'auras plus de lendemain !
Du moissonneur la main prudente Epargne l'épi vert encor ; Mais notre voix plaintive chante Un brave éteint dans son essor.
En sifflant l'Aquilon enlève La-sèche dépouille des bois ; Mais il est tombé plein de sève, Le preux guerrier de notre choix.
Sur les coteaux, chasseur agile, Tu brillas en sage an conseil ; En exploite ton coeur fut fertile, Et dort de l'éternel sommeil.
Comme la rosée aux montagnes, On l'écume au dessus des flots, Ou la vapeur dans les campagnes, A disparu notre héros !
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Voyez Stumah S qui , près du cercueil , regarde avec étonnement le corps de son maître. Pauvre Stumah , qui au moindre cri , au moindre geste de Duncan , s'élançait comme réclair à travers la rosée ! Il relève la tôte , il redresse l'oreille, comme s'il entendait les pas d'un étranger. Ce n'est point la marche emmitoufflée et ralentie d'un ami qui vient pleurer sur le guerrier qui
t Nom de chien comme en français nous disons Fidèle, qui est le sens de ce mot écossais, a. M.
a vécu, mais c'est l'ardeur précipitée , c'est la crainte mortelle : chacun attend d'un air effaré. L'envoyé s'élance dans la salle sans regarder autour de lui ; il s'arrête devant le cercueil, agite la croix souillée de sang et s'écrie : « Le rendez-vous est à la prairie de Lanrick , bâtez-vous d'en répandre l'annonce ; hâtez-vous! »
Angus, l'héritier de Duncan , s'élance et saisit la croix fatale ; le jeune homme attache rapidement à son côté la dague et la claymore de son père *, mais lorsqu'il aperçut l'œil de sa mère qui l'observait avec une muette agonie, il courut dans ses bras , et déposa sur ses lèvres un tendre adieu. « Hélas ! dit-elle en sanglotant, c'en est donc fait , tu m'abandonnes -, mais non : pars, . vole, montre-toi le digne fils de Duncan. » Angus jeta de nouveau un regard sur le cercueil, essuya une larme échappée de sa paupière , poussa un profond soupir, comme pour reprendre haleine, agita dans l'air son cimier, et, comme un jeune coursier de noble race qui essaie pour la première fois son ardeur et sa célérité , il s'échappe et vole à travers le désert, armé de la croix de feu. Les larmes de sa mère demeurèrent suspendues jusqu'à ce que le bruit des pas de son fils eût cessé de frapper son oreille $ et lorsqu'elle aperçut les yeux de l'écuyer mouillés de pleurs sympathiques : « Cher parent, lui dit-elle, "il est parti pour un meilleur monde celui qui eût porté si dignement ton message ! Le chêne est tombé, un jeune bourgeon est maintenant le seul appui de Duncraggan; cependant j'espère que Dieu protégera l'orphelin , et que mon fils remplira son devoir. Et vous, fidèles vassaux, dont les glaives furent toujours tirés au premier signe de Duncan , courez aux armes, et protégez la léte de l'orphelin : que les enfants et les femmes pleurent seuls le défunt. » A ces mots, le. cliquetis des armes se fit entendre , les clameurs belliqueuses re- * tentirent dans la salle funèbre ; chaque main détache en hftte de ■
k nmraiUe les épées et tes boucliers qui s'y trouvent suspendus; une énergie momentanée britte dans Fœtt creux dfe la venre , cornu», si ta teaurite si cber aux guerriers avait révefflé- son époux dam sa bière; mis cette force empruntée s'évanouît bientôt, te chagrin a réclamé ses; droite et les pleurs ont repris leur cours.
XÏX.
Le mont deBenledi aperçut la croix de feu : elle brillait comme l'éclair sur la cime de Strath-Ire; elle parcourut les vallons et les coltines. Le jeune Àngus ne prit aucun repos : une larme qui venait de couler de son œil, il la laissa sécher par la brise des montagnes. Il découvrit enfin les eaux murmurantes de la rivière de Teith , qui roulaient leur cristal limpide et naissant au pied d'un monticule boisé , où aboutit un vallon verdoyant , et où s'élève la chapelle de Sainte-Bride. Le courant était enflé, le pont éloigné, mais Àngus ne s'arrêta point sur le bord. Bien que les vagues sombres mugissent et tourbillonnent, bien que sa vue soit éblouie et son oreille étourdie par le fracas des eaux, il ne balance point : de sa main droite il élève la croix, de la gauche il saisit sa hache d'armes, et s'élance à travers le torrent d'un pas ferme et rapide. Deux fois il a chancelé ; l'écume jaillit au loin, le torrent roule avec un gonflement plus terrible; si le jeune homme tombe, adieu l'héritier orphelin de Duncraggan! mais, comme s'il allait périr, il saisit la croix des combats avec plus de vigueur ; il parvient à la rive opposée et gravit le sentier qui mène à la chapelle.
Un joyeux cortège s'était rendu le matin à l'oratoire ie Sainte» Bride. Marie de Tomfaea unissait son destin àcefcri du jeune Pformon» héritier d'Ànaasdare. Sous Farehe gothéqoesîavançait akffs le couple Jwuretcc^ après avoir reçu la bénôdicfeèo» nuftfi&le. las
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wiUanfeette bmafliemiiKt emmto m rnstiqw, maisjoyene* twcmksm ; le» jeun» gens cherchaient à évmHer ftfttenUea de» jeunes filles qui feignaient de se pas les entendre; les entantes* bTratoat à une bruyante «négresse, et poussaient des cris a igt* et foUttrna san* trop savoir pourquoi , et le* ménestrels rivalisaient de talent pour célébrer les attraits du jeune ample, et surfont de la nouvelle éponge dont le regard baissé et la joue ooiorée rappelaient et les perles et les roses damât». D'un pas timide eUe sV vanee, et d'une main tremblante eUe tient le ¥oite qui l ec o awe un sein d'albâtre. Le fiancé marche auprès d'elle en la regardant avec l'orgueil de ta victoire , et la mère enchantés eboebotte à l'oreille de aa fille quelques paroles de joie.
Quel est celui qui rencontre le cortège à la porte du temple ? le messager de la terreur et de la mort. Il précipite quelques accens confus ; la douleur nage dans ses yeux ; encore tout humide des flots du torrent qu'il vient de traverser, haletant, il s'arrête , présente le signe fatal et prononce ces paroles : « Le rendez-vous est dans la prairie de Lanrick \ porte au loin le signal , hâte-toi * Norman !» Ah ! faudra-t-il qu'il abandonne sitôt la main à la-
quelle il vient d'unir la sienne , pour saisir la croix et le glaive ? Faudra-t-il que le jour qui se leva si riant et qui promettait, le soir, de si doux plaisirs, sépare , avant te coucher du soleil , un époux de celle dont il a reçu la foi ? Cruelle destinée ! il le faut ! il le faut ! La cause du clan d'Alpine , la gloire de son chef , son ordre terrible ne souffrent aucun délai; obéis, Norman, en avant ! en avant!
~ Le jeune fiancé se dépouille lentement de son plaid, et promène langiiissamment un tendre regard sur son aimable fiancée , jus*
qu'à ce qu'il aperçoive les pleurs couler de ses beaux yeux : ils expriment une douleur qu'ils ne sauraient calmer. N'osant risquer un second regard , il s'éloigne en bâte et suit le cours de Tonde, sans détourner la tête, jusqu'à ce qu'il ait atteint le lac de Lubnaig où le Teith prend sa source. Quelle pensée remue le cœur du jeune homme ? c'est le pénible sentiment d'une espérance différée, et lecruel souvenir des vaines illusions du matin. A l'impatience de l'amour vient se mêler en lui la noble soif de la renommée ; il éprouve cette joie tumultueuse des montagnards, au moment où ils se précipitent sur leur lance ; il brûle d'un zèle généreux pour son clan et son chef; il espère qu'en revenant du champ de bataille où il aura bien combattu, et le cimier paré des sanglants honneurs de la guerre, il pourra serrer sa chère Marie sur son sein attendri Exalté par de telles pensées , il franchit les coteaux et les landes, plus prompt que l'étincelle qui jaillit du caillou , tandis que son enthousiasme belliqueux et son amour Adèle éclatent à la fois dans le chant qui va suivre.