CHANT DE DÉPART DU JEUNE NORMAN
Celte nuit la. fraîche bruyère Sera mon lit vers le coteau, Et sur ma tête la fougère Jettera son mouvant rideau.
De la sentinelle aguerrie Le pas réglé sera le chant Qui bercera l'amour constant - Dont mon cœur brùlo pour Marie; Le plaid, à mon cou suspendu, Va peut-être, a terre étendu, Devenir ma couche flétrie :
J'aurai pour chant ton désespoir, Dépouillé de l'heureux pouvoir De me réveiller, ô Marie \
En ce moment je n'ose pas Des nuages de la tristesse
Obsenreir tes traite délicats ; Je n'ose point de U promesse Me retracer la pure ivresse Et les pudique* embarras, • Ces enchantements de la vie, Quand ta me la fis, à Marie !
Mais Iota de Norman le regret î Quand sur l'ennemi fond Alpine, L'ardeur doit brûler sa poitrine, Son pied doit voler comme un trait, Pour te plaire, d fille divine !
Ti ndra le jour de douce foi ; Car au combat si Je succombe, D'un fidèle amant dans la tombe Le dernier vœu sera pour toi.
Et si mon bouillonnant courage Sort victorieux du carnage, Oh ! quelle joie alors, le soir, De retourner sous ton pouvoir !
Oh ! de la linotte chérie Que le chant aura de pouvoir Sur mon cœur -et le tien, Marie !
Le cri de la guerre se répand au loin dans tes landes , ô Balquidder : moins vite s'étend sur tes coteaux l'incendie nocturne (7) qui dévore dans sa course les bruyères de tes profondes ravines et de tes pittoresques vallées, enveloppant tes rochers d'un pourpre éblouissant, et rougissant tes sombres lacs qui dorment à tes pieds. Le belliqueux signal fait voler au combat ; il réveille les tristçs bords du Loch-Voil, les flots tranquilles du Loch-Doine, et alarme jusqu'à sa source le marécageux Bulvaig. Norman poursuit sa course rapide en descendant vers le Sud la vallée de Stralh-Gartney, jusqu'à ce que tous les hommes qui doivent prendre les armes pour la défense du clan d'Alpine aient entendu l'appel, depuis le vieillard en cheveux blancs, dont la main tremblante peut à peina attacher le glaive à sa ceinture , jusqu'au jeune homme dont la flèche et Tare effrayaient à peine le corbeau. Chaque vallon, chaque site isolé envoya^sa petite troupe de guer-
riers, qui, comme des torrents d es c e nd » d w mo n tagnes, réuni* rent leurs tribus pour former des masses prêtes à combattre en arrivant au lieu du rendez-vous. Tbos eea fiers montagnards, depuis le berceau , ne reconnaissaient d'autres lieas que ceux de leur clan, d'autre serment que cetar qulte avaient prêté à leur chef (8), d'autre roi que les ordres da Roderick-Dhu.
Durant cette matinée d'été, Roderick-Dhu avait parcouru les limites de Benvenue, et il avait envoyé ses espions sur les coteaux et dans les landes , pour aller observer les frontières de Menteith. Tous revinrent lui apporter la nouvelle que jusqu'ici la trêve était respectée ; le vaillant Grœme-, et Bruce l'intrépide étaient tranquilles encore ; nul cavalier ne se montrait dans Rednock : nulle bannière ne flottait sur Cardross; nul fanal ne brillait sur les tours de Duchray ; rien ne troublait les hérons de Loch-Con : tout paraissait tranquille. Maintenant savez -vous pourquoi te chef va examiner d'un œil si inquiet la frontière de l'Ouest avant d'aBer au lieu du rendez- vous? Un otage ^charmant, mais cruel, était caché dans une sombre crevasse du Benvenue. Ce matin, Douglas fidèle à sa promesse, était parti de l'île, et avait cherché un lieu solitaire dans un vallon reculé. Plus d'un barde a, dans la langue celtique, chanté Cok-Nan-Uriskia; les Saxons donnèrent un nom plus deux à cette grotte, et rappelèrent la caverne in esprits.
C'était une retraite en effet bien étrange et bien sauvage, comme jamais n'en foula le pied d'un exilé. La caverne, sur le front de la montagne , s'ouvrait comme une plaie sur la poitrine <Pun guerrier, les bords avaient retenu dans leur chute plusieurs fragments & rochers qn'jm antique tremblement de terre avait
précipités de ta eime chauve de Benveau* ici nntaMfti par le main du hasard ecwn» des ruines épam*< r 8* toWMéent « et poiBtphi«ôîifôs»flliefietrefltrée de la grotte, La <*!■* et te bon» letu* entamaient tour ombre, faisaient qn'e» ptan aeèdt & ne régnait en ee Heu qu'un sombre erépuacuta, à nwee qu'un ntpam égaré nebriltat touU coup sur le rocher à travers ce rkhm w* doyaat, comme le coup d'œil rapide qu'un propfciAe aspiré j«tte sur les profondeurs, immense éternité. Aucun bruit n'évealtaU ta siteûce solennel de cet asile secret, excepté In pioiiiltamcnt d'une fontaine solitaire ; mais quand les vent» régnaient sur ta lac, un fracas soudain s'élevait et annonçait la guerre étemelle des vagues contre les rochers qui les environnaient. Des rocs suspendus paraissaient menacer de combler la caverne. C'était l'asile favori du loup vorace ou du chat sauvage 3 tel fût pourtant le lieu de refuge que se choisit Douglasavec sa ûttaLe sinistre murmure de leur superstition défendait au vulgaire rapproche de ce lieu redoutable ; car, disait-elle, c'était le rendest-vous de» fée» et des urisks 1 montagnards. C'est là qu'ils venaient au clair, de ta lune célébrer leurs mystères; et ils auraient frappé de mort l'an* dacieux qui eût osé les y surprendre.
Lee ombres plus épaisses du soir flottaient sur les eaux œajestueuses etbrillantes du lac Katrine , lorsque B&derick, avec une troupe d'élite » repassa les hauteurs de Benvenne. Ils se dirigent vers la caverne des esprits à travers les arides sentiers de Beal- Nam-Bo \ les zélés compagnons du guerrier le devancent pour lancer la nacelle du rivage , car il se prépose de traverser le lac Katrine pour explorer les passages ou défilés d'Àchray , et; poster ses soldats. L'esprit rêveur, il reste en arrière de ses bénîmes, et promène autour de lui des regards qui expriment le regret. Un
4 Lutins des montagnes d'Ecosse, a. m.
seul page, chargé de porter son épée, marche à côté de son maître (9); le reste de ses compagnons s'avance à travers les broussailles et bientôt l'attend sur les bords du lac. C'était un beau et digne spectacle de les voir des hauteurs voisines aux derniers feux du jour! Chacun de ces montagnards était d'une haute et vigoureuse stature, et avait été choisi par son clan. On les distinguait tous à leur démarche fière et à leur air martial ; leurs panaches flottaient au gré de la brise légère du soir ; leurs plaids de tartan ondulaient de même tandis que leurs boucliers étincelaient aux derniers rayons du soleil, lorsque près du bateau ils formaient un groupe guerrier en harmonie avec un tel rivage.
Le chef se tient debout sur le rocher et semble attaché par un anneau secret à ce lieu si voisin de la grotte obscure où s'est retiré Douglas y et dont il voit le sentier. Au lever de l'aurore , le même Roderick avait juré de noyer son amour dans le torrent des combats, et de. ne plus songer à Hélène Douglas ; mais celui qui veut arrêter un fleuve avec une digue de sable, ou comprimer un incendie avec des liens de chanvre, a encore une tâche plus difficile à entreprendre s'il veut dompter l'amour. Le soir trouve Roderick tel qu'un fantôme sans repos, errant près du trésor qu'il a perdu ; car, quoique son cœur dénie à ses yeux de contempler une dernière fois celle qu'il adore, toujours son oreille aux aguets cherche à saisir les accents de sa voix, et maudit intérieurement la brise qui , agitant le feuillage , l'empêche de les saisir. Mais , écoutez ! quels sons viennent se mêler au frémissement des feuilles? C'est la harpe d'Allan-Bane qui éveille un prélude lent et solennel k son art. Quelle voix se marie aux accords du poète ? C'est la* voix: d'Hélène ou celle d'un angei
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