‹ MARMION SUIVI DE LA DAME DU LACChapitre 23 sur 33 · NORMAN · texte numérisé non relu

NORMAN

« Ce taureau fût tué ; sa dépouille fumante fut étendue près de la cataracte dont les eaux se précipitent avec fracas au pied de

Ma LA PAME DU LAC.

cet immense rocher au sommet sourcilleux, et de qui la chwnférenee l'a fait par tradition te bouclier du héros (2). Couché sur un écueil de la rive, près du lieu où ce torreafc inagit en perdant. ses flots, dans le gouffre , le magieien nourrit sa* prophétiques songes au milieu du murmure et de l'écume des eaux. Dans le voisinage repose notre chef. Mais, silence ! Regarde, à travers le brouillard et le taillis, se glisser lentement l'ermite et gravir le rocher, sur le front duquel il s'arrête pour observer nos soldats endormis. Ne ressemble - 1 - il pas, dis - moi , Malise, à un fantôme qui plane sur un camp égorgé, ou bien à un corbeau qui, du haut d'un chêne sillonné par la foudre, observe le dépècement cPun cerf en quartiers, et demande par ses tristes croassements sa part de la curée (3) ? » « Paix ! paix ! dit Malise. Pour un autre que pour moi tes paroles seraient d'un sinistre augure; mais je regarde Tépée de Roderick Dhu comme l'oracle et le soutien du clan d'Alpine, beaucoup plus que ces présages du ciel ou de l'enfer que ce moine redoutable peut révéler. Le chef Ta rejoint : regarde, ils descendent ensemble le rocher. «

Eten effet, tandis qa'ils descendaient tous deux, le moine dit à

Roderick ces paroles solennelles : « C'est une épreuve terrible pour un homme doué d'une vie mortelle, dont le corps* d'argile peut sentir tout ensemble et la fièvre et le froid, dont rœil s'égare dans une angoissé horrible, dont les cheveux peuvent se dresser cfomme la lance du guerrier, c'test une affreuse épreuve que de voir dérouler le rideau de l'avenir ! Voilà pourtant ce que, (fun corps tremblant, le pouls battant avec vitesse, les yeux couverts d'un nuage, l'âme déchirée par m itt& tourments, j'ai osé faire pour mon chef glorieux ! Les apparitions, les spectres gui ont assailli ma couche remplie d'effroi, ne peuvent être redits par une langue humaine ; aucun mortel, s'il n'a vécu entre les, vivants et les

chant rv. . 1 Mf

flufetfit. u'ttt éwé 4tms, *te indépendante de» toi» delà »«ira^pe survivrait jamais en racontant ce que j'ai vu. Ehinfcî terrible râpons* me fut tracée eu oametère de feu -, elfe nerrôsdnntt' peittt à KO* oreHte, ne paria point à mas yeux, mai» file est gravée eu traits brûlante dan* le fond de mon Ame ; la voici :

Celui qui le premier donnera le trépas 4 Sortit» i«ut*aaçUnt faiocfuesv dan* le» combats (4).

« Brian, je te remercie, dit Roderiek, de ton zèle et de tes soins ; ton augure noua est favorable. Jamais le ctan d'Alpine n'attendit : l'ennemi; toujours nos larges ctay mores se sont les premières abreuvées de sang. Mais uœ victime plus sôre s'est ofifërte d'ellemême à Boa coups propices : un espion ce matin a para dans nos » landes, il ne connaîtra point le retour 2 Mes compagnons gardent < tous les défilés à l'Est, à l'Ouest et au Midi ; le sanglant Murdoch, acheté pour être son guide, a reçu Tordre d'égarer ses pas , jusqu'à ce que dans un profond ravin ou dans un sombre abime il le jette sans vie. Mais, regarde : qui donc vient apporter d'autres. • nouvelles ? Malise, q*& nous apprendra$<-tii de l'ennemi ?»

vin.

« Deux orgueilleux barons , reprit Malise , ont déployé leurs bannières à Daune, sur une forêt de lances et d'épées; fai v» l'astre argenté de Moray et le pal noir du comte de Mar. » <t Par Târne ^'Alpine , dit Roderiek, voilà de bonnes nouvelles!-; J'aime à voir devant met (tes ennemis. Agnes damna courage : : qUwaddoivfint-ila ^avancer ? » — « L'autan de demain* les vfcrra ici rangés en tataiilcu Aiorsul nous trouveraot tons prêts» à tes * recevoir ! •* — « Mais:, quant au lieu du rendez-vous, dfs-mei ^ donc, n'a»*tu rien appris des clans alliés dTàarn ? Soutenus par eux, nous pourrions mieux présenter le combat sur- te revers du -

Benledi. Ta ne sais rien? peu importe; les hommes du clan d'Alpine défendront l'âpre vallée de Trosach; nous combattrons dans les gorges du lac Katrine, à la vue de nos mères et de nos filles ; chacun de nous pour nos foyers domestiques , le père pour son enfant , le fils pour son père , l'amant pour sa maîtresse chérie ! Mais quoi 1 Est-ce la brise qui affecte mon œil? ou bien es-tu , larme de triste présage , un messager de doute., et de crainte ? Non, la lance saxonne ébranlera plutôt l'inébranlable Benledi sur sa base, que l'hésitation et la terreur ne pénétreront dans le cœur indompté de Roderick-Dhu! il est aussi impénétrable que son bouclier fidèle. Que chacun se tienne à son poste et suive mes ordres. >» Le pibroch résonne, les guerriers s'avancent , les bannières se déploient, les glaives étinceltent, tout obéit et se meut & la voix du chef... Éloignons-nous du fracas des armes , et re- , tournons à la caverne de Coir-Uriskin.

Où est Douglas? il est parti. Hélène , assise sur un rocher près de la grotte, gémit, et prête à peine l'oreille aux paroles flatteuses du barde qui veut la consoler. « Il reviendra, disait Allan; il reviendra, il le doit. Il était temps qu'il allât chercher un asile loin du théâtre de la guerre , quand le farouche essaim du clan d'Alpine était effrayé de rapproche de l'orage. La nuit dernière j'ai vu la flottille de Roderick, à la lueur des torches, fendre l'azur de l'onde et laisser après elle un sillon d'écume blanchissant sur le lac comme ces éclairs lancés par l'aurore boréale 5 j'ai remarqué ce matin tous ces navires amarrés sur la plage de l'Ile solitaire, comme des canards sauvages tapis dans un marais, quand le faucon descend en tournoyant et fond sur la vallée. Puisque cette race farouche n'ose point braver le péril sur la terre ferme, le soin de ton noble père ne doit-il pas être de te préparer une retraite assurée ? »

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