COMPLAINTE DE BLANCHE
Le* filets sont placés Et les pieux sont dressés; Dans sa galle broyante Chacun bondit et chante.
On apprête les flèches Et les sanglants couteaux ; Les chasseurs non reréches Parcourent les coteaux.
C'était un daim timide Qui, sur son front humide, If outrait un noble bois , Aux nœnds accrus dix fois ;
H Tint dans la vallée, Et d'une âme troublée Il élèye la yoii.
CHANT IV. H.a
En sa course il rencontre
Un jeune faon blessé * Qui gémit et lui montre Le plomb qui Pa percé.
An daim le faon retrace Mille dangers là» bas ; lls'av&nce avec grâce.
Et le sang sur sa trace Présage le trépas.
Il ouvre la prunelle.
Et l'oreille aux aguets, '
D'une meute crueHe,
fi craint jusqu'aux bassets ;
Il a le pied plus vite,
M en use, il a fui ; **
Les chasseurs qu'il évite
Sont si \oisins de lui !
L'esprit de Fitz- James, que sa passion absorbait tout entier, fit à peine attention aux ayis que la crainte venait d'inspirer à Hélène ; mais le cri poussé par Murdoch éveilla ses soupçons, et la chanson de Blanche acheva sa conviction. Ce n'est point un cerf qui découvre un piège, c'est un lion qui aperçoit le cha&eur, et le chevalier lève aussitôt l'épée. «Avoue ta perfidie ou meurs,» dit Fitz- James à son guide. L'homme du clan fuit en bâte, mais en fuyant il a bandé son arc-, la flèche vole et frise seulement le cimier de Fitz-James pour aller percer le cœur flétri de Blanche. Murdoch du clan d'Alpine, il fautmaintenant prouver ton agilité ; jamais un fils de la tribu n'en éprouva plus de besoin ! la rage dans le cœur, et léger comme le vent, le fier vengeur court après toi; le sort est juge de ta fuite rapide. Pris, tu es mort ! disparu, ta vie est sauvée ! Tes compagnons se cachent en embuscade dans la bruyère, puisses-tu les atteindre! Cela est difficile, tu ne reverras plus les tiens ! le fier Saxon te presse ! le coup mortel te frappe sans résistance, comme la foudre qui réduit le pin en poussière. Fitz-James eut besoin de ses pieds et de ses mains pour retirer
*W LA DAMS W LAC.
son épée de la blessure qu'elle venait de foire. Penché sur l'ennemi renversé, et le regardant comme le faucon regarde sa proie, il sourit avec férocité en le regardant mourir ; il retourna ensuite à l'endroit où la pauvre fille baignait la terre dô son sang, le coude encore appuyé sur son genou .
Elle avait retiré la flèche fatale, et la regardait avec un faible sourire ; sa couronne de genêt et ses plumes tachetées étaient auprès d'elle. Le chevalier essaya d'arrêter le torrent de vie qui s'écoulait de sa blessure : « Étranger, dit-elle, ce soin est inutile ; l'heure de ma mort m'a donné un pouvoir de raison plus grand que je n'en ai jamais eu ; à mesure que de mes veines s'écoule mon sang, mes visions frivoles disparaissent. Je meurs infortunée et outragée sans secours ; mais quelque chose me dit par tes regards que tu es né pour me venger. Vois-tu cette tresse? oh ! je l'ai toujours portée, cette petite tresse de cheveux blonds, au milieu de mes dangers, de ma démence et de mon désespoir. Elle eut jadis le brillant et la pureté de ta chevelure ; mais le sang et les larmes en ont terni toute la splendeur. Je ne te dirai point le jour où cette tresse fut coupée, ni de quelle tête innocente elle fut enlevée... Ma raison m'abandonnerait encore! mais que ces cheveux flottent comme un panache sur ton noble cimier, jusqu'à ce que les rayons du soleil et le souffle des vents les blanchissent, et alors tu me les rapporteras... Hélas ! je sens que je m'égare! mon Dieu, permets du moins que ma raison m'éclaire en jetant son dernier éclat, précurseur de ma mort! toi, par ton titre glorieux de chevalier, par ta vie conservée aux dépens de la mienne, promets à mon espoir, quand tu verras un homme farouche qui se vantera d'êtrele chef du clan d'Alpine (et tu le reconnaîtras à son large tartan, à son panache noir, à sa main sanglote, à son air féroce), promets-moi, par ton cœur Jxmillon-
OUNTIV.
nant de courage et par ta farte épôe, de venger lesoutoges de la pauvre Blanche de Devan ! On veille pour l'attendre et t'inunûler à ton passage : évite ce sentier. Ociel !. .. adieu. »
Le brave Fitz -James avait un cœur sensible; ses yeux répandaient aisément des pleurs quand la pitié les réclamait; et ce fut avec un sentiment mêlé de tristesse et de rage qu'il regarda mourir la pauvre fille assassinée. « Que Dieu m'oublie dans ma détresse quand je l'invoquerai, si je ne venge point cette mort sur ce chef sanguinaire ! » Il coupa une tresse de cheveux de la jeune fille et les réunit à celle de son fiancé après les avoir trempés dans le sang; ensuite il les plaça sur le côté de sa toque. « Je jure, par celui dont la parole est vérité, de ne jamais porter d'autres marques de la faveur du beau sexe, jusqu'à ce que j'aie trempé ce triste gage dans le sang de Roderick-Dhu ! Mais, silence! que signifie ce cri lointain ? la chasse est ouverte, mais ils apprendront que le cerf aux abois est un ennemi dangereux. » Empoché de passer par le chemin qu'il connaît, mais qui est bien gardé, Fitz- James est obligé d'errer à travers les taillis et les rochers ; et souvent il lui &ut revenir sur ses pas en changeant de direction k cause du torrent et du précipice qu'il rencontre. A la fin, découragé, épuisé de lassitude et de besoin, 11 se couche dans l'épaisseur d'une vieille forêt, et se croit au termes de ses fatigues et de ses dangers. « De toutes mes courses hasardeuses, cette actiou doit être la dernière ! Comment ai-je pu être assez imprudent pour ne pas deviner que cette ruche de frelons des montagnesamasserait tous ses essaims, du moment qu'ellesaurait que les troupes royales sont réunies à Doune? Ces montagnards me cherchent et me poursuivent comme des limiers affamés... Écoutons leurs sifflements et leurs cris ! Si je m'avance davantage dans ces déserts, ce ne sera que pour tomber dans J,çs m? ins.de
l'ennemi. Demeurons donc ici couché jusqu'au crépuscule : alors je poursuivrai dans les' ténèbres mon chemin périlleux. »
XXÏX.
Les ombres du soir descendent lentement sur la plaine, les bois sont enveloppés d'une teinte noire, le hibou s'éveille dans son antre, le renard glapit dans la forêt ; il reste assez dç, lumière au chevalier pour s'avancer au milieu de la nuit, assez pour ne pas découvrir sa trace aux regards d'un vigilant ennemi. Il marche d'un pas prudent, et, l'oreille attentive, il grimpe les rochers et traverse les broussailles,- l'air froid de la nuit dans ces moniagnes n'était point tempéré par le solstice d'été, chaque brise qui balayait les landes et les bruyères engourdissait ses membres humides et glacés. Solitaire et risquant à tout moment de périr, pressé par la crainte et la faim, il s'avance à travers ces sentiers inconnus, semés de précipices, et embarrassés par les ronces avides ; enfin il se trouve au détour d'une pointe de rochers, et devant un feu de gardes.
Auprès de la braise éblouissante se réchauffait un montagnard enveloppé dans son plaid; il se leva brusquement et mit la main sur sonépée en s'écriant : « Arrête, Saxon, quel est ton nom et ton dessein ? » — « Je suis un étranger. » — « Que demandes- tu?»»
— « Dii repos et un guide, du feu et du pain. Ma vie est en danger ; j'ai perdu mon chemin, le vent a glacé tout mon corps » — « Es-tu un ami de Roderick? » — « Non. »> — Oserais-tu te déclarer son ennemi ?» — « Oui, je l'ose ! je suis l'ennemi de Aoderick et de tous ceux qtfil appelle au secours de son bras meurtrier. »
— « Voilà des paroles bien audacieuses! mais quoique les bêles obtiennent un privilège de chasse, quoique nous donnions de Fespaceetun certain intervalle au cerf avant que nous lancions
CHANT IV. 2*ff
sur lui notre meute agile, et que nous bandions notre arc inévitable, qui donc, qui trouva jamais à redire aux pièges où tombe le renard voleur? C'est ainsi que les traîtres espions... mais sûrement qu'ils mentent ceux qui disent que tu es venu comme un espion secret ?» — « Ils mentent, le ciel en est témoin ! que Roderick-Dhu vienne avec les deux plus braves de son clan ; que je me repose jusqu'à demain matin , et je graverai sur leurs cimiers mon démenti. » — « Si je ne suis pas déçu par la flamme du brasier, tu portes le baudrier et les éperons d'un chevalier. » — « Que ces insignes te fassent connaître en moi l'ennemi juré de tout orgueilleux oppresseur ! . - . Assez, assez -, prends place à ^^ mon foyer, partage la couche et le repas d'un soldat. »
Le montagnard lui servit un repas composé de la chair durcie du chevreuil (9); il prodigua le bois sec à son feu, invita le Saxon à partager son plaid, se comportant envers lui comme un hôte bienveillant, et poursuivit ainsi son entretien: « Étranger, je suis un homme du clan de Roderich-Dhu et son Adèle parent -, toute parole contre son honneur exige de moi une prompte vengeance : de plus, on dit que de ta destinée dépend un important augure. Il ne tient qu'à moi de sonner de mon cor, et aussitôt tu serais accablé d'ennemis nombreux ; il dépend de moi de te défier ici àl'épée, épuisécomme tu l'es; mais la cause de mon clan ni celle de mon parent ne me feront point départir des lois de l'honneur : assaillir un homme épuisé de fatigue serait une honte, et l'étranger est un hôte sacré ; il ne doit jamais réclamer en vain un guide et du repos, des aliments et du feu. Repose- toi donc jusqu'à l'aube du jour, moi-même je t'enseignerai ta route à travers les rochers et les gardes qui te cherchent, jusqu'au dernier poste du clan d'Alpine, le gué du Coilantogle : dès ce moment tu n'auras plus d'autre défenseur que ton épée. » «— « J'accepte,
Vm LA DAME W LAC.
mar toi, ta courtoisie, aussi yolon tiers que ta mets de franchise à né Feffirir » — «Eh bien! dors en paix, car Te cri du butor résonnesar le lae pour y appeler le semrnerl. * Il dit, et apporte de la bruyère près du foyer, fi étend son plaid sur le fit de verdure, et les deux ennemis côte à côte sommeillent paisiblement comme deux frères épuisés de fatigae; ils reposent ensemble jusqu'au moment où l'aube matinale Tient redorer la montagne et le lac immobile.
ciiÀrtT V. «et
CHANT CINQUIÈME
Ce Combat.
né)
CHANT
Belle comme le premier rayon de l'aube matinale lorsque , vu d'abord par le voyageur égaré, il brille sur le front obscur et triste de la nuit , argenté les flots écumeux du torrent et éclaire le dangereux sentier de la raontagafcybelle comme ce rayon* le plus beau de tous, éclate l'étoile de la foi 1 martiale et de lu courtoisie guerrière , en donnant de 1* grâce aux horreurs des combats, es rendant glorieux le danger, et en resplendissant au milieu, des terribles orages qui obscurcissent le front
de la guerre.
Ce premier rayon si beau et si brillant étînceïait à travers le •rideau des noisetiers, lorsque se levant à son éclat les deu* guerriers abandonnèrent leuf couche paisible, en portant leà yeux vers le ciel nuancé d'azur, en màrmotant leur prière dii mathi; et en éveillant le feu pour apprêter un repas aussi prompt qiie modeste. Ce repas terminé, leGaël 1 jeta autour de lui son plaid" de différentes couleurs, et, fidèle à sa promesse, monttàle cherhin au voyageur à travers les taillis et les rochers. Le sentier •était embarrassé : tantôt il serpentait le long d'un préciplcè'do-
1 Le montagnard écossais prend le nom de Gaël ou Gaul, et donne aux habitants des basses-terres on des plaines celui de Sasenach ou Saxons, (Note anglaise.)
minant le ravin, et les riches scènes où se développent les replis du Forth et du Teith, et plus loin tous les vallons que l'œil découvre jusqu'aux tourelles de Sterling, dont le faîte se perd dans les cieux -, tantôt le même sentier descend dans la forêt, d'où la vue se prolonge à peine à la longueur d'une lance. Ici il est rapide et exige le secours de la main; là il présente des arbustes souvent entrelacés au point que , se séparant tout à coup, les branches de l'aubépine font pleuvoir sur les voyageurs les gouttes de la rosée, cette rosée diamantée, si pure et si brillante qu'elle ne le cède qu'aux pleurs d'une vierge.
Enfin ils atteignirent le point de la montagne où, plus sauvage et plus rapide, le sentier plonge comme dans un précipice ; ici le Yennachar déroule ses flots d'argent; là, comme un rocher sur un abîme, s'élève en amphithéâtre le sourcilleux Benledi. Le sentier profond tournoie sous les saillies effrayantes des rocs pendants; c'est un passage que cent guerriers pourraient défendre avec bravoure contre une armée entière. Quelques touffes rares de bouleaux nains et de chênes composent les trois manteaux de la sauvage montagne-, entre des rochers et des cailloux nus s'élèvent des bouquets isolés de fougère verdoyante et de bruyère noire, qui rivalisent d'élévation avec le taillis voisin. Mais aux lieux où le lac sommeillait tranquille, l'osier humide bordait la rive marécageuse , et le pied du coteau ; souvent le sentier et la colline étaient dégradés par la chute des torrents d'hiver qui y avaient amassé des débris de gravier, de pierres et de sable. Le guide fut obligé de ralentir ses pas dans les gorges du défilé, et il profita de ce moment pour demander à Fitz- James par quel motif étrange il avait cherché ces déserts, visités par un si petit nombre d'hommes, à moins d'un sauf-conduit de Roderick-Dhu.
« Brave Gaël, répondit le Saxon Fitz- James, mon sauf-conduit, éprouvé dans le péril, pend à mon côté, à mon baudrier; cependant je ne m'attendais pas, je Ta voue, à être obligé d'y recourir maintenant. Quand je suis arrivé en ces lieux, il y a trois jours, égaré en courant à la poursuite du cerf, tout me paraissait aussi tranquille, aussi calme que le brouillard qui dort sur cette colline 1 ; ton chef redoutable était loin et n'était pas attendu de sitôt du théâtre de la guerre : ainsi parla, du moins, le montagnard devenu mon guide, quoique, peut-être, le perfide me trompât, n — « Mais pourquoi t'aventurer une seconde fois au milieu de nos montagnes? » — « Tu es un guerrier, toi, et tu demandes pourquoi ! Notre libre carrière est-elle soumise à des règles aussi peu changeantes, comme ces lois machinales qui régissent le vulgaire ? Je cherchais à dépenser les heures oisives d'une journée de paix ; une cause légère et futile suffisait alors pour entraîner un peu loin les pas libres d'un chevalier : un faucon envolé, un limier égaré, le doux regard d'une fille des montagnes, ou bien si un passage est signalé comme dangereux, le danger même n'est-il pas un appât suffisant ? »
« Garde ton secret, je ne te presserai point de me le révéler ; cependant je désirerais savoir de toi si , avant de venir en ce lieu, tu n'avais entendu parler de guerre dans les Lowlands , et de soldats rassemblés parle comte deMar contre le clan d'Alpine. » — « Non, sur mon honneur; j'ai appris seulement que des troupes avaient été réunies pour protéger la chasse de Jacques -, mais
1 AU seem'd as peaceful and as siill As tbe misi slumberiiig on yon MU.
Comparaison d'autant plus heureuse qu'elle est prise dans la localité, a. m.
je ne doute pas que , lorsqu'elles connaîtront le rassemblement des montagnards, elles ne déploient leurs bannières, qui, autrement* fassent demeurées paisiblement suspendues wï mmnnUes de Donne. »— «Qu'on le* arbore ! ear mm tfegretteriatte que leur* tissus de soie fussent attaqués cte» vers» Qà'tin leé àrtxfee ! Aussi librement flottera le pin qui ferme le noble étendard du ekw d?Alpine !— Mais, étranger, dis moi , puisque tu n'es* toi* paisiblement iei que parée que tu t'es égaré par la chasse an milieu de nos montagnes, devient doitel'audadeuse jactance qui tfà porté à te déèlarer l'eiwfemi mortel du fflsd'A^pin^?^—^ Guerrier, je ne connaissais hier au matin encore ton efref Roderiek-Dhu que comme un désespéré proscrit, et le chef d'uti elferi rebeHe, qui, à la cour, eh présent* dii réglât , frappa un èhéftlie* d f ùd poignard assassin : cela seul doit éloigne* de* toi tout cœur loyal et
sincère. *
Furieux d'une pareille accusation , l'homme du clan fronça le sourcil en lançant un sombre regard à l'étranger, et après une courte pause , if lui répondit : « Sais -tu pourquoi Roderick tira s on poignard? Sais- tu quelle parole outrageante excita sa vengeance sur son ennemi ? que faisait au chieftain de se trouver sur la bruyère des Highlands ou au palais de Holy-Rood ? Il a vengé son affront au lieu même où il l'avait reçu , et il l'eût fait dans le ciel même.» — « Une commit pas moins un crime-, cependant , il est vrai de dire qu'alors le pouvoir ne savait point commander le respect, tandis que d'une main faible Albany tenait le sceptre , emblème d'une autorité usurpée (1), et que le jeune roi , enfermé dans la tour dé Sterling , vivait privé des égards dus à sa naissance. Mais quelle vie de brigand que celle de ton chef, arrachant une vile proie dans des querelles sans motifs, dépouillant le malheureux cultivateur des plaines, non-seulement de ses troupeaux, mais de ses moissons à peine mûries ! Il
CtfÀNTT.
me semble qu'une âme comme la sienne devrait mépriser un butin de maraude, indigne du vrai courage. »
LeGrëi le regard» d'un air feront!» et lui répondit avec un sourire dédaigneux : « Saxon, j'ai remarqué que dû haut de cette montagne tu promenais des regards enchantés au loin, <*u Midi k l'Est , là bas, où dans une riche et vaste succession s'étoleftt le* épia, doué* et les vwrts pâturages ; où s'étendent de rians coteaux e t de gais bocages. Ces plaines fertiles , ces gracieux vallon* étaient jadis l'apanage désenflants duGaël 5 l'étranger vint lé for' à la main enlever à nos pères ces damaiaes où ils avaient reçu le jour, et qu'ils avaient ensuite arrosé de leurs sueurs. Quelle esC maintenant notre demeure ? Vois s'élever rochers sur rochers , montagnes sur montagnes : si nous demandions à ces Sauvages déserte que foulent nos pas errants, le bœuf utile et le pain du tté~ ttagé;si bous demandions à ces rocs nus des pâturages et des troupeaux , la mtikitagne pourrait nous répondre : « Le boudlier et la claymore vous appartiennent comme ils appartenaient À vos aïeux ; je vous assure un abri dans mon sein , c'est à vos bonnes épées à conquérir le reste !... Penses-tu que, resserrés dans cetteforteresse du Nord , nous ne tenterons point de sortie pour arracher à nos ravisseurs le butin qu'ils ont fait sur nous? Ah ! sur mon flme, tant que là bas, dans la plaine, le Saxon amassera une seule gerbe de blé;, tant que de ces dix mille troupeaux un seul longera te cours de la rivière, le Gaël, héritier de la rivière et de la plaine , ira^ le fer en main, réclamer sa légitime part (2). Quel est le chef montagnard qui avouerait que nos maraudes dans les basses -tçrres,ien moissons et troupeaux, ne sont pas de justes représailles? Cherche d'autres motifs de plainte contre Roderick-Dhu.
27ft LA DAME DU LAC.
Fitz- James répondit : Si j'en cherchais , penses-tu que j'aurais de la peine à en trouver ? Comment excuseras-tu le guet-apens de ma route , cette embuscade contre ma yie ?» — « C'était le salaire de ta témérité; si tu avais fait un aveu sincère et dit que tu venais chercher ton limier ou ton faucon égarés, ou bien une jeune fille de nos montagnes, tu aurais eu la liberté devenir et d'aller; mais un sentier secret désigne un ennemi secret 1 . Cependant , fusses tu un espion , tu n'aurais pas été pour cela condamné à mort sans être entendu , si un augure ne t'y avait dévoué.» — « Eh bien ! j'y consens ; je ne chercherai point d'autre cause d'inimitié pour irriter ton humeur et rembrunir ton front. Je te dirai seulement que j'ai promis par un serment de me mesurer avec cet enfant de l'orgueil : deux fois j'ai visité le clan d'Alpine avec des intentions pacifiques; mais, lorsque je reviendrai, ce ne sera plus qu'avec la bannière, la lance et le carquois , comme un chef quichercheson plus mortel ennemi. Jamais adorateurd'une belle n'attendit plus impatiemment l'heure assignée du rendez-vous que je n'attends face à face ton chef rebelle et son clan.»
« Alors , que tes vœux soient remplis !» s'écria le Gaël ; et le son aigu de son sifflet se propagea d'écho en écho , semblable au cri perçant du courlis lorsqu'il trahit sa fuite du rocher où il s'était placé. Au même instant, à travers les broussailles et les bruyères, apparaissant des toques, des lances et des arcs bandés. A droite et à gauche, en haut et en bas, se découvrent les ennemis en embuscade -, des fentes des roches sç dressent et sautent
* Secret path marks secret foe :
Tout homme qui se cache indique un ennemi secret* ▲. m.
les piques ; les flèches s'élancent du milieu des fougères ; les joncs et les rameaux des saules semblent métamorphosés en haches et en épées; chaque touffe de genêt enfante un guerrier cou vert de son plaid et armé pour le combat. Le coup de sifflet a réuni dans le vallon plus de cinq cents braves, comme si la montagne se fût entrouverte et eût vomi de son sein une armée souterraine. Tous ces guerriers, attendant le signal et Tordre de leur chef, se tiennent silencieux et immobiles. Semblables à ces rochers dont les masses pendantes menacent éternellement de se précipiter dans le gouffre du défilé , et semblent n'attendre que le faible toucher d'un enfant pour s'abîmer dans ce passage, les hommes du clan , le fer au poing et pied tendu , sont tout prêts à descendre le revers de la montagne. Le guide de Tel ranger jette un regard plein de flerté sur le flanc si animé de Benledi, et, rapportant son œil farouche sur Fitz- James : « Qu'en dis-tu maintenant , Saxon ? Voilà les dignes guerriers du clan d'Alpine, et je suis Roderick-Dhu.»
Fitz- James était brave : quoique son cœur tressaillit , comme glacé d'un spectacle aussi inopiné , il reprit son courage et son air résolu ; et regardant à son tour avec hauteur, il s'adossa contre un rocher, et posant un pied ferme sur le sol : « Viens seul , lui cria-t-il, ou venez tous à la fois ! ce rocher reculera plutôt de sa base solide que vous ne me verrez fuir.» Sir Roderick le regarde , et dans ses yeux le respect était mêlé à la surprise , comme aussi à cette joie sauvage que les guerriers éprouvent en présence d'ennemis dignes de leurs coups. Après un moment de silence, il fait un geste de la main, et sa troupe disparaît; chaque soldat regagne le poste où il était caché au milieu des genêts et de la bruyère , de la fougère et des broussailles : épées , lances , arcs aux flèches rapides, tout est rentré dans les taillis, et il semble que la terre ait de nouveau enseveli dans ses entrailles les guer-
H94 LA Q*Me WJ LAC.
guerriers qu'elfe yepatt d'en tker. Le denwer «Kuip 4a vents
traversé 1qs airs et hataeeé les étendards, les plaids flottants et
tes brillantspanachesqui tout A l'heure ondoyaient sur les landes - r
le dernier rayon du soleil couchant , qgi réfléchissaient tout à
l'heure l'éclat dès .glaive*, des boucliers et des cottes de mailles»
n'éclaire plus maintenant que la verte fougère et le froid granit
des rochers,
Pjtz- James regarde autour de lui et croit è peine au spectacle dont il vient d'être le témoin : une telle apparition lui semble une Hlusion d'un songe -funeste. H observe Roderiek avec hésitation, et à ce regard le chef répond : « Ne crains rien , quoique je n'aie sans doute pas besoin de le dire; mais tu ne dois pas te méfier de mes troupes. Tu es mon hôte ; j'ai donné ma parole de te conduire jusqu'au gué de Coilantogte; je ne réclamerai le secours d'aucun bras de mon clan eontre un brave guerrier aussi brave que toi, bien que de notre combat dépende chacune de ces vallées arrachées par le Saxon au Gaël. Continuons notre chemin : j'ai voulu seulement te montrer le roseau ^wir lequel tu t'appuyais en pensant que tu suivrais ce sentier sans une passe de Roderock- Dhu (3). »» Ils continuèrent leur marche. J'ai dit que Fitz~James était brave autant que jamais chevalier ceint du glaive ; cependant je n'oserais soutenir que son sang circulât aussi paisibiement que de coutume dans ses veines lorsque, suivant la trace de Roderiek à travers oesentier solitaire, il l'avait vu se barder tout à coup d : une forêt de lances prêtes à lui ôter la vie an moindre signal de son guide, qu'il venait d'outrager et de défier, il cherchait d'un vùgavd fortif les soldats éclipsés; son imagination voyait sortir tiu milieu des broussailles et des hautes hruyèreq une multitude de lances«et d'ôpées* et dans le col aigu de l'agreste pluvier elle retrouvait le signal du sifflet magique. H ne respira point en liberté jusqu'à ce qu'il eût laissé loin décrier© ie défilé : alors ils s'a van-
CHANT V. t7*
eèrent dans une plaine large et verdoyante où l'on ne découvrait ni arbres, ni buissons, ni roseaux ni genêts propres à cacher une toque ou une daympre.
xii;
le chef marchait devant et en silence, et ils atteignirent le rivage poBore dece torrent qui, fils de trois grands lacs , s'échappe du Vennaehaj en flots argentés, serpente dans la plaine et mine incessamment le camp en ruiner de Bochastle , où Rome , maîtresse de 1'upivere, jadis déploya les ailes de son aigle invincible (4). Ici le chef montagnard suspendit sa course , déposa son bouclier et son manteau , et dit au guerrier des basses-terres : « Vaillant Saxon, fidèle à sa promesse 9 le fils d'Alpine a rempli son devoir ; ce meurtrier, cet homme féroce , ce chef d'un dan rebelle, t'a conduit sain et sauf au milieu des gardes et des camp* jusqu'aux limites des dernières portes du clan d'Alpine. Maintenant, hpmme à homme , et fer contre fer, tu éprouveras la vengeance d'un chieftain. Vois , je n'ai plus ici d'avantage sur toi \ je suis anné comme toi d'une simple épée (5); c'est ici le gué de Coilajitogle, et tu dois te défendre avec ton arme. »
Le Saxon, après un moment de silence , répondit : « Je n'hésitai jamais lorsqu'un ennemi me provoqua le glaive en main ; et , d'ailleurs, brave chef, j'ai juré ta mort. Cependant, ta foi noble et généreuse, et ma dette réelle pour une vie que tu as sauvée mériteraient 999 meilleure récompense : notre querelle ne peut-elle donc se terminer que parle sang ? N'est-jl aucun moyen ?. . . «Non, étranger! non , dit brusquement Rfldarick; et, pour enflammer ton zèlp atjtiédi , apprends qu# te a^use saxonne repose sur ton
épée, car ainsi a parlé le destin par la voix d'un prophète nourri entre le* viy^pjls et les morts :
Celui qui le premier tuera son ennemi, Dans la lutte rendra triomphant son parti.
* Eh bien ! sur rnon honneur, dit le Saxon ; l'énigme est déjà expliquée. Cherche là-bas, dans la bruyère, sous le rocher : là gît étendu sans vie le corps du sanglant Murdoch : ainsi le sort a accompli la prophétie , cède au destin , non à moi-même. Allons ensemble à Sterling trouver le roi Jacques ; là , si tu persistes à demeurer son ennemi , ou si le roi refuse de l'accorder ta grâce et ses faveurs, je té donne ma parole que, retourné dans les montagnes, tu pourras reprendre les avantages qu'elles t'assurent, et déclarer de nouveau la guerre.»
Un sombre éclaire jaillit de l'œil de Roderick : « Ta présomption s'élève bien haut, parce que tu as égorgé un malheureux paysan , pour croire que je veuille alors rendre hommage au roi Jacques ! Roderick ne cède ni au destin ni aux hommes; tu n'as fait qu'ajouter un aliment à ma haine :1e sang de mon vassal de* mande vengeance. Quoi donc ! tu n'es pas encore prêt ! Par le ciel, je change d'opinion et considère ta valeur comme aussi vaine, aussi légère que celle d'un chevalier de boudoir, qui a bien mal mérité mes soins prévenants, et dont la gloire ne consiste qu'à porter une boucle de la chevelure de sa dame. >»— « Je te remercie Roderick, de ce dernier mot; il fortifie mon cœur et aiguise mon épée 1 ; car j'ai juré de tremper celte boucle de cheveux dans le meilleur sang qui échauffe tes veines. Maintenant, adieu la trêve, adieu la pitié ! Cependant ne t'imagine point qu'il n'appartienne qu'à toi d'être généreux : quoique d'un coup de sifflet je ne puisse faire sortir du taillis, de la bruyère ou du cairn*une troupe dTîommes vigoureux du clan , il me serait du moins facile , avec
1 It nerves my eart, it steels my sword.
2 Amas de pierres figurant un tombeau ; expression entièrement locale. A. M.
le son de ce petit cor, de réunir une redoutable bande contre toi. Mais ne crains rien, ne conçois nul soupçon ; ce que tu désires , nous l'essairons; nous yiderons cette querelle seul à seul, poignet contre poignet.» Chacun alors tiré en même temps son épée; chacun jette le fourreau par terre ; chacun regarde le soleil, le ruisseau et la plaine , comme s'il ne devait plus les revoir ; et puis 9 croisant le fer et se menaçant du regard , ils commencent fièrement un combat douteux.
Roderick-Dhu comprit alors, sur le champ du combat , Ta van • tage de son bouclier (6) qu'il avait jeté , et dont les clous d'airain et la peau de buffle avaient souvent détourné le trépas; car Fitz- James avait appris chez l'étranger à manier ses armes , et son épée était au besoin tout à la fois une épée et un bouclier pour lui (7). Il mit en usage toutes les ressources de l'escrime , poussant, frappant et faisant des feintes, pendant que moins expert, quoique bien plus vigoureux, le Gaël soutenait un combat inégal. Trois fois ils se choquèrent avec force, et trois fois l'épée du Saxon but le sang de son ennemi : ce n'était pas une faible quantité, un rare écoulement, c'étaient des flots qui teignaient le tartan de Roderick ; celui-ci sentait bien le fatal écoulement, et il faisait pleuvoir ses coups comme des gréions d'hiver , et aussi ferme qu'un rocher ou une tpur qui défient les assauts de l'orage. Fitz- James, toujours invulnérable, déjouait par sa science la fureur de Roderick; jusqu'à ce qu'enfin ayant pris un avantage sur ce dernier, il lui fit sauter son arme de la main, et l'ayant alors forcéde reculer, il fît tomber sur le genou l'orgueilleux chief tain.
« Rends-toi, lui cria le Saxon , ou par celui qui créa le monde, t le sang de ton cœur va rougir mon glaive! » — « Tes menaces, ta
pitié, je les défie ! que le lâche cède .s'il craint la mort ! » Aussitôt, comme un serpent qui déroule ses anneaux , comme unloqp qui s'échappe de ses rets, comme. le chat sauvage, qui combat pour ses petits,. Roderiok saute A la gorge de Fitz- James, reçoit sans y faire attention de nouvelles blessures,.et enveloppe, étreint de ses bras son habile adversaire. « C'est à présent, valeureux Saxon, que la vigueur t'est nécessaire ! Ce ne sont point les bras d'une jeune fille qui s'enlacent autour de ton cou ; il doit sentir mon étreinte redoutable , malgré ces clous d'airain et ce triple acier !» Ils se tirent, se poussent et se forcent, tombent sur le sol , le Gaël dessus, Pitzr James dessous. Le poignet du chieftain serre la gorge au Saxon, le genou appuyé sur sa poitrine ; il rejette en arrière ses cheveux mouillés de sang , s'essuie d'une main le front dégouttant de sueur, de sang et de poussière , fait jaillir nn éclair de son œil, et briller en l'air sa dague menaçante. Mais la haine et la rage suppléent mal les torrents de vie, écoulés de ses blessures, et trop tard il obtint l'avantage qui allait faire passer de son côté les chances d'une lutte à mort , tandis que le fer levé étincelait dans sa main , le vertige a saisi son âme et ses sens, le coup terrible que le Gaël veut porter n'atteint quelahruyère, ne trouve qu'un fourreau privé de sang 1 . Le Saxon se débattant s'arrache des bras du chieftain qui s'évanouit : il se relève non blessé de la terrible étreinte, mais ayant perdu toute respiration.
xvn.
.11 balbutie des actions, de «grâce à la Providence de .lui avoir sauvé la vie, lorsqu'il avait .perdu L'espoir daostce combat désespéré; il jette ensuite les yeux sur son ennemi, dont le .souffle paraît être le dernier qu'il doive exhaler ; il plonge la tresse dans le sang de Roderick : « Pauvre Blanche ! s'écrie-t-il , tes injures
• Dawn came the bkw : but lo the beat Tbe erriiig blade found bloodless fthçajji.
«sot chèrement payées» mais avec ton ennemi doit mourir on Tivre la louange que méritent la loyauté et la valeur ! « En disant ce» mots, il sonna du cor , détacha 000 collier, se découvrit la tête, et s'assit au bord du ruisseau pour se laver le visage et lea mains. Dana le lointain , ftriblement d'abord , H entend le gulep des chevaux ; le bruit augmente, et bientôt 3 aperçoit devant lui quatre écuyers en costume de Lincoln ; deux qui portent une lance, et deux qui mènent en laisse un coursier tout seHés tous précipitent leur course, arrivent près de fïtz-James, et contemplent surpris cette arène sanglante. « Point d'exclamation ! mes braves, leur dit le Saxon ; ne me questionnez pas; vous, Herbert et Lufltaess , descendez, et venez bander les plaies de ce chevalier ; qu'il soit placé sur le palefroi blanc auquel nous destinions une charge plus belle , et qu'on le porte en droite ligne à Stirling : je vais me hâter de m'y rendre , afin de me procurer un cheval frais et ua vêtement convenable. Le soleil est déjà haut sur l'horizon, il faut que je sois i midi au jeu de l'açc ; maïs Bayard effleure légèrement le soL Devaux et Herries, suivez-moi. »
« Viens, Bayard , viens ! » Le coursier obéit, le cou en arc et la tête inclinée , le regard étincelant et l'oreille tremblante , comme pour exprimer la joie qu'il éprouve à entendre la voix de son maître. Fitz- James ne met ni le pied dans rétrier ni la main sur le pommeau de la selle, mais en tortille sa main gauche à une poignée de la crinière , saute légèrement de la terre sur le cheval, le pique de l'éperon et t'excite au galop. Le 1er coursier bondit, le cavalier se tient ferme en selle, et, comme une flèche lancée de l'arbalète , il disparaît avec lui dans la plaine. Ils traversent le torrent rapide et montent la colline de Carhonie-, le ehevalter presse encore le galop de Bayard, et les écuyers suivent de leur mieux. Le long de tes bords, Teith riante, ils chevauchent et
défient la vitesse de tes eaux. Les Tilles de Torry et de Lendrick sont déjà passées; Deanstown reste bien loin derrière eux; ils avancent toujours , et les tourelles de Doune se perdent bientôt dans une lointaine forêt. Blair-Drummond voit jaillir l'étincelle sous les pieds des chevaux ; ils volent comme le vent à travers la cité d'Ochtertyre ; ils voient paraître et disparaître en un moment la tour sourcilleuse de l'ancienne Kier; ils poussent et lavent dans tes eaux paresseuses , ô sombre Forth , leurs coursiers couverts de sueur, et atteignent le rivage opposé , après bien des sauts et bien des efforts. Ils laissent à leur droite tes rochers , ô Craig-Forth, et bientôt le boulevard du Nord 1 , la blanche Sterling avec ses tours et sa cité s'offrent à leurs regards et bornent leur course agile.
En avançant avec difficulté dans le sentier pierreux, le cavalier retient les rênes de son coursier $ il fait un geste à son écuyer, qui aussitôt a saisi rétrier : Vois-tu , dit Fitz- James à Devaux , ce vieillard de haute stature et au chél if accoutrement, qui vers la ville suit le chemin rocailleux ? remarques-tu son pas ferme et alerte en montant le revers de la colline? sais-tu d'où il vient ou qui il est? — Non, sur ma foi, répondit l'écuyèr ; il semble un paysan robuste qui dans la plaine ou à la chasse figurerait à merveille au cortège d'un baron. —Non , non , Devaux ; la crainte et la jalousie ne sauraient rendre tes yeux plus pénétrants. Bien loin, avant qu'il eût descendu la montagne, j'ai reconnu la forme et la démarche de cet homme vigoureux : on n'en voit point de pareils en Ecosse-, on ne voit point de tels pas fouler le gazon calédonien. Par saint Serlei c'est Jacques de Douglas, l'oncle du comte banni. Hâtons-nous d'arriver à la cour et d'y annoncer l'approche d'un si terrible ennemi. Le roi doit se tenir sur ses gardes -.
i C'est-à-dire l'Ecosse, qui est au Nord de l'Ang 'eterre. a. m.
il est boa qu'ayant de se rencontrer, Douglas et lui soient préparés à s'accueillir. « Ils firent alors tourbillonner leurs coursiers et gagnèrent vite la poterne du château.
Douglas, qui arrivait de l'antique abbaye de Cambus-Kenneth, s'entretenait tristement avec sa pensée en grimpant la montagne : « Oui , se disait- il , tout ce que mes craintes se figuraient se réalise : le noble Grœme est prisonnier, et le sauvage Roderrck éprouvera bientôt la vengeance de l'épée royale. Moi, moi seul, je puis prévenir leur sort ; Dieu veuille que la rançon n'arrive point trop tard ! L'abbesse a promis que ma fille serait épouse du Christ ; Dieu me pardonne une larme de regret/ car celui qui lui donna le jour sait combien elle est bonne et combien elle est chère ! Mais qu'il n'en soit plus question : il ne me reste plus maintenant qu'à mourir. O vous, tours vénérées dont les retranchements formidables virent un Douglas périr de là main de son roi ; et toi , monticule fatal 1 , qui as entendu si souvent retentir la hache homicide (8), lorsque la main sanguinaire de l'affreux bourreau s'appesantissait sur la tête des plus nobles chevaliers de l'Ecosse, préparez le donjon , l'échafaud et une tombe sans nom : Douglas vient subir son destin ! Mais , silence! Quel joyeux carillon s'éveille au clocher de Saint-François ? Regardez ! quelle foule bigarrée et diverse remplit les rues de la cité? Que signifient ces danses mauresques, cette bannière , ce cortège , ces cornemuses et ces tambours? Je devine, à ce concours extraordinaire, que les bourgeois de Sterling célèbrent aujourd'hui leurs jeux (9). Le roi Jacques y sera : il aime à se montrer aux lieux où les bons archers bandent Tare , où de rudes jouteurs terrassent leurs adversaires , autant que dans les tournois où de nobles champions viennent rompre des lances. Je vais me rendre au parc du château
4 Eminence au Nord-Est du château, où Von exécutait les criminels d'État &. m.
et disputer aussi une palme : le roi Jacques verra si Page a énervé oes bras musculeux ydont si souvent sa jeunesse, en de meilleurs Jours, aimait à louer la vigueur. »
Les portes du château s'ouvrent, le ponMevis s'ébranle et s'abaisse en grondant , les pavés des rues frémissent sous tes pas des chevaux, tandis que descendent lentement le roi d'Ecosse et ses nombreux courtisans, aumHieudes acclamations d'un peuple ivre de joie. Le prince , à cheval sur on blanc coursier, inclinait fréquemment la tôle , ôtait sa toque pour saluer les dames , qui souriaient et rougissaient à la fois d'orgueil et de pudeur. Celle qu'il regardait davantage avait le droit d'en tirer vanité; car il choisissait toujours la plus belle. Il félicite gravement les bourgeois de & cité, il loi» les costumes singuliers de chaque troupe, adresse des remerciements publics aux danseurs , sourit et fait des salutations à la mu Ititude , qui élève jusqu'aux cieux ses acclamations : « Vive le roi Jacques, roi des communes, souverain du peuple ! » Derrière le prince sont rangés les pairs , les chevaliers, les nobles dames et les brillantes damoiselles, dont les fiers palefrois s'impatientent du délai que leur opposent la déclinaison de la rue et l'affluence des spectateurs. Mais dans la foule on pouvait distinguer des fronts rembrunis, des visages tristes ; plus d'un noble supportait avec dépit le frein que l'on mettait à son orgueil, et méprisait les joies vulgaires de la bourgeoisie; plus d'un chef, en otage pour sou clan, figurait dans le cortège coame en un lieu d'exil , rêvait à sa vieille tour , à ses bois ondoyants , à sa puissance féodale , et se croyait jouant un rôle honteux dans
une fête qu'il maudissait du fond de son cour.
Les diverses parties du cortège se répandent dans le parc du
chêtèau . Là lès danseurs mauresques , arec des sonnettes aux
talons et le glaive en main , se livrent à leurs exercices ; là surtout
se distinguent le vaillant Robin-Hood (tO) avec sa bande agile ; le
moine Ttick , avec son bâton à deux bouts et son capuchon ; le
vieux Scathelocke , avec son air tout refrogné ; la jeune fille
Mariera» aussi Manche quei'ivoire^Scariet, Mutoh et Petit Jean :
tours core donnent le signât , et tons les archers sont appelés à
moofc r» leur adresse : Beuglas tend un arc énorme ; sa première
flèche va percer le milieu du blanc ; la seconde fend la première
en deux. Il doit recevoir des mains du prince une flèche d'argent
poor prix de Tare. L'œil humide d'une larme , H attend avec in-
qmétude et cherche un regard de sympathie dans tes yeux du
monarque : aucune douce émotion ne sty manifeste ! Le roi lui
décerne le prix avec la même indifférence qu'il l'eût remis à un
archer ordinaire.
Mamtenant, qu'on ride l'arène! les lutteurs vont avoir leur tour. Il en est deux qui se montrent supérieurs à tout le reste , et ils demandent fièrement de plus dignes rivaux. Ils n'attendent pas long-temps : Douglas paraît. Hugues de Larbert va demeurer estropié pour sa vie $ Jean d'AUoa n'a guère un meilleur sort, car il est rapporté sans vie au milieu de ses camarades. Le prix de la lutte appartient donc encore à Douglas, et le roi lui donne une bague d'or (11) , mais il la donne avec un air aussi glacé que la goutte de rosée driver gelée en tombant par la rigueur du froid 1 . Douglas voudrait parler, mais c'est en vain ; les mots qui essaient desortir de son cœur expirent sur ses lèvres. Indigné, il se range parmi les yeomen , dont les bras nerveux tout maintenant lancer en Pair une barre dé fer massif. Lorsque chacun a déployé sa force, Douglas arrache de terre une pierre énorme, la soulève assez haut , et en jette les fragments dans les airs , à vingt pas du
> ArfroM»4ilrop ofififttrrfewv
but le plus éloigné. Les vieillards qui connaissent le passé, montrent encore dans le parc royal de Stirling aux étrangers la preuve merveilleuse de la force de Douglas , et moralisent sur la dégénération de la vigueur humaine dans les temps modernes.
La vallée retentit de bruyante applaudissements» que l'écho 3e la Roche des Dames ne manqua point de renvoyer. Le roi, d'un air impassible, offre au vainqueur une bourse pleine de pièces d'or. Le Ger Douglas, indigné , sourit avec dédain et jette cet or à la multitude , qui , dans sa surprise inquiète, contemple d'un œil plus attentif le sombre vieillard, jusqu'à ce qu'enfin un chuchotement circule, et dise qu'un cœur ci fier et un bras si fort ne sauraient appartenir qu'au sang de Douglas. Les hommes âgés le
remarquent, secouent la tête en signe d'acquiescement, et considèrent sa chevelure blanchie par les années-, ils clignent de l'œil et apprennent à leurs enfants les exploits qui avaient rendu la force de Douglas si fameuse, avant qu'il fût exilé de sa terre natalç. Les femmes louent sa haute stature , son front majestueux, bien que maint orage Tait sillonné ; les jeunes gens admirent avec respect cette vigueur qui surpasse les lois de la nature. Ainsi le jugeait la foule, dont le murmure se convertit peu à peu en hautes clameurs. Mais aucun regard émané de ce cercle orgueilleux de pairs qui entouraient le prince n'exprima d'intérêt pour l'illustre exilé, et ne témoigna môme qu'ils en eussent gardé le souvenir; aucun de ceux qui jadis s'honoraient de chevaucher près de lui à la chasse, ou de s'asseoir à ses côtés dans un festin, et qui sur le champ de bataille se mettaient à l'abri de la mort derrière son bouclier; aucun ne fit semblant de le reconnaître : quel est celui que des courtisans reconnaissent en effet, quand les regards du prince eux-mêmes le désavouent * ?
* For be whom royal eyes disown, s
When was hls form to courtiers know ?
Pensée frappante de vérité et cPone application éternelle, A. k. ,
CHANT Y. . *8tf
Le monarque s'aperçut que les jeux languissaient : il ordonna qu'on fît partir son beau cerf , dont la chasse devait couronner la fête, poursuivi et atteint par deux agiles lévriers, et dont la chair humectée de Bordeaux , devait être le repas des archers. Mais Lufra , que ni caresses ni menaces ne pouvaient éloigner de Douglas , Lufra , la chienne la plus véloce du Nord, s'élança comme réclair à la poursuite du cerf. Elle laissa à mi-chemin les lévriers royaux, et se jetant sur sa proie, enfonça ses dents aiguës dans le flanc de ranimai plaintif, et but à pleine gorgée le sang vital qui coulait des blessures qu'elle venait de lui faire. Le piqueur du monarque, voyant la chasse interrompue par un intrus, accourt plein de rage , et de sa lanière frappe le noble limier. Douglas avait enduré patiemment le regard froid du prince et le dédain de ses courtisans , et ce qui est pire encore pour une âme Gère la pitié de la multitude; mais Lufra avait été élevée par lui avec un tendre soin , pour partager ses repas et veiller près de sa couche : souvent Hélène avait , dans sa joie innocente , orné de guirlandes le cou de Lufra; c'étaient de pareils jeux qui rappelaient avec le nom de Lufra le souvenir d'Hélène. Long-temps comprimée , la furie de Douglas ne connut plus de bornes : elle obscurcit son front et enflamma son œil. Semblable aux flots qui se séparent devant la proue du navire qui les fend, la populace lui ouvre au milieu d'elle un passage, et d'un revers de sa main il étendit par terre le piqueur baigné dans son sang Nul autre n'aurait pu appliquer un soufflet pareil, eût-il eu le poignet armé d'un gantelet de fer.
Les gens de la suite du roi poussent alors de hauts cris , brandissent leurs fers et leurs bâtons redoutés, mais le baron répondit fièrement : « En arrière ! vils esclaves ; en arrière ! ou craignez Douglas et le trépas ! Oui, regarde, roi Jacques! c'est Douglas
lui-même, condamné par toi , et qui cherche vainement, victime volontaire , à terminer la guerre , ne demandant grâce que pour ses amis. » — « Est-ce donc ainsi que tu reconnais ma clémence, présomptueux baron ? dit le monarque.. De tout ton élan rebelle, toi, Jacques de Bothwell ,,tu es le seul en qui ma pitié de femme n'ait pas voulu reconnaître un ennemi; mais ton roi supporterai-il tes outrages et tes regards dédaigneux? Holà ! capitaine do ma garde ! donnez, à ce téméraire une escorte convenable, qu'on cesse les jeux!... (car le tumulte allait croissant , et les yeomen recommençaient à bander leurs arcs). Qu'on eesse les jeux I répéta le roi Jacques en fronçant le sourftil., et que nos. cavaliers fassent A étirer le monde ! »
Le désordre et les cris confus troublèrent la belle cérémonie de ce jour de fête , les cavaliers fondirent au milieu de la multitude en la refoulant par des menaces et des insultes; les vieillards et les infirmes sont jetés par terre, les peureux fuient, les femmes crient; les plus hardis , armés de cailloux, de flèches, de bâtons et de barres de fer, soutinrent le choc des gardes qui veulent les culbuter. Les lances royales enveloppent Douglas et montent lentement le sentier qui mène au château; mais ils sont assaillis par les huées de la populace en désordre. Le noble Douglas vit avec chagrin que le peuple se révoltait contre les lois , et il dit au chef de l'escorte : « Sir John de Hyndford T ce fut mon épée qui te conféra la chevalerie : en souvenir de ce fait, laisse-moi parlet à ces hommes égarés.
xxvra.
«Écoutez-moi, braves amis , leur cfit-il ; écoutez-moi avant de briser en ma faveur les liens de la fidélité. Je sacrifie sans regret aux lois de l'Ecosse ma vie, mon honneur et ma propre cause .tout cela est-il si faible, qu'il ait besoin de votre coïère irréfléchie?
CHANT T. mt
Or, fi je soufflais un outrage sans motif, ma propre fureur seraitdie donc assez grande, mon amour du bien puHic assez bas pour que, dans la vue de satisfaire une vengeance personnelle, foubfatése le* liens d'affection qui m'attachent soit à mon pays soft à ma famille ? i Oh non : croyez-moi , ce ne serait pas un adoucissement pour moi dans cette tour où l'on me conduit, que d'apprendre que ces lances qui ne doivent être ftmestes qu'à nos ennemis se sont pour moi rougies de sang ; qu'un inutile combat , commencé par tous en ma faveur , prive une mère de son fils , tin mari de son épouse, des orphelins de leurs supports; et que les patriotes, gémissant pour les lois outragées, maudissent Douglas qui en est cause. Oh ! je vous en conjure, que votre patience prévienne un tel malheur, et conservez le droit de m 'aimer toujours. »
La sauvage furie de la multitude se changea en larmes comme la tempête se fond en pluie. Les mains et les yeux levés au ciel , le peuple appela les bénédictions divines sur la tête du généreux Douglas , qui, pénétré d'un amour vrai pour son pays, en prise les intérêts beaucoup plus que les siens personnels. Les vieillards qui se trouvaient parvenus aux limites de la vie et de la mort rendaient grâce à celui qui arrêtait la guerre civile ; et les mères levaient leurs enfants en l'air pour qu'ils pussent voir ce chef triomphant de ses injures et de sa colère, et leur gardait un père. Le cœur même des farouches soldats s'était ému, et comme s'ils accompagnaient le cercueil d'un chef, objet de leur amour, ils escortèrent Douglas jusqu'au sommet delà colline, et, arrivés aux remparts du château, ils le remirent en soupirant à la garde honorée d'un pareil dépôt
Le monarque offensé errait à Fécart , roulant dans son esprit une arrière-pensée, et le cœur gonflé de dépit : aussi évita-t-ii
de repasser avec son cortège par les rues de Sterling. « Lennox , dit-il, qui pourrait désirer de gouverner cette foule changeante, ce peuple insensé ? As-tu entendu les exclamations qui ont accompagné dans sa bouche le nom de Douglas ? C'est ainsi que ce matin cette masse inerte saluait le roi Jacques ; c'est avec des applaudissements pareils que je fus accueilli quaqd je brisai la puissance des Douglas. Et Douglas obtiendrait les mêmes acclamations s'il parvenait à me renverser du trône ! Qui pourrait souhaiter de régner sur un peuple fantastique , changeant , orgueilleux et frivole , aussi vain que la feuille emportée par le courant; aussi variable qu'un rêve trompeur; aussi volage, aussi capricieux qu'une femme ; aussi cruel que l'insensé qui, dans son délire , est altéré de sang ? monstre à têtes nombreuses, qui peut désirer d'être ton roi ?
« Mais écoutons : quel est ce messager qui fatigue de l'éperon son coursier haletant ? Je le distingue de loin : que nous veut notre cousin Jean de Mar? >» — « Sire, il vous prie d'ouvrir les jeux de Sterling et de défendre qu'on en dépasse les barrières ; car un complot encore ignoré doit être funeste au trône. Le proscrit Roderick-Dhu a rassemblé son clan rebelle. On dit que cette bande insensée se réunit pour seconder les prétentions de Jacques de Bothwell ; le comte de Mar est parti ce matin de Doune , afin de les attaquer , et bientôt Votre Grâce apprendra des nouvelles d'une bataille ; mais le comte vous supplie de ne vous pas éloigner sans une bonne escorte jusqu'à ce qu'il ait fait face au danger. »
« Tu m'avertis d'une chose à laquelle j'aurais dû veiller plus tôt : je l'avais oubliée dans cette journée tumultueuse. Retourne vite sur tes pas ; n'épargne point les flancs de ton coursier : le meilleur des miens sera ta récompense. Dis à notre fidèle comte
de Mar que nous lui défendons de livrer le combat projeté : ce matin Roderick , en combat singulier, a été fait notre prisonnier par un chevalier, et Douglas a lui-même soumis sa cause aux lois de notre royaume. La nouvelle de la perte de leur chef désespérera bientôt ces montagnards , et nous regretterions que le peuple souffrit à cause des injures de ce chef. Porte notre message au comte de Mar, Braco, et vole comme l'éclair ! « Le messager retourne son cheval et dit : « Sire, j'y vole ; cependant je crains qu'avant d'avoir franchi celte plaine le combat n'ait déjà commencé. » II pique de l'éperon son coursier pendant que le roi retourne à son palais.
L'humeur du roi Jacques n'était plus, ce jour-là, disposée à écouter les chants des ménestrels et de briller dans un festin ; la foule des courtisans fut vite congédiée , et les chans et la fête
eurent bientôt cessé. La soirée ne se passa guère avec moins d'ennui sur la ville. Les bourgeois parlaient de discordes civiles, de Moray, de Mar et de Koderick-Dhu, tous prêts de courir aux armes. Douglas aussi les occupait : ils déploraient son triste sort,
dans une touroù jadis le comte William fut , *; et àce mot
on se taisait en plaçant le doigt sur la bouche ou en montrant la pointe d'une épée. Cependant, vers le soir, les cavaliers fatigués revenaient en hâte du Couchant, etrapportèrent des nouvelles du combat livré sur les rivages du lac Ratrine : le combat avait commencé vers midi, et il avait duré jusqu'au déclin du jour. Ainsi la rumeur inconstante parcourut la cité , jusqu'à ce que la nuit eût déployé ses ailes noires et rempli de ténèbres l'immensité des deux.
1 Poignardé par Jacques II dans le château de Sterling, a. m.
Ce ttrye-ik-garl».
CHAUT
Le soleil se levant, à travers les brouillards qui reeouvreat une cité brumeuse, lance de pâles rayons et appelle le pauvre artisan à sa tâche ordinaire, triste héritage de l'homme pécheur ; il vient troubler la danse languissante des amis du plaisir nocturne, et effrayer le voleur qui regagne son antre ; il dore sur les créneaux de la tour fa lance de la sentinelle, et avertit le pâle et studieux ami des sciences de déposer la plume, afin de livrer ses yeux appesantis au sommeil, doux aliment de rhomme. Que de scènes variées, que de tableaux de malheurs éclaire ce rayon qui lutte avec la nuit ! Sur son grabat, le malade, que dévore la fièvre dans un hospice où la misère pullule, salue avec amour ce rayon bienfaiteur; la vierge séduite s'effraie en le regardant: le débiteur s'éveille avec ridée des fers et de la prison j le malheur que l'amour a trompé sort d'un pénible rêve ; la mère, éveillée avec le rayon même, dispose la couche de son enfant malade et calme sa faible plainte.