A SIR WILLIAMS STEWART ROSE , ECUYER
Ash^stiel, forêt d'Ettrick '.
Le ciel de novembre est triste et froid , la feuille du dernier mois d'automne est rouge et desséchée. Naguère, en observant du haut des rochers la chute rapide de ce courant d'eau qui > dans sa route étroite et sombre, enveloppe notre petit jai^in , votre œil apercevait à peine l'humide ruisseau, tant le bois taillis entremêlait son épais feuillage , tant son onde argentée gazouillait faiblement à travers ce séjour ombragé : maintenant , retentissant avec fracas , et souvent se montrant au milieu des buissons et des ronces , qui ont cessé d'étaler leur verdure, torrent furieux, il balaie la clairière, franchit en bondissant les rocs stériles, retombe en sauvage cascade; et dans sa course, doublée de vitesse, lançant au sein des airs une écume noire de fange , précipite dans la Tweed s ses flots désordonnés.
Le rouge ardent de l'automne ne s'étend plus sur les forêts de nos collines; la Tweed aux ondes harmonieuses ne réfléchit plus les rayons empourprés de cette saison des fruits , lorsque le soleil
I Au midi de l'Ecosse, yen la frontière, près de lt Tweed, a. h. fi Rivière d'Ecosse, formant limite entre cet ancien royaume et celai d'Angleterre \ elle se jette dan* la mer an dessons de Berwlck. a. m*
nous adresse ses adeux $ bs Osais de Ifebruyère qntiléployaient sur Needpath 1 toute leur richesse, ont entièrement disparu ; les sommités jumelles de l'Yare ont perdu leur éclat, et n'offrent plus qu'une nudité roussàtre. Les moutons qu'opprime l'air trop vif des hauteurs redescendait ramenés dans tes abris du vallon , où languissent encore quelques herbes fanées , et où brille encore un humide rayon du soleil. Avec une dépendance inquiète , ces animaux soumis regardent la pelouse flétrie et le ciel couvert des nuages précurseurs de l'hiver, loin de la montagne qui les a nourris durant l'été , ils errent tristement sur les bords du ruisseau de Glenkinnon. Le berger change les plis de son manteau et s'enveloppe encore plus étroitement contre les frimats ; ses chiens ne courent plus gaf ment autour de son troupeau , mais tremblotants ils le suivent comme attachés à ses talons, et jettent un iegard de crainte vers les creux chaque fois que le vent rugît avec violence.
Mes enfants , quoique robustes, hardis et fiées , comme tous ceux des montagnes, éprouvent la triste infloenoe de la saison, et regrettent la fleur évanouie de la marguerite sauvage -, ils parlent de leurs amusements de Tété, et, avec une pénible inquiétude, ils demandent si le printemps reviendra , si les oiseaux et tes agneaux retrouveront leur gatté , si des fleurs orneront encoreles branches menues de l'aubépine.
" Oui , petits babillards, oui , la marguerite émaiUera de nouveau le tapis de verdure de vos bosquets printaniers ; l'aubépine étalera encore les guirlandes que vous aimez A tresser; les agneaux hoftdiront encore sur la verte pelouse ; les oiseaux reprendront tenrs doux gazouillements sur les arbustes détenteur, et tant que vous serez vifs et légers comme eus , la saison des plaisirs, la fête de la nature dans les longs jours d'été vous semblera trop courte.
1 Tteedpath-fell , dit le texte ; féU signifie toi terrain enveloppé daai tes reptU d'une rivière, a. m.
OUNT fc. 11
la printeo*s> mmené par le cours régulier des saisons » rapporto une nouvelle vie à ta matière muette et insensible ; ta nature morte entend l'appel que lui fait sa bénigne influence , et elle réparait dans toute sa gloire. Mais, hélas! qwel autre printemps renouvellec» V état d'hiver et de deuil qui vient de saisir ma patrie ? quelle voix aura assez de puissance pour faire lever de leurs tombeaux le guerrier et le sage qui y sont ensevelis , ce génie qui médita si long-temps le bonheur public de la Grande-Bretagne, ce ht» qui fut armé du glaive de la victoire? Le soleil pmtanier répand une nouvelle vie sur la moindre fleur qui respire l'existence ; mais vainement , oui vainement il brille aux lieux où la gloire pleure sur la bière de Nm<soN \ vainement il perce la solennelle obscurité qui couvre > 6 Pitt, la tombe sacrée où tu reposes!
Profondément gravés dans tous les cœurs anglais, oh ! que jamais ces noms ne s'en effacent 1 Sites à vos entons : <• C'est ici le tombeau du vainqueur immortel qui périt sous les flots de Trafolgw\ prés des colonnes d'Hercule i une courte, brillante et irrésistible carrière lui fut donnée, comme à la lave brûlante. Partout où Isa ennemis de son pays se montraient, le bruit de ce foudre fatidique éclatait aussitôt, jusqu'à ce qu'enfin, lancé sur ce rivage lointain, il ait roulé, éclaté et détruit * , ♦ . pour ne plus reparaître. »
N'accordez pas moins de larmes à ce génie éteint, qui envoya dans les périls ce héros victorieux, qui lança ce foudre de guerre sur Aboutir, Copenhague et Trafalgar \ qui, né .pour conduire une si haute entreprise, avait été doué d'une sagesse précoce au profit du bonheur public et de la gloire de la Grande-Bretagne. Hélas l en punition de nos crimes, le Tout-puissant le réservait à une tombe non moins prématurée a , lui qui, au faîte de sa prosr
1 RoWdy Uazed, destrofd, dit en effet le texte, a. m. S Early grave, dit en effet le texte; hardiesse d'expression qu'il serait regrettable de ne pas reproduire, a. m.
périté, considéra comme un hochet frivole l'orgueil de la puissance, dédaigna la sordide convoitise de l'or, et ne servit son Albion que pour elle-même; lui qui, lorsqu'une foule insensée voulut briser le frein de l'obéissance, remporta un triomphe complet sur cette mutinerie sauvage et passagère 4 , montra à cette ardeur impétueuse une cause plus digne à défendre, et sut employer le bras de l'homme libre pour le soutien des lois et de la liberté, sur laquelle elles reposent.
Oh ! que ne t'était-il donné de vivre, quoique privé du pouvoir! sentinelle vigilante sur la tour solitaire, ta voix perçante eût réveillé la Grande-Bretagne lorsque la fraude ou le danger l'entouraient ; par toi, comme par un brillant fanal, nos pilotes eussent suivi droit leur route ; semblable à une haute colonne, quoique isolée, ta force aurait soutenu le trône chancelant : aujourd'hui la colonne de l'État est brisée, le fanal radieux s'est éteint en fumée, le son argenté de la trompette est silencieux, et la sentinelle muette sur la colline.
Rappelez-vous son dernier jour lorsque la mort planait sur lui et réclamait sa proie : avec quel impassible courage, en nouveau Palinure, il resta ferme au poste du danger! Repoussant les conseils qui l'invitaient à un repos nécessaire, il tint d'une main mourante le gouvernail, jusqu'à ce que, dans sa chute et celle de. son pouvoir, il dut abandonner le timon de l'empire. Ainsi donc, tant que dans les mille plaines de l'Angleterre il restera debout un temple exempt de toute souillure, dont le paisible airain ne fît jamais entendre le bruit insensé du tocsin sanglant, mais au contraire, dans le saint jour du dimanche, appelle toujours les simples campagnards à la prière ; tant que la foi et la paix publique seront en honneur, arrosez d'une larme ce marbre insensible ; car celui qui sut les conserver, Pitt, y repose *.
1 Allusion i une fameuse mutinerie sur les yaisseaux, près de Chatam. x ▲. M. S Pitt fat enterré à Westminster, a. m.
CHANT I. a
Ne retenez pas vos généreux soupirs par le motif que son rival politique sommeille auprès de lui 4 ; ne redoutez pas de prononcer le rcquiescat sur la tombe, dans la crainte qu'il retentisse sur celle de Fox ; pleurez ses talents trop tôt ravis à la patrie lorsqu'ils lui étaient encore si nécessaires , et qu'ils pouvaient le mieux être mis en usage; pleurez ce génie élevé, ce savoir profond, eet esprit brillant qui aimai t-à jouer et jamais à blesser ; pleurez cette haute intelligence qui savait , d'une manière si merveilleuse , pénétrer , résoudre et combiner ; cette sensibilité vive, cette imagination brûlante sommeillent avec celui qui dort sous Gette pierre. Toi qui regrettes qu'elles n'avaient pu le préserver de l'erreur, éloigne de ton cœur toute idée trop sévère , et que le dernier sommeil devienne sacré pour lui. C'est ici la fin de toutes les choses de la terre, pour les héros, les patriotes , les bardes et les rois*. Ici est glacé le bras du guerrier qui combattit pour sa patrie; ici est muette la voix de celui qui lui donna des chants ou qui prit sa défense ; les sombres voûtes de cet asile de la mort prolongent des sons lointains comme si un ange disait encore : «Paix sur la terre et bienveillance aux hommes ! » Ici , que de tout cœur anglais s'extirpent les préjugés , s'il put jamais s'en dépouiller; bannissez toute partialité injuste, et souvenez-vous que Fox mourut Breton? Lorsque l'Europe subissait le joug de la France, quand l'Autriche était abaissée , la Prusse abattue , et quand les glorieux desseins du fier Moscovite étaient contenus par un timide esclave , même alors, Fox indigné repoussa une paix déshoqorante; il rapporta l'olivier souillé, resta debout afin de soutenir la gloire de son pays, et cloua son pavillon au mât du vaisseau britannique. Le ciel , pour prix de sa fermeté , lui accorda une place dans ce tombeau vénéré, et jamais marbre ne garda la cendre de deux hommes plus extraordinaires.
4 Fox. A. M*
a Dans mon Voyage à Londres, qui paraîtra incessamment, se trouve une description des tombeaux de Westminster. ▲. m.
Doués d© faculté plus qu'humaines» à quelle hauteur ne a'éjevèrent-ils pas au-dessus du vulgaire J U ne participaient nulle* ment des Ames communes j car ce sa fut point par de basses intrigues qu'Us arrivèrent au pouvoir; comme les dieux de la fable» leurs puissantes querelles ébranlaient les royaumes et tes nations étonnées ; chacun était jaloux de se ranger sous leurs bannières,
et les noms seuls de put et deFox devinrent dans le mondebritannique les plus nobles de la terre. Jamais nul magicien, dans les sombres cavernes de la Tbessalie ne produisit de tels enchantements, bien que son art pût dessécher l'Océan et forcer les plané* tes à suspendre leur course dans les cieux. Cette magie est épuir aée* avec ces deux grands citoyens ; du vin de la vie il ne reste pins maiateaant qu'une Ueamète; génie» talent, tout s'est évanoui, tout s'est enseveli sous la froide pierre , où, chose bien déplorable et bien humiliante pour l'orgueil humain, les deux chefs puissants sommeillent l'un près de l'autre. Qu'une larme coule sur le tombeau de Fox, et, elle ira mouiller celui de son rival; que le ftinèbre requiem résonne sur le monument de Pitt, et celui de Fox en renverra les accents. L'écho solennel qui veille ici semble redire : « Qu'en ces lieux la discorde s'éteigne avec eux ; ne par* lez point d'une destinée différente pour ceux que le sort a rendus frères dans le tombeau, mais cherche? sur la terre des vivants: où trouverez- vous des hommes pareils ? »
Reposez-vous, Âmes de feu, jusqu'à ce que les cris de la nature expirante vous réveillent; les gémissements de votre patrie ne peuvent percer te silence de plomb de votre monument : alors , combien [dus vain et plus impuissant encore sera cet hommage tributaire de ma muse ! Vous approuvâtes les chants du ménestrel de la frontière S quoiqu'il ne célébrât que les climats du Nord 2 ; sa harpe gothique a retenti sur vos deux tombes * vous
4 The border, dit le texte, pour signifier les limites de l'Ecosse et de l' Angleterre.
2 C'est-à-dire l'Ecosse, a. m.
GttANTI. U
daignâtes louer le barde, et il a chanté voa noms immortel* Arrêt* encore, illusion - y arrêta» et berce eacoce un moment ami imagination égarée. Comment pourrai-je abandonner ce ihème.subUnœ tocsque mon cœur n'est soulagé qu'à demi? Toutes les larmes que la douleur aut arracher, tous les ravissements que Tàme put connaître» et toute cette chaleur plus vive du sang qui contribue à animer l'inspiration du poète» étaient ici un tribut trop indigne, quoique tous ces torrents réunis coulassent enssDUe^ que ta douleur» que l'admiration, que toutes les sensations élevées se mêlent encore en une même, source d'extase* Hais, effort superflu ! illusion chimérique ! le charme est détruit Semblables à ces bizarres combinaisons des frimats qui se dissipent aux. rayons du matin, les créations de ma muse se fondent aussitôt , ces arches gothiques, ces pierres tumulaires, cette nef, vaste, obscure et haute >ont disparu, et les derniers de tous, 6 douce illasionUes sons lointains du chœur viennent expirer à mon oreille. Je reconnais, â mon retour silencieux, la prairie solitaire aux gazons froids et pâles, le bois taillis qui environne ma ferme, et lesgeux folâtres de mes enfants qui mêlent leurs cris bruyants au murmure de la Tweed, précipitant son onde noire et rapide dans les vallons qu'elle fertilise.
C'est amai que la nature corrige son iils qui se précipite pour entreprendre une tâche inégale. Tu feras mieux, dit-elle, d'errer ça et là, et d'employer ta journée solitaire, 6oit en arrachant du marais l'humble roseau pour le regarder ensuite .flotter sur la Tweed qui l'entraîne dans son cours, soit en écoutant le chant rustique de la laitière qui en égaie sa route par une cadence air ternative de sons bas et élevés, tandis que, le pot au lait sur 4* tête, elle glisse du haut de la colline dans le vallon inégal; ou bien dirige tes pas vers le tombeau du barde pour entendre le récit du vieux pâtre qui souvent s'interrompt dans sa simplicité $ craignant que sa vieille légende ne fatigue l'oreille de celui qu'il
« MABMION.
suppose doué d'un goût plus pur , fruit de la lecture et de l'étude.
Mais toi, cher ami, il t'appartient de nous dire (car peu connaissent aussi bien que toi , peu ont aussi bien lu les anciens romans de chevalerie ) combien ces vieilles légendes ont encore de pouvoir sur l'âme du poète, combien vainement le temps a étendu sa main flétrie sur les chants de l'ancien ménestrel, et combien , au récit dès exploits de ces guerriers bardés de fer, nos cœurs palpitent d'un tendre intérêt de crainte ou de pitié, soit que le champion du lai entre dans le palais faditique de Morgane , ou dans la chapelle périlleuse, au mépris de tous les sortilèges et de la force des démons, et converse avec un cadavre (1) non enseveli * ; soit que, pour émouvoir le sein de la dame Ganore ( hélas ! pourquoi faut-il que leurs amours soient illégitimes ) , il aille provoquer l'orgueilleux Tarquin dans sa caverne, et délivre soixante chevaliers; soit qu'enfin, homme plein de péchéet sans confession, il tente la pieuse recherche du Saint-Greal,(2) et voie en sommeillant la haute apparition qu'il n'aurait pu apercevoir* l'œil éveillé.
Les rois de la lyre britannique ne dédaignèrent point de propager ces légendes: elles se retrouvent brillantes dans les chants de féerie de Spenser, et mêlées aux célestes accords de Milton; et Driden, dans une composition immortelle, eût encore relevé la table ronde, si un roi débauché et une cour dissolue n'avaient point rejeté une si noble et si digne tentative , préférant salarier de leurs dons mesquins, plus ressortables à leurs sentiments, une satire graveleuse, une comédie ou une chanson médiocre (3), le monde se vit déshérité de ce glorieux dessein : le feu sacré , présent d'un dieu, fut dès-lors profané, et les vers du jtoète avilis.
1,1 Enflammés par de tels noms, nous aussi, quoique enfants dégénérés d'une race abâtardie, nous essaierons de rompre une faible lance dans les joyeux domaines de l'antique chevalerie ; nous
I Voir les notes à la fin du poème, a. m.
CHANTI. 17
chercherons la tourelle du château environné d'un triple fossé , où tandis que les tyrans dominaient et que les belles étaient en pleurs, ton pouvoir, 6 chevalerie aimable, a sommeillé longtemps. Là résonnent les harpes du nord, jusqu'à ce qu'il se réveille et reparaisse dans toute sa magie, armé de toutes pièces, pour s'élancer au combat, avec le bouclier, la lance, la hache de guerre, le panache et l'écharpç, et, pour cortège, les fées, les géants, les dragons, les chevaliers, les nains, les magiciens munis de leur baguette puissante , et les damoiselles sur de blancs palefrois. Autour de toi déploieront leurs prestiges, le pur Amour, qui rougit d'avouer son secret; le Mystère, demi-voilé et de mi- ré vêlé; l'Honneur, avec son bouclier sans taches; l'Attention, l'œil fixe ; la Crainte, qui se platt au récit qu'elle tremble d'écouter; la Courtoisie, prévenante ; la Loyauté, que les souffrances, le temps ni la mort ne sauraient ébranler; et la valeur, lion généreux, appuyé sur sa bonne épée.
Tes beaux succès, noble Stewart , ont prouvé qu'on peut de la sorte mériter un laurier pareil ; les chênes d'Ytène S à l'ombre desquels les joyeux ménestrels célébraient dans leurs chants Ascapart, le fier Brevis (4), et ce roi surnommé le Roux 9 , qui, pendant qu'il conduisait la chassé à travers la forêt de Boldrewood , fut blessé d'une flèche lancée par le carquois de son chasseur favori ; les chênes d'Ytène ont entendu de nouveau ces ballades que ton art avait su retrouver ; car tu as chanté comment, pour plaire à la belle Oriane, cet Amadis de Gaule, si fameux dans les cours, vainquit en champ clos l'infâme pouvoir des nécromanciens ; tu as retracé en vers modernes les mystérieuses amours de Partenopex. Sois donc propice à mes accords, prête-leur une attention bienveillante, et écoute l'histoire d'un chevalier des anciens jours d'Albion.
4 Ancien nom d'une forêt du Hampshire. a. m.
2 GaiUaame4e-Roux fat tué à la/ftawo par son favori. &. k .
18 MlftMION.
CHANT
Le soleil se couchait derrière le rocher crénelé, de Norbam r sur la belle rivière large et profonde de la Tweed (5), et sur les monts solitaires de ChevioU ses rayons expirants doraient encore les tours, le donjon (6), les meurtrières, grillées, où pleurent les prisonniers, et les murailles qui entourent le château. Les guerriers, se mouvant sur les hautes tourelles à travers les ombres du soir, paraissaient des géants d'une stature colossale, et leur armure réfléchissait les dernières flammes de l'astre roi du. jour , eomme des sillons ou des éclairs éblouissants.
IL, La glorieuse bannière de saint George affaiblissait son éclat à mesure que le jour baissait , et flottait de moins en moins apparente ; la brise du soir pouvait à peine la balancer sur le ûtite du
«ton j on. Les patrouilles de naît étaient parties pour leur ronde , murmurant à demi- voix quelque ancienne ballade des frontières.
Un bruit lointain se fait entendre ; la sentinelle regarde et bientôt aperçoit sur les collines de Horncliffe un détachement de cavaliers sous un brillant panonceau. Un d'entre eux, s'élançant du peloton , comme un éclair du sein d'un nuage d'été, pique de l'éperon le rapide coursier tout fier de le porter, et arrive devant les palissades qui entourent le château. Il sonne du cor, la sentinelle descend en hâte de la tour, car il avait reconnu les sons, et avertit le gouverneur, qui, joyeux, appelle son écuyer, le maître d'hôtel et le sénéchal.
« Mettez en perce un tonneau de Malvoisie ; servez un pâté de venaison; faites abaisser le pont4evis ; que mes hérauts sfeppré-
CfiANT i. «
tent ; xptë les ménestrels préparent leurs accords ; que tes trompettes résonnent , et que sur le rempart II ne soit rien épargné pour une noble salve d'artillerie : lord Marmion nous attend làbas. » Alors le gardien de la partie inférieure du château envoie quarante yeomen ' de haute taille ouvrir les portes d'airain, lever les herses pesantes , écarter la palissade et baisser le pont-levis,
Lord Marmion s'avance achetai sur son coursier rouan, qui traverse avec fierté le pont au galop; le casque est suspendu à l'arçon de la selle. On reconnaît au visage du chevalier qu'il fut un brave guerrier, témoin de plus (f une bataille : une noble cicatrice sur le front lui est restée comme un souvenir de la journée de BoBWorth*; son sourcil noir et sombre, son oeil de'feu décèdent un esprit attier et prompt à la colère . Toutefois, les rides de la penséequi sillonnent ses joues révèlent aussi une tôte capable de profonds desseins et de sages conseils. Son front est devenu chauve par l'habitude de porter le casque; son épaisse moustache et sa noire chevelure bouclée commencent k grisonner çà et là, mais plutôt par l'effet du travail que de l'âge. Sa taille haute et la vigueur de ses membres prouvent bien que ee n'est pas un chevalier de boudoir, mais au contraire un terrible adversaire en champ clos et un chef habile dans les camps.
Armé de pied en cap, il était revêtu d'une cotte de mailles tissue d'argent et d'acier de Milan j son casque, solide et d'un grand prix , était recouvert d'or bruni ; au milieu du panache couronnant son cimier, un faucon planait sur son nid solitaire, les ailes déployées et la poitrine en avant , comme pour défendre ses petits.
i Espèce d'archer*. Aojompd'hui les yeomen son* de petits fermiers propriétaires.
* Où Richard llî fut tué. ▲. W
fd MARMION.
Sur l'écu de ce guerrier , se voyait un autre faucon blasonné de sable en champ d'azur avec cette légende en or :
Qui me provoque est mort.
Les rênes brodées de son cheval étaient bleues; des rubansbleus flottaient à la crinière; et sa superbe housse, chamarrée d'or, était de velours de la même couleur.
vu.
Derrière le chevalier apparaissaient ceux vaillants écuyers de race noble et fils de chevaliers $ tous deux brûlant de mériter les éperons dorés; tous deux habiles à dompter un cheval de bataille, k tendre Tare, à manier l'épée, à courir légèrement la bague; non moins initiés aux préceptes de la courtoisie , dansant avec grâce dans un salon, découpant à table, et composant des romances amoureuses pour tes chanter ensuite à la beauté,
Ils marchaient, suivis de quatre hommes d'armes, avec des hallebardes et des haches 9 lesquels hommes portaient la forte lance de Marmion , et conduisaient les mules chargées de son bagage et son palefroi à l'amble , pour le moment où le chevalier voulait ménager son cheval de bataille» Le dernier et le plus éprouvé des quatre portait son panonceau fourchu de couleur azurée et pareil à une queue d'hirondelle, où l'on découvrait encore un faucon blasonné en sable , ondoyant en flamme éclatante, et paraissant, d'un essor intrépide, s'élever dans la nue. Enfin venaient deux à deux vingt yeomen en chausses noires et en hoqueton bleu , avec des faucons brodés sur la poitrine , armoiries de Marmion, et tous prêts à exécuter les ordres de leur maître. Tous, choisis parmi les meilleurs archers, connaissaient à merveille le métier de la chasse sur les lacs ou dans les forêts ; ils pouvaient tous bander un arc de six pieds et lancer au loin une flèche de plus d'une verge; ils avaient tous un fort épieu à la main et un carquois
à leur ceinture: Les chevaux et les cavaliers , couverts de poussière, indiquaient assez qu'ils venaient de faire une longue marche,