PREFACE V
mettra à l'Angleterre, par suite de l'extension de son trafic et de l'importance de sa marine, d'en profiter dans une mesure considérable.
Le marquis de Lansdowne fait des vœux pour que les généreux efforts de la France aboutissent au résultat favorable d'améliorer la situation politique et financière là où régnent le désordre et l'anarchie et où la base même d'une reconstitution — qui ne peut être fondée que sur l'autorité du Sultan — fait absolument défaut.
Les réserves du ministre anglais ont été pleinement justifiées par les événements ; mais l'enseignement contenu dans cette dépêche n'a pas été compris par notre gouvernement. Il s'est jeté dans une politique de conquête, plus ou moins avouée, qui a eu ses conséquences logiques et naturelles. Lord Lansdowne avait été plus que sincère ; nous avons été plus que naïfs.
Quel sera le résultat définitif de cette malheureuse affaire? Il est difficile de le dire en présence de la variété, de la multiplicité et de la confusion des éléments qui composent ce qu'on peut appeler le chaos marocain.
Ce qui demeure certain, c'est que la politique de la France au Maroc avant 1902 était, en réalité, aussi favorable qu'elle est devenue précaire et
difficile depuis l'abandon de la sage et traditionnelle politique du statu quo.
En remettant sous les yeux du lecteur les réflexions qui m'ont été inspirées au cours des derniers événements, mon but n*est pas de rappeler seulement des erreurs dont l'énormité ne souffre pas de circonstances atténuantes, mais de les faire mieux comprendre et de chercher ainsi à éviter de nouveaux désastres en exposant les motifs que nous avons de les craindre.