L'AMOUR DE LA PATRIE
Nous devons faire un exact inventaire, sans aucun respect. Mais il est moins question de nier que de donner à chaque sentiment sa juste part dans la grande Aventure. Il s'agit maintenant pour moi de la vie des autres, aii sujet de laquelle je dois dédder pourquoi et en quelles cir« constances j'accepterai ou non* le cas échérât, qu'ils meurent pour mes idées. Soyons donc scrupuleux, et non point léger. Or je crois que cet amour de la patrie, si natiu'el en tous, n'est pas assez fort pour porter par lui'-même le grand effort de guerre.
Et voici pourquoi je crois cela. La Nation en guerre a autant besoin
d'argent que d'hommes. C'est im fait qu'elle trouve autant d'hommes
qu'il y en a en elle pour mourir. C'est im fait aussi qu'elle ne trouve
pas aisément de l'argent. Il y faut de la contrainte, lorsqu'il s'agit de
l'or, ou bien une sorte de marché avantageux. Et, pour les emprunts,
on n'a même pas l'idée de dire : « l'emprunt national ne rapportera
aucun intérêt ; le principal même n'est pas garanti. »
/^ Mais examinons de plus près. Il y a à dire ici quelques vérités désa*
^ gréables. Chacun sait aue les militaires, à partir d'un certain grade,
^. et par la simplicité de la vie qui est alors imposée au combattant et
j même à la femme, amassent quelque argent pendant une guerre de
! quatre années. Or, parmi ces hommes qui donnent leur vie, y en a^t-il
' un qui, ayant fait le compte de ses dépenses, rende le superflu en disant :
^ P« Je ne veux point m'enrichir pendant que ma patrie se ruine. » Que
^ ^ les citoyens donnent plus volontiers leur vie que leiu* argent, voilà un
i paradoxe assez fort.
/ Mais ceux^ qui exposent leur vie jugent peut-être qu'ils donnent
/^assez. Examinons ceux qui n'exposent point leur vie. Beaucoup
% se sont enrichis, soit à fabriquer pour la guerre, soit à acheter et
revendre mille denrées nécessaires qui sont demimdées à tout prix.
J'admets qu'ifs suivent lei .prix ; les oflairos ont leur logique, hors de
lafloelld :ê8es".nç isoiit.'în§nïï plus de mauvaises affaires. Bon. Mais,
râ'fôrtuHe fàîfc, hê và-t-îl pas se trouver quelque bon citoyen qui dira :
« J'ai gagné deux ou Six millions ; or J'estime qu'ils ne sont pas à moi.
En cette tourmente où tant de nobles hommes sont morts, c'est assez
pour moi d avoir vécu ; c est trop d avoir bien vécu ; je refuse une
:ur public ; tout ce que j'ai amassé est à la Patrie ;
: elle voudra ; et je sais que, donnant ces millions,
I moins qu« le premier fantassin venu » ? Aucun
si. Aucune réunion d'enrichis n'a donné k\ l'Etat
lillions. Or si la Patrie était réellement aimée plus
trait ce genre d'héroïsme, et même, puisque çeluî
ait la donner, les héros du cof^e-fort donneraient
irdÛ.
le semble, que t 'amour de la patrie, lorsqu'il se n militaire, est certainement soutenu et réchauffé :ntE, sans doute naturels À l'homme aussi, mais taire, le plus uicien et le plus savant de tous, tandis !ur est encore dans i'enfûice.