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III. — Cote occidentale d'Afrique (suite

Dans la période d'expansion définitive, postérieure à 1880, où la France recueillit les fruits de leur persévérance en constituant ses colonies actuelles, le rôle des Marseillais fut naturellement moins en relief. L'expansion devint œuvre nationale et surtout affaire de gouvernement. Pourtant, elle fut encore, sur divers points, particulièrement marseillaise.

L'histoire de notre Guinée française en montre un premier exemple. C'est un Vauclusien d'origine, mais attaché à Marseille par de nombreux liens, Olivier de Sanderval, qui fut le premier apôtre de l'occupation du Fouta-Djallon et de la pénétration par les établissements des Rivières du Sud vers le Soudan. Ancien élève de l'école centrale, il avait conçu ses projets dès avant 1870 et avait reçu les encouragements du marquis de Chasseloup-Laubat, l'ancien ministre de la marine qui avait tant fait pour l'expansion coloniale sous le second empire. Ce n'est qu'en 1877 qu'il put partir pour la côte des Rivières et y préparer, par un séjour de trois ans, le succès de àa tentative de pénétration. Des factoreries fondées sur la côte en face des Bissagos, encore délaissée, qu'il reconnut le premier en détail, entre le Rio-Grande et le Cassini, puis poussées progressivement dans l'intérieur, le firent entrer en relations avec les indigènes. Enfin, en novembre 1879, Olivier partit sur son yacht, le Jean-Baptiste, emportant les encouragements de ses nombreux amis de Marseille, parmi lesquels A. Rabaud fondateur et président de la Société de géographie,

l'un des Marseillais qui ont eu le plus à cœur notre expansion coloniale.

Il rêvait de gagner le Niger par le Fouta, puis de descendre le fleuve et même de gagner le Tchad, de là, les grands lacs de la côte orientale. Retenu à Timbo par l'almamy, il préféra donner suite aux projets d'établissement qu'il caressait en même temps. L'opinion publique se préoccupait vivement de la construction d'un chemin de fer entre le Sénégal et le Niger, au moment où la mission Gallieni était envoyée à Ségou vers Ahmadou ; le gouvernement allait bientôt présenter au Parlement le projet d'un premier tronçon entre Médine et Bafoulabé (1). Olivier pensa qu'il était préférable de relier le Niger à la côte des Rivières : l'itinéraire était plus court et présentait plus d'avantages. Habile à gagner la confiance des chefs noirs, il signa avec l'aluiamy du Fouta, le 2 juin 1880, une convention qui permettait aux Français de construire une ligne de chemin de fer (2).

Ce n'était pas seulement la pénétration mais la domination française qu'il avait ainsi préparée avec un bonheur inattendu. Les Anglais de Sierra-Leone et de Gambie ne s'y étaient pas trompés et n'avaient rien négligé pour le faire échouer. A peine fut-il parti, qu'ils envoyèrent à Timbo le gouverneur même de la Gambie qui répéta partout que les Français venaient pour s'emparer du pays et réussit à faire contracter des engagements à l'almamy. Ils restèrent heureusement sans effet grâce à l'activité d'Olivier. De retour en France à la fin de 1880, il avait réussi à convaincre le gouvernement et Gambetta de l'importance du Fouta. Il avait parlé aussi à un autre Marseillais d'adoption, colonial ardent, le docteur Bayol (3) qui venait de faire partie de la mission Gallieni et l'avait quittée à Bammakou pour rapporter des documents à Saint-Louis. Bayol sollicita et obtint du gouvernement une mission pour Timbo. Il y arriva le 14 juillet 1881 (4) et conclut avec l'almamy un premier traité de protectorat, renouvelé plus tard par le lieutenant Plat en 1888 et reconnu par l'Angleterre en

1) En février 1880.

(2) Voir la relation du voyage de M. Olivier : De V Atlantique au Niger par te Foutah-Djallon. Paris, Dueroq 1882, in-8«. -Cf. Bullet. de la Soc. de géog. de Marseille, t. vi, 1882.

3) Aujourd'hui sénateur des Bouches-du-Rhône.

(4) Pour les voyages d'Olivier et Bayol, voir le volume de cette collection sur les Voyageurs et explorateurs provençaux.

1890. Ainsi, l'initiative de deux Marseillais nous valait la possession du Fouta, considéré comme la clef du Soudan.

Cependant, sans perdre de temps, Olivier avait voulu passer à l'exécution de ses plans. Dès le début de 1881, avant le départ de la mission Bayol, il avait envoyé trois de ses amis, Gaboriaud, de Fontenay et le Marseillais Ansaldi, pour étudier le tracé de la voie. Le nouvel almamy signa un nouveau traité plus avantageux que le premier : de chaque côté de la ligne concédée, il accordait une bande de vingt kilomètres de large, promettait des travailleurs et s'engageait à protéger l'entreprise. Deux autres missions envoyées ensuite parcoururent le pays pour l'étudier en détail, y nouer des relations et chercher les meilleurs points d'établissement. En 1888, Olivier revint lui-même pour obtenir de l'almamy la concession de vastes territoires. Il avait été encouragé dans ses idées par le général Faidherbe qui écrivait peu de temps avant sa mort : <r Si jamais il se fonde un empire du Soudan français, c'est à Timbo, dans le Fouta-Djallon, que sera sa capitale. » Il voulait donc créer de grandes exploitations et une vraie ville sur les plateaux salubres du Fouta. L'almamy lui accorda en effet trois groupes de concessions, au pied des falaises du Fouta, à l'entrée des hauts plateaux, et surtout une vaste étendue de terres sur le plateau de Kahel, au nord-ouest du massif, entre Fougoumba et Labé (entre les sources du Bafing et de la Gambie), avec le titre de roi qu'il jugeait nécessaire pour gagner la confiance des chefs noirs.

La France prenait de plus en plus pied au Soudan ; le protectorat avait été confirmé, les missions militaires devenaient de plus en plus fréquentes. Olivier pensa qu'il était nécessaire de solliciter l'approbation, même l'appui, du gouvernement, pour la réussite de ses projets. On l'accueillit bien, mais lès ministres et les sous-secrétaires d'État se succédèrent sans qu'il pût obtenir l'autorisation demandée (1). Depuis, c'est la colonie de Guinée qui a entrepris de construire le chemin de fer conçu par lui près de vingt ans auparavant et le Kahel n'est pas encore colonisé. Figure curieuse, plein d'idées généreuses et du vif désir de servir son pays, alliant l'esprit pratique aux fantaisies d'une imagination méridionale, Olivier eût peut-être fait de grandes choses s'il fût arrivé plus tôt dans un pays vierge où

(1) V. son second livre : Soudan français, Kahel, carnet de voyage. Paris, Alcan,

la tutelle gouvernementale n'eût pas gêné l'indépendance de son initiative.

Les négociants marseillais, eux aussi, ont pris une grande part à la fondation de notre Guinée. Les anciennes maisons, Mante et Borelli, héritière de Régis, et Cyprien Fabre, concentraient de plus en plus leurs efforts au Dahomey. D'autres avaient porté leurs efforts à l'ouest de la côte d'Or longtemps avant 1880. L'importante et honorable maison Ytier-Blanchard possédait de belles factoreries dans les Rivières du Sud. Olivier de Sanderval admirait leur bel établissement de Bambaia. Mais la première place avait été prise par un négociant hardi qui avait fait une grosse fortune dans le commerce du Levant et spécialement en Egypte, J.-B. Pastré, longtemps président de la Chambre de Commerce de Marseille, avait fondé de florissants comptoirs en Guinée. Le principal s'élevait sur le Rio Nunez à Bel Air, en aval du poste militaire de Boké, entouré lui aussi d'autres établissements marseillais dont les arachides alimentaient surtout le commerce. La mort de J.-B. Pastré, en 1877, amena la liquidation des maisons J.-B. Pastré et C,c et Pastré frères et donna le premier rôle à un nouveau venu C.-A. Verminck qui allait, par sa vigoureuse initiative, donner définitivement la prépondérance à l'influence et au commerce français sur cette côte.

Seul artisan de sa fortune, devenu à force d'énergie grand négociant et grand industriel, C.-A. Vermink parvint en peu d'années à créer à sa maison une situation hors de pair entre l'estuaire de la Gambie et la côte d'Or. Etablissant son quartier général à Sierra- Leone, il multiplia peu à peu ses comptoirs au pays des Rivières, au Libéria, sur la côte d'Ivoire. Les belles factoreries des Pastré à Bel-Air et à Benty (Mellacorée) furent acquises par lui en 1878. Ce dernier établissement avait ruiné la prospérité du comptoir anglais de la petite île de Matacong, autour duquel on fit quelque bruit à la fin de 1878.

L'Ilot de Matacong, de quinze à vingt hectares à peine d'étendue, parut menacer de faire éclater un conflit entre la France et l'Angleterre. Situé à l'embouchure de la rivière Forrecareah, à cinquante milles au nord de Sierra-Leone, il était autrefois séparé de la côte par un chenal d'un kilomètre. Des alluvions l'ont comblé peu à peu et l'île est maintenant à peu près rattachée au continent. Les commodités du lieu avaient attiré un Anglais très entreprenant, Nathaniel Ispacs, qui obtint d'un chef indigène la jouissance de l'île moyennant

un loyer annuel de 125 francs. Issacs protégea l'anse par un môle» éleva sur un petit plateau qui la domine les établissements et magasins les plus beaux de la côte, solidement bâtis en pierre, et fit bientôt un commerce considérable. Mais le grand débouché des arachides et des palmistes, les deux grands articles du trafic, était Marseille. Issacs dut entrer en relations avec la maison Aquarone de cette ville. La hardiesse de ses entreprises l'obligea de recourir au crédit du négociant marseillais 'qui se trouva un beau jour créancier d'une somme dépassant un million. L'Anglais ne put lui promettre en paiement que la propriété de l'Ile Matacong, devenue ainsi marseillaise. Pourtant, Issacs garda ses titres et les transmit à ses héritiers qui louaient l'île à une maison de Manchester. En 1878, ils offrirent de la vendre à M. Verminck, avec les établissements et magasins, pour 250.000 francs. Mais Matacong n'avait plus grande valeur, La maison marseillaise déclina donc l'offre qui lui était faite ; elle était sûre de devenir maîtresse du commerce de la côte, sans s'imposer de sacrifices. La presse anglaise, après avoir beaucoup parlé de Matacong, finit par se rendre compte de l'inanité des prétentions qu'elle soutenait et de la situation de fait acquise par les Français ; l'îlot infime, déserté parle commerce, tomba définitivement dans l'oubli (1).

L'œuvre de la pénétration ne laissait pas C.-A. Verminck indifférent. En 1879, au moment où Olivier préparait son voyage au Fouta, il résolut d'organiser une mission à la fois géographique et commerciale. Il en chargeait le directeur d'une de ses factoreries de la Rokelle, Zweifel, et lui en indiquait le double but. c Le but géographique, lui disait-il, doit être la découverte des sources du Niger ; j'y attache la plus grande importance et c'est principalement en vue de cette découverte que j'ai formé le projet de l'expédition que vous êtes

appelé à diriger On s'en est peu occupé jusqu'à ce jour. Le

caput Nili quaerert est depuis longtemps le mot d'ordre des explorateurs. Ce problème est à la veille d'être résolu, mais celui des sources du Niger reste entier. Il est probable que bientôt l'attention publique se portera de ce côté ; de nombreux indices le font présager. Eh bien ! prenons les devants et qu'à nous . revienne

(1) F. Bohn. Matacong ; — E. V. Vile de Matacong. Bull, de la Soc. de Géog, de Mars., t. m, 1879, p* 89-94.

l'honneur de cette découverte... Si vous arrivez aux sources du Niger, je désire que vous en déterminiez la position exacte, afin que cette découverte ait une valeur géographique importante... Je compléterai ma pensée en ajoutant que l'expédition doit avoir un caractère essentiellement français. Si votre voyage réussit et amène d'utiles résultats, je désire que la France soit la première à en profiter ».

Zweifel partit de sa factorerie de Rotombo en juillet 1879, accompagné du Marseillais Marius Moustier; agent de la maison Verminck à Boké (Rio Nunez). Tous deux, établis depuis six à huit ans à la côte, connaissaient très bien les habitudes des noirs et les deux langues les plus répandues, le sousou et le foulah. Aussi l'expédition fut-elle couronnée de succès. Le but géographique fut atteint puisque, après avoir découvert les sources de la Rokelle, les deux agents marseillais reconnurent le Faliko et le Tembi, les deux torrents principaux qui forment le Niger. S'ils se contentèrent de contempler à une distance de six kilomètres la colline de Tembi-Coundou, source du Tembi, considérée par les indigènes comme la tète du Diolibah, ce fut pour ne pas avoir recours à la force pour vaincre leurs défiances. Résultat plus utile pour la France, l'expédition avait passé partout pacifiquement, nouant des relations d'amitié dans les principaux centres où elle avait séjourné. L'influence française pénétrait dans l'arrière pays du Sierra- Leone par une expédition partie de la capitale anglaise; le fait ne manquait pas d'un certain piquant. La Société de géographie de Marseille ménagea aux deux voyageurs un chaleureux accueil, et décerna sa grande médaille d'or collectivement et individuellement à MM. Verminck, Zweifel et Moustier, dans sa séance du 1er octobre 1880. Elle tint à honneur d'être la première à publier dans son bulletin le compte-rendu du voyage (1).

Quelques mois après Marius Moustier, qui avait tenu à accompagner Zweifel malgré l'état très mauvais de sa santé, repartait pour le Fouta avec la mission Bayol. L'activité des Marseillais dans le pays des Rivières avait été féconde et décisive, dans ces deux années, puisque le gouvernement crut devoir nommer le docteur Bayol lieutenant -gouverneur de ces dépendances du Sénégal jusque-là négligées. Le lieutenant-gouverneur travaillait avec ardeur à préparer la constitution définitive de la nouvelle colonie, quand son intégrité

(1) V. Bull, de la Soc. degéogr., 1880, p. 221-384.

fut menacée par les ambitions germaniques. A la fin de 1883 une maison allemande était venue s'installer, sur un pied très modeste, en territoire français, dans la presqu'île de Tombo (Konakry) ; elle avait à sa tête un ancien agent des factoreries françaises du Sénégal, nommé Colin. C'était le moment où les Allemands cherchaient partout des teries vacantes pour constituer leur empire colonial. Sur les instigations de la maison Colin, le docteur Nachtigal, qui allait avec deux navires prendre possession des Camerouns, s'arrêta aux îles de Los pour entrer en négociations avec un chef de la côte, mais il reconnut que celui-ci était engagé déjà avec la France et continua sa route. Cependant, à la fin de décembre 1884, une corvette allemande parut à l'embouchure de la Dubréka. Son commandant, aidé par l'agent de la maison Colin, finit par trouver quelques petits chefs de village qui consentirent à traiter avec lui et leur fit arborer le drapeau allemand. Quelle ne fut pas la surprise du lieutenant-gouverneur quand, quelques jours après, en tournée d'inspection sur l'aviso Ardent, il vit flotter sur ces villages bagas les couleurs de l'empire. Il se hâta de protester contre la violation des droits de la France et d'aviser le gouvernement. L'émotion fut vive à Marseille. La conférence de Berlin était en train de régler le partage de l'Afrique ; un moment de négligence pouvait faire perdre le fruit de longs efforts. Heureusement le gouvernement, éclairé et stimulé par la vigilance et l'énergie des réclamations du docteur Bayol et des négociants marseillais (1), était bien armé pour faire reconnaître à l'Allemagne le peu de fondement de ses prétentions. Il fallut pourtant lui accorder une compensation malheureuse (2) pour qu'elle y renonçât par la convention du 24 décembre 1885.

Dès 1881 , la pénétration commencé? et l'établissement du protectorat sur le Fouta pouvaient faire prévoir la constitution de la Guinée française; il n'en était pas de même à la côte d'Ivoire où les factoreries disséminées continuaient obscurément leurs opérations de traite. Même, à la suite de nos désastres de 1870, le drapeau français qui flottait sur les forts de Grand-Bassani, Assinie et Dabou, avait failli

(1) V. Frécl. Bohn. Les possessions françaises du Bas- de -Côte et les récentes tentatives d'annexion des Allemands. 17 février 1885, Bull, de la Soc. de géog. de Mars., 1885, p. 36-47.

(2) V. ci-dessous, p. 4#4.

disparaître. Le gouvernement avait décidé, en 1872, l'abandon de ces établissements qui ne coûtaient pas beaucoup, il est vrai, mais semblaient d'une mince utilité. Le vieux fort d'Assinie, avec ses canons démodés, fut cédé à la maison Swanzy, de Londres. Heureusement qu'un négociant français, Verdier, de la Rochelle, réclama la concession de celui de Grand-Bassam. Longtemps, l'agent principal de la maison Verdier conserva les fonctions d'agent du gouvernement français. Ce n'est qu'en 1884, sur les réclamations réitérées des commandants de nos forces navales et des commerçants, qu'eut lieu la reprise de possession des anciens établissements.

Heureusement, pendant cette période de renoncement, nos négociants n'avaient pas cédé la place aux Anglais et aux Allemands. C'est à leur énergie que nous devons le maintien de notre influence et de nos droits et, par conséquent, la possession de notre côte d'Ivoire. On a vu comment la maison Verminck se signala particulièrement par son initiative dans ces circonstances défavorables. En 1881, C.-À. Verminck avait fondé la Compagnie du Sénégal et de la Côte Occidentale d'Afrique. Quelques années après, celle-ci fit place, en 1887, à la Compagnie française de l'Afrique Occidentale, puissamment constituée par un groupe de financiers et négociants marseillais, au capital de sept millions.

Le moment de la constitution définitive de nos colonies de la côte de Guinée approchait et pourtant leurs relations avec la métropole n'étaient pas encore assurées. C'était pourtant une condition indispensable de leur existence et de leur développement. Un jeune négociant marseillais, qui comptait déjà parmi les ouvriers les [plus actifs de la colonisation à la côte occidentale, F. Bohn, gendre de C.-A. Verminck, voulut créer un courant d'opinion et entraîner le gouvernement. Il présenta au Congrès national des Sociétés de géographie, tenu à Bourg en 1888, un rapport sur la nécessité de créer une ligne régulière de paquebots à vapeur entre la France et les possessions du golfe de Guinée. Trois compagnies étrangères, deux anglaises et une allemande, desservaient régulièrement cette côte, favorisant Liverpool et Hambourg. Il y avait là une grave menace pour l'avenir. Le commerce français n'était plus représenté que par trois ou quatre maisons importantes, fondées depuis de longues années, qui luttaient péniblement contre la concurrence étrangère. M. Bohn demandait que Marseille fut le port d attache de la ligne denfandée, mais, sachant

quelles étaient les susceptibilités des autres ports, il acceptait prudemment que le Havre, malgré son peu de relations avec ces pays, fût tête de ligne concuremment avec Marseille (1). C'est la solution qui devait être acceptée quand, en 1890, le service de la côte occidentale d'Afrique fut partagé entre la Compagnie Fraissinet et les Chargeurs Réunis. Si le succès de la mission Binger eut alors un effet décisif sur la constitution définitive de nos colonies de la côte, c'est qu'elle arriva à son heure, le terrain en Afrique et l'opinion en France avaient été préparés; les Marseillais y avaient beaucoup travaillé (2).

La guerre de 1870, fatale à nos établissements de la côte d'Ivoire, ne porta pas atteinte à la prospérité de ceux du Dahomey. Les Anglais avaient essayé d'en profiter pour détruire l'influence française, mais ils avaient échoué devant l'énergie des agents marseillais et les dispositions des indigènes aussi défiants envers eux que favorables aux Français. Les deux grandes maisons marseillaises Régis et Fabre gardèrent donc, et augmentèrent même, leur prospérité commerciale en même temps que leur influence politique. La maison Daumas allait bientôt quitter le Dahomey pour consacrer tous ses efforts au Congo. Il n'y avait à Ouida qu'une médiocre maison portugaise et la factorerie anglaise de la compagnie Swanzy. Mais il fallait veiller sans cesse contre les entreprises inlassables des gens de Lagos. En 1875, le capitaine Cardonnet, agent de la maison Régis, parvint heureusement à déjouer une nouvelle tentative. En 1877, l'agent des Swanzy à Ouida, Turnbull, s'était attiré des désagréments par sa faute et avait amené, par ses plaintes, le blocus des côtes dahoméennes par la division navale anglaise (3); le commerce fut interrompu plusieurs mois: La situation était critique : Gléglé ne voulait pas accorder aux Anglais les satisfactions demandées; on pouvait craindre que ceux-ci

(1) V. Bull, de la Soc. de géog. de Marseille, 1888, p. 325-31.

(2) V. Chaudoin. Trois mois de captivité au Dahomey, p. 102-106.

(3) L'initiative marseillaise s'exerçait même alors sur la côte occidentale en dehors des régions qui devaient devenir françaises. Ainsi, de 1868 à 1874, l'explorateur Donnât faisait de curieux voyages sur la haute Volta, patronné par les Bazin qui avaient joué un rôle très-important à Marseille lors de la constitution de la flotte à vapeur (Bullet. Soc. géog. Marseille, 1877, p. 203-206). — Griffon, capitaine au long cours marseillais, reçut mission de la maison Berger, Schlacht et C" d'explorer le Rio- Grande (Guinée portugaise) et d'atteindre le Fouta en le remontant. (Bullet Soc. géog. Marseille, 1881, p. 341-45).

ne saisissent avec empressement l'occasion, si longtemps cherchée, de nous supplanter. Les Marseillais sauvèrent la situation par leur décision : ils offrirent de payer la moitié de l'amende imposée à Gléglé par le cabinet de Londres et, grâce à leur sacrifice, le blocus fut levé. Mais il était urgent de répondre à la démonstration anglaise par une autre pour maintenir notre prestige. Le gouvernement le comprit. En 1870, le lieutenant de vaisseau Serval parvint à signer avec Gléglé un nouveau traité qui nous confirmait la cession de Kotonou et supprimait les diverses servitudes imposées aux Français qui résidaient dans le pays. Il avait été accompagné et aidé par Colonna de Lecca, l'agent en chef de la maison Régis, établi anciennement dans le pays. C'était, dit Serval lui-même, le plus influent des blancs auprès du roi.

Les agents marseillais profitèrent de l'occasion pour pousser Toffa, roi de Porto-Novo, à solliciter le rétablissement du protectorat français, par leur intermédiaire. Ce fut chose faite en 1883 : le 2 avril, le protectorat fut solennellement proclamé à Porto-Novo. Colonna de Lecca, déjà agent vice-consul, devenait résident de France à Porto- Novo et Kotonou jusqu'à l'arrivée du lieutenant-colonel Dorât, qui amena, en juillet 1884, une petite garnison. Des agents consulaires avaient été nommés, dès 1881, sur divers points de la côte des Popos, notre protectorat affirmé par décret en date du 19 juillet 1883 et proclamé sur place au début de 1885.

La situation de la France était bien affermie ; pourtant, les Marseillais eurent à redoubler de vigilance et d'énergie pour défendre les résultats acquis. En 1884, les Allemands avaient pris possession de plusieurs points de la côte, entre les Popos et la côte d'Or anglaise. On apprit tout à coup que le gouvernement négociait l'abandon d'une partie des Popos sur lesquels il venait de proclamer notre protectorat. Grand émoi à Marseille. M. J. Charles-Roux, député, courut à Paris porter les doléances des négociants, mais tout fut inutile. Par l'arrangement du 24 décembre 1885, qui fixait les limites de la nouvelle colonie du Togo, la France renonçait aux territoires de Lomé, Baguidah, Porto-Seguro et Petit-Popo en réservant, toutefois, les droits des factoreries marseillaises. C'était la contre-partie des stipulations relatives aux Rivières du Sud renfermées dans la même convention. L'intégrité de la Guinée française n'avait été sauvée que par une mutilation du Dahomey, nécessaire peut-être, douloureuse à coup sûr

pour ceux qui faisaient flotter là depuis plus de trente ans le drapeau de la France (1).

Au même moment, un autre danger plus grave les menaçait. Les Portugais de Ouida souffraient depuis longtemps d'être supplantés peu à peu par les Français. Ils restaient puissants cependant sur l'esprit du souverain dahoméen et le petit-fils du fameux Francisco de Souza conservait la dignité de chacha qui en faisait l'intermédiaire à Ouida entre les Européens çt la cour d'Abomey. Excité d'un autre côté contre les Français par les Anglais, Gléglé se laissa persuader par le Chacha de reconnaître le protectorat portugais sur le Dahomey, sauf Kotonou, par un traité du mois d'août 1885. Même, on vit un matin, le 13 septembre, le pavillon portugais arboré à Kolonou, en face du pavillon français. Les maisons marseillaises passèrent cette année-là par toutes sortes d'angoisses. Le gouvernement protesta avec énergie auprès de la cour de Lisbonne qui renonça à ses prétentions et, pour bien affirmer l'intention de la France de rester au Dahomey, créa, le 16 juin 1886, les Établissements français du golfe de Bénin, dépendance du Sénégal. Puis ce furent, à Porto-Novo, des difficultés avec les Anglais, devenues aiguës en 1887, heureusement aplanies en 1888, par la signature d'une convention à Lagos.

Délivrés des menaces étrangères, les Marseillais eurent, pour la première fois depuis leur établissement, à redouter les Dahoméens eux-mêmes. L'intervention du gouvernement français, l'apparition de nos troupes, les intrigues anglaises et portugaises, l'influence auprès de Gléglé vieilli du prince héritier Kopdo, le futur Béhanzin, hostile aux étrangers, avaient détruit la bonne harmonie coutumière. Les vexations de toutes sortes avaient succédé aux bons procédés. Elles devaient fatalement amener un conflit armé. La pénible mission du docteur Bayol à Abomey à la fin de 1889 en fut le prélude. Les insolences qu'il avait dû subir et l'avènement au trône de notre ennemi Béhanzin ne laissaient pas douter que l'emploi de la force ne fût nécessaire pour faire respecter les traités et assurer la sécurité de nos maisons de commerce.

Mais la politique du gouvernement était flottante et les dispositions des Chambres inquiétantes. L'expansion coloniale comptait encore

(1) Le docteur Bayol, lieutenant -gouverneur, vint procéder à la délimitation en 1886-87. La frontière part de la pointe d'i-ne petite lie appelée île Bayol.

de violents adversaires et l'utilité du Dahomey était contestée. Aussi, le gouvernement, craignant de s'engager, commit-il la faute de vouloir terminer au plus vite la lutte, commencée déjà en 1890, par la malheureuse convention du 3 octobre qui promettait à Béhanzin une somme annuelle de 20.000 francs. La Chambre de Commerce de Marseille essaya en vain de représenter les dangers d'une pareille concession dans une lettre adressée en février 1891 à l'amiral Vallon, président de la commission parlementaire chargée d'examiner le traité. Si on eût écouté les suggestions de la vieille expérience marseillaise dans la politique vis à vis du Dahomey, la sanglante expédition finale eût peut-être été évitée. Mais Béhanzin, s'imaginant nous avoir vaincus, redoubla d'audace, se prépara • secrètement à nous chasser en faisant des armements et démasqua ses intentions par la lettre insolente du 29 mars 1892 au lieutenant gouverneur Ballot.

Cependant il fallut un dernier effort pour éviter une nouvelle reculade. Les affaires du Dahomey avaient fait l'objet d'une vive polémique dans la presse. L'opposition ne désarmait pas au Parlement. Dans la séance du 7 avril 1892, Déroulède s'était écrié : « La politique coloniale est une politique de missionnaires et de commissionnaires Pour qui la politique dahoméenne a-t-elle été engagée?

La vérité c'est que c'est uniquement et exclusivement pour trois grandes maisons de commerce. » Il s'attira une vigoureuse réponse de M. Jules Charles-Roux qui montra éloquemment le rôle national joué au Dahomey par les négociants de Marseille (1). L'expédition fut décidée mais, avant le triomphe final, les agents des comptoirs avaient failli être victimes des tergiversations du gouvernement. Enfermés pendant dix jours dans la factorerie Fabre, à Ouida, sous la menace d'un siège, attirés dans un guet-apens, enchaînés et conduits comme des esclaves à Abomey, ils restèrent pendant trois mois (15 février-7 mai 1890) exposés aux caprices de Béhanzin (2).

Quand Marseille fit au général Dodds et à ses soldats, le 11 novembre 1893, un accueil triomphal, au lendemain d'agitations socialistes inquiétantes, quelques uns s'en étonnèrent. Si les Marseillais furent enthousiastes c'est qu'ils avaient conscience qu'ils étaient pour quelque chose dans cette conquête. N'était-elle pas le

(1) Voir Charles-Roux. Vingt ans de vie publique. Paris, Guillaumin, 1892, p. 719 et suiv.

(2) Chaudoin. Trois mois de captivité au Dahomey, p. 126-257.

couronnement définitif d'une œuvre marseillaise devenue œuvre nationale?

Plus à l'Est, au fond du golfe de Guinée, l'initiative des Marseillais aurait pu procurer d'heureux résultats, sinon nous donner une nouvelle colonie, sans les défaillances de notre politique coloniale, si longtemps indécise et contradictoire après 1870. Lorsqu'arriva le moment des partages africains on eût pu, peut-être, espérer obtenir un morceau de cette Nigeria, le plus riche pays de l'Afrique occidentale, bien que les Anglais y eussent solidement établi leur influence par un demi siècle d'efforts. Nous étions pour cela un peu tard venus sur cette partie de la côte, mais, tout au moins, l'abandon de nos établissements et de nos droits eût pu nous valoir d'appréciables compensations.

Les maisons Régis et Fabre n'avaient pas poussé leurs établissements au delà de Lagos, où elles maintenaient leurs factoreries. Les Anglais étaient seuls fixés aux touches du Niger et des Rivières de l'huile. Autour de 1880 les Français vinrent leur disputer la place. Un ancien officier, le comte de Semelle, avait, en 1878, relevé le cours du Niger jusqu'à Boussa et celui de la Bénoué sur un long parcours. Il s'était fait accorder des concessions de terrains aux points les plus importants pour y établir des stations. De retour en France, il avait pu créer une compagnie parisienne qui l'avait chargé de fonder en 1880 cinq comptoirs sur le bas Niger et un sixième sur la Bénoué. La mort de Semelle dans ce second voyage n'avait pas empêché la compagnie de porter progressivement son capital à trois millions de francs. Son agent-général, le commandant Mattei, pourvu du titre d'agent consulaire de France à Brass-River, avait porté à plus de trente le nombre des factoreries, malgré les efforts des Anglais qui avaient réussi pourtant à l'empêcher de signer des traités de protectorat. Mattei avait été heureux de recruter à Marseille des employés formés à la côte occidentale. Il se félicita des services de Demery, sorti de la maison Fabre, qui fut pour lui un agent principal de premier ordre.

Dès 1882, la nouvelle Compagnie du Sénégal, fondée par C.-A. Verminck, avait suivi l'exemple de la compagnie parisienne et avait pris position à côté d'elle. Mais les Anglais, se sentant menacés, redoublaient d'efforts. Des officiers, des personnages de marque

envoyés en mission, parcouraient le pays, encourageaient les commerçants et détournaient les chefs d'entrer en relations avec les Français. Les trois compagnies anglaises de Manchester, de Londres et de !

Glascow, qui se faisaient auparavant une concurrence acharnée, avaient fusionné en 1879 puis allaient former la puissante National African Company. En présence de cette formidable poussée les deux compagnies françaises ne recevaient de la métropole aucun encouragement. Mattei, agent consulaire, n'obtenait pendant trois ans aucune instruction de la marine, ni des affaires étrangères. La lutte devint impossible : les compagnies marseillaise et parisienne durent s'entendre avec leur puissante rivale anglaise, à la fin de 1884, pour lui céder leurs établissements. « Ce jour-là, a-t-on écrit justement, nous perdîmes le Niger. Cet acte de cession, qui passa presque inaperçu en France, eut, en effet, pour première conséquence, d'amener les membres de la conférence de Berlin à reconnaître aux Anglais les bouches du Niger jusqu'à Lokodja. (1). » Quelques mois après, la National Company devenait la Compagnie royale du Niger. La Nigeria anglaise était fondée.

Au même moment naissait, pour nous dédommager, notre colonie du Congo. Les belles découvertes de Brazza et du docteur Ballay,dans leur premier voyage de 1875-78, avaient changé la situation dans ces régions, où nous restions confinés dans notre comptoir du Gabon qu'il avait même été question d'abandonner en 1870. Elles attirèrent l'attention vers l'Ogooué, sur les rives inférieures duquel des Anglais et | des Allemands avaient fondé les premiers comptoirs.

Pendant leur voyage, le roi Léopold avait pris l'initiative de fonder à Bruxelles l'Association internationale africaine dont le but ;

était de faciliter, par un concours amical de toutes les puissances I

chrétiennes, la pénétration africaine, l'introduction de la civilisation dans le continent noir et la répression de la traite. Un Comité français venait d'être formé au moment où Brazza rentrait en France. Il avait pour secrétaire général un Marseillais, secrétaire de M. de Lesseps, Marius Fontane, et, pour trésorier, l'industriel marseillais bien connu P. Félix Fournier. Alfred Rabaud, président delà

(l) Rouire. Les territoires de la Compagnie anglaise du Xiger. Rev. de geog. t. xl, 1897. — O Mattei. Bas Niger, Bé noué, Dahomey. Grenoble, 1890, in-8-.

Société de Géographie de Marseille, avait été l'un des premiers et des plus fervents adhérents de l'Association. Il était spécialement chargé par elle de favoriser les tentatives de pénétration dans l'Afrique orientale (1).

Le principal moyen d'action adopté par l'Association internationale était la fondation de stations à la fois « scientifiques, commerciales, agricoles, humanitaires et hospitalières », qui jalonneraient les principales voies de pénétration africaines. Le Comité français confia à de Brazza, prêt à partir pour son second voyage, la mission de créer sa première station avant de reprendre la route du Congo. L'enseigne de vaisseau Mizon, qui allait faire ses premières armes en Afrique, avait été choisi comme chef de station. Brazza, embarqué à Liverpool le 3 janvier 1880, allait, dans ce second voyage, atteindre le Congo, planter le drapeau français sur ses rives et signer avec le roi des Batékés, Makoko, le fameux traité du 3 octobre 1880 qui devait permettre de fonder Brazzaville. Le vaillant explorateur rentra en France en juin 1882.

Il trouva constitué le Comité d'initiative de l'Ogooué, né dans le sein du Comité français de l'Association internationale. Le but était de créer une compagnie coloniale au capital provisoire d'un million. Le projet avait été conçu par l'ingénieur W. Huber, membre de la Société de Géographie de Paris. Mais il fallait un négociant ayant l'expérience de l'Afrique pour le mettre au point. Rabaud sembla tout désigné. Huber, recommandé par A. Grandidier, vint à Marseille pour conférer avec lui en avril 1881. Le négociant marseillais s'étant empressé d'accorder son concours, le comité fut aussitôt formé en mai 1881. Il était présidé par l'amiral de Montaignac, ancien ministre de la marine, et comptait parmi ses membres en dehors de Huber, Grandidier et Rabaud, le vicomte de Bizemont, capitaine de frégate, membre influent de l'Association internationale, Charles Herpin, ancien directeur de la Société Générale, Charles Maunoir, secrétaire général de la Société de Géographie, et le banquier Paul Mirabaud, membre de sa commission centrale.

C'était là de sérieux éléments de succès. Au début de 1882, le Comité d'initiative était résolu à a marcher de l'avant » et à constituer la Compagnie dont les statuts furent rédigés. Rabaud traçait le pro-

(1) Voir le chapitre XV.

gramme de la « compagnie Gabon, Ogooué, Congo, société d'études en participation, ayant pour objet de faire toutes opérations commerciales, maritimes, agricoles ou industrielles dans la colonie française du Gabon et ses dépendances, ainsi que dans les bassins de l'Ogooué et du Congo ». Il s'agissait « d'obtenir des résultats pratiques des belles découvertes de Savorgnan de Brazza et Ballay . . • , d'ouvrir à la civilisation, au commerce et à l'industrie une des plus vastes et des plus riches parties du grand continent africain ». La direction des opérations fut confiée à la maison Rabaud frères de Marseille.

Rarement la colonisation allait suivre d'aussi près l'exploration encore inachevée. Pareille décision honorait les promoteurs de l'entreprise dont les noms méritaient d'être rappelés. Mais la Compagnie ne fut pas organisée. La rentrée de Brazza en France en juin 1882, l'intervention du gouvernement et l'organisation officielle de son troisième voyage, puis les démêlés avec Stanley et avec l'Association internationale transformée, changèrent, en effet, la situation. L'activité de Brazza dans ce troisième voyage allait permettre à notre diplomatie de revendiquer énergiquement ses droits à la Conférence de Berlin réunie en novembre 1884. L'acte de Berlin de février 1885 constitua enfin le Congo français.

Partout donc, après comme avant 1880, le rôle des négociants avait été grand et fécond à la côte d'Afrique. Sur plusieurs points ils étaient restés seuls pendant longtemps à représenter l'expansion coloniale française. Seules les factoreries faisaient flotter le pavillon aux trois couleurs. On a souvent répété, comme argument en faveur de la politique coloniale, que le commerce suivait le drapeau ; ici c'est le drapeau qui a suivi le commerce. Il faut même regretter qu'il ne Tait pas toujours suivi ; si notre politique coloniale eût été plus ferme et si les ministres ou les Parlements eussent toujours compris les fruits à retirer des entreprises des commerçants, notre domainç de l'Afrique occidentale serait encore plus beau. Les négociants anglais, qui rivalisèrent avec les nôtres, ont vu leurs efforts mieux compris et mieux soutenus. Ils en ont été aussi mieux récompensés par les témoignages de la reconnaissance publique. Un Anglais écrivait récemment dans un livre retentissant : « Où serions-nous en Afrique occidentale aujourd'hui sans les pionniers nos commerçants? S'ils s'étaient

conformés à la résolution officielle prise en 1865 de se retirer de la côte, est-ce que le pavillon britannique flotterait aujourd'hui quelque part dans l'ouest africain ailleurs qu'à Sierra-Leone ? Le commerçant a toujours précédé l'administrateur en Afrique Occidentale (1) ». Les négociants français méritent le même hommage et, parmi eux, au premier rang, les négociants marseillais.

(1) Edmond Morel. Affaire of west Africa. Trad. Duchêne. Hev. colon., 1903, p. 569-70.

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