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se levant,.. Viens, Juliette, laissons ces messieurs à leur entretien agrieole.
Et elle sgottta, en aparté :
— Les femmes ne seront bientôt plus admises que dans les couvents, et encore si on ne les ferais pas tous.
Le capitaine se leva, salua respectueusement les deux femmes qui sortaient, et ayant regardé autour de lui, comme on fait avant une confidence plus secrète, il prit un ton solennel, et dit :
— Ce n'est pas à M, Cartoux l'industriel que je m'adresse, c'est à M, Cartoux chef de bataillon dans la garde nationale et chevalier de la Légion d'honneur.
— C'est l^ même personne, je crois, dit M. Cartoux.
— Pas tqut à fait, reprit!^ cajritaine,.. Vous allez voir.
— Voyons tout de ^uite, dit M. Cartoux, sur le ton de ^imp9ti^^ce; je n'aime pas le$ préambules; au fait*
7— Le fait est grave, reprit le eapitaine, et ma mission est pénible. Je viens vous apporter un cartel d'honneur de la part de M. le colo^
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nel Ferréol Delombois. Inutile d'entrer dans d'autres explications,
— J'ai insulté M. DelomboisI dit Gartoux avec un sourire sérieux. Vraiment, je ne m'en; doutais pas.
— Commandant Car toux, reprit le capitaine, vous êtes solidaire de l'insulte; c'est la même chose. Atteinte grave est portée à l'honneur d'une famille ; le coupable est en fuite, un père seul le»représente ici. On ne peut s'adresser qu'à lui, il porte une épée.
— Quelle odieuse plaisanterie I s'écria M. Cartoux; mon fils, je le connais, mon fils n'a porté atteinte à l'honneur d'aucune famille; il s'était engagé avec la légèreté de son âge; il s'est dégagé, voilà tout.
— Il paraît alors, reprit te capitaine, que le commandant Cartoux (en appuyant sur le mot commandant) n'a pas eu connaissance de tout ce qui a été dit au Café Bellone, et.^.
— Au diable ! s'écria Cartoux^ A votre Cufé BelUme, il y a une collection de commères habillées en hommes, qui tuent le teœps en. jouant à la médisance et aux dominos, deu^^ tristes jeux! Si vous aviez tous, comme mpi>
trois cents ouvriers sur les bras, vous ne vous occuperiez pas du prochain.
— Bref, reprit le capitaine en se levant, finissons-en; je n'ai pas mission de discuter; mon rôle est simple, et se borne à ma première phrase; j'ai eu tort d'aborder les explications... Commandant Gartoux, acceptez- vous ou refusez-vous le cartel du colonel Delombois?
M™e Gartoux, qui écoutait aux portes, fit irruption dans le salon, et embrassant son mari, elle s'écria :
— Mon mari ne se battra pas, monsieur! mon mari n'est pas un oisif: c'est le père de trois cents ouvriers, qui vivent par lui! Vous avez beau l'appeler commandant, il ne commande que son usine. Il n'y a plus de garde nationale dans le canton. Mon mari ne se battra pas!
— Si les femmes s'en mêlent, je me retire, dit le capitaine.
— Un instant, un instant, dit M. Gartoux, en se délivrant des étreintes de sa femme; ma femme fait son devoir, je ferai le mien... Ma chère femme, je te prie de rentrer... Ah! bon,
voilà Juliette! Mon Dieu! cela ne regarde pas les femmes ! . . . Ce sont des affaires entre hommes... Capitaine, ne sortez pas...
— Il pleure! le capitaine, mon ami... s'écria M™e Cartoux... Oui, oui, vous pleurez... vous ne pouvez pas cacher vos larmes... Une mère, une fille se jettent à vos pieds et vous supplient...
— Voulez-vous donc vous retirer toutes deux! cria M. Cartoux d'une voix stridente; vous ne comprenez rien aux affaires d'honneur; je suis injustement provoqué, oui, injustement, mais je ne reculerai pas ! Je ne veux pas qu'on arrache ce ruban rouge de ma boutonnière! je me battrai...
Les deux femmes se laissèrent tomber sur des fauteuils, en étouffant des sanglots.
— Allez dire au colonel, reprit M. Cartoux, que je l'attends de pied ferme.
— C'est lui qui vous attend, dit le capitaine à voix basse... là-bàs, dans le massif de tilleuls, et il doit bien s'impatienter... Avez-vous un témoin?
— Je vais prendre mon contre-maître, c'est un vieux soldat... Adieu, ma chère femme.
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adieu, ma chére Juliette; ne vous désespérez pas; j'aime mieux me battre que de voir battre mon fils.
— ^Oh! cet abominable Paris! dit la mère en sanglotant; c'est lui qui est cause de tout cela!
— Je vais brûler ses monuments ! dit la flUe à l'unisson ; ils nous ont porté malheur !
— Embrassez-moi, mes anges! dit le père avec tendresse. Ces terribles moments ont leur bon côté; ils nous prouvent que nous aimons bien et que nous sommes aimés.
— Vous êtes un brave! dit le capitaine à Cartoux, en essuyant deux larmes furtives.
La porte s'ouvrit, et un quatuor de cris éclata sur tous les tons.
C'était Maurice!
Le jeune homme disparut bientôt dans trois étreintes de caresses et de bras; le capitaine ressemblait à une statue en frac noir.
La pauvre mère éprouva bientôt, après la joie, une douleur qui faillit la tuer, et qui se comprendra aisément sans trop d'analyse. L'arrivée de son fils amenait une situation nouvelle ; ce n'était plus M. Cartoux qui devait se battre,
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mais bien Maurice. Le cœur d'une mère comprit tout de suite, et le cri de la nature lui imposa un étrange regret; elle aurait voulu voir, en imagination, son fils à mille lieues du village de Saint-Anaclet.
M. Cartoux devina tout de suite cette nouvelle angoisse d'une mère, et ayant embrassé son fils une nouvelle et dernière fois, il lui dit, en riant .
— Je sors un instant avec le capitaine... pour une affaire de... comice agricole...
— Oui,. oui, interrompit naïvement la niére... c'est très-urgent... Reste avec nous, Maurice... n'accompagne pas ton père... cela ne te regarde pas, toi... le comice agricole...
— Mais, que diable! s'écria joyeusement Maurice, le comice agricole attendra... Comment ! vous n'êtes pas étonnés tous de me revoir le surlendemain de mon départ! Vous ne m'interrogez pas? Vous n'êtes pas curieux de connaître mon voyage?... Vous...
— Oui, oui, interrompit le père, tu nous conteras cela... bientôt... Embrasse-moi encore une fois, mon cher Maurice...
— Laissez-moi vous raconter en deux mots.
interrompit le jeune homme... Vous allez rire, et je m'aperçois que vous en avez besoin... car je ne vois ici que des yeux rouges...
— Adieu, Maurice, dit le père, avec le plus faux des sourires.
— Oh! pour le coup! s'écria Maurice, j'use de mon autorité d'enfant prodigue qui retourne à la maison, et j'ordonne à mon père de m'écouter...
— Au retour, au retour, interrompit le capitaine, qui entraînait M. Gartoux.
— Tiens! fit Maurice, en toisant le capitaine, vous avez arboré la cravate blanche pour le comice agricole! Quelle tenue! vous êtes superbe!
— n est vice-président. . . dit la mère. . . laisseles partir.
— Au diable votre comice ! s'écria Maurice, ils ne partiront pas !
Et courant à la porte, il la ferma à double tour et mit la clef dans une poche de son habit.
La mère étouffa un cri de désespoir, et serra convulsivement la main de Juliette.
— Mais ne savez-vous pas, reprit Maurice,
que J'ai préparé mon récit en wagon, qne je l'ai travaillé avec soin, que j'ai fait un chefd'œuvre, intitulé Paris et le hareng, et que j'ai peur d'oublier mon feuilleton, si je le renvoie au prochain numéro... Ainsi, prenez place, messieurs et dames, et écoutez... Mais quelle drôle de mine font tous mes auditeurs!
On entendit une voix dans l'antichambre, et au môme instant deux coups appliqués sur la porte firent tressaillir la famille Cartoux, Maurice excepté.
— C'est lui ! dit le capitaine à l'oreille de Cartoux. Il a perdu patience... c'est le colonel.
— Qui frappe ainsi? dit Maurice; et, s'approchant de la porte. Il ajouta : Qui demandezvous?
— Monsieur le commandant Cartoux, répondit la voix extérieure.
— Ce doit être le sergent-major, dit Maurice; il appelle papa commandant.
— N'ouvre pas ! dit la mère à voix basse, en se précipitant vers son fils.
— Veut-on bien m' ouvrir ? dit la même voix, sur un ton aigre.
— Ça ne peut se refuser, dît Maurice; et il ouvrit la porte lentement.
On vit entrer le colonel Ferréol Delombois; il avait préparé sans doute une courte, mais énergique harangue, qu'il allait prononcer gravement, lorsque Maurice lui sauta au col, en s'écriant :
— Ah! mon cher beau-père ! c'est vous ! Me voilà de retour de Paris, après six heures de séjour ! j'en ai assez, six heures de vie de garçon ! ma jeunesse est faite, je viens me marier. Vous avez fait la vie de garçon, vous, cher beau-pére ? vous ne seriez pas colonel sans ça. Et la vôtre a duré plus de six heures. Moi, dans la mienne, j'ai pris un rhume de pluie, j*ai mangé un hareng, et j'ai vécu avec trois portiers. Aussi quel bon ménage nous allons faire avec Augustine ! j'ai commencé la vie par des extravagances, je la finirai par la sagesse, grâce à deux nouveaux patrons que Paris m'a donnés, saint Augustin et saint Médard... Mais avec quel air vous m'écoutez tous !... vous avez tous un visage qui ne vous ressemble pas !.. . Moi je suis fou, mais fou de bonheur !... je ne sais plus ce que je dis... Ma bonne mère, je veux
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encore vous embrasser; il me semble que je perds mon temps quand je ne vous embrasse pas. Tiens! elle est jalouse, Juliette! Je faime toi aussi; une sœur est une mère plus jeune; c'est notre mère cadette... Enfin, ils se sont décidés à rire, ces hommes sérieux comme des papes! Oui, vous avez ri du bout du nez, colonell... Vous déjeunerez avec nous, je vous servirai du veau gras, et vous chanterez la Vhanson des zouaves au dessert... c'est que, oui, je crois comprendre... Le colonel a cru que j'allais me faire Parisien et planter là mon mariage... les zouaves n'en font pas d'autres, eux ! Moi, j'ai eu un transport au cerveau, voilà tout. Une fièvre de six heures, guérie par saint Augustin et saint Médard, deux médecins de la faculté de Paris. Voici mon histoire, écoutez et profitez de ma leçon, jeunes et vieux.
Tout cela fut dit avec une volubilité qui supprimait les interruptions, et avec la grâce enfantine de la première jeunesse. Les. larmes et les sourires se croisaient sur les visages de tous les auditeurs.
Alors Maurice raconta, dans tous ses détails.
et avec une gravité comique, son voyage de Paris.
Il termina son récit par ces paroles : — Voici le seul souvenir que je rapporte de ma visite à Paris. J'ai entendu partout chanter et fredonner une chose et un air qui n'existent pas et qu'on appelle les Bottes de Bastien. A mon retour, en wagon, j'ai questionné un voyageur grave qui m'a répondu: — Jeune homme, toutes les années une épouvantable bêtise, nommée Ohé ! les petits agneaux, ou le Sire de Framboisy, ou les Bottes de Bastien, sort d'une officine inconnue; aussitôt la capitale des arts, de la civiUsation et de l'esprit s'empare de cette stupidité colossale, et la chante sur tous les tons, l'accompagne au piano, la danse en quadrille et avec un acharnement, un bonheur, une frénésie dont les fous de Charenton ne peuvent donner une idée, eux qui passent leur vie à répéter une phrase ou un mot. Jeunes, vieux, riches, pauvres, artisans, oisifs, roturiers, gentilhommes, Chausséed'Antin, noble faubourg, propriétaires, portiers, tous émerveillés de cette ineptie gigantesque, de cette niaiserie monumentale, la fredonnent.
la chantent, la caressent, la commentent à toute heure, à tout instant, du soir au matin, à la promenade, à table, au lit, en voiture, partout. C'est une épidémie de bêtise qui attaque les nerfs des provinciaux, à tel point que j'ai pris le chemin de fer pour entendre chanter les oiseaux sur toute la ligne, et guérir la maladie de mes oreilles. Ces innombrables et frénétiques admirateurs des Petits agneaux, des Bottes de Bastien et de toutes les futures atrocités du môme genre, ne connaissent pas les trois premières notes de la prière de Moïse^ ni trois mesures du Comte Ory... Et maintenant, cher colonel, beau-père, à quand mon mariage? je suis pressé de me marier.
Le colonel se leva et embrassa Maurice, en le nommant son gendre.
U Angélus de midi sonnait au cocher du village.
— Voilà une voix que j'aime, dit Maurice ému aux larmes; quand je suis parti, ce clocher m'a fait ses adieux, et j'ai gardé cette voix amie dans mon oreille ; elle m'a toujours parlé pendant mon voyage; elle a voulu me retenir à mon départ; elle m'a conseillé le retour.
— Colonel, dit le père Cartoux, mon fils vous a invité à déjeuner, et moi j'invite votre femme et votre fille.
^— Oui, dit Maurice en battant des mains, ce sera un déjeuner de noces; colonel, je vous accorde un congé d'un quart d'heure; allez porter l'invitation à ma belle-mère et à ma femme.
— Ce diable d'enfant! dit le colonel entre deux larmes; il nous tue et nous ressuscite !
11 serra la maîn de M. Cartoux et lui dit â l'oreille : « Et pas un mot de ce qui s'est passé. Notre fils n'en saura jamais rien. »
Le capitaine allait sortir avec Je colonel et remettait ses gants, lorsque Maurice, qui ne cessait d'embrasser sa mère, s'aperçut de ce mouvement de retraite, et l'arrêta en lui disant :
— Capitaine, vous mangerez du veau gras aussi, vous; le comice agricole ne sera pas présidé, tant pis! vous aurez fait des frais de toilette pour mon déjeuner de noces.
Le capitaine accepta l'invitation avec un enthousiasme contenu.
— Après le déjeuner, capitaine, reprit Maurice, nous vous rendrons à vos habitudes. Je vais devenir, moi au3si, un habitué du café Bellone... Non, je ne plaisante pas; tenez, je vous le jure sur l'honneur, dans mes six heures de Paris, j'ai pensé au moins six fois au café Bellone, et je ne sais pourquoi ce souvenir m'a ému.
— On ne s'y amuse pas trop, cependant, remarqua le capitaine d'un air modeste.
— Eh bien! je -crois au contraire qu'on s'y amuse énormément, depuis que j'ai vu deux portiers jouant au piquet dans une cage grande comme un guéridon, humide comme une cave, sombre comme minuit. 11 y a trente mille de ces cages à Paris, et on y chante les Bottes de Bastien.
— De mon temps, reprit le capitaine, on y chantait autre chose...
— Ah ! voyons les Bottes de Bastien de votre temps ! interrompit Maurice.
— Eh bien ! non, jeune homme ; dans les salons, dans les mansardes, dans les greniers, dans les caves, dans les rues, sur les toits, partout enfin où s'ouvrait une bouche, on y chantait :
C'est lamour, Qui fait le monde A la ronde.
Moi, j'étais, à cette époque, sergent-major dans !e 37® de ligne, et tous les matins, à la caserne de Babylone, le régiment se réveillait en chantant ce gai refrain. La garnison de Paris fit chorus, et le général Despinois, voyant que ce chœur général pouvait efféminer la discipline militaire, défendit la chanson dans un ordre du jour du H décembre 4820. La garnison murmura, mais se soumit. On se contenta de chanter le refrain en pantomime, jusqu'à la guerre d'Espagne en 1823. Alors Paris inventa un autre gai refrain sur le général Mina, qui passa la Bidassoa en habit de soie... Vous comprenez le jeu de mots ?
— Oui, il est encore gentil ce gai refrain ! dit Maurice
— Ah ! c'était un beau temps ! reprit le capitaine.
— Parbleu ! je le crois bien ! vous aviez vingt ans, remarqua Maurice.
— Non, l'âge n'y fait rien, jeune homme.
— Il fait tout, capitaine.
— Vous n'avez pas connu le Palais-Royal de 1823, vous, monsieur Maurice.
— Je ne connais même pas le Palais-Royal de 1859.
— Oh*! quelle différence! reprit le capitaine avec enthousiasme, il y avait des galeries de bois, c'était superbe !
— Des galeries de bois !
— Oui, jeune homme, des galeries de bois éclairées à l'huile, avec le libraire Ladvocat qui exposait les bustes de lord Byron et de Walter Scott dans sa boutique. On a démoU tout cela en 4830!
— Voyez le malheur !
— C'est dans ce même temps, reprit le capitaine, qu'un industriel inventa les chaînes de sûreté pour les montres, parce que les provinciaux étaient presque toujours volés au passage du Perron, quand ils allaient faire queue, à midi, au Théâtre-Français, pour voir Talma dans Manlius.
C'est moi qui, décevant leur attente frivole, Renversai les Gaulois du haut du Capitole,
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Nous avons vu et entendu cela, nous!
Le capitaine prit une pose de fierté, à ces derniers mots.
— Eh bien I franchement, dit Maurice4 en serrant la main du capitaine, si mon ami Cyprien n'avait eu que des histoires parisiennes à me conter, il ne m'aurait pas enlevé à ma famille l'autre jour.
Un bruit de pas dans le corridor suspendit l'entretien.
Il faut renoncer à dépeindre l'allégresse des deux familles, lorsque le colonel rentra avec sa fenune et sa fille. Les larmes de la tristesse n'avaient pas heureusement épuisé les larmes de la joie. Après les premières effusions données à la tendresse, on se mit à table pour le déjeuner de noces.
— Êles-vous content de cette journée ? demanda Maurice au colonel.
— J'en suis ravi, mon fils.
— Eh bien ! reprit Maurice, elle durera toujours.
Cette histoire est un chapitre isolé de toutes les perturbations que la renommée de Paris apporte dans les heureuses et calmes familles
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de province. Un vers est resté au fond de tous les souvenirs, un vers transmis par tradition et qui menace de devenir éternel comme tous les proverbes menteurs :
On ne vit qu'à Paris, et l'on végète ailleurs.
11 serait temps de le remplacer par celui-ci :
On s'agite à Paris, et l'on ne vit qu'ailleurs.
Au moment où Paris se double, et prend pour enceinte d'octroi les remparts de Louis- Philippe, il serait peut-être utile de prémunir plus que jamais les jeunes imaginations de province contre les dithyrambes des commis voyageurs et les fanfaronnades des Lovelaces des départements. Paris, comme Rome sous Aurélien, sera bientôt une planète à part, inconnue de M. Le Verrier, habitée par trois millions d'âmes, et sa force d'attraction doit augmenter en raison de sa nouvelle étendue. Les chemins de fer lui apporteront les villes lointaines ; les embranchements fouilleront les plus obscurs villages. La carte de France pourra prendre
ce titre : Carte des rues de Paris. Il ne restera
plus qu'un remède aux folies des émigrations provinciales :
L'ombre douce du clocher natal.