OCTAVE
Cinq minutes après, ce billet courait en wagon, sur la route de Paris. .
Le lendemain, Octave reçut la réponse suivante:
« Mon cher Octave,
» Nous n'avons rien à nous pardonner entre bons amis. Ta lettre m'a fait du bien. Dans les crises de rafifection, ce qu'il y a de plus affreux, c'est le silence. Une lettre est toujours une bonne chose, quand même elle serait irritante. Une querelle est le premier pas fait vers un raccommodement sérieux. Dès qu'on n'a plus même une injure à lancer à la personne aimée, on ne l'aime plus. Oui, ta lettre m'a fait du bien.
» J'ai trouvé Paris désert. Il n'y a qu'une foule.
Cela ressemble à la poussière soulevée par le vent. Je ne savais à quel néant de plaisir donner ma soirée. Une porte de théâtre, je ne sais lequel, s'est ouverte devant mon vagabondage; j'ai suivi un sillon tortueux qui allait composer un public, et je ' suis entré. On jouait la pièce qu'on joue toujours. Un homme qui aime une femme ;^ une femme qui n'aime pas un homme. Un rival qui veut tout tuer. Un farceur qui fait rire. Une mère qui fait pleurer. Je me jouais une autre pièce à moi sur le théâtre de \ mon imagination, et je n'ai pris aucun intérêt à l'autre. Ma loge était commode pour le sommeil ; je me suis endormi , et j'ai, rêvé des ombrages de Chatou.
» Charge-toi d'une commission auprès de M™* de Gérenty; dis-lui que mon sursis expire demain, et que j'aurai l'honneur de lui rendre ma visite d'échéance. Dis à M. Lebreton que j'ai trouvé ce que je cherchais sur la carte théodosienne. Dis-lui même tout ce que tu voudras. Je suis prêt à faire l'impossible pour te maintenir en bonne relation avec lui. Mais respecte ses bustes, et ménage Boileau.
» Tu vois que je suis gai ; ne me remets pas en tristesse. J'ai acheté pour toi une belle gravure de Marc-Antoine, un cadeau de réconciliation : elle re-
présente l'empereur Adrien débarquant en Egypte avec Antinous. C'est superbe ! Le tableau original est inconnu. Tu le feras. Renonce aux poupées, toi qui es de la taille des grands.
» Tu m'écris des billets, je t'écris des lettres. C'est te dire le plaisir que j'éprouve à causer avec toi longuement.
» Et avec une amitié qui ne finira pas.