AUGUSTE
En l'absence d'Auguste, Octave n'aurait pas osé faire sa visite au père de Louise, mais ce jour là, il avait un excellent prétexte pour forcer la grille du parc de son paradis.
C'était vers le milieu du jour. Le soleil brûlait la cime des arbres; la nuit régnait dans le parc. On n'entendait que le bruit de la gerbe d'eau qui jouait sur la conque delà nymphée, et, par intervalles, la gamme éclatante du rossignol. La brise de midi échauffait le jardin et semait partout le suave parfum des fleurs. Sur la lisière du parc, une jeune fille, assise, tenait un livre ouvert, et ne lisait pas. C'était pour elle que les arbres donnaient l'ombre, les fontaines l'harmonie, les oiseaux le concert, les fleurs
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te pârftim, le soleil Tamour. Otez la femme du plus beau despaysageSi il se change en tombeau.
La flèche qui vole à midi perça le cœur d'Octave; il avait vu Louise, >et toiit ce que la nature avait dépensé en amour dans ce paysage^ éclata dans l'Orne du jeune homme, et lui ravit la raison. Il ne regarda qu'elle. L'univers n'avait qu'une habitante. Ses pieds, en prenant le sentier du perron, marchaient vers le parc, où les poussait une attraction invincible; une voix manquait au concert de la nature, elle allait se faire entendre, si une femme voulait bien l'écouter.
Louise se leva lentement et sans affectation, déposa îe livre sur la banquette, ouvrit son ombrelle, et marcha vers la terrasse, avec une nonchalance qui n'annonçait ni la frayeur d'une rencontre, ni rintention d'offenser. Octave la regarda longtemps ; et il y avait dans seë yeux hutnides la vive empreinte d'un souvenir qui lui rendait une image ineffaçable, dérobée à la pudeur, dans une nuit d'extase et de surprise. Octave avait alors sur ses lèvres fiévreuses cette pensée d'un poëme ancien : 0 femme i laisse tomber ta tunique et tes voiles^ et demande deé autels !
Il avait ainsi oublié sa mission et la lettre d'un ami ! toujours marchant vers la banquette, il en-
trait dans Tair où la jeune fille avait mêlé son haleine, et il aspirait avec délices ces émanations subtiles qui gardaient quelque chose des lèvres de Louise, et il s'enivrait de cet àlf comme d'une ro^ sée venue du ciel.
11 prit le livre et s'enfonça dans le parc, comme un voleur qui aurait dérobé un trésor. Ce livre venait d'être feuilleté par des mains divines. Il fallait couvrir de baisers toutes ses pages, pour ne pas manquer les pages heureuses, touchées par ses doigts ou favorisées de ses regards. Ce livre révélait par son titre le bon goût de la jeune fille. Leê Feuilles d'automne! Il sortait de la bibliothèque particulière de Louise et portait le chiffre L. L. sur la couverture. Il fallait donc le rendre, et retarder autant que possible la restitution. La première page avait cette blancheur virginale qui semble provoquer une confidence poétique de la plume ou dU crayon. Octave céda bientôt à Teilvie d'écrire quelques vers sur la feuille muette. Il chercha longtemps un sujet, car il lui répugnait d'écrire une banalité amoureuse , ou uiie déclaration imprudente , ou une confidence personnelle*
A force de chercher, il adopta cette Idée et ces vers: