‹ Marseille et les marseillaisChapitre 4 sur 19 · J(> MARSEILLE · texte numérisé non relu

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mer. Ils étaient conformes au plan que donne Vitruve des bains du Pausilippe, au dixième chapitre de son cinquième livre. Uhypocaus- Ivm, ou fourneau pour chauffer l'étuve, était soutenu par de petits piliers en briques assez rapprochés pour qu'on pût y poser des briques de deux pieds.

C'est la première chose qui vous frappe en abordant les ruines de Pomponiana, en Provence. La mer couvre de ses vagues les bains et les fourneaux, tels que Vitruve les a décrits d'après les modèles des maisons de plaisance de la grande Grèce. On peut donc hasarder qu'un des fils de Pomponianus, l'hôte de Pline, émigra vers 79, chassé par le Vésuve et par le souvenir de ses malheurs domestiques et vint fonder un établissement sous un ciel et devant une mer qui lui rappelaient si bien le pays natal. Afin que l'illusion fut complète, l'émigré romain rebâtit la villa paternelle sur le plan primitif; il mit la maison sur la colline, dans un bois de pins, de chênes et de lentisques, et les bains au bord de l'eau ; il avait ainsi sous les yeux un autre cap Misène, une autre Gaprée, une autre Ischia, un autre Pau-

silippe. Il n'avait perdu que le volcan; c'était autant «le gagné.

Les siècles qui font tant de poussière en passant et qui ont amoncelé, à Rome, sur la voie Sacrée, tant de débris que vous avez pu, comme moi, vous précipiter du Forum sur la roche Tarpéienne , les siècles ont enseveli la villa et la cité de Pomponianus. Il faudrait cent mille écus pour exhumer ce trésor. On a donné cent louis. Avec cette aumône faite à la prodigue antiquité, on a découvert les quais d'une ville, les thermes, les fourneaux, les murs et le sommet de la rotonde d'un temple, fort peu de chose certainement, mais assez pour faire deviner tout un monde souterrain qui n'attend, pour jaillir au soleil, qu'un vote de la chambre des députés.

Nous avons dépensé quelques millions avec l'obélisque de Luxor qui appartient au département du Nil, et nous hésitons à donner cent fois moins pour une ville entière qui appartient au département du Var !

Telles que les cent louis de gratification nous les ont faites, ces ruines fraîchement écloses donnent au paysage un caractère merveilleux. .

La mer se brise sur les quais romains,, les pins et les chênes fendent les ruines avec leurs racines. Il y a des voûtes de pierre et de mosaïque, voilées pudiquement par des voûtes d'arbres: il y a de gigantesques massifs de ciment d'airain, tapissés de pervenches, d immortelles, d:iris, d'aubépines, de myrtes, de thym, enlacés tige à tige avec une confusion adorable et un luxe digne du soleil. Par intervalles, le bois vous montre des recoins mystérieux et recueillis , où des frontons croulants se hérissent d'un panache de lentisques et semblent vous proposer l'énigme de leur antique destination. Autour des ruines, la plaine est jonchée, avec une profusion incroyable, de la neige des marguerites, et c'est ravissant de voir l'écume folle de la mer venir jouer avec ces charmantes fleurs. Rien de capricieux comme ce rivage ! Il mêle le sable à la verdure, l'algue vile au velours du printemps, il se festonne, il se creuse, il se nivelle, il s'élance vers la haute mer en promontoire aigu, tout chargé de pins qui semblent courir avec lui pourvoir passer les vaisseaux. A l'horizon opposé, on distingue sur les collines de l'aurore, les cimes

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des palmiers du jardin dllyères, cette exquise miniature de l'Orient.

A dix pas des ruines on trouve une cabane isolée. On entre dans cette cabane du désert avec l'espoir d'y rencontrer un de ces heureux compagnons qui connaissent le bonheur : il va doux douaniers ! Le passé de Taurentum me fait trembler pour l'avenir de Pomponiana. C'est que cette plage a déjà vu dévorer d'autres ruines par des décrets inconnus, et le goût de la dévastation vient en dévastant. 11 y avait audessus des thermes de Pomponiana un couvent de saintes filles, le couvent d'Almanare. C'était un superbe édifice couronné de bois et penché sur la mer. Un soir, les Sarrasins débarquèrent sur cette plage et ravagèrent la pieuse maison. Les religieuses disparurent, les ruines restèrent , et nous avons ensuite achevé Fœuvre des Sarrasins, toujours en accusant Fimpitoyable faulx du temps rongeur. Les bergers de Provence ont aussi une hypocrisie champêtre qui cache des siècles de méfaits. Après les Sarrasins, il n'y a pas chez nous déplus grands Sarrasins que les bergers. Vous les crovez couchés à l'ombre des hêtres, en-

fiant de rustiques pipeaux, et ils incendient des forêts entières pour donner de bons pâturages à leurs chères brebis, et ils démolissent des pans de murs antiques pour rappeler au bercail les chèvres vagabondes ou pour abriter leur troupeau contre les ardeurs du solstice, selon le précepte solstilium jecnri defendite, jam renit œstas torridus. Virgile nous a fait bien du tort.

Ainsi, mon cher Dumas , à votre première velléité de migration, verte ad Pomponianum, et prenez sous votre prctection puissante cet Herculanum que nous voyons poindre à travers son immense linceul brodé de pervenches et et de thym fleuri. Allez au Louvre pour voir l'aquarelle romaine de notre, compatriote Courdouan; dites à Théophile, qui prodigue en ce moment tant de science spirituelle et originale autourdes tableaux, d'ajouter un rayon à ce dessin lumineux de Pomponiana qui est suspendu dans les giboulées de la place du Carrousel. Vous tous, qui travaillez là-haut pour le succès de toutes les richesses souvent si pauvres de l'étranger, songez un peu aux trésors enfouis sons notre sol national. Nous

avons chez nous une ville morte qui ne demande pas mieux que de ressusciter; tendonslui la main. Tendez-lui la vôtre, mon cher Dumas, et exhumez un peu de poésie nouvelle de notre prosaïque terre où l'on ensemence tant d'ennui pour la récolte de nos neveux.

Voire ami dévoué,

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