‹ Marseille et ses industries, les cuirs et les peauxChapitre 9 sur 14 · NI'S · texte numérisé non relu

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Marseille sans tannerie, sans chamoiserie;

sans mégisserie, sans maroquinerie ! — Qui

pourrait le croire aujourd'hui, si le premier magistrat de la Provence ne l'avail officiellement constaté sur le moment même ? Triste spectacle et dure leçon! De pareils exemples devraient convertir les plus incrédules, et dissiper les illusions même les plus invétérées.

Lorsque l'Édit de 1759 dut être partoul exécuté, les régisseurs proposèrent d'exclure et do séquestrer du commerce les peaux en vert défectueuses. L'Intendant de Provence combattit vivement leurs prétentions dans un rapport où nous relevons les passages suivants, qui, malgré leurs cent vingt ans de date, n'en offrent pas moins toujours un certain intérêt d'actualité. Les prix seuls naturellement ont varié.

« Les cuirs de Barbarie, disait-il, se vendent « à meilleur marché que tous les autres, parce « qu'ils sont d'une qualité moindre. On les dis- « tingue en bons, tares et pourris.

« Les bons valent en moyenne 40 livres le « quintal, les seconds 1/3 et les derniers 2/3 de « moins. Ceux-ci ne sont pas tous pourris ; une « partie du cuir est susceptible d'être apprêtée ; « et le reste, quoique gâté, ne laisse pas d'être « tanné.

« 11 en est do même des tarés ; les têtes de ces « cuirs se vendent encore séparément 14 livres « le quintal. Toutes ces peaux en vert défec- « tueuses produisent le cuir taré, qu'on utilise « pour les premières semelles et les talons des « souliers, pour ceux d'enfants et pour d'autres « usages. Les souliers, ajoutait judicieusement « M. de La Tour, coûteraient trop cher, si l'on « employait de bon cuir dans toutes leurs parci ties, surtout ceux des paysans et des artisans, « qui ont deux semelles et des talons bien « fournis.

Ces difficultés n'existent plus aujourd'hui qu'à l'état de souvenir. Les peaux en vert et les chèvres en poil que Marseille tire des contrées même les plus lointaines, arrivent maintenant en bien meilleur état qu'autrefois. L'élévation du prix des peaux et la rapidité des transports ont amené ces résultats, qui concilient les intérêts de l'industrie avec ceux du commerce.

Les cuirs arrivent par mer à Marseille sous deux états : en saumure, en balles et à l'état sec.

C'est le plus souvent à l'état sec, sous forme

de balles pressées, que les cuirs sonl impor tés.

Généralement, L'intégrité de conservation de ces cuirs se maintient intacte, s'ils ont été convenablement asséchés, e1 s'ils onl été mis à l'abri des influences humides du bord. Si ces

influences ont pris le dessus, les cuirs se ri il-

lissent, tendent à fermenter ou à reverdir. Les cuirs simplement apprêtés sans salure sont plus sujets à cette altération. Ceux préparés avec le sel marin, si déliquescent, ont plus de tendance à reverdir que ceux alunés .

Les peaux importées de divers points du littoral de la Méditerranée, généralement desséchées au soleil, sans apprêt, sont très sujettes à reverdir. Il n'en est pas de même des cuirs provenant de Liuenos-Ayres et de Montevideo, qui sont préalablement alunés ou encore prémunis avec une préparation arsenicale, pour assurer leur intégrité durant un long parcours sous les zones équatoriales.

Les peaux du Maroc sont desséchées dans le pays, à l'aide de l'incorporation d'une terre et peut-être d'une poudre végétale astringente.

Les cuirs reverdis, ramollis par l'humidité, ou

autrement altérés, ne sont point reçus à Marseille sans avoir été de nouveau desséchés ou apprêtés au Lazaret.

L'innocuité des cuirs altérés esl rétablie par une salure ou par tout autre moyen suffisamment énergique de désinfection, tels que : alunage, inhibition à l'eau phéniquée, chlorurée, alcaline, ou au lait de chaux chlorurée, immersion dans l'eau de mer, étuvage à sec à 70 degrés.

Plusieurs de ces moyens n'étant souvent pas agréés par le commerce, les mesures le plus ordinairement appliquées sont le baguettage , la sereine, l'imbibition avec une solution d'acide phéhiqué impur (10 kilogrammes), ou acide phénique pur (2 kilogram. sur 1,000 litres d'eau).

Les cuirs dont la surlace paraît altérée par des plasmodies, ou réseaux de couches muqueuses principalement dues à des végétations fongoïdes de Tordre des gastromicètes, sont brossés et lotionnés avec une solution d'acide phénique étendu de l/100c à 1/1 ,000e d'eau.

Lorsque l'édit du mois d'août 1759 fut promulgué, le nombre de peaux de moutons et d'agneaux, de qualités diverses, qu'on fabriquait tant à Marseille, que dans le reste de la Provence,

était d'environ 500,000. La première qualité de ces peaux, prises en vert ou en poil, et pesant en moyenne une livre (0 k. 489), se vendait 10 sols la pièce. On les tirait toutes de la province, où l'on en consommait à peu près la moitié, une fois qu'elles étaient apprêtées. Sur ce qui restait des 500,000, une moitié s'expédiait sur Paris, et l'autre moitié, c'est-à-dire 125,000, passait à l'Etranger. Ces sortes de peaux payaient 10 sols, à leur sortie du pays producteur.

Les peaux de chèvres n'étaient apprêtées en Provence à cette époque (1761) que dans 18 fabriques.

On habillait à l'écorce du chêne vert les peaux de chèvres qui devaient être mises en noir ; les peaux qui devaient se mettre en rouge, vert et citron, s'habillaient à l'herbe du Faury.

Indépendammeut de toutes celles qui lui

venaient en franchise de l'Etranger, Marseille fabriquait à elle seule, en 1759, la moitié des 80,000 peaux de chèvres indigènes sur lesquelles s'exerçait l'ensemble de L'industrie provençale, et dont une partie était fournie par le Languedoc, le Vivarais et les environs de Marseille.

Les pays étrangers d'où notre ville tirait les peaux de chèvres, dont une partie arrivait tannées en basane et quelques fois ouvrées en couleur, étaient la Corse, laMorée, l'Italie et la Sai*daigne.

La Provence ne consommait qu'une très faible partie des peaux de chèvres qu'on y mettait en oeuvre. Paris en absorbait la presque totalité (60,000, année moyenne) ; Lyon et le Languedoc en recevaient quelque peu, de même que Turin.

En 1830, outre les 200,000 peaux de chèvres qu'on importait annuellement de l'Etranger, on tannait à Marseille environ 250,000 peaux de mouton, dont la presque totalité provenait des abattoirs de la ville et des environs. Ces peaux étaient en partie maroquinées à Marseille.

De nos jours, la tannerie provençale travaille principalement la peau de chèvre, et cette fabrication a pris, depuis trente ans environ , un déve-

loppemenl considérable. Ajoutons que Marseille règne sans partage dans cet article.

La difficulté d'élever dans un pays richement boisé de grands troupeaux de chèvres, dont la dentestsi funesteaux jeunes pousses, restreint de plus en plus la production des peaux indispensables aux fabriques de maroquins, et surtout à la mégisserie pour gants. Cette pénurie est encore-aggravée par la sortie des peaux qu'on dirige sur l'Angleterre. Pour dominer cette situation pleine de périls, les tanneurs de Marseille ont cherché dans les pays producteurs et sur les marchés étrangers de grandes quantitésde ces peaux, qu'ils ont importées sur notre place, pour faire face aux déficits dont les premiers ils avaient à souffrir. LesMogador, provenances du Maroc, qui se dirigeaient exclusivement autrefois sur les marchés britanniques, arrivent presque tous maintenant à Marseille, depuis l'année 1865. Grâce à cette source abondante et nouvelle. notre maroquinerie reste toujours la première du monde. Rien déplus varié, de plus élégamment préparé pour la maroquinerie, la gainerie, la reliure, la chapellerie que les peaux fabriquées à Marseille. Tous les pays d'Orient concourent

d'ailleurs à alimenter notre marché prouve le tableau suivant:

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Nous reviendrons sur cette partie essentielle de la fabrication marseillaise, lorsque nous aurons à apprécier la valeur des produits de nos tanneries.

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