‹ Marseille et son intendance sanitaireChapitre 11 sur 35 · L: INTENDANCE ET LA FIÈVRE JAUNE · texte numérisé non relu

L: INTENDANCE ET LA FIÈVRE JAUNE

testeront pas le droit d’apprécier ce qu’ils ont appelé sa mission r s’il en eut une à remplir, ce qu’il n’est plus possible d’admettre aujourd’hui, son appréciation n’appartient-elle pas à l’histoire , et n’est-il pas facultatif , par suite , à tout médecin d’en faire rexamen ou la critique à ses risques et périls?

Pendant l’été de 1800, des épidémies de fièvre jaune s’étant développées à New-York , Baltimore, Philadelphie et autres points

du littoral des Etats-Unis d’Amérique, cette maladie ne tarda pas à se montrer à Cadix qui, d’après le savant Aréjula se trouvait alors dans les meilleures conditions hygiéniques. Le 10 août, elle y fut importée par la corvette américaine le Dauphin, qui provenait des lieux où régnait le fléau et avait eu plusieurs cas mortels pendant la traversée. Il fut démontré clairement et de manière à ne permettre aucune contestation , que les premiers cas avaient eu lieu à Cadix sur des individus qui avaient communiqué avec le navire infecté ou travaillé sur son bord. Et comme Séville qui est située à 20 lieues dans le nord, sur le Gruadalquivir, avait reçu le jour même de l’arrivée du Dauphin des passagers qui en débarquaient , cette ville eut des cas de fièvre jaune presque en même temps que Cadix et bien avant Puerto-Santa-Maria et une foule d’autres localités intermédiaires qui sont bien plus rapprochées, en relation incessante, étroite avec Cadix. Cette circonstance mérite d’être notée. Le nombre des malades , pendant cette grave épidémie, s’éleva à 48,520 et celui des morts à 9917. Le gouvernement français envoya sur les lieux les docteurs Lafabrie , Berthe et Broussonnet, tous les trois professeurs à la Faculté de médecine de Montpellier, lesquels après s’être renseignés aux meilleures sources, notamment près d’Aréjula, reconnurent la réalité de l’importation attribuée au Dauphin et la consignèrent dans leur rapport. M. Caizergues (depuis doyen de la même Faculté), qui vit aussi de près cette épidémie , adopta la même étiologie dans son ouvrage intitulé : Mémoire sur la contagion de la fièvre jaune.

L’école de Montpellier s’étant assemblée par ordre du Ministre Ghaptal. pour examiner le rapport de la commission française présenté par son secrétaire M. le professeur Berthe , sous ce titre : Précis historique sur la maladie qui. a régné en Andalousie en 1800;

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cette école, dis-je, s’exprima ainsi qu’il suit sur la question de l’importation : « Puisque la fièvre jaune peut être importée (et ceci est suffisamment prouvé par ce qui est arrivé en Amérique et en Espagne) , il est certain que nous ne saurions prendre trop de précautions pour nous garantir de ce malheur. »

L’illustre Ghaptal, après avoir lu le rapport dont il s’agit , écrivit à son tour à l’école de Montpellier le 3 janvier 1803 : « La commission médicale ayant reconnu que la maladie de l’Andalousie ôtait réellement la fièvre jaune , on ne peut prendre trop de précautions pour préserver notre territoire et surtout nos départements méridionaux qui , à raison de leur position géographique et de la constitution physique de leurs habitants sont plus particv lièrement exposés au fléau . »

Je dois dire en passant, puisque je fais de l’histoire, que les appréciations de la Commission française de Cadix sur la nature de la fièvre jaune et partant sur le traitement qu’elle réclame, sont les meilleures, les plus rationnelles qu’on ait émises sur cette maladie. Il y est établi, en principe, que le fléau américain est une fièvre essentielle dont le caractère peut varier beaucoup selon les éléments qui la constituent ou qui s1 y compliquent, quelle réclame par conséquent au lit du malade V application de la méthode analytique et ne peut faire le sujet de considérations thérapeutiques invariables. Naguère, un médecin militaire distingué a présenté à l’Académie (séance du 4 mai 1863) des conclusions semblables qui ont pu paraître nouvelles à ce corps savant; mais la priorité appartient aux professeurs de Montpellier. En le constatant , je n’ai pas le moins du monde la pensée de porter atteinte à l’honorabilité de M. Gazalas. L’ouvrage de Berthe , devenu très-rare de nos jours, ne se trouve pas dans toutes les bibliothèques, et la plupart des médecins ne font jamais lu , il y a donc eu simple coïncidence entre lui et le médecin de notre armée du Mexique , et cette coïncidence achève de démontrer qui celui-ci a bien observé le fléau américain.

Quoi qu’il en soit, une fois introduite à Cadix, la fièvre jaune gagna successivement une foule de villes et de villages où son importation fut également démontrée avec la plus grande facilité ; elle parut même s’établir et devenir endémique en Andalousie ,

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s'assoupissant l’hiver à partir des premières fraîcheurs (novembre et décembre) et se réveillant l’été en juin ou juillet. Bientôt aussi elle rayonna de Cadix jusqu’à Barcelone , et aux Baléares d’une part, jusqu’aux îles Canaries de l’autre, comme nous allons le voir, et se développa dans tous les ports où les provenances de Cadix furent admises sans précaution.

C’est dans l’immortel ouvrage d’Aréjula, chef-d’œuvre de science et de bonne foi , dans les rapports de l’académie royale de médecine de Cadix et de Madrid , qu’on peut prendre connaissance de tous ces faits aussi caractéristiques qu’incontestables, contre lesquels les dénégations , les subtilités de l’esprit des systèmes viennent se rompre, et que la vérité trop longtemps obscurcie vient enfin rétablir dans toute leur force.

En juillet 1803 la fièvre jaune qui continuait à régner en Amérique et en Andalousie pénétra à Malaga de la manière suivante , les annales de cette ville peuvent en faire foi : à toutes les époques il s’y est fait un commerce interlope très-actif qu’alimente le voisinage de Gibraltar qui n’est qu’un grand dépôt de marchandises anglaises] que la contrebande fait entrer en Espagne. On se portait très-bien à Malaga lorsque la fièvre jaune y apparut tout-àcoup dans le faubourg de Perchel sur les contrebandiers Munos et Ver dur as , qui étaient allés chercher des marchandises dans des navires provenant de Cadix ou de la Havane (ce dernier point est le seul qui n’a pu être éclairci d’une manière exacte). Les deux coupables qui avaient violé à la fois les règlements sanitaires et ceux de la douane, cachèrent avec soin leur maladie, et lorsqu’ils succombèrent on les enterra à l’insu de l’autorité, grâce à la complaisance d’un curé ; mais bientôt leurs familles , leurs amis , le curé et son vicaire qui avaient procédé à l’inhumation clandestine furent frappés par le fléau et périrent. Tous eurent des vomissements noirs. Bientôt la fièvre jaune se répandit dans la ville où elle enleva en deux ans 25,464 individus, sur une population de 70,000.

De Malaga la fièvre jaune s’introduisit à Gibraltar où elle enleva 4,000 personnes, dont 1,000 appartenant à la garnison. Elle fût aussi importée à Grenade, Garthagène, Alicante, etc; partout elle fut terrible , partout son apparition coïncida avec l’arrivée de voyageurs ou de navires provenant des foyers contagieux; mais

de toutes ces importations ia plus patente , la plus remarquable fut sans contredit celle de Livourne , seul point de l’Italie ou le fléau se soit jamais montré, hors des lazarets, depuis la découverte de l’Amérique.

Le 18 août 1804 un navire espagnol appelé par une sorte de fatalité Y Anne-Marie , comme celui qui naguère a si fort ébranlé à Saint-Nazaire les opinions de M. Mélier, arrive à Livourne et on l’y admet en libre pratique parce qu’on lui avait délivré à Cadix où il avait relâché en atterrissant d’Amérique, une patente nette , bien qu’il eût perdu presque tout son équipage pendant la traversée. Dès le lendemain de son arrivée à Livourne deux individus, dont un juif brocanteur, arrivés d’Espagne sur ce navire, descendent dans une auberge, y sont atteints du vomito et meurent. Après eux douze locataires de cette auberge qui n’avaient pas mis les pieds sur V Anne-Marie périssent avec des vomissements noirs. Des sacs destinés à recevoir la provision de biscuits du vaisseau ayant été portés du bord chez un boulanger , ses ouvriers se couchent sur ces sacs, gagnent la fièvre jaune et succombent ; ils la transmettent à leur maître et à sa femme qui ont le même sort. Des gardes de santé, des porte-faix, des calfats , des charpentiers , en un mot , tous les individus qui avaient communiqué avec les malades de Y Anne-Marie, les habitants des maisons du port situées dans le voisinage de ce navire ou qui l’avaient visité, ont le même sort. Enfin, la fièvre jaune finit par s’introduire dans la ville qu’une ligne de murailles sépare du port ; elle n’y enleva pourtant que 711 individus sur 60,000 qui formaient sa population, sans doute parce que la saison était déjà trop avancée ou que les organisations ne lui plaisaient pas.

Considérant, lorsque j'ai visité Livourne, que le vomito fût enfermé pendant près de deux mois dans le port, dont la séquestration pendant quelques jours eût été des plus faciles , j’ai dû me demander pourquoi on ne s’était pas efforcé d’y éteindre l’épidémie à sa naissance par quelque mesure énergique ;• il m’a semblé

que le meilleur parti à prendre dans cette occurrence, était de

faire fermer la porte du port, d’enlever et de transporter au lazaret tous les malades qui s’y trouvaient, de purifier toutes les localités où des cas s’étaient montrés ; enfin , de faire désarrimer V Anne-Marie, delà mouiller au large et de la traverser au vent

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après l’avoir sabordée. Peu de jours après l’exécution de ces diverses mesures, l’interdit jeté sur le port pouvait être levé et ses communications avec la ville rétablies. L’autorité aurait continué seulement à faire surveiller avec soin l’état sanitaire des navires et celui des maisons dont le nombre était très-restreint à l’époque dont je parle.

L’épidémie de Livourne a été décrite par deux médecins distingués. L’illustre Palloni qui était sur les lieux , en jugea de visu, et se prononça pour l’importation, partant pour le caractère transmissible du fléau. L’autre médecin est Tliomasini, professeur à TUniversité de Parme dont j’ai l’ouvrage sous les yeux, et qui avoue lui-même dans sa préface, que n’ayant pu venir à Livourne et observer par conséquent l’épidémie au lit du malade , il n’a pu s’en occuper que dans son cabinet et tout à fait spéculativement. « Les idées que la lecture du livre de M. Palloni fit naître en moi , dit-il ingénùment, me confirmèrent dans le projet de m’occuper de cette matière ; j’examinai, d’après les faits les plus avérés quelle était la nature de la maladie.

« Je soumis aux principes d’une pathologie dégagée de toute prévention les raisons dont on étayait l'origine miasmatique et la force contagieuse de l’épidémie ; en examinant la marche des symptômes et les suites de la fièvre jaune , d’après les principes simples que j’ai adoptés , je pus voir l’inflammation des viscères qui sont particulièrement affectés dans cette maladie.

Gomme on le voit, nous sommes bien loin ici des sages principes développés par la Commission de Cadix. Il n’est plus question d’analyse clinique , d’affection générale , pouvant se traduire par des symptômes, et si l’on veut par des lésions variées; pour Tho~ masini la fièvre jaune n’est plus qu’une phlegmasie; il ne fa jamais observée , mais il se prononce pour cette manière de voir parce qu’elle est conforme à ses idées spéculatives.

C’est encore sous l’influence de ces dernières que , ne tenant aucun compte des faits relatifs à Y Anne-Marie , il se prononce contre la transmission et l’importation de la fièvre jaune. Je fais bien remarquer ces circonstances en passant, parce qu’elles se représenteront dans le cours de ce travail à propos d’autres épidémies de vomito et même à propos de Rochoux et de Chervin.

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II est digne de remarque en effet que dans cette malheureuse question de la fièvre jaune si longtemps controversée, les plus fougueux partisans de l’origine locale ont été pour la plupart des médecins qui n’avaient jamais vu cette maladie de près; je prouverai cette assertion chemin faisant ; elle peut paraître de prime abord assez étrange, mais elle est exacte; je continue en attendant ma revue historique.

Un peu avant qu’elle parût à Livourne et à peu près dans le même temps où elle se répandit de Cadix dans tous les ports d’Espagne, la fièvre jaune fit une apparition en quelque sorte à la sourdine , sous le 48° de latitude boréale, c’est à dire à Brest, où le même fait devait se renouveler plusieurs fois dans des temps plus rapprochés de nous.

Pendant l’automne de 1802, cinq vaisseaux de ligne arrivèrent de Saint-Domingue , sous le commandement de l’amiral Yillaret de Joyeuse ; ils avaient encore à bord , avec beaucoup de convalescents, 42 personnes atteintes de fièvre jaune et qui en présentaient les symptômes pathognomoniques. Parmi ces dernières qui furent transportées à l’hôpital du Lazaret , vingt trois succombèrent ; mais lorsque les vaisseaux eux-mêmes eurent été admis en libre pratique, un lieutenant des douanes, M. Michelot et plusieurs personnes qui vinrent à bord, y contractèrent le vomito, s’alitèrent dans leurs familles, où elles furent soignées par des médecins qui , ayant servi aux Antilles, reconnurent parfaitement la nature du mal. Ces cas éveillèrent la sollicitude de l’autorité , elle prit des mesures énergiques envers les vaisseaux , les malades et leurs familles , et grâce à ces mesures , le degré de latitude et la saison aidant, la fièvre jaune ne put se répandre dans Brest.

Bien que ce fait soit d’une authenticité démontrée et en dépit des rapports du conseil de santé navale à Brest , on ne voulut pas l’admettre à Paris lorsque le baron Keraudren l’inséra plusieurs années après (en 1818 si mes souvenirs me servent bien) , dans son mémoire intitulé : de la Fièvre jaune observée aux | Antilles sur les vaisseaux du roi. Ce savant médecin, fun des collaborâtes plus actifs du Grand Dictionnaire des sciences médicales , et qui a laissé dans le corps de la marine les plus honorables souvenirs sous le double rapport du caractère et des talents, me rappela

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lui-même l’importation opérée par les vaisseaux de l’amiral Viliaret lorsque je lui adressai en 1841 un exemplaire de mon travail sur l’épidémie de la Caravane. « Le fait que vous venez de signaler au monde médical , me disait-il, sera toujours un événement remarquable dans Y Histoire de la fièvre jaune, et il vient confirmer un autre fait delà même nature qui a eu lieu dans les mêmes localités et qui contrariait trop évidemment certaines opinions pour être admis et cité par leurs partisans. Vous n’avez eu que plus de raison de le publier, parce qu’il prouve que la lièvre jaune peut-être importée à de grandes distances au-delà du 40° de latitude boréale sous une température bien inférieure à celle que lron a considérée comme une de ses causes productrices. »

Avant que la peste américaine eut fait cette pointe jusqu’à Brest , dans une saison et sous une latitude réfractaire, elle avait éclaté tout à coup au beau milieu du port de Marseille , pendant la canicule et n’avait pu se répandre en ville, en dépit d’un concours très-favorable de circonstances et, probablement aussi, grâce aux mesures énergiques qui furent prises aussitôt.

En effet , le capitaine américain Hallowel , commandant le navire Colombia , arriva le 9 août 1802 à Marseille, venant de Providence et en dernier lieu de Malaga , où il n’avait fait que toucher, mais où régnait la fièvre jaune; avant son expédition des Etats-Unis ce navire avait fait un voyage à la Havane , y avait pris une cargaison de tabac et de sucre , dont une partie se trouvait encore à bord , mais a son retour a Providence il avait changé de capitaine , débarqué tout son équipage dont il n’était resté que lepiloteetun mousse. Avait-il subi quelque épidémie soit à la Havane , soit pendant la traversée, c’est ce que la suite de mon récit fera voir; quoiqu’il en soit, à son arrivée à Marseille le Colombia à cause de sa provenance , fut retenu en quarantaine neuf jours pleins et comme pendant ce laps de temps personne ne tomba malade à bord, on lui donna la libre pratique.

Une fois amarré dans le vieux port, qui était assez encombré en ce moment, le Colombia ouvrit ses écoutilles et commença a débarquer ses marchandises ; trois de ses hommes étant devenus malades alors, on les dirigea sur PHôtel-Dieu , mais deux autres

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cas ayant promptement suivi les premiers et ayant offert des symptômes suspects, l’Intendance avertie fit enlever tous ces malades, avec eux les personnes les plus compromises et les fit transporter sans délai au Lazaret.

Ayant fait des recherches sur le fait de la Columbia , je vais le compléter par la publication des documents suivants émanés de feu M. le docteur Ségaud, que j’ai connu il y a quelques années, et qui a laissé ici les meilleurs souvenirs :

Extrait d’une lettre écrite par le docteur Ségaud , de Marseille , au professeur Fouquet, de Montpellier .

Marseille, le 21 brumaire an xi.

« Je fus appelé, le premier fructidor dernier, à bord d un vaisseau américain dénommé Columbia of Providence , pour voir le second officier malade , que je trouvai dans un état peu satisfaisant : croyant apercevoir chez lui des symptômes de fièvre jaune, et voulant m’éclairer à cet égard , je demandai une consultation : on décida que c'était une fièvre maligne ordinaire. Le malade mourut le septième jour, dans le délire, tout jaune, et après avoir vomi une grande quantité de matière noirâtre, couleur de café.

« Le lendemain je fus appelé de nouveau pour le troisième officier du même bord : je trouvai chez ce second malade des symptômes qui n’auraient pas alarmé quelqu’un qui n’aurait pas soupçonné la maladie dont je le croyais atteint. Je demande une consultation plus nombreuse ; elle a lieu : je fais apercevoir des symptômes de fièvre jaune : on en doute encore, et l’on décide que c’est une fièvre maligne, comme il y en a tant. Le malade meurt le septième jour, comme l’autre , dans Je délire , jaune , et ayant vomi beaucoup de matières noirâtres. Je fis faire l’ouverture dece second cadavre, etnous trouvâmes le ventriculeet les intestins presque remplis de la matière ci- dessus mentionnée : la membrane interne de l’estomac était légèrement phlogosée. Deux jours après la mort du troisième officier, je suis appelé pour un matelot du même bord ; l’aspect de ce troisième malade me présenta les mêmes symptômes que j’avais aperçus chez les deux autres : je demande une consultation plus nombreuse que la seconde ; elle m’est accordée : je fais un rapport exact de ce que j’ai vu chez les deux

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premiers malades, avec ce que nous avions observé dans le cadavre du troisième officier : je persiste dans ma première opinion, et je vois bien distinctement des signes tranchants de cette fièvre qui fait tant de ravages dans l’Amérique septentrionale et qui jeta toute l’Andalousie dans la désolation. Cette fois-ci les avis ne sont plus partagés ; la fièvre jaune est reconnue, et un genre de traitement convenable est arrêté.

« Il fut décidé en outre , dans cette dernière assemblée, que les autorités premières de cette Commune seraient instruites de ce qui se passait à bord de la Columbia ; que procès-verbal serait dressé sur la nature et la contagion de cette maladie, et qu’il leur serait porté par des commissaires nommés à cet effet. Dès que le préfet et le commissaire de police eurent connaissance du verbal, ils donnèrent des ordres pour que le navire fût remis en quarantaine à l’instant même. Huit jours après la remise en quarantaine du vaisseau, un matelot du même bord tomba malade ; il est mis au Lazaret, où il meurt le septième jour de sa maladie, avec les mêmes symptômes observés chez les autres : l’ouverture du cadavre présenta les mêmes résultats. Dix jours après la mort de ce troisième malade, un autre matelot se plaint ; il est mis aux infirmeries, où il meurt le septième jour : mêmes symptômes, mêmes résultats à l’ouverture du cadavre. Quatre jours après la mort de ce quatrième, un autre matelot, toujours du même bord, tombe malade et meurt dans le même laps de temps que les autres , avec les mêmes symptômes, et l'ouverture du cadavre présente les mêmes résultats. Quatre jours après la mort du cinquième, un nègre est atteint de la maladie ; il est transporté au Lazaret, où il meurt comme les autres. Voilà six morts sur sept malades ; l’équipage, qui était composé de quatorze hommes , se trouve réduit à huit. Le vaisseau est parti, grâce au ciel.... A présent que le danger est passé, nous pouvons bien dire que nous l’avons échappé belle.

« Vous saurez que j’avais été chargé, par arrêté du préfet, conjointement avec un autre médecin, de visiter les diverses maisons qu’avait fréquentées l’équipage , et où étaient morts les deux officiers. Nous avons fait ces visites tous les jours, pendant un mois et demi, et nous n’avons trouvé personne malade. J’oubliais de vous dire que nous avions fait brûler tout le linge et toutes les

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hardes dont les malades s’étaient servis. Voilà donc la première fois que la fièvre jaune paraît en France. Dieu veuille que ce soit la dernière, etc. Ségaud, méd. signé. »

On lit encore, dans une seconde lettre de M. Ségaud, médecin à Marseille, au professeur Fouquet, l’article suivant :

« Nous avons reçu des nouvelles du vaisseau la Columbia , qui avait apporté la fièvre jaune dans notre port. Il résulte des renseignements qu’a donnés M. Samadet que V équipage , qui avait été complété à Barcelone , a presque tout péri de cette maladie dans la traversée ; car , sur quatorze hommes , il n’est arrivé à Providence que le capitaine et deux matelots. »

« Je me dispenserai de faire des réflexions sur les détails très-intéressants consignés dans ces deux lettres. Mais j’ai cru devoir les présenter, en réponse à tout ce qui a été dit, pour prouver qu’il est ridicule de prendre , en Europe , des précautions contre la fièvre jaune. »

Si l’on ne considère que les renseignements que fournissent les lettres de M. Ségaud , on sera cor vaincu qu’il existait à Ford du navire un foyer d’infection provenant d'une ancienne épidémie. Mais cette étiologie me paraît inadmissible puisque cette cale avait pu être remuée impunément à Providence et par l’équipage même , venu à Marseille. Un air miasmatique y avait-il été chargé rà Malaga ou régnait le fléau ? Il est bien difficile d’admettre cette version lorsqu’on se rappelle que le Colombia n’avait fait qu’y jeter un pied d’ancre et qu’il n’y a eu aucun malade sur son

Après avoir pesé toutes ces circonstances je repousse l’idée émise par MM. Roberte t Ségaud que le mal venait de la cale et je préfère admettre, qu’il y a eu simple coïncidence entre l’ouverture de celle-ci et l’explosion de fièvres jaunes contractées sans doute par les matelots dans les cabarets ou les lupanars de Malaga. L’incubation fut ici de 18 à 20 jours au moins , mais il n’y a rien d’impossible dans ce fait et on verra plus loin que les cas de ce genre s’ils ne sont pas ordinaires ne sont non plus très-rares. D’ailleurs voici une dernière réflexion que je soumets à mes lécteurs : pourquoi si la cale avait été infectée son action se serait-elle exercée uniquement sur les matelots qui avaient abordé à Malaga, et non

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pas sur les Marseillais qui vinrent à bord, du Colombia , pourquoi ces miasmes accumulés dans ce navire n’allèrent-ils frapper personne sur les navires voisins qui étaient, assure-t-on très-rapprochés à cause de l’encombrement de cette partie du port ; cette dernière circonstanee n'est-elle pas concluante et permet-elle d’admettre une autre opinion que celle que je viens d’énoncer ? S'il y eut un foyer d'infection à bord du Colombia ce fut sans doute dans le logement de l’équipage où les trois premiers malades durent laisser des germes avant d’aller à l’hôpital , car aucun de nous ne saurait ignorer que les gens de mer, en général très-durs à la peine, ne réclament les soins de l’art que lorsqu’ils ne peuvent plus résister au mal.

Dans toutes les questions relatives à la fièvre jaune, à la peste et au choléra , il faut s'attendre à l'imprévu et admettre la possibilité des faits les plus extraordinaires, les plus inouis. Or on conviendra avec moi que ce qu'il y a eu de plus surprenant dans le fait du Colombia ce n’est pas tant la longueur de l'incubation que l’absence absolue de contagion. Cette circonstance est tellement étrange à mes yeux que je croirais presque a une erreur de diagnostic de la part du docteur Robert, si le résultat des nécropsies n’était pas de nature à couper court à toutes les hésitations . Au mois d'aoùt et par l’effet de travaux pénibles exécutés au soleil au milieu d’un port encombré et d'où s’échappaient des émanations miasmatiques, les hommes du Colombia auraient pu contracter des rémittentes bilieuses ataxo-adynamiques . Mais alors des cas semblables auraient surgi sur d’autres navires, et puis, qui 11e sait que de temps immémorial on n'a vu ces fièvres à Marseille être assez graves pour emporter cinq hommes sur sept dans une seule localité. Il n’y a donc plus de doute à conserver , les marins du Colombia eurent bien la fièvre jaune et on ne saurait dire pourquoi ils ne la communiquèrent a personne.

Après cette échauffourée et avant qu’on lui eut redonné la libre pratique plusieurs navires abordèrent à Marseille venant de Malaga et eurent des cas de fièvre jaune , 011 en reçut au lazaret une douzaine , mais ici la contagion ne fit pas faute , trois gardes de santé gagnèrent la maladie et périrent promptement avec l’ictère et le vomissement noir ; mais le fléau fut étouffé au Lazaret

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et Marseille dut à la sévérité des mesures sanitaires d'en être préservée.

Ainsi, la fièvre jaune du Colombia ne s’était montrée contagieuse , malgré les chaleurs , ni dans le port ni à l’hôpital , où l’atmosphère était loin d’être pure ; en dépit d’une parfaite ventilation et du concours des meilleures conditions hygiéniques elle le fut au plus haut degré au Lazaret. Cette bizzarerie serait inexplicable si d’autres faits non moins authentiques que celui du Colombia n’établissaient , sans réplique que , même dans des climats et sous des latitudes favorables, la peste américaine ne donne pas lieu fatalement à des calamités comme celles dont je raconte l’histoire dans ce livre.

Te ferai remarquer en passant, à propos de cette affaire du Colombia , qu’il m’a paru résulter de la lecture des observations recueillies par M . Robert , que , dans les trois cas dont il obtint la guérison , les sujets se trouvaient encore dans la période prodromique de la fièvre jaune , que cet habile praticien avait traitée d’intuition et^ croyant avoir affaire à la maladie déclarée , à peu près comme je le fis moi-même vingt ans plus tard, avec connaissance de cause, c’est-à-dire par les évacuants et les antiseptiques. J’ai été frappé de ce fait. Si M. Robert , auteur de la Mégalanthropogénésie avait été aussi bon écrivain qu’il était parfait praticien , il aurait rendu de grands services à la science, dans la position qu’il occupait auprès de l’Intendance. Malheureusement, il exprimait difficilement ce qu’il sentait , écrivait sans ordre , sans méthode, délayait outre mesure la matière. Aussi , faut-il du courage aujourd’hui pour pouvoir lire ses écrits et en tirer la substance. Ce que je viens de dire de l’instinct qu’il avait eu de l’existence d’une période prodromique de la fièvre jaune , ressort parfaitement de l’observation suivante qu’il fait dans son livre , relativement à l’emploi de l’ipéca dans ce qu’il croyait être la fièvre jaune et qui n’était, je le répète , que sa période prémonitoire.

« Nous n’ignorions pas, dit-il, que les auteurs sont très-divisés sur l’emploi des émétiques dans la fièvre jaune , mais les succès qu’en avaient tiré Palloni et les médecins espagnols sous nos latitudes , nous engagèrent à l’essayer, ce fut presque d’inspiration i{iie nous le prescrivîmes. 11 est peu de praticiens qui, durant le

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cours de leurs visites, ne reçoivent de la nature ces subites inspirations, qui sont toujours suivies d’évènements heureux, dès qu’on les exécute aussi promptement qu’on les a conçues. »

Je ne dois pas oublier aussi , de faire remarquer, à propos de M. Robert, qu’il a été le précurseur de M. Mélier et même de Pariset , dans sa fameuse théorie de l’infection des navires , dont je parlerai en temps et lieu. Voici, en effet , ce qu’il en dit dans son Guide sanitaire des gouvernements européens :

« Gomment supposer que' des navires qui sont stationnaires dans des ports où l’air est empoisonné , ne se chargent pas , dans leur intérieur , d’une atmosphère miasmatique et que les miasmes n’adhèrent pas, avec plus ou moins de ténacité, aux parois internes de ces navires ; quel bienfait de la Providence pourrait garantir, en pareil cas de l’infection , le bâtiment qui est obligé de séjourner à la Vera-Cruz, lorsque le poison qui y donne la fièvre jaune, est amoncelé dans l’air avecune telle abondance, que d’après Humboltt, il suffit , à un homme arrivant d’Europe , de traverser rapidement cette ville, pour y contracter la maladie? Ce que je suppose pouvoir avoir lieu à la Véra-Cruz ne se renouvelle t-il pas chaque jour à la Havane, à la Jamaïque, à Curaçao, etc.? On n’a jamais soupçonné, sans doute , qu’il fût possible que l’air d’un bâtiment, le plus sain, en apparence et sur lequel il n’y avait point eu de malades dans la traversée, fût dans le cas de communiquer la fièvre jaune en Europe. Cependant , les exemples d’une pareille contagion sont trop nombreux pour qu’on n’impose pas des purifications aux navires qui ont séj ourné aux Antilles ; malgré leurs patentes nettes , on pourra toujours dire d’eux , avec quelque raison : latet. anguis ligno. »

J’ignore si , en développant sa théorie de l’infection nautique et des climats flottants à l’Académie , M. l’Inspecteur général des établissements sanitaires a pris soin de faire connaître à cette compagnie , que l’un de ses plus sincères promoteurs avait été le médecin du Lazaret de Marseille ; mais , ceux qui viennent de lire cette citation , seront parfaitement convaincus , je l’espére , que l’invention n’est pas nouvelle, pnisquelle remonte à tantôt 61 ans. Nil novi suh cœlo , il faut toujours en revenir à ce vieil adage : vieux livres , livres nouveaux.

l'intendance et la fièvre jaune.

Retournons maintenant aux épidémies de la Péninsule et voyons ce qu’en ont pensé , ce qu’en pensent encore les médecins espagnols , un peu plus compétents dans la matière que les notaires , les avocats , les prêtres , les négociants et cette foule de personnes du monde , sur le témoignage desquelles s’est à peu près exclusivement appuyé Chervin , lorsqu’il s’est mis en tête de voyager pour le compte de la non-contagion de la fièvre jaune , et de l’origine locale de ce fléau.

T’appartiens à l’Académie royale de médecine et de chirurgie de Cadix depuis 1844 , époque où, me trouvant sur les lieux , je lui fis hommage de mes écrits sur l’importation de la fièvre jaune en Europe ; ils y furent reçus, j’ose le dire , avec une grande estime, et il me fut facile de constater que la plupart de ses membres n’avaient pas modifié leur manière de voir sur la maladie américaine 7 depuis Aréjula. On sait d’ailleurs , je le rappellerai en passant , que l’Espagne , forte de son expérience , s’est constamment refusée à envoyer un délégué dans le prétendu Congrès sanitaire international qui avait mission , il y a quelques années, de réformer les quarantaines et que, fidèles à leurs traditions, les novateurs de l’époque expliquèrent cette résistance de l’Espagne à s’associer au progrès par l’infériorité du corps médical de cette contrée. Les médecins espagnols sont restés , en effet , étrangers aux péripéties qu’à subies la médecine française , depuis vingt ou trente ans. Ils n’ont pas mordu à l’organicisme d’une manière exclusive; ils ont toujours pensé , ils pensent encore que la contagion n’est pas un vain mot. Il était donc impossible qu’ils échappassent au double reproche d’immobilité et d’ignorance , que les novateurs leur ont adressé dans différentes occasions. C’est ainsi , par exemple, qu’en 1853, le docteur anglais Jones Howel , faisant un rapport au Conseil général de santé de la Grande-Bretagne , sur la fièvre jaune de Gibraltar, en 1828 , dit , à propos des médecins espagnols et de l’importation, page 271 et 273 : « Beaucoup de médecins et surtout les praticiens civils et étrangers (lizez espagnols) de Gibraltar expriment l’opinion décidée que la maladie a été importée ; sans vouloir me montrer injuste envers eux , je ne puis m empêcher de faire remarquer que ce sont des personnes dont /’ instruction et les habitudes ne sont point de nature à assurer à leurs opinions ,

l’intendance et la fièvre jaune. 187

à leurs assertions , une considération respectueuse. En revoyant l’ensemble des dispositions , je trouve donc que l’assertion que la maladie a été importée , repose entièrement sur les opinions scientifiques des médecins espagnols , tandis que la preuve que la maladie a eu son origine à Gibraltar, repose sur V opinion du docteur Chervin qui, probablement , a vu plus de cas de cette maladie , qu’aucun homme vivant. »

Nous verrons plus loin le cas qu’il faut faire de cette assertion.

Il n’y a pas , on en conviendra, une manière plus commode de se débarrasser d’une opinion qui gêne, il ne faut pas en vouloir au docteur Jones Howel; la plupart de ses coreligionnaires , en matière de fièvre jaune, ont agi avec le même sans-façon ; c’est là le péché mignon des disciples de Chervin. Quoi qu’il en soit, je reviens aux opinions professées par l’Académie de Cadix.

Invitée par les cortès d’Espagne à délibérer sur la question de l’origine des épidémies que j’ai mentionnées plus haut, cette compagnie rédigea à ce sujet, et après une longue enquête, un rapport très-étendu, dont j’extrais les passages suivants, ne pouvant le reproduire tout entier, malgré son importance :

Première question : La fièvre jaune a-t-elle été importée ou non ?

« Les épidémies avec vomito étaient inconnues à Cadix avant les XVIIIe et XIXe siècles. Si la fièvre jaune est endémique en Amérique ; si nous avons avec ses ports un commerce très-suivi , et qu’annuellement il nous arrive beaucoup de vaisseaux qui ont eu des malades ou des morts du vomito , pourquoi se creuser la tête, se livrer à des recherches superflues et bâtir des théories arbitraires pour prouver que cette maladie peut naître en Espagne?

« Il est notoire qu’en 1800 la fièvre jaune avait fait de grands ravages à la Havane , et , qu’entre autres vaisseaux en provenant, il était arrivé à Cadix la frégate espagnole Y Aigle, qui avait perdu cinq hommes ; la polacre espagnole Jupiter , qui avait également perdu cinq hommes ; la corvette américaine Dauphin , qui avait perdu trois hommes.

« N’est-il pas naturel , après cela, qu’on attribue à l’arrivée de ces vaisseaux l’introduction du fléau? Pourrait-on oublier que la corvette le Dauphin avait avec elle des passagers espagnols, qui la

L'INTENDANCE ET LA FIÈVRE JAUNE

communiquèrent à Séville presque en même temps qu'à Cadix; tandis que les pays placés entre ces deux villes conservèrent la plus parfaite santé. »

Deuxième question : La fièvre jaune peut- elle naître à Cadix ?

« Cette question, se lie tellement avec l’autre , qu’on aurait du la confondre avec elle.

« Si les causes productrices de la fièvre jaune existaient à Cadix ou dans ses environs, pourquoi attendraient-elles toujours pour agir le réveil des épidémies dans le Nouveau-Monde et l’arrivée de navires infectés ? Pourquoi la même coïncidence se serait-elle montrée en même temps à Malaga, à Alicante, à Gibraltar, à Carthagène, à Livourne et jusqu’au Lazaret de Marseille? Il faudrait être bien crédule pour admettre une supposition si arbitraire. »

« Peut-on attribuer le vomito , en Andalousie, à des causes paludéennes ? Par un hasard peu explicable, ses villes les mieux situées, les plus élevées au-dessus du niveau de la mer, les mieux ventilées ont été plus maltraitées par la fièvre jaune que celles qui ont des marais dans leur voisinage. Son extension a toujours tenu visiblement aux relations plus ou moins étroites et fréquentes que les villes d’Andalousie avaient avec Cadix , et nous affirmons hautement qu’il est notoire que la situation des lieux n’a exercé aucune influence sur la production du vomito.

« Ses causes ne sont pas non plus dans la baie de Cadix , parce qu’en 1804 les équipages de soixante-quatre vaisseaux y conservèrent une parfaite santé , sans autre précaution que de s’interdire toute communication avec la ville.

« Ferons-nous jouer un rôle aux égouts dans Pétiologie du fléau ? Non, sans doute. Dans le dernier siècle il a paru trois fois sans qu’ils existassent , et depuis il s’est montré dans des ports où il n’y en a pas.

Quant à la chaleur du climat, elle a été la même dans tous les temps et alors que le fléau était tout à fait inconnu. De plus , en 1787, 89, 90 , 91 et 94 elle fut plus forte qu’en 1800, sans que la fièvre jaune se soit déclarée pour cela.

Faisons remarquer aussi que, loin de débuter à la fois et indistinctement sur différents points , comme les véritables épidémies, la maladie de Cadix s’est toujours propagée avec un ordre rnani-

teste et significatif que les partisans de l’origine locale sont forcés eux-mêmes de reconnaître. Dans les épidémies proprement dites, les trois périodes d’invasion, de summum et de déclin sont manifestes ; il s’en présente dans la même espèce qui sont plus ou moins bornées ou bénignes, d’autres qui sont graves et générales. Rien de semblable n’a été observé pour le vomito. Ses épidémies sont toujours graves , et les cas du début ne diffèrent pas de ceux qui se montrent au milieu et à la fin ; leur caractère est invariable.

« Enfin que penser de ce fait parfaitement reconnu et établi qu’à Cadix et dans les autres ports d’Espagne qu’a visités la fièvre jaune, elle a constamment respecté les Américains et les créoles qui s’y trouvaient pour leurs affaires et qui provenaient des Antilles ? »

Ce dernier argument est plus significatif qu’on ne pense. En 1839, lorsque la fièvre jaune sévit avec tant de fureur à bord de la corvette la Caravane ; elle ne respecta dans l’état-major que deux officiers, MM. Blancq et de Cuers. Or, le premier était originaire de la Nouvelle-Orléans, et l’autre de la Havane. Tous les deux vivent encore et peuvent témoigner de leur immunité pendant cette rude épidémie, dont je parlerai fplus loin. M. de Cuers, entré depuis dans les ordres, est bien connu des Marseillais, car il a dirigé pendant plusieurs annés dans notre ville un ordre religieux.

Troisième question : La fièvre jaune a-t-elle pu se reproduire en Espagne sans nouvelle importation ?

« L’Académie se prononce pour l’affirmative; elle base son opinion sur ce fait qu’aux Antilles le fléau qui s’assoupit constamment de novembre à juin, se ravive alors par l’effet des fortes chaleurs. En Espagne il a dù se comporter ainsi tant que les miasmes ou les germes d’une première importation ont persisté dans les établissements qui avaient reçu des malades.

« Ainsi, en 1801 , les premiers cas qui se reproduisirent à Cadix se montrèrent dans un seul régiment qui fut logé dans un local qui avait servi d’hôpital l’année précédente. La même coïncidence fut constatée dans une foule d’autres villes ou villages des environs de Cadix. »

Telle est, en substance, la manière de voir de mes honorables collègues de l’Académie de Cadix ; elle ne diffère d’ailleurs en rien

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de celle des médecins qui exercent dans les ports du littoral sud de l’Espagne, que j’ai successivement visités, de 1834 à 1844, profitant toujours de mes loisirs pour me mettre à la recherche des fameux égouts et autres foyers d’infection , par lesquels Ghervin a prétendu expliquer le règne endémique de la fièvre jaune dans la péninsule, et espérant vainement de voir, dans les hôpitaux qu’il m’a été donné de fréquenter pendant la saison la plus chaude, quelques-uns de ces cas sporadiques dont on a fait tant de bruit et qui n’ont jamais existé que dans l’imagination de Ghervin.

J’ai vu, par exemple , en août 1844 , des cas de fièvre bilieuse comme j’en vois encore tous les ans à Motel-Dieu de Marseille, à pareille époque, mais pas l’ombre d’un cas de vomito.

Le docteur de Bustamante, professeur de la Faculté de médecine de Cadix, qui avait la bonté de me faire visiter les hôpitaux, parut très-étonné lorsque je lui dis qu’on professait en France l’opinion de V endémicité de la fièvre jaune en Espagne. Il crut d’abord que je m’étais mis sérieusement à la recherche de cette maladie ; mais il finit par rire de bon cœur avec moi en découvrant le caractère critique de mon enquête.

Disons-le une fois pour toutes , il n’y a rien de commun que l’apparence entre le vomito et la rémittente bilieuse qui, de temps immémorial , se montra régulièrement pendant les mois les plus chauds de l’année sur le littoral sud de l’Espagne, delà France, de l’Italie, etc., etc. Pour quiconque a vu comme moi ces deux maladies, une erreur de diagnostic est impossible.

Je vais rappeler en passant, en très-peu de mots, et comme je le fais à l’Hôtel-Dieu de Marseille dans mes leçons cliniques, les différences profondes (je souligne ce mot à dessein) qui existent entre ces deux maladies.

La fièvre jaune , affection toujours grave, le plus souvent mortelle, a pour cause première un miasme animal organo-dynamique, dont la chaleur atmosphérique favorise l’action, et qui peut être importé au loin. La fièvre bilieuse n’est due qu’à la chaleur et à l’hyperdiacrisie du foie, ou, si l’on veut, à la prédominance que prend l’élément bilieux dans l’économie pendant l’été. Elle guérit le plus souvent et ne peut être importée.

L’apparition de l’ictère pendant le premier septénaire n’exprime

L INTENDANCE ET LA FIÈVRE JAUNE

aucun danger dans la fièvre bilieuse , tandis qu’il est presque toujours un signe de mort dans la fièvre jaune. Pourquoi? parce que dans la première maladie la suffusion ictérique est tout simplement l’effet de la surabondance et de l’extravasation de la bile ; tandis que dans la lièvre jaune il résulte directement de la viciation et de la diffluence du sang , lesquelles se rattachent elles-mêmes à une adynamie profonde, à la résolution des forces vitales, et annoncent une mort prochaine.

En effet, la coloration jaune de la peau n’est pas due , dans la fièvre jaune, à la bile; elle est le fait d’une véritable hémorrhagie des capillaires cutanés. Gela est si vrai que tant que la lésion du sang n’est pas arrivée à un certain degré dans la fièvre jaune , il n’y pas , en général , d’ictère ; souvent même ce symptôme ne se prononce qu’après la mort, ainsi que je l’ai constaté de visu plusieurs fois.

Dans la fièvre bilieuse , les déjections sont toujours composées soit de mucosités , soit de bile pure , verte , jaune, porracée, tandis que les déjections caractéristiques de la fièvre jaune , dues, comme Fictère , à la décomposition du sang , sont noires, semblables à de la suie délayée, à du marc de café , ou même à du chocolat. J’ai vu , dans certains cas de fièvre typhoïde , de fièvre bilieuse , des vomissements mélaniques , mais , outre que ce fait est très-rare , il m’a été donné de constater par l’autopsie , qu’il n’a lieu, en général , que chez des sujets dont l’estomac était malade antérieurement et qui avaient déjà vomi le sang à d’autres époques.

D’autres différences symptomatologiques existent encore entre la fièvre jaune et la fièvre rémittente bilieuse, mais je ne le rappellerai pas ici ; il doit me suffire d’avoir indiqué les principales qui n’ont été signalées, à ma connaissance , dans aucun livre , et que l’école de Ghervin s’est toujours obstinée à ne pas reconnaître, malgré leur caractère pratique , parce qu’il entrait dans ses vues de confondre, d’une manière absolue, deux états morbides bien différents l’un de l’autre, sous le rapport de leur cause, de leur nature, de leur pronostic, etc., etc.

Disons, enfin, que ce qui achève de différentiel* la fièvre jaune de la rémittente bilieuse et ce qui met un abîme entre elles, c’est, tout simplement la contagion de l’une et l’innocuité bien connue de

192 l'intendance et la fièvre jaune.

l’autre ; un peut réunir, à bord d’un navire , des fièvres bilieuses en grand nombre, les transporter dans des localités où cette maladie est inconnue , non seulement l’équipage du navire n’en fournira aucun cas , mais encore, au port d'arrivée, lorsqu’on aura fait le diagnostic différentiel que je viens d’établir, on pourra introduire , sans crainte , les malades dans les hôpitaux.

Continuons d’interroger la médecine espagnole :

J’ai sous les yeux une feuille médicale de Madrid , le Boletin de medecina , cirugia y farmacia de Madrid (n° du 28 juillet 1850) il y est question des quarantaines contre la fièvre jaune , ce fléau, si bien connu des espagnols et qui a tant de fois ravagé le beau littoral de leur pays jusqu'au moment où des mesures sévères ont relégué au lazaret de Mahon , tous les navires suspects.

Après avoir établi que toute erreur qui se propage et se maintient , repose sur quelque vérité réelle , mais que l’on fausse en l’exagérant et surtout en prétendant l’appliquer à tous les cas, sans distinction de temps et de lieu, le boletin ajoute :

« Ces réflexions n’ont pas pour but de défendre des mesures coercitives exagérées en fait de santé publique. Nous ne prétendons pas davantage demeurer immobiles, sans faire un seul pas vers le perfectionnement du système quarantenaire ; loin delà , nous voudrions rendre aussi douces et aussi légères que possible les entraves que la société impose au commerce , entre les différents pays du monde. Ce que nous désirons, c'est que l’on marche trèsprudemment dans des réformes si périlleuses, qu’on ne les adopte pas comme une mode nouvelle et que les théories sans bases cèdent devant les faits. »

L'auteur rappelle ici, les modifications que le décret présidentiel a apporté en France dans le système sanitaire, puis il ajoute :

« Suivant le système en vigueur dans la république, notre voi~ sine, les navires venant des pays à fièvre jaune ne sont soumis à aucune quarantaine , si dans les dix jours qui ont précédé leur arrivée, ils n’ont eu ni morts ni malades et si encore ils n’ont eu de communication avec aucun navire qui se trouve dans une situation opposée à la leur.

« La base de ce beau système est l°que l’incubation de la fièvre jaune n’excède jamais dix jours; 2° qu’il ne peut jamais arriver

l'intendance et la fièvre jaune.

que l’air renfermé dans l’intérieur d’un navire ou les marchandises qu’il apporte, recèlent le germe du mal , sans que les personnes du bord s’en ressentent.

« Nous ferons voir combien de telles propositions sont hasardées, quelques savantes qu’elles puissent être , et quelque grand que soit l’amour-propre des médecins qui les soutiennent. Notre système sanitaire peut leur déplaire , mais, assurément, il offre bien plus de garantie à la santé publique. »

(Suit l’histoire de deux faits qui se sont passés, l’un en 1823, l’autre en 1847 et qui seront reproduits en leur heu dans ce livre.)

Le journal conclut ensuite de la manière suivante :

« Cet exposé suffit pour prouver qu'il s'en faut de beaucoup que les partisans de la réforme quarantenaire en France, puissent porter la conviction dans l’esprit de ceux qui s'attachent aux faits et non aux théories , surtout pour une affaire aussi grave et d'aussi capitale importance que celle de la suppression des mesures sanitaires. »

Ecoutons maintenant M. le docteur Monlau qui , au Congrès sanitaire de 1851 , a représenté le gouvernement espagnol, et achevons de fournir la preuve du contagionisme absolu des médecins de la Péninsule ibérique.

Ayant obtenu la parole dans la séance du 7 octobre , sur le second paragraphe de l’article 8 du programme du Congrès , ainsi conçu : « En fait , la Commission propose de restreindre la quarantaine de la fièvre jaune à l'état épidémique. » M. le docteur Monlau, membre du Conseil supérieur de santé de Madrid, etc. prononça un discours très -remarquable , dont j’extrais le passage suivant : « Qu’on ne s’y trompe pas, Messieurs, en fait , l’état sporadique aura toujours quelque chose de vague et de mal défini. Il ne répond à rien de précis et d’arrêté , surtout en ce qui concerne la lièvre jaune , il serait d’ailleurs le sujet des plus sérieuses difficultés , ainsi qu’une source d’abus, et d’abus des plus dangereux pour la santé publique. Profitant de l’élasticité du mot, vous verriez , Messieurs, que la fièvre jaune serait, presque toujours, considérée comme sporadique, et, dès lors , les mesures sanitaires que vous proposez contre cette maladie deviendraient illusoires, parce qu’il ne se présenterait jamais f occasion de les appliquer.

l’intendance et la fièvre jaune.

« En résumé, je dois vous faire connaître que, d’après l'avis du Conseil royal de santé et d’après les instructions très-explicites qui nous ont été données sur cette matière, V Espagne ne pourra pas prêter son adhésion à la distinction officielle de la fièvre jaune, en sporadique et en épidémique. En Espagne , Messieurs , de 1793 à 1823, c’ est-à-dire , dans une période de 30 ans , alors qu’on ne prenait presque aucune mesure sanitaire , nous souffrions une épidémie de fièvre jaune au moins chaque année. Il y a eu des années dans lesquelles nous avons souffert deux , trois et quatre épidémies , dans divers ports à la fois ; les ravages étaient effrayants , les populations demandèrent , en conséquence , des mesures rigoureuses , et le Gouvernement accéda au vœu des populations. Le résultat a été , Messieurs , que depuis 1823 , nous n’avons plus été en butte aux irruptions de la fièvre jaune. Il ne sera donc pas étonnant , que V Espagne refuse , pour le moment , toute distinction qui , au fond , rendrait illusoires les mesures quarante maires, contre la fièvre jaune , et qrdelle tienne au système qui lui a si heureusement réussi. »

L’Espagne fit bien , en effet , d’agir ainsi et son corps médical, si injustement apprécié par les non-contagionistes français , a bien mérité de son pays, en défendant le système quarantenaire en vigueur. Marseille , préservée vingt fois du même fléau depuis soixante ans, par son Intendance sanitaire , a fortement réclamé aussi pour le maintien de celle-ci; mais, sa voix n’a pas été écoutée comme celle des provinces maritimes d’Espagne; c'est que toute indépendance provinciale n’est pas détruite, en effet, chez nos voisins et, que leur caractère fier et digne, ne tolérerait pas qu’on portât atteinte au droit naturel qui appartient aux masses , de défendre leur santé et leur vie. Naguère , à la nouvelle de l’importation de Saint-Nazaire, l’Espagne s’est hâtée de mettre nos ports de l’ouest en quarantaine, et M. Monlau, a dû rire sous cape des embarras et de la confusion de ces novateurs imprudents, téméraires et surtout outrecuidants qui, depuis 25 ans , remplissent le monde de leurs clameurs contre la possibilité de l’importation de la fièvre jaune , ne tenant aucun compte de l’expérience et déclarant absurdes , rétrogrades , incomplets , J es médecins espagnols , par ce seul fait qu’ils ont toujours refusé

l'intendance et la fièvre jaune.

de s’associer à lent* croisade contre la vérité, de compromettre leur patrie et d’adopter, avec les non-contagionistes de France, l'ignoble devise : Tims is money , que tous les vrais disciples d’Hippocrate repoussent avec dégoût dans les questions d’hygiène publique.

En terminant ce chapitre, je dirai un mot du service que faisaient les intendants de la santé, lorsque des importations de peste ou de fièvre jaune avaient lieu au Lazaret:

L’intendant de service hebdomadaire appelé Semainier , entrait au Lazaret toutes les fois qu’il fallait constater de nouveaux cas, il assistait aux visites des médecins et aux autopsies cadavériques, à la distance prescrite par les règlements sanitaires, ayant soin de se placer au vent du malade ou du cadavre, et il ne faut pas croire que cette distance fut assez grande pour exiger l’emploi de la fameuse lorgnette d’approche. J’ai vu des visites de ce genre, soit à Toulon, soit à Brest, et j’affirme que les intendants étaient assez près des sujets pour pouvoir juger parfaitement de leur habitude extérieure et des symptômes qu’ils offraient. A Marseille, le plus souvent, le Semainier était accompagné de deux ou trois de ses collègues délégués par rassemblée, c’est ce qui résulte des procès verbaux consignés dans les ouvrages du docteur Robert.

N’y avait-il pas quelque courage de la part d’hommes étrangers à l’art et généralement lancés dans les affaires, à accepter un mandat si pénible, si désagréable et à le remplir avec tant d’exactitude et de dévouement.

Lorsque l’opinion des médecins haut placés, à Marseille, dans l'estime publique, ou signalés par leurs connaissances spéciales, était jugée opportune, on leur ouvrait les portes du Lazaret et ils venaient y examiner les malades avec les confrères attachés à rétablissement. C’est ainsi que le baron Kéraudren , inspecteur général du service de santé de la marine , pénétra à Pomègue en 1821, pendant la fameuse importation qui y avait été effectuée, et put exprimer son sentiment sur la nature et l’origine de la maladie.

Dès qu’une épidémie suspecte se montrait dans quelque port voisin , l’intendance se renseignait aussitôt aux meilleures sources, et l’interprétation de ces renseignements n’était pas aban-

l'intendance et la fièvre jaune.

donnée, comme aujourd’hui, au jugement d’un seul individu ou à celui d’une assemblée parisienne partant peu intéressée aux questions d’importations maritimes. Voici une circulaire entre mille qui donne à la fois une juste idée et de la sollicitude continuelle de rintendance sanitaire et de la manière de se renseigner. Ab uno disce omnes.

Marseille, 24 novembre 1823.

L’intendance sanitaire de Marseille à Monsieur le gouverneur de Livourne, président de la santé publique.

Monsieur le gouverneur,

Nous venons vous prier de vouloir bien nous dire quels sont les moyens dont vous vous servez pour vous défendre des atteintes de la fièvre jaune. Depuis que cette maladie semble vouloir pénétrer en Europe et qu’elle s’est, en quelque sorte, naturalisée en Espagne, les médecins et les savants de tous les pays ont parlé si diversement de sa nature et de ses effets que notre embarras est grand. Nous avons cru d’abord que les mêmes moyens qui préservaient de la peste pouvaient être employés contre la fièvre jaune. Cependant, les uns disent que les miasmes de cette dernière sont plus volatils que ceux de la peste , d'autres , que les marchandises ne sont pas sujettes à recevoir ces mêmes miasmes, que les hardes seules doivent être purifiées. Il en est qui prétendent que les bâtiments doivent être déchargés pour être aérés et recevoir des fumigations ) tandis que d'autres estiment que cette précaution est inutile.

« Au milieu de ce conflit d'opinions , des administrateurs sages adopteront toujours , sans doute, les moyens les plus rigoureux , mais il est bien pénible pour eux de penser que les précautions peuvent être surabondantes , peuvent nuire aux intérêts du commerce et de la navigation , sans que la nécessité en soit bien démontrée.

Veuillez donc, monsieur le gouverneur, avoir la bonté de répondre aux questions suivantes :

Soumettez-vous au débarquement les navires suspects de lièvre jaune venant en patente brute?

Mettez-vous les marchandises en purge et comment?

Soumettez-vous l’intérieur des navires aux fumigations et an lavage?

l’intendance et la fièvre jaune.

Quelle esl la longueur des quarantaines des hommes et des choses ?

Quelles précautions prenez-vous à l’égard des malades?

Gomment traitez-vous les patentes nettes et les patentes suspectes ?

Pareille circulaire fut adressée à Trieste , à Venise , à Gènes , etc., et les administrations de ces ports s’empressèrent de répondre. Qu’on ne vienne donc pas nous dire que l’intendance de Marseille ne s’occupait qu’à faire de bons dîners, 11e se préoccupant eu rien des intérêts du commerce, et se bornait à appliquer aveuglément des règlements, fruit de l’ignorance et de la peur : au contraire, tousses efforts tendirent toujours à concilier les droits sacrés de l’hygiène publique avec les intérêts commerciaux; elle 11e refusait pas le progrès , loin de là, elle le recherchait, mais elle sentait en même temps qu’en matière sanitaire, il convient de ne s’y livrer qu’avec circonspection , qu’il faut surtout se délier des théories médicales qu’enfante l’esprit de système et que la mode propage et soutient trop souvent dans notre pays. Du reste, 011 verra d’autres preuves de la sagesse et de la prudence de notre intendance. Lorsque je raconterai les évènements de 1821, je démontrerai , sans réplique , qu’à cette époque , elle a sauvé positivement Marseille d’une catastrophe épouvantable, et cela au moment même 0(1 l’Espagne expiait si cruellement l’incurie de ses Juntes de sauté, soit américaines, soit péninsulaires.

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