‹ Marseille et son intendance sanitaireChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRE I

Historique des évènements de Saint-Nazaire en 1861, par un témoin oculaire.

— Ont-ils en eux-mêmes quelque chose de nouveau? — Faits médicaux qui en ressortent et indication des inconvénients les plus graves du système sanitaire en vigueur. — Théorie des climats flottants renouvelée des anciens par M. Mélier, émise d’abord par lui , reproduite ensuite par M. Robert, de Marseille, en 1822, et par Prusdaus son rapport. — Ce qu’il faut en penser.

— Gomment s’établit l’infection des cales.

Maintenant que mes lecteurs se sont parfaitement convaincus des services immenses que rendirent à l’hygiène publique : T l’Intendance sanitaire de Marseille , qui fut le type de l’institution ; 2° les Commissions sanitaires de France et de l’étranger, il est tout naturel que je leur fasse connaître les fruits qu’a portés la réforme de 1851, et les garanties qu’elle nous offre contre l’importation des maladies pestilentielles en général et de la fièvre jaune en particulier. Pour former leur conviction sur ce point, pour éclairer définitivement leur religion, je n’aurai qu’à raconter et à commenter

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le fait de Saint-Nazaire, auquel j'ai déjà fait si souvent allusion dans ce livre , ce fait à qui nous devons la débâcle non-contagioniste, la conversion de M. Mélier, le revirement de M. le docteur Rufz, enfin les derniers débats qui ont eu lieu à l’Académie impériale de médecine sur la question si grave de la contagion et de l’importation de la peste américaine. Bien qu’il soit à mes yeux très-minime, comparé à la plupart de ceux que j’ai racontés précédemment , il n’en est pas moins (je me hâte de le dire), profondément regrettable , puisqu’il démontre que l’insuffisance de notre législation sanitaire et l’erreur obstinée d’un agent de la santé publique ont occasionné la mort de vingt-un individus , qui probablement seraient encore de ce monde , et celle de Thonorable docteur Chaillou, tombé au champ d’honneur en combattant l’affreux fléau (1).

Que le gouvernement y réfléchisse sérieusement ! il aurait eu sans doute à regretter quelque effroyable calamité, si V Anne-Marie eût abordé dans le midi de la France. Il doit donc se hâter d’en finir avec un système dangereux qui expose à un si haut degré sa responsabilité! Nous sommes en droit de réclamer de lui qu'il 11e se livre pas à la légère, comme il l’a fait jusqu’ici, aux casse-cous de la science ; mais qu’il consulte plutôt le bon sens, l’expérience traditionnelle , et , par-dessus toute chose , qu’il en appelle à son cœur dans une question si éminemment vitale. Le moins qu’il puisse promettre à ses administrés 11’est-ce pas de les garantir, autant que possible, des maladies pestilentielles? Quel est le gouvernement , même le plus arriéré, qui ne se préoccupe pas avant tout de ce grave intérêt , et le plus saint des droits de l’homme 11’est-il pas le droit à la vie que Dieu lui a octroyée ?

Comme je n’ai pas vu les faits de Saint-Nazaire, et que je dois

(1) La doctrine de la contagion est maintenant en grande faveur à Paris, surtout à l’Académie, quoi qu’en dise M. Amédée Latour, qui soutient le contraire dans son journal. Plusieurs médecins avec lesquels je me suis trouvé en relation pendant mon séjour dans la capitale, trouvent même cette réaction exagérée, et je suis parfaitement de leur avis, tout en maintenant contagieux les maux de gorge, lièvre typhoïde, etc., etc. Que. ces maladies apparaissent dans une famille, tous ses membres se dispersent.

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avant tout les établir avec exactitude, je vais reproduire ici textuellement le récit d’un témoin oculaire, de M. Auguste Chérot, ancien élève de l'école polytechnique, ancien adjoint au maire de Nantes, qui habite Saint-Nazaire-en-Loire , et quia publié sur les événements de 1861 une simple brochure de dix-neuf pages, témoignant à la fois de ses lumières et de ses bonnes intentions. Etranger à la médecine, il a évité modestement de résoudre lui-même certaines questions qu’il y a fait surgir, dans le seul intérêt de l’hygiène publique , et auxquelles je me permettrai , par suite, de répondre dans cette partie de mon travail. Que les médecins qui me liront, que l’Académie de médecine surtout comparent mes conclusions à celles du rapport de M. Mélier , et décident entre son école et la mienne.

« La fièvre jaune, dit M. Chérot, vient de faire à Saint-Nazaire une apparition en dehors de toutes les prévisions. Vingt-une victimes ont été emportées en quelques jours. Des craintes bien naturelles ont agité l’opinion publique et se sont propagées au dehors avec l’exagération inévitable. Le gouvernement s’est empressé de prendre des mesures sanitaires énergiques contre le développement du fléau. A Y étranger, l’Espagne et le Portugal ont déclaré Saint-Nazaire port infecté, et assujetti ses provenances à des quarantaines rigoureuses.

« Ces mesures ont ému d’autant plus vivement le commerce que, depuis un quart de siècle, le système des quarantaines paraissait relégué au nombre des institutions surannées, incompatibles désormais avec l’activité et la rapidité des rapports commerciaux qui vont chaque jour progressant. Aussi, l’opinion s’agite-t-elle autour des questions suivantes :

« L’invasion de la fièvre jaune à Saint-Nazaire pouvait-elle être évitée ?

« S’y est-elle manifestée avec les caractères de contagion ou d’infection?

« Le rétablissement du système des quarantaines doit-il être une conséquence nécessaire ?

C’est ({lie l'historique de l’apparition et du développement de la maladie parait apporter des éléments intéressants à l’étude de ces trois questions.

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« Le 25 juillet 1861, le navire Anne-Marie , venant de la Havane, avec un chargement de 2,000 caisses sucre, se présentait aux portes du bassin avec une patente de santé brute.

« Le bruit se répandit en même temps qu’il avait perdu deux hommes de son équipage, morts[de la fièvre jaune, vers les Açores ; que deux autres étaient convalescents ; que le capitaine était malade (1)....

« L’agent sanitaire s’empressa d’appeler le médecin de la santé. Celui-ci est en même temps maire de Saint-Nazaire et président de ta commission sanitaire.

« Le capitaine affirme énergiquement qu’il a dit toute la vérité sur la mort de ses hommes , sur la maladie des autres , sur la sienne propre.

Le médecin sanitaire, à la suite de sa visite, délivra un bulletin de fièvres intermittentes avec un caractère pernicieux. Il ne crut pas devoir convoquer la Commision sanitaire, et les cas de mort remontant d'ailleurs à plus de dix jours, en qualité de maire et de président de cette Commission , il autorisa la libre pratique.

« Le navire entra dans le bassin. L’équipage fut mis à terre et congédié immédiatement. Les formalités de douanes furent accomplies le 26, et le 27 juillet le déchargement commençait sous la surveillance du second.

« Aussitôt les panneaux du navire ouverts , la lièvre jaune atteint ses victimes. La maladie n’était ni dans le poste, ni dans les effets de l’équipage; ses germes étaient renfermés dans la cale. Tous ceux qui ont travaillé dans l’intérieur du navire ont été généralement frappés ; la plupart sont morts. Bien plus, l’air infecté sortant du navire par les panneaux a frappé quelques hommes des équipages de navires amarrés sous le vent et proche de V Anne- Marie, et ces hommes sont morts. Pas une atteinte n’a eu lieu sur les hommes du navire amarré au vent de Y Anne- Marie. Aucun des hommes de l’équipage de cette dernière n’a été malade depuis le débarquement.

« La cale de Y Anne-Marie était donc le véritable, le seul foyer d’infection.

(1) A son arrivée à Saint-Nazaire Y Anne-Marie avait -eu 9 malades de la lièvre jaune, dont deux étaient morts.

« L’air chargé de miasmes délétères a agi avec une énergie foudroyante. Le Chastan , petit remorqueur de l’usine d’Indret, monté de cinq hommes d’équipage , tous gens vigoureux et de bonne santé , a été amarré le long du bord et sous le vent de V Anne- Marie, pendant les quarante-heures qui ont suivi l’ouverture des panneaux. Trois d’entre eux sont montés à bord du navire et sont descendus dans l’intérieur pour visiter l’arrimage. Repartis le 29 juillet pour Indret , tous les cinq y sont morts de la fièvre jaune, et la première victime succombait le 2 août.

« Le déchargement du navire a duré du 27 juillet au 4 août. Le 5, le second du navire succombait à Saint-Nazaire à la terrible maladie, puis une série de victimes, dont l’une a particulièrement ému l’opinion publique : M. C haillon , médecin à Montoir , était emporté par la fièvre jaune , après avoir donné des soins à trois travailleurs qui avaient respiré V infection à bord de /’Anne- Marie, et étaient venus mourir chez eux, dans sa commune. Il tombait au champ d’honneur. Aussi les populations ont-elles appris avec reconnaissance que l’Empereur vient d’accorder à sa veuve une pension de 1,200 fr. sur sa cassette particulière.

« Deux hommes de l’équipage du Cormoran , un de celui du Paquebot-de-Lorient , qui étaient amarrés sous le vent, sont morts à leur retour à Lorient.

Le total des victimes de Y Anne-Marie a été de vingt; la dernière victime succombait le 12 août. C’était un jeune homme , neveu de Cnn des hommes du Chastan , qui avait mangé et couché a bord de ce remorqueur , mais n’avait pas visité le navire infecté.

« De si terribles coups avaient violemment agité l’opinion. Dès l’origine il n’existait plus de doute sur le fait de la lièvre jaune à bord, d’après les dires des hommes de l’équipage débarqué. On réclamait énergiquement des mesures. Le 5 août, le Maire réunit enfin la Commission sanitaire , qui prescrivit l’éloignement du quai, du navire qui répandait la mort ; puis on décida sa sortie du bassin, qui eut lieu le 8 août.

« Sur ces entrefaites, le gouvernement, justement ému, envoyait à Saint-Nazaire M. le docteur Mélier, inspecteur général des services sanitaires. Des mesures vigoureuses furent immédiatement appliquées par M. Mélier.

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« h' Anne-Marie fut coulée, de manière à être lavée plusieurs fois par jour par le flot de la marée montante. Après huit jours de submersion, ce navire a été désinfecté par des lavages réitérés au chlorure de chaux et au sulfate de fer, accompagnés de grattages minutieux.

« Un lazaret et un poste d’observation ont été établis sur deux navires-hôpital envoyés de Lorient.

« Les arrivages venant de la Havane ont été tenus de décharger en grande rade, sous la surveillance de gardes de santé, et conformément à une instruction règlementaire prescrivant des précautions et des mesures de désinfection successives dans l’opération du déchargement, qui paraissent avoir atteint complètement le but.

« Plusieurs navires pouvaient être suspectés, ajuste titre, d’apporter des causes d’infection analogues à celles de V Anne-Marie , puisque des hommes de leur équipage, arrivés malades à Saint- Nazaire, sont morts de la fièvre jaune au Lazaret. Or, un seul des hommes employés à ces déchargements a été atteint de la fièvre jaune et a suecombé. Malgré la défense rigoureuse de coucher à bord des navires en cours de déchargement, cet homme eut l’imprudence de passer une nuit dans la cale de l’un d’eux , et a payé de sa vie cette imprudence. »

Aujourd’hui ajoute M. Chérot, toute cette triste histoire est du passé , mais il faut /’ envisager résolument , V étudier pour sauvegarder V avenir d’un second chapitre de ces malheurs et concilier comme cela doit être possible , en s’appuyant sur les progrès de la science , les mesures à prendre dans l'intérêt de la conservation de la vie des citoyens, avec les nécessités et les exigences commerciales de noire temps. Quant de pareilles calamités s'abattent sur les populations , celles-ci s’irritent , s’exaspèrent et n’hésitent pas à infliger des responsabilités souvent irréfléchies. Il n’est donc pas étonnant qu’il n’y ait eu qu’un seul cri à Saint-Nazaire, pour V affirmative , cri dont la vivacité s’inspirait du désespoir des familles des victimes et de l’inquiétude de la population. »

Ici commence la série rie questions dont j’ai parlé et auxquelles je répondrai successivement dans leur ordre hiérarchique :

« Pourquoi, dit M. Chérot, n’a-t-on reconnu que des symptômes

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do lièvres intermittentes pernicieuses, dans les déclarations du capitaine, la description du traitement, alors que la patente de santé du navire était brute, que toutes les présomptions étaient pour la fièvre jaune, que celle-ci était déjà l’objet de la préoccupation publique ?

» Pourquoi? Parce que le médecin sanitaire ne connaissait pas cette maladie et parce qu’il appartenait à une école dont le chef disait en pleine Académie ( août 1842), après m’avoir critiqué et tourné en ridicule à cause de mes opinions contagionist.es :

» Lorsque l’ordonnance du 4 avril 1835 fut rendue, les contagionistes de Marseille poussèrent un cri d’alarme, mais ils ne sont pas meilleurs prophètes que leurs confrères de Paris. En 1841 , la ville de Marseille a reçu de nombreuses provenances de la Nouvelle-Orléans , de ce grand foyer de contagion (je suppose que Chervin se servait ironiquement de ce mot ) , où la fièvre jaune régnait avec violence et les Marseillais ne l’ont pas eue.

» L Académie sentira donc combien il est urgent de supprimer sans délai, les mesures sanitaires contre cette maladie , vu qu'elles nuisent à un haut degré à nos intérêts matériels , sans nul avantage pour la santé publique

» Eu faisant disparaître de notre législation tout ce qui a trait à la fièvre jaune, le gouvernement français acquerra derechef des droits bien fondés à la reconnaissance publique et nous serons les premiers à applaudir à une mesure d’un haut intérêt social dont les résultats seront immenses. (On peut en juger par le fait de Saint-Nazaire). Ce n’est pas au moment où plusieurs états commerçants (ceci est encore plus fort), s’efforcent de réduire au moyen de la vapeur l’espace qui sépare l’Europe de l’Amérique , que l’on doit entretenir des entraves très- gênantes , très-onéreuses , que rien ne justifie et qui reportent l’autre bord de l’Atlantique à plusieurs centaines de myriamètres du continent Européen. »

Lorsqu’on a été élevé dans ces principes et qu’on a foi dans le maître , peut-on , je le demande , surtout lorsqu’on est armé d’une législation dans les termes de laquelle on se tient, peut-on, dis-je, admettre la contagion de la lièvre jaune et refuser la libre pratique à un bâtiment à voiles qui a fait une traversée de 40 ou 50 jours.

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Si Chervin avait pu établir un pont entre l’Europe et l’ Amérique , il l’eùt fait certainement , tant il était convaincu de la vérité de son système. Quel malheur qu’il soit mort si vite! Et qu’il n’ait pas pu juger par lui-mème de ses conséquences !

Pourquoi, continue M. Ghérot , la commission sanitaire n’a-telle pas été réunie immédiatement au lieu de l’être si tardivement que les malheurs étaient pour ainsi dire consommés ?

Parce qu’ainsi que je l’ai déjà fait remarquer dans la première partie de ce livre, ces commissions, dont M. Mélier n’aurait pas voulu embarrasser les directeurs , les agents sanitaires , sont absolument sous les ordres de ces derniers, ne jouissent d’aucune initiative à l’exemple des Intendances et sont par suite parfaitement illusoires. Les commissions existent sur le papier, mais on s’en sert le moins possible. Elles me rappellent les prétendus condensateurs que l’on impose à grands frais aux usines métallurgiques pour la tranquillité du voisinage et qui ne fonctionnent jamais , comme je l’ai constaté cent fois lorsque j’appartenais au conseil d’hygiène de Marseille. Qu’on se pénètre bien de ce fait que les commissions ne sont là que pour dissimuler le plus possible l’omnipolence périlleuse acordée aux directeurs et on cessera de les considérer comme une garantie.

Pourquoi, demande encore M. Ghérot, au milieu de l’alarme générale , le fait de fièvres, intermittentes avec déjections noires et la négation de la fièvre jaune, ont-ils été si obstinément maintenus, que des communiqués basés sur des rapports officiels étaient encore envoyés aux journaux de Nantes des sept et neuf août , pour en contester l’existence? »

Cette négation opiniâtre de la fièvre jaune a deux motifs principaux :

1° L’ignorance ou était le directeur des symptômes pathognomoniques du fléau, et dont il ne pouvait calculer les conséquences puisqu'il n’était pas coritagioniste ;

29 Sa qualité de médecin , qui ne pouvait lui permettre de se déjuger, surtout en présence d’autres confrères qui connaissaient ou soupçonnaient la véritable nature du mal. Il avait annoncé des fièvres pernicieuses , et il tenait d’autant plus à son diagnostic, que ne croyant pas à la contagion, il pouvait se dire intérieurement ,

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cette bourrasque ne tardera pas à s’apaiser et non seulement j’aurai raison, mais encore je n’aurai pas subi le contrôle de la commission sanitaire.

Je le demande, qui pourrait en vouloir à ce directeur d’avoir raisonné et agi comme il l’a fait? il a des attributions très-étendues qui assurent son omnipotence et qui ne l’obligent à compter qu’avec le ministre qui est à deux cent lieues de lui. Pourquoi n’en userait-il pas largement? C’était au législateur à calculer les inconvénients d’un pareil système ; mais ce législateur a vu et jugé par les yeux, par les idées de Chervin, de Prus et de M. Mélier ; il était donc convaincu, en émettant ce nouveau code , qu’il constituait le progrès sanitaire.

M. Chérot fait remarquer, du reste, à propos du retard apporté à la réunion de la commission , réunion qui n’eut lieu que dix jours après l’arrivée de V Anne-Marie , il fait remarquer, dis-je, non sans raison, que si la triple responsabilité de médecin sanitaire , de maire et de président de la commission, au lieu d’être concentrée dans une seule personne eût été divisée , il est plus que probable , que le diagnostic du premier qui ne connaissait pas la fièvre jaune eut été mis en doute, que la commission sanitaire eut été réunie , qu’elle eut prescrit des mesures efficaces. »

Je partage cette manière de voir; quant à ceux de mes lecteurs qui considéreront comme une énormité que l’on prépose à notre garde contre les maladies pestilentielles , des médecins qui ne les ont jamais observées au lit du malade , je me bornerai à leur dire, afin de les calmer , d’abord qu’on ne peut pas toujours avoir sous la main des médecins offrant cette garantie , mais que l’école non-contagioniste qui préside toujours à nos destinées sanitaires ne doit guère y tenir pour sa part. Si la peste, la fièvre jaune , le choléra ne peuvent se transmettre d’individu à individu , qu’importe qu’un médecin sanitaire les connaisse ou 11e les connaisse pas.

Je nie permettrai d’ajouter aux questions posées par M. Chérot une question de plus : Pourquoi M. Mélier, dans son rapport à l’Académie, a-t-il passé sous silence tout ce qui se rapportait aux fièvres pernicieuses avec vomissement mélanique , l’obstination de l’agent sanitaire et la réunion si tardive de la commission?

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M. Ghérot énumère ensuite les faits les plus saillants qui ont marqué l’épidémie de Saint-Nazaire sur lesquels, ou le sait, M. Méliera établi son rapport. Ces faits les voici :

« Les hommes employés au déchargement et mortsde la fièvre jaune ont respiré le mal dans l’air de la cale.

» Le second , resté à bord pour diriger le déchargement , et non malade avant l’ouverture des panneaux, est mort, de la fièvre jaune.

» L’air infecté, en s’échappant du navire, a porté la maladie dans un certain rayon et dans la direction du vent. Les deux hommes de l’équipage du Cormoran et celui du Paquebot de Lorient , qui ont succombé , ont été frappés par cette expansion de l’atmosphère infectée. A une plus grande distance , le mélange de l’air pur aux miasmes charriés par le vent a détruit le caractère léthifère. Ces distances ont été rigoureusement observées.

» Parmi les cas de mort qui n’ont pu être expliqués par cette inspiration directe de l’atmosphère empoisonnée figurent :

» Un cordonnier, mort à son domicile, ayant affirmé jusqu'à la dernière heure n’avoir pas visité le navire et ne s’en être pas approché ;

» Un tailleur de pierres, employé par les ponts-et-chaussées, qui travaillait sur les quais , en dehors de la sphère d’action reconnue de l’atmosphère infectée ;

» Enfin, le médecin de Montoir, qui n’est pas venu à Saint- Nazaire , mais a seulement soigné, dans sa commune , plusieurs travailleurs infectés qui ont succombé. C’est ici que le problème se pose dans ses termes les plus redoutables. Y a-t-il eu contagion ou simplement foyer d’infection créé par les malades ? »

Y a-t-il parmi ces faits quelque chose qui if ait pas été observé déjà dans mille circonstances , soit en Espagne , soit ailleurs , c’est ce que je prendrai la liberté de demander ici.

Maintenant que j’ai suffisamment fait connaître à mes lecteurs, par l’intermédiaire de l’honorable M. Chérot, qui en fut le témoin oculaire, cette mystérieuse importation de Saint-Nazaire-en-Loire, sur laquelle plus de deux années ont déjà passé, et qui sans le rapport de M. Métier serait presque ignorée des médecins, examinons les théories étiologiques, pathologiques et prophylactiques

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qu’eu a tirées M. l’Inspecteur général , en d’autres termes, voyons si le néo-contagionisme qu’il a la prétention de substituer au nôtre peut être admis et si surtout, il repose sur des découvertes nouvelles.

Commençons par constater qu'à partir de la mission qu’il a remplie à Saint-Nazaire, M. l’Inspecteur général s’est déclaré définitivement convaincu et a reconnu dans son rapport avec une franchise dont il faut lui tenir compte :

1° La nature exotique de la lièvre jaune et l’absurdité de la théorie de l’origine locale professée par Chervin ;

2° La contagion ou si l’on veut sa transmission par les malades, par les objets qui ont été à leur usage et spécialement par les vêtements ;

3° La nécessité des quarantaines contre les provenances des Antilles et du Mexique.

Pour acquérir plus tôt ces convictions , que l’Académie partage, M. Métier n’aurait eu sans doute qu’à jeter les yeux sur l’histoire de la fièvre jaune, mais M. l’Inspecteur général ne s’en rapporte qu’à lui-même; d’ailleurs, comment pouvait-il accorder quelque autorité à des faits historiques innombrables, il est vrai, mais qui avaient tous été réfutés , pulvérisés , anéantis par Chervin le grand réfutateur même de tout ce qui était irréfutable.

J’ai dit, par exemple, qu’au mois de juillet 1839 je signalai dans mon rapport, daté du lazaret de Brest, le danger particulier des vêtements, et que je fis incinérer tous ceux des morts avec les objets de literie souillés par les déjections des malades. On sait les injures que me valut cette mesure de haute prudence. Aujourd’hui personne ne conteste plus son efficacité , sa portée hygiénique : pourquoi ? parce que M. Mélier la présente comme une véritable innovation et qu’il dit s’être convaincu de son utilité il y a quelques années, dans une épidémie, non pas de fièvre jaune, mais de typhus. Nous allons voir d’ailleurs qu’il y a de grands inconvénients à comparer entre elles des choses qui sont de nature différente qui n’appar tien nent pas au même ordre ; des faits organodynamiques , par exemple avec ceux qui dérivent de la nature morte; les miasmes pestilentiels, cholériques, varioliques, rubéoliques , etc, etc, avec ceux qui produisent le typhus, maladie dont les causes sont essentiellement extérieures.

Sur une base si erronée et avec des préoccupations si absolument matérielles, M. Mélier ne pouvait arriver à aucune découverte, à aucune conclusion. Procédons de l’analyse à la synthèse et commençons par examiner son néo-cou tagionisme dans chacun de ses principes, nous comprendrons plus facilement ensuite s’il peut en ressortir quelque chose de bon et d'utile.

D’après lui, les agents contagieux appartiennent absolument à l’ordre matériel , théorie que l’observation ne permet pas d’admettre ; conséquemment et en considération des faits extraordinaires qu’il a vus ou qui lui ont été racontés à l’embouchure de la Loire , il les considère comme fixes, comme un objet que les navires chargent avec le sucre et le café , qu’ils emmagasinent avec ces denrées dans leur cale, mais qui , d’une part, ne s’attache pas à ces marchandises et peut , de l’autre , rester sans effet sur l’équipage. D’après lui, un navire qui part des Antilles ou du Mexique pendant la saison de la fièvre jaune est atteint de cette maladie , qu’il ait ou non des malades ; c’est le bois, la carène, les mâts , les voiles , etc., qui sont imprégnés de ce singulier venin. « Un navire bien portant , a-t-il dit dans son rapport, va dans un pays où règne la fièvre jaune , il y séjourne plus ou moins, souvent très-peu ; quand il en part ou même avant d’en partir, il a la fièvre jaune et (notez bien ceci) il peut l’avoir sans avoir reçu de malades , sans avoir communiqué , comme on le dit dans le langage sanitaire , c’est-à-dire , simplement pour avoir été dans les eaux du port , à distance plus ou moins grande , comme on en cite de nombreux exemples ; il n’est pas nécessaire qu’il y ait intervention des hommes. Je considère que le navire, qui a ainsi séjourné dans un pays à fièvre jaune , est devenu , en quelque façon , lui-même , pays à fièvre jaune , il emporte avec lui une portion du climat , il est, dans une certaine mesure, un climat flottant. Dans cette hypothèse , ajoute-t-il , la fièvre jaune est dans le navire avant d’être dans les malades , de même que la fièvre intermittente est dans le marais , avant d’être dans les malades. »

Tout le monde appréciera s’il est possible de comparer un marais où fermentent des détritus végéto-animaux visibles et affectant l’odorat , à une cale de navire parfaitement sèche et dénuée d’infection; pour ma part, je m’inscris contre cette étio-

iogie de la lièvre jaune , dont M. l’Inspecteur général fait la règle, tandis qu’il considère le fait préalable des malades, comme l’exception , et je me hâte de signaler, que la morale de ce beau système, qui d’ailleurs n’est pas nouveau, c'est que les navires seuls pouvant être malade et avoir la fièvre jaune en incubation , doivent seuls être séquestrés et tenus en quarantaine , tandis que matelots, passagers et marchandises , peuvent être admis , sans dangers et illico , en libre pratique. Seulement, les premiers doivent être assujétis au spoglio , à des ablutions et mettre du linge blanc; avec ces précautions , dit M. l’Inspecteur général, il ne sont plus à craindre pour la santé publique.

Cette belle idée de la fièvre jaune ligneuse, c’est-à-dire attaquant le bois des vaisseaux, celle des climats flottants, sont-elles bien du crû de M. Métier? Non, certes, elle a été professée avant lui et, bien qu’il y ait en elle quelque chose de spécieux , elle n’a pas été adoptée. On a admis avec raison et en se basant sur l’appréciation des faits , qu’au milieu de l’obscurité qui entoure la pathogénie de la fièvre jaune et bien que la maladie des hommes précède au moins 95 fois sur 100, l’infection du vaisseau , que cette dernière pouvait se produire, parfois, comme le pense M. Mélier; mais, en admettant ce fait, que pour ma part, j’interprète d’une autre manière , on n’a pas pensé à fonder sur l’exception le système des mesures à prendre. J’ai consulté beaucoup de médecins sur cette question, soit à Marseille, soit à Montpellier, soit à Toulon, et tous sont unanimes pour déclarer que , dans les provenances des Antilles , tout doit être suspect , le navire , les hommes , les effets à usage , mais les hommes par-dessus tout.

Je l’ai déjà dit, la théorie de la fièvre jaune des vaisseaux n’est pas nouvelle, et le premier auteur qui l’a présentée explicitement est M. Robert, de Marseille. Voici, en effet, ce qu’il dit dans son travail sur la fièvre jaune de Pomègue, publié eu 1822.

« Il est probable que c’est durant leur station dans les ports infectés de l’Amérique que les bâtiments européens s’y chargent des miasmes qui nagent dans V atmosphère et en font , pour ainsi dire, un lest meurtrier. Ces miasmes , refoulés par les marchandises, s’ accumulent et se réfugient dans la cale, dans les interstices des bâtiments , dans les pores et vermoulures du bois où , concen-

très , ils acquièrent , par le défaut d'aération , un degré de î virulence qui leur est inconnu dans leur pays natal et qui , à V instar de tous les virus exotiques, se développe avec une fureur insolite , dès qu’ils arrivent dans un climat nouveau et sont reçues par des organisations si propres à les recevoir et inaccoutumées d’ailleurs , à leurs funestes atteintes.

On le voit , la priorité du vieux père Robert , ne peut être mise en doute un seul instant, et sa coïncidence avec M. Mélier est telle , qu’il va jusqu’à dire , comme lui , que les miasmes se chargent à bord comme une marchandise, qu’ils forment au navire un lest meurtrier, etc.

Je dois ajouter , que la même théorie a été indiquée , un peu plus tard , par MM. François Ballv et Pariset , dans leur histoire médicale ; un peu plus tard encore et à un autre point de vue, par M. Audouard ; mais , à part ce dernier, dont les opinions étaient assez excentriques, je ne sache pas qu’aucun médecin , autre que M. Mélier, ait présenté cette infection mystérieuse comme la règle, et celle des malades comme l’exception ; je ne crains pas d’affirmer, d’ailleurs , que la dite infection, si infection il y a, (car je n’admets pas d’infection matérielle , comme celle qui préoccupe M. Mélier, sans signes physiques sensibles) n’a jamais été produite que sur des navires ayant eu , antérieurement et à une époque plus ou moins éloignée, des cas de fièvre jaune, on ayant conservé , soit en magasin , soit dans des caissons , des effets de literie ou autres, infectés par les malades. Si j’en avais le temps , je pourrais prouver ce que j’avance par des faits irrécusables, non seulement pour la fièvre jaune, mais encore pour le choléra asiatique et pour la peste. Je m’occuperai ultérieurement de colliger ces faits et je les adresserai à l’Académie; aujourd’hui, l’espace me manque et je suis trop pressé.

Ainsi , on a fait beaucoup de bruit , dans le temps, d’une épidémie de fièvre jaune à bord de VEuryale , pendant une croisière au milieu de la mer des Antilles et dans des conditions où on ne pouvait admettre que l’infection nautique ; mais , on a oublié de dire que la maladie régnait au point de départ et que d’après M. Kéraudren, qui a été l’historien de ce fait, le chirurgien-major de VEuryale , M. Péan, avait déclaré, dans son rapport que le premier

cas avait suivi l’inventaire du sac d’un individu qui avait succombé à la fièvre jaune, pendant le séjour du brick à Fort-de- France. Ces effets étaient restés , jusque-là, renfermés dans un coffre et les règlements maritimes exigeant cet inventaire , on y procéda après le départ de VEuryale. D’ailleurs, abstraction même de ce fait de transmission , qui n'a rien en lui-même que de trèsnaturel et de très-commun, puisque VEuryale avait quitté depuis huit jours seulement la Martinique où régnait le fléau , une partie de son équipage ne pouvait-il l’avoir en incubation ? Pourquoi donc invoquer dans ce cas l’infection du navire et le climat flottant , lorsque l’illustre amiral Dupérré , qui commandait alors la division des Antilles déclare, lui-même , dans une lettre au ministre , que la cale de VEuryale est sèche , d’une propreté extrême , qu’on n’y sent aucune mauvaise odeur, qu’on n’v aperçoit rien enfin qui puisse donner l’idée d’un foyer d’infection.

O11 peut en dire autant pour les épidémies de la Caravane , de la Recherche , etc., etc. Il faut toujours en revenir aux malades et aux foyers qu’ils créent , soit à bord , soit dans les villes , les habitations, etc. , et si le système que cherche à introniser M. Mélier, a pour lui certainsfaits étranges peu explicables, ces faits ne sont, je le répète, que des exceptions assez rares ; ils ne prouvent qu’une chose, c’est que le venin de la fièvre jaune est très-subtil , qu’il infecte tout à bord, les hommes comme les choses; que , par conséquent, il faut tout mettre en quarantaine , tout ventiler, tout purifier. Enfin , qu’il ne faut pas oublier la longueur possible de l’incubation chez certains individus , incubation que le chirurgien major de la Recherche a portée (nous l’avons vu) à deux mois.

M. Mélier a déclaré à l’Académie, 11e pouvoir comprendre comment les miasmes fournis par les neuf malades de V Anne- Marie , avaient pu infecter ce navire ; mais comprend-il davantage la maladie qu’il attribue si hypothétiquement à tous les vaisseaux qui fréquentent les Antilles ; et si nous devons opter entre ces deux opinions , à laquelle nous arrêterons-nous? Il me semble, pour ma part , que celle qui attribue, dans l’immense majorité des cas, l’infection des navires aux malades, a pour elle toutes les conditions de probabilité. Quant à la manière dont s’opère cette infection , je me permettrai de rappeler que j’en ai donné, dans

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mon travail sur l’intoxication, miasmatique , une explication qui en vaut bien une autre et qui résulte des réflexions que me suggéra, en 1839, l’infection delà Caravane, consécutive à son épidémie ; j'ai reproduit plus tard cette explication , dans le mémoire que j’ai publié sur les fièvres intermittentes et qu'a couronné la Société de Médecine de Bordeaux. En voici la substance :

« Sous le rapport des propriétés générales , il en est des miasmes qui s'élèvent du corps de l’homme , comme de ceux des marais, délayés, suspendus dans les fluides de l’économie, comme les autres le sont, dans l’eau paludéenne. Ces miasmes sont, sans doute , exhalés sous formes de vapeurs plus ou moins abondantes: de là , ces espèces de brouillards , signalés par divers pathologistes et qui se développent , d’une manière visible , autour des malades fortement producteurs de miasmes (peste , fièvre jaune , suette maligne, etc.); delà, cette espèce de rosée , très-appréciable qui couvre , la nuit surtout , alors que la condensation de ces vapeurs animales a lieu , le sol des salles d’hôpitaux encombrées de malades.

Cette combinaison des effluves avec le produit de la transpiration d’abord, puis avec la vapeur d’eau qui existe toujours en grande quantité dans l’atmosphère des navires , l’action du calorique sur cette dernière expliquent parfaitement comment ils peuvent s’infecter dans leurs parties profondes .

Supposons un instant une salle de pestiférés , de cholériques ou de sujets ayant la fièvre jaune et en communication par des ouvertures pratiquées dans le plancher avec un rez-de-chaussée non aéré ; le sens commun ne nous induit-il pas à admettre que les miasmes morbifiques exhalés par les malades s’écouleront dans ce rez-de-chaussée qui ne tardera pas à être plus infect , plus dangereux mille fois que la salle elle-même ?

Pourquoi dans les pays paludéens les tranchées , les fossés qui sont à sec, les caves, etc., etc., sont- ils renommés par leur insalubrité ? Parce que les brouillards en se condensant y accumulent sans doute des quantités considérables d’atomes putrides qui , une fois qu’ils adhèrent au sol ne perdent leur énergie qu’avec beaucoup de peine.

M. Mélier me dira peut-être que cette théorie est vague, qu’elle

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ne repose sur aucune preuve, qu’il faudrait d’abord, pour pouvoir l’admettre, démontrer l’existence des miasmes animaux et môme des miasmes paludéens, etc., etc. Je lui répondrai qu’elle estbasée sur un principe de physique incontestable, c’est-à-dire sur les alternatives journalières de raréfaction et de condensation que subit le milieu ambiant avec tout ce qu’il tient en suspension. Cette théorie est au moins spécieuse; mais celle par laquelle M. l’inspecteur général cherche à prouver la fièvre jaune des navires et les climats flottants , n’a-t-elle pas quelque chose de nuageux? Comment, avec le positivisme qu’il professe dans toutes les occasions , a-t-il pu s’y arrêter sérieusement et en faire la base de son système.

Après avoir examiné la question de l’infection de la cale des navires qui déjà était agitée en 1821 par Chervin et son école, la Commission française de Barcelone se résume ainsi qu’il suit :

« On dit que la fièvre jaune peut se développer spontanément dans la cale des vaisseaux , on le dit et il n existe pas un seul fait bien avéré qui le prouve; les annales maritimes semblent démontrer, au contraire , que les fièvres observées dans les vaisseaux et nées spontanément ne sont autre chose que le typhus d'Europe.

« Dans les bâtiments de la marine militaire, si bien tenus, la peste occidentale se développe avec autant de facilité que dans les bâtiments marchands, s’il y a eu des communications avec des personnes ou des effets infectés; si, d’ailleurs, nous admettions l’infection des cales comme pouvant être la source de la maladie de Barcelone, nous ne saurions expliquer comment elle estpassée de ces cales dans l’intérieur de la ville, il faudrait encore ici avoir recours à la contagion. »

L’auteur du rapport est soutenu , dans sa manière de voir, par un homme distingué , praticien de la fièvre jaune , mais comme lui non contagioniste retourné, par M. Rufz, de la Martinique; ce médecin pense avec M. Métier, que les navires seuls constituent un danger pour la santé publique et non pas les malades. Voyons si M. Rufz a toujours été de cet avis.

J’ai sous les yeux un mémoire deM. Rufz sur l'épidémie de fièvre jaune qui a régné à la Martinique en 1838-1839, mémoire auquel il a du, sous la protection de Chervin, son titre d’académicien.

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Voici ce que j’y lis à propos des navires qui eurent des cas, pendant leur séjour sur la rade de Saint-Pierre où pratiquait M. Rufz. « Plusieurs de ces navires , dit-il , étaient en rade depuis quinze à vingt jours sans avoir eu de malades , une fois qu’un homme était atteint, plusieurs le suivaient. Quelques écrivains , ajoute M. Rufz , ont prétendu que c'était à l'ouverture de la cale que la maladie s’était déclarée parmi les matelots ; cependant le navire l’Édouard était venu sur lest n’ayant à fond de cale que du sable fin ; il y avait plus de vingt jours que le navire les Deux-Amélie était déchargé et la cale ouverte , lorsqu’il eut son premier malade ; mais la maladie ne suivait pas l’ordre des mouillages , c’est-à-dire que le second batiment atteint n’était pas mouillé à côté du premier. » Ailleurs , M. Rufz nous dit : J’ai été confirmé dans l’opinion que dans les lieux où règne la fièvre jaune il se forme de véritables foyers d’infection (par les malades).

On peut conclure de cette citation, qui est complète, qu’en 1838 M. Rufz n’était nullement porté à admettre l’infection mystérieuse de la cale des navires et que toute son attention se portait sur les malades; cependant, à cette époque, il n’était pas contagioniste. N1 est-il donc pas étrange qu’en le devenant il cesse de se préoccuper des miasmes qu1 exhalent les malades , pour ne penser absolument qu’à ceux dont le bois des navires est censé s'imprégner , si l’on en croit M. Métier? Quant à cette circonstance que la maladie en envahissant les vaisseaux ne procéda pas d’abord par ordre de mouillage , elle est facile à expliquer ; la maladie apparaissait partout où elle était importée de Saint-Pierre, elle ne venait pas des vaisseaux ou de la mer, mais bien de la ville ; c’était là que les navires allaient la chercher. Mais si les navires ayant eu des malades (ceux-là seulement) étaient venus ouvrir leurs écoutilles dans un port d’Europe , ils auraient renouvelé les scènes de Pomègue en 1821 et de Saint-Nazaire en 1861 .

N’ai-je pas dit aussi dans ma relation de l’épidémie de la Caravane, qu’à la même époque dont parle M. Rufz, elle conserva son lion état sanitaire tant qu’aucun malade ne lui apporta la fièvre jaune et que les premiers cas furent précisément des hommes étrangers à l’équipage; que les signes d’infection de la cale ne se manifestèrent que longtemps après que la contagion se fut développée.

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Le revirement opéré dans les idées de M. le docteur Rufz, sur le point d’étiologie dont je parle, est d’autant plus extraordinaire que depuis longtemps il a quitté les Antilles , et n’a pu faire , par suite , de nouvelles observations. Ce revirement est donc tout à fait spéculatif, partant, ce n’est qu’avec une certaine réserve que l’Académie doit l’accueillir. Ce médecin ne peut ignorer, d’ailleurs, que M. Catel , premier médecin en chef de la marine à Saint- Pierre, a déclaré, dans son rapport sur l’épidémie de 1838, que la cause infectante de la fièvre jaune était exhalée par les malades , et que toute localité où s’alitaient ces derniers , était désormais compromise, jamais avant. Or, cette coïncidence entre la manière de voir primitive de M. Rufz, celle de M. Catel , la mienne, celle d'autres médecins non moins compétents que nous, n’aurait-elle pas dù le mettre en considération et le rendre moins versatile , moins prompt à sacrifier sa manière de voir à celle que M. Mélier vient de renouveler des anciens?

Pour en finir avec les climats flottants , disons qu’après le docteur Robert, de Marseille, la Commission française de Barcelone et, toujours avant M. Mélier, Prus avait admis la même théorie , quant à la peste, et que la partie du rapport qui y a trait fut fortement attaquée, dans le sein de la Commission, par M. Ferrus.qui, cependant, avait donné en plein dans les idées nouvelles. Il déclara carrément à Prus qu’il ne pouvait adopter son opinion à ce sujet et qu’il pensait que l’infection des navires était dans l’immense majorité des cas, pour ne pas dire toujours, consécutive aux cas de peste.

Je le répète , la seule morale à retirer de tout cela , c’est que l’autorité doit prendre à la fois des mesures contre le navire et contre les hommes ; qu’en matière sanitaire , il faut toujours être réservé et prudent ; que lorsqu’il s’agit de problèmes aussi obscurs que ceux de la pathogénie, il ne faut pas avoir la prétention d’aller au fond des choses , mais qu’il faut seulement faire une part trèslarge à l’inconnu , à des éventualités qui, lorsqu’elles surgissent sontpresque toujours lepoint dedépart des plus affreuses calamités.

M. Jules Guérin dont l’esprit philosophique est si connu , a vainement fait valoir dans un remarquable discours , dont l’Académie a senti toute la portée, que Y Anne-Marie ayant eu

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des malades pendant sa traversée, c’était à eux seuls qu’on devait attribuer l’infection de ce navire, M. Mélier à persisté dans son dire. Il veut bien admettre qu’un sujet atteint de vomito exhale des miasmes capables d’empester une localité, mais il déclare ne pas comprendre comment les mêmes miasmes peuvent s’accumuler dans la cale d’un vaisseau; il comprend bien que les éléments infectieux paludéens qui existent dans l’air y soient portés par lui, mais il n’accorde pas la même faculté aux miasmes animaux. C’est que M. l’inspecteur général , je le répète , ne veut rien accorder aux théories qui contrarient ses secrètes intentions relativement aux quarantaines. Forcé, par le fait brutalement significatif de Saint-Nazaire, de s’incliner devant la possibilité de l’importation delà fièvre jaune et d’avouer la contagion de cette maladie , il veut concilier ce revirement forcé avec le maintien de quarantaines illusoires, avec le système sanitaire inauguré par MM. Fould et Dumas. U prétend même que cet excellent système prévaut partout, même en Espagne, et que M. le docteur Monlau heureux de cela lui écrivait naguère : les quarantaines s'en vont.

Cette conduite est en tout digne de l’habileté de M. Mélier, mais il ne la déguise pas tellement que nous ne puissions la dénoncer à la jeune Académie, nous autres vieux routiers de la contagion qui ne pouvons être dupes de ces finesses.

De même, lors de son fameux rapport sur la peste, Prus s’empressa (ne pouvant faire autrement) de la proclamer transmissible et importable : comment aurait-il pu en effet, avec cette masse de documents affirmatifs qui lui arrivaient de toutes parts soutenir l’opinion contraire? Mais ensuite en faisant admettre la division officielle de la peste en sporadique et en épidémique et le principe de la traversée comptant comme quarantaine, en faisant sonner bien haut la vigilance des médecins sanitaires et surtout en assignant des limites très-courtes à l’incubation du fléau il put arriver à ses fins qui étaient, en dépit delà contagion et del’importatiou d’annihiler, d’une manière à peu près absolue, les quarantaines, contre les provenances du Levant. Je l’ai déjà dit ailleurs , Prus fut un homme très-habile , très-fin , qui avait l’air de tourner le dos au but qu’il voulait atteindre, et M. Mélier, son continuateur, s inspire évidemment de lui. Ce n’est pas pour rien qu’il

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a mis deux aimées à bâtir un rapport sur celte petite affaire de l’embouchure de la Loire, qu’on pouvait raconter en quelques pages. Ce temps il Ta employé, je ne saurais trop le répéter, à rechercher les moyens de combiner le dogme de l’importation et de la contagion avec la suppression des quarantaines , c’est-à-dire à inventer un non-contagionisme à l’aide duquel il put atténuer autant que possible les conséquences pratiques , administratives que pouvaient avoir les événements de Saint-Nazaire. Lorsque son rapport a été établi , arrangé , débattu en famille (j'entends parler de la famille Ghervinienne ) , il s’est décidé à le soumettre à l’Académie afin de le lui faire endosser , comme Prus lui fit endosser le sien ; car il ne faut pas qu’on s'y méprenne , l’Académie est toujours l’Académie, et le comité consultatif , quelle que puisse être son omnipotence en matière sanitaire aura toujours besoin de la sanction du premier corps médical de France, ne fùt-ee que pour se mettre à couvert.

Eh bien! Je me félicite d’avoir pu, de concert avec M. Jules Gruérin, empêcher une surprise qui était imminente. Instruite par l’exemple de sa devancière, par la réserve que l’Institut a apportée de tout temps à l’endroit de la question salutaire, la jeune Académie de médecine avertie par nous, a évité le piège qu’on lui tendait, et si elle adopte les principes contagionistes , elle en accepte aussi les conséquences naturelles. Dans tous les cas , sa conviction ne lui paraît pas suffisamment faite : elle a préféré s’abstenir plutôt que d’aller aux aventures et de sanctionner les idées purement spéculatives de M. Mélier. Il n’y aura donc pas de rapport sur la fièvre jaune comme il y en a eu un sur la peste : j’en ai reçu l’assurance de M. Beau lui-même, dans la séance du 29 septembre dernier.

SOMMAIRE I

Opinion de M. Mélier sur l’incubation de la lièvre jaune ; elle peut varier, quoi qu'il en dise, de trois jours à deux mois. — Ma priorité dans la question de la période prodromique de la lièvre jaune. — Singulière incrédulité de M. Mélier à ce sujet — Rôle qu’il fait jouera la phosphorescence des eaux sur la production de la fièvre jaune. — Ce qu’il faut penser de sa théorie. — Opinion d’un officier de marine sur l’insalunrité du golfe du Mexique.

Fidèle à ses principes matérialistes et ne perdant jamais de vue son but capital, c’est-à-dire le maintien du système sanitaire actuel quand même, faisant sonner d’ailleurs très-haut ce qu'il a vu , dit-il , au lit du malade à St-Nazaire. M. l’inspecteur général assigne à son tour des limites à l’incubation de la fièvre jaune; on comprend qu’il ne pouvait faire autrement, car la durée de l’incubation en matière sanitaire est, je l’ai déjà rappelé dans la première partie de ce livre , le nœud qu’il s’agit avant tout de délier ou de couper. Gomme ce dernier moyen renouvelé d’Alexandre est sans contredit le plus expéditif, M. Mélier y recourt comme l’a fait Prus pour la peste. Il déclare que la lièvre jaune ne peut pas couver plus de cinq jours.

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Qu'on le remarque bien, il ne vent faire aucune concession , il se montre sourd à tous les raisonnements. On peut lui citer des cas de 10 , 12 , 15,18 jours d'incubation , il les trouve invariablement confus, obscurs, douteux, que sais-je? on perdrait son temps à lui rappeler la durée variable de l’acte pathologique dont il s'agit dans la peste , la rage, la syphilis, la vaccine, etc., la subordination à cette foule de conditions diverses que j’ai déjà fait ressortir ailleurs. Rien de tout cela n'a cours auprès de M. l’inspecteur général, il ne tient compte que de ce qu'il dit avoir vu à Saint-Nazaire , d’ailleurs écoutons le :

« Je nie sans balancer, dit-il à M. Jules Guérin (séance de l’Académie du 11 août) , que les hommesayant puisé le principe de la fièvre jaune au lieu du départ, ce principe, puissse rester latent pendant des semaines. C’est contraire (ceci est du Prus tout pur) à tout ce que démontrent les observations faites dans des circonstances où les faits ont quelque valeur , où ils sont simples et non sujets à une double interprétation. Comment pourrait-il se faire en effet que la fièvre jaune qui est si prompte à se déclarer sur terre , comme nous l’avons vu à Indret et à Saint-Nazaire , puisse être si tardive à se montrer en mer ? Cette différence seule aurait du mettre en garde M. Jules Guérin et lui faire soupçonner une erreur, erreur qui fut longtemps admise , il est vrai , mais dont les faits modernes bien interprétés (les anciens , on le voit, ne valent rien) , ont fait justice : on ne croit plus à ces longues incubations , tandis que l’on croit essentiellement à V infection des navires. »

Ainsi M. Méfier nie formellement ce que les plus illustres médecins de toutes les époques ont admis; il prétend, à l’exemple de Prus, assigner des limites à l’acte pathologique le plus variable et le plus capricieux qu’on connaisse; il nie les longues incubations, ils les déclare impossibles, comme il niait naguère et croyait impossibles la contagion et l'importation de la fièvre jaune, comme il niait et croyait imposssibles, en 1850, l’importation et la transmission du choléra, alors que nous étions unanimes à Marseille pour professer la doctrine contraire. Un jour viendra où M. l'inspecteur général des établissements sanitaires, qui aura su sans doute faire ses réserves dans son rapport , sera encore forcé de modifier ses principes sur l'incubation ; mais ce nouveau

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revirement n’aura lieu peut-être qu’après quelque formidable importation dans le genre de celles dont se garde avec tant de soin l’Espagne notre voisine. Que l’Académie ouvre enfin les yeux sur le danger de pareilles expériences et qu’elle les signale elle-même à l’Autorité. Serons-nous encore longtemps l'enjeu de ces funèbres parties, de ces systèmes insensés qui nous livrent pieds et poings liés comme un véritable servum pecus aux fléaux pestilentiels? Non, la postérité ne voudra pas croire un jour que la santé et la vie des populations aient pu être mises à la discrétion de novateurs si téméraires et si oublieux des enseignements traditionnels.

Du reste, je l’ai déjà dit, le rapport de M. Mélier n’est pas tellement habile qu’il ne laisse deviner ses secrètes intentions; son auteur, admettant un instant la possibilité des longues incubations, a déclaré en effet à l’Académie, « que le gouvernement ne pourrait jamais en accepter les conséquences . Supposons, dit-il, que V incubation soit longue de dix, de vingt jours , nous retomberons forcément dans les longues quarantaines avec lesquelles l’administration ne serait plus possible aujourd’hui , qui rendraient vaine et illusoire la rapidité de la navigation et qui ruineraient le commerce. »

Ici M. Mélier juge malle gouvernement; ce n’est pas lui , je le répète, qui refuserait d’en venir aux longues quarantaines si on lui en démontrait la nécessité. C’est la coterie Chervinienne qui le conseille et qui, tenant naturellement à rester au pouvoir, ne veut se déjugera aucun prix. Notre gouvernement, personne ne l’ignore, est l’ami des masses populaires et il sait parfaitement qu’en cas de contagion ce serait le pauvre peuple qui serait le véritable sujet de l’expérience, car aux misères qui lui incombent, il ajoute encore celle-ci, que, fixé au sol qui le porte et le nourrit, il nepeut jamais en émigrer; en temps de contagion, je l’ai déjà dit, les riches suivent le fameux conseil de l’école de Salerne, il partent vite et reviennent tard , tandis que les pauvres restent pour mourir. Que ceux qui dirigent nos destinées sanitaires entrent un instant dans cet ordre d’idées et ils seront effrayés de l’immense responsabilité qu’ils assument.

Quant aux craintes exprimées par M. Mélier à l’endroit du commerce et de ses intérêts, elles ne doivent pas étonner mes lecteurs*

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C’est là ce que j’appelle la quintessence du Chervinisme. Qu’est-ce, en effet , que la santé publique , à côté des frais qui pèseraient sur le commerce, si les quarantaines étaient augmentées, à côté des ennuis qu’auraient à endurer dans les lazarets ces touristes oisifs qui veulent jouir beaucoup et vite dans leurs voyages? C’est ici le cas où jamais d’établir un parallèle entre les principes de l’école Ghervinienne et ceux de l’école traditionnelle qui nous a dit naguère par la bouche de Pariset : Quel est l’honnête homme qui voudrait devenir même involontairement , le fléau de sa patrie*! par les quarantaines , il y va de quelques écus ; par les idées nouvelles , il y va du salut des peuples . Choisissez !

Puisque j’ai nommé Pariset, qu’il me soit permis de rappeler brièvement l’opinion de la commission française de Barcelone sur la durée de l’incubation de la fièvre jaune.

Gettte commission dans sa relation historique, a cité une douzaine de cas dans lesquels l’incubation n’a été que de quelques heures ; mais au milieu d’une si effroyable contagion au début de laquelle elle n’avait pu assister , était-elle bien en position de suivre la filiation des cas et de connaître le moment précis de l’absorption du germe? Selon moi , il n’y a guère de tous ces faits que celui de l’infortuné Mazet qui ait une valeur réelle. Il arrive à Barcelone le 9 octobre au soir, il voit un malade et il s’alite; l’incubation a donc été ici, sans aucun doute, de 48 heures.

Mais voici deux autres cas tout aussi positifs , bien que contradictoires, que je trouve dans le même livre. Le dimanche 21 ocbre 1821 , le jeune Hortiz meurt du vomito ; sa famille émigre aussitôt à Montalègre , à six lieues du foyer, où l’on avait créé un lazaret ; à son arrivée, le père Hortiz tombe malade et meurt le trois novembre (incubation positive de dix jours au moins) sa femme ne le quitte pas, partage même son lit ; après sa mort, elle se porte bien jusqu’au 16 mars, alors elle tombe malade et meurt le 21 .

Ici l’incubation a été de 13 jours si Mme Hortiz a pris la maladie de son mari , et de vingt trois jours si elle la tenait de son lils , éventualité qu’il faut encore faire entrer en ligne de compte. [Histoire médicale de la fièvre jaune ( pages 99 et 276),

L’Académie se demandera, sans doute, pourquoi M. Mélier, qui a pris soin de rappeler l’incubation si courte de Mazet, ne lui a

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rien dit de la famille Hortiz ? Pourquoi cette tendresse pour tout ce qui vient a l’appui de son système et ce silence absolu sur les faits qui le contrarient? La première vertu du savant qui recherche sérieusement la vérité, n’est-elle pas l’impartialité la plus sévère? La Commission française l’a parfaitement compris ; pour sa part , elle a fait ressortir qu’à Barcelone , les incubations courtes furent fréquentes, mais elle n’a pas manqué de rapporter, d’un autre côté , tous les cas d’incubation longue , qui sont arrivés à sa connaissance, et ces cas sont nombreux, ainsi que l’Académie pourra s’en convaincre.

L’honorable M. Rufz , dont l’opinion en matière de lièvre jaune a beaucoup plus de poids , sans doute , que celle de M. Métier, s’est prononcé, comme lui, contre la possibilité des longues incubations. Cependant, ce médecin a cité lui-même, dans son travail sur l’épidémie de 1838, travail que j’ai sous les yeux , des faits qui sont en contradiction avec sa manière de voir actuelle : c’est ainsi, par exemple, qu’il dit, à propos de ces musiciens dont j’ai parlé et qui apportèrent la fièvre jaune à Fort-Royal, qu’ils n’y tombèrent malades que huit ou dix jours après leur arrivée. Or, il faut bien admettre, que ces hommes, qui restèrent à Saint-Pierre tout le temps qu’y resta M. de Moges , c’est-à-dire, au moins deux jours, en employèrent un troisième à revenir à leur poste , par la voie de mer : voilà donc une incubation positive d’au moins onze ou douze jours. D’ailleurs, M. Rufz ne nous dit-il pas, d’un autre côté , dans son rapport , que des navires de commerce arrivés de France , en communication journalière avec Saint-Pierre, n’eurent des malades qu’au bout de vingt jours, l’incubation fut donc, chez ces sujets, selon toutes les probabilités, au moins de douze à seize jours.

Après avoir fait connaître l’opinion de la Commission française sur la durée de l’incubation, je rapporterai ici une lettre de Pariset , où il exprime la sienne , sur la nature du vomito et son incubation. Rien de ce qui est sorti de cette plume , à la fois illustre et honnête , ne doit être perdu pour la science ; on me saura donc gré d’avoir conservé ce document et de le reproduire ici :

« J’ai reçu vos brochures et vos deux lettres et je vous rends grâce des unes et des autres ; les exemplaires ont été remis , de

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votre part , à T Académie de médecine et à l’Académie des sciences; sauf un ou deux points, je partage vos sentiments sous tous les autres. Je crois aux miasmes du choléra mordus et à ceux de la fièvre jaune. Ces miasmes sont de natures très-diverses et j'oserais presque dire contraires. Souffrez , cher enfant, que je transcrive, ici , une note de mon journal de Barcelone :

« D’après les ouvertures de Bally il faut exclure les idées d’inflammation, et admettre que le venin subtil de la maladie, porté par la respiration dans l’intérieur des poumons , agit sur le sang et le décompose ; le sang se sépare en coagulum albumineux , de couleur ambrée , qui remplissent les cavités du cœur et l’origine des gros vaisseaux d’où :

« Obstacle à la circulation, pouls filamenteux , faible, inégal;

« Mauvaise excitation du système nerveux, influx nerveux diminué sur les solides, relâchement de ces derniers ;

« Hémorragies passives par l’anus, les yeux , les oreilles, l’estomac, les reins, la peau, le cœur lui-même (sang dans le péricarde, anxiété, prostration, etc., etc.).

« Mauvaise excitation des reins, suppression d’urine.

« Enfin , refroidissement général , mort.

« Dans la fièvre jaune mtr a et extra , c’est la partie colorée du sang , le cruor qui s’échappe par le vomissement , les selles , sous forme de matière mélanique.

« Dans le choléra, c’est l’inverse.... la partie séreuse se sépare, elle forme des masses qui résistent à l’action du cœur, la circulation s’arrête , on ouvre les artères , il n’en sort lien, en un mot , le sang est mort et cependant le malade vit encore , singularité que John Hunter avait devinée. Dans les deux cas , l’issue est la même et la mort est , le plus souvent , inévitable.

« Quant à la persistance des germes ou des miasmes dans les organisations , c'est ce que j’admets sans difficulté; ainsi déposés dans l’économie , ils peuvent :

« 1° Ou se décomposer, se dissiper complètement sans produire d’effet sensible;

« 2° Ou se décomposer en partie ;

« 3° Ou se conserver entiers ; et , dans ces deux derniers cas, produire leur effet accoutumé, ou à un degré plus ou moins faible,

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ou avec toute leur énergie et cela , à des époques plus ou moins éloignées , après des jours , des semaines, comme l’a vu Aréjula , à Cadix , comme nous l’avons vu à Barcelone avec Bally, comme vous l’avez vu vous-même à Saint-Jean-d’Ulloa , aux Antilles à bord de la Caravane.

« Voilà pourquoi personne, dans une grande épidémie de peste, de fièvre jaune , de choléra , n’a le droit de dire qu’il a échappé complètement.

« C’est ainsi que la variole s’est perpétuée , et c’est ainsi qu’en exhalant par la peau et par l’ expiration , les principes d’une maladie transmissible , on la donne sans l’avoir (au moins en apparence).

« Je radote, mon cher enfant, mais je vous honore, je vous estime et je vous prie de me conserver votre amitié.

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