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Dès le quatorzième de juin, les passagers qui étaient venus sur le bord de Chataud avaient reçu la libre pratique et s 'étaient répandus en ville , tandis que les matelots avaient été reçus au Lazaret , et que le vaisseau lui-même était écarté de Marseille et envoyé à l’ile de Jarre.
« Mais V éloignement du vaisseau , dit l’auteur du récit, n’éloigna pas les causes de l’épidémie : trois portefaix s’alitent dans le Lazaret et meurent en deux jours , ce fut alors que les bubons et les charbons ne permirent plus de méconnaître la nature du mal , et que les magistrats prirent enfin sérieusement l’éveil; ils n’avaient envoyé le G rand-Saint- Antoine dans Vile de Jarre que parce qu’ils croyaient apparemment que la contagion ne Rattachait qu’au bois : mais les nouveaux accidents les engagent à de nouvelles précautions; les marchandises retenues au Lazaret leur deviennent suspectes : ils les renvoient dans l’île de Jarre; enfin, ils les font brûler avec le corps du vaisseau lui-même. Mais pendant qu’on croyait détruire ainsi la source du mal , les matelots se livraient à la contrebande dans le Lazaret. Personne n’ignore leurs fraudes dans de telles circonstances; ils jettent par dessus les murs les effets dont ils se sont chargés durant le voyage ; leurs correspondants se rendent à des lieux marqués pendant la nuit , ils viennent recueillir ce que l’obscurité permet aux matelots d’écarter. Les passagers ne sont ni moins intéressés ni moins rusés : ils dérobent à la connaissance de l’inspecteur sanitaire tout ce qui peut se déguiser ou se cacher. Ceux qui sortirent du vaisseau de Chataud et des autres vaisseaux suspects arrivés après lui, ne furent pas assujettis à des lois bien sevères; trois d’entre eux partirent dès qu’ils purent s’échapper : un interprète se rendit à Paris et les deux autres allèrent en Hollande. Ainsi, de ce vaisseau, d’où l’on dit que sont sortis les malheurs de la Provence, partirent trois hommes qui pouvaient porter la contagion dans toute la France et les
pays étrangers. »
Comme on le voit , cette relation qui, adoptée par l’auteur du Traité de la peste , fait ressortir parfaitement qu’il croyait à l’importation et nullement aux causes locales , laisse en même temps planer sur l’Intendance sanitaire un grand soupçon de négligence. Mais f'aut-il admettre , avec son auteur, que cette négligence eût lieu en dépit des déclarations du capitaine Chataud ? Faut-il admettre que cet officier avait exhibé réellement le certificat délivré par le médecin de Livourne; que l’Intendance a fait ensuite disparaître cette pièce afin de mettre sa responsabilité à couvert? Je ne crois pas que cette version mérite la moindre confiance. Chataud parti de Seyde avec une patente nette et jugeant qu’aucun accident de peste ne si' reproduirait sur le G rand-Saint- An-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
toine, il voulut avoir le bénéfice de sa patente; il fit en conséquence la déclaration dont j’ai rapporté la teneur dans le premier chapitre de ce livre et dont l’original , je l’ai dit, est dans les mains de M. Grozet d’Alaver. L'Intendance dut croire à cette déclaration et
ne pas appliquer des mesures rigoureuses au Grand-Saint- Antoine. Son seul tort fut de donner prématurément la libre pratique aux passagers et de ne pas mettre obstacle à la contrebande qui , a l’époque où leLazeret était si voisin de la ville, constituait un danger des plus grands.
Sans cloute, en adoptant cette manière de voir, on fait peser sur le malheureux capitaine Ohataud la responsabilité d’une grande calamité publique; mais il me semble qu’une foule de circonstances justifient cette version, spécialement le soin qu’ont pris les marins de toutes les époques d’éviter les longues quarantaines par des déclarations inexactes ou équivoques. En disant que ses malades étaient morts de mauvais aliments , Ghataud avait évidemment l’arrière pensée d’échapper à l’ennui de la quarantaine; quel intérêt pouvait avoir de son côté l’Intendance à fermer les yeux sur le soupçon de peste exprimé clans le certificat livournais? Personne ne saurait le dire ni même s’en faire une juste idée ; la patente nette délivrée à Seyde, les déclarations de Ghataud, et celles des médecins du lazaret, l’induisirent en erreur. Telle est la seule explication vraisemblable que puisse recevoir le relâchement de sévérité dont elle fit preuve dans cette circonstance, ou plutôt la sécurité clans laquelle elle se tint. D’ailleurs, le courage et l’énergie qu’elle montra plus tard au milieu de l’épidémie suffiraient pour l’absoudre de tout reproche, alors même qu’il y aurait eu quelque chose d’équivoque dans sa conduite.
Documents divers sur l’efficacité des quarantaines
pendant les pestes.
Ihm ri -François-Xavier de Belsunce de Castelmoron , par la Providence divine et la grâce du Saint-Siège apostolique, évêque de Marseille, etc., etc., certifions et attestons à tous ceux qu’il appartiendra que. pendant la désolation de Marseille, en 17*20, la peste
PI K CES .7 USTIFH IAT LVES -
n'a point pénétré dans les communautés religieuses qui n'ont eu aucune communication avec les personnes du dehors , et qui ont usé des précautions nécessaires pour s'en garantir , et que la communication ne fut plus à craindre dans cette ville , en 1722, par le soin que l'on eut de renfermer exactement tous les malades dans l'hôpital de la Charité , clès-lors qu'il y en avait quelqu'un.
Donné, à Marseille, dans notre palais épiscopal , le quinzième jour du mois de décembre de l’année 1742.
Henri, évêque de Marseille.
Par Monseigneur :
Boyer , prêtre-secrétaire.
Jean-Pierre Moustiès , écuyer, chevalier de l’ordre de Saint- Michel , ancien et premier échevin de cette ville de Marseille pendant les années 1720, 1721 et 1722, certifions et attestons à tous qu’il appartiendra que , lors de la dernière contagion dont cette ville fut attaquée pendant les susdites années , il avait été généralement reconnu que la peste se contractait par la communication des personnes , l'usage des étoffes de laine , coton , et autres également susceptibles de l’impression du venin, étant prouvé par V expérience que les familles qui s’étaient enfermées et qui n'avaient point communiqué au dehors , singulièrement les monastères des filles , avaient été garantis de ce fléau , lequel ne s’était introduit chez quelques-uns que par la communication avec des personnes étrangères.
En témoignage de quoi nous avons signé les présentes.
A Marseille , le 24 septembre 1742.
Le chevalier Moustiès.
Nous soussignées prieure , supérieure, vicaire et dépositaire du monastère des religieuses dominicaines de cette ville de Marseille, certifions que notre dit monastère a été heureusement préservé de la peste, en 1720, et que nous ne pouvons attribuer cette exemption du mal contagieux , après l’aide du Seignenr et l’intercession de notre père saint Dominique , qu'aux précautions que nous prenions de nous garantir de la communication des gens de
PIECES JUSTIFICATIVES
la ville , et d’éviter de rien recevoir qui fût, susceptible qu’après l’avoir trempé dans du vinaigre ou exposé suffisamment à l’air. En foi de quoi nous avons signé le présent certificat.
A Marseille, dans notre monastère, le 22 septembre 1742.
Sœur G-uès , prieure; sœur Boignan , supérieure ; sœur Marie de Cipières , dépositaire ; sœur Marie Gasteau , vicaire.
Nous, supérieure du Bon-Pasteur, certifions comme quoi, par la miséricorde de Dieu , ladite maison n’a eu aucune atteinte de peste , lorsqu’elle ravageait furieusement la ville.
Fait à Marseille, dans notre couvent du Bon-Pasteur, le 10 novembre 1742.
Sœur G-asquet, supérieure .
Moi , assistante de notre monastère de Sainte-Ursule de Toulon , certifie que , lorsque cette ville fut affligée de la peste , la contagion n’entra point dans notre maison ; qu’aucune des religieuses qui eurent le courage d'y rester n’en fut attaquée, par la protection du Seigneur, par les soins que nous eûmes et les précautions que nous primes pour nous en garantir.
En foi de quoi j’ai signé.
Sœur Saint-Alexis (jérin.
Toulon , 2 décembre 1742.
L archevêque d’Aioo à M. Leguay, premier commis de M. le comte
de Maurepas , ministre.
Lorsque j’ai reçu votre dernière lettre , Monsieur, j’étais dans mon séminaire occupé à la retraite d’une cinquantaine de prêtres. A présent que me voilà libre, je réponds à votre lettre du 13 septembre.
Rien n’est, plus certain que la peste se communique ; il est certain également qu'elle n'a point, pénétré dans les maisons religieuses , où l'on a eu soin d'éviter toute communication ; aucune personne n'a été attaquée de la peste dans les couvents de religieuses. J’en ai parlé à MM. les procureurs du pays , et je pense