‹ Marseille révolutionnaire; l'armée-nationChapitre 12 sur 44 · L.e Siphon adêsien · texte numérisé non relu

L.e Siphon adêsien

Cabinet des Médailles (Bibliothèque municipale)

Un détachement de 200 hommes, précédé par les sieurs Loys, Fassin, Jonquet, Giraudet père et fils, le sabre nu à la main, s'avance sur le corps de garde. A cette vue la sentinelle se relire à la hâte. Les sieurs Fassin et Loys crient: « Aux armes ! » Les Chiffonnisles pénètrent aussitôt dans le corps de garde, désarment la compagnie des Monnaidiers et la chassent de l'Hôtel de Ville. Sur la place elle est couchée en joue par l'autre partie de la garde nationale. Le capitaine rallie son monde et parvient à gagner la place Antonelle où il est poursuivi par les Chifîonnistes. Grâce à son sang-froid, il n'y

a pas de sang versé. A peine des menaces. C'est ainsi que le sieur Loys, le fijtur maire d'Arles, tint un moment le tranchant de son sabre sur le cou du sieur Raybaud, mais ne lui fit aucun mal. Ce fut une simple bagarre, en somme, que l'E^ttilude calme des patriotes n'envenima pas (1).

L'alarme fut chaude néanmoins. Le lendemain, 2 septembre, les adminislateurs du district envoient au département un compte rendu des événements. « Nous avons été à la veille d'une guerre civile, ce que nous verrons, peut-être, disent-ils, si vous ne prenez des mesures pour la prévenir. . . (2). »

Le 7 septembre, le directoire du département ordonne le désarmement de la ville d'Arles. L'arrêté est formel : u Toutes les armes devront être déposées, dans les 24 heures, dans un dépôt public, d'où elles ne pourront être retirées que sur l'ordre de la municipalité et pour le service journalier seulement. » Un gendarme et un fourrier portent à Arles ledit arrêté. Ils reçoivent la mission de rester vingt-quatre heures, pour^assurer de son exécution. Le 9, ils sont de retour à Aix et rendent compte que la mesure prise est inefficace. Les Monnaidiers, seuls, ont rendu les armes que les Chifïonnistes ne leur ont point enlevées.

C'en est trop à la fin. La ville rebelle met en ébullition tout le département. L'assemblée électorale qui s'occupait alors à Aix des élections des députés à l'Assemblée législative se fait l'écho de ses commettants et réclame l'envoi de troupes contre les insurgés. On apporte coup sur coup de mauvaises nouvelles. Les officiers municipaux et les administrateurs du district ayant voulu faire exécuter l'arrêté du 7 septembre sont, depuis, retenus « en charte privée ». Les Arlésiens viennent de s'emparer d'un train d'artillerie, à destination d'Antibes et Monaco et retenu accidentellement par lès sables à l'enibouchure du Rhône.. Les portes de la ville sont fermées et étroitement surveillées ; personne ne peut entrer ni sortir.

(1) Arcliives des Bouclies-du-Rhône. Série L. Liasse 25. Lettre et rapport du directoire du district.

(2) Archives des BouiîiiPs-du-Rliône. Séiie L. DéparfeiiienL Liasse 25. Lettre du district. .

Le directoire n'hésite plus. Le 12 septembre, il envoie une réquisition, en forme, au lieutenant général de Goihcy (1). Puis, poussé par l'assemblée électorale, il ordonne la formation d'un camp provisoire de 4.000 gardes nationaux, aux environs de la ville d'Arles, en attendant l'arrivée des troupes de ligne (2).

Toutes ces mesures irritent lesChiflfonnistesqui se croyaient sûrs de l'impunité. Dès le 8 septembre, il ont déjà- réclamé au directoire du département la suppression de son arrêté de la veille. Puis, comme celui-ci ne répond pas, le procureur syndic de la ville rebelle lui fait connaître, le 10, « que la population le rend responsable des malheurs qui arriveront S''il persiste à vouloir le faire exécuter. . . (3). »

Afin d'intimider les Marseillais, les officiers municipaux écrivent à ceux de Marseille que la ville est tranquille et « qu'on se prépare seulement à repousser l'invasion des brigands (4). » Quand elle apprend que les gardes nationales des environs se mobilisent avec la plus grande rapidité, la ville d'Arles jette complètement le masque et donne le commandement général des forces à un ancien maréchal de camp, le sieur Léautaud. Celui-ci écrit, le 15, au procureur général syndic du département, qu'Arles se défendra à outrance et qu'elle est déterminée à «s'ensevelir dans ses ruines plutôt que de se rendre (5). » C'est la guerre civile, en un mot.

Aussi bien Arles rebelle est encouragée dans son attitude par celle du commandant de la 8« division militaire, lui-même. Le lieutenant général de Coincy, en effet, a reçu, le 12, la

(1> Archives des Bouclie«-(lu-Rhône. Reuisfre de correspondance du directoire du départeinent. Tome II, page 287.

(2) Ar<;hives des Bouches-du-Rhône. Registre de correspondance du directoire du département. Tome II, page 289. Lettre à M. Delessart et à TAssemblée nationale.

(3) Archives des Bouclies-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 25.

[i) Archives municipales. Série H, non classée.

(5) Archives municipales. Série H, non classée Lettre du maréchal de camp Léautaud ; autographe.

ZiJZ MARSEILLE REVOLUTIONNAIRE

réquisition du directoire du département. Afin de gagner du temps et de permettre ainsi aux Arlésiens de pourvoir aux moyens de défense, il ne donne signe de vie que le 15. Sa réponse est dilatoire. « Je dois concourir, sans doute, écrit-il, au rétablissement de la tranquillité publique, mais mes moyens sont courts. Tout au plus pourrais-je disposer d'un bataillon de troupes de ligne. D'ailleurs, ajoute-t-il, les honnêtes gens de la ville d'Arles ont déclaré que l'arrêté du directoire est illégal et qu'ils repousseront la force par la force. Ils ont nommé pour chef un officier supérieur en réputation pour la guerre. Je pense, Messieurs, qu'il faut attendre la décision de l'Assemblée nationale et je suis persuadé que nos maîtres approuveront les moyens de pacification que je vous propose (1). »

Le directoire, outré, lui envoie une deuxième réquisition, plus impérative que la première. Cette fois le refus est formel quoique la forme soit sauvegardée. Il n'existe pas de troupes disponibles. « Vous savez. Messieurs, écrit le lieutenant général de Coincy, que les troupes de ligne ne peuvent être requises qu'à la distance de 12 milles qui font 5 lieues de France. Cet article que je cite, joint aux raisons déduites dans ma précédente lettre, me tranquillise sur la responsabilité dont on me menace, d'accord en cela vraisemblablement avec des personnes trop acharnées contre les honnêtes gens d'Arles, vos compatriotes, dont le sang est trop précieux pour le verser par un acharnement déplacé. C'est ce dont j'ai été informé il y a quelques jours. . . (2).

Il va de soi que les « maîtres » prendront fait et cause pour le commandant militaire et par suite pour les rebelles euxmêmes. Ce ne sont point les « honnêtes gens » d'Arles qui sont en insurrection ; c'est plutôt la garde nationale marseillaise et la municipalité qui la dirige. Au mépris des « droits les plus sacrés », les officiers municipaux de Marseille n'ont-ils pas eu l'audace de se présenter à l'arsenal et de faire enlever

(1) Archives des Bouches-du-Wiône. Registre de coi'i-es])ondance des trois corps administratifs. Tome Lm 3, page 17.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Registre de correspondance des trois corps administratifs. Tome Lm 3, page 18.

les effets et attirails qui convenaient, sans doute, à leurs projets contre Arles, comme bombes, petites bombes et quantité de leviers ! (1).

En vain la municipalité, épouvantée d'une vengeance si atroce, écrit-elle à la hâte au ministre qu'on n'a rien à lui reprocher et que les bombes sont sa propriété. « Il nous manquait, il est vrai, dit-elle, huit écouvillons ; mais la personne chargée de les garder nous les a remis sur demande. » En vain essaie-t-elle de se disculper auprès du directoire du département, en faisant valoir ses titres de créance pour un matériel qui lui appartient en propre (2'. En vain le Conseil général de la commune, indigné de la conduite du lieutenant général de Goincy, qui cherche ainsi à « surprendre des ordres supérieurs » veut le traduire devant les tribunaux (3). Tout est inutile ; la calomnie fera son chemin et le ministre, n'écoutant que le rapport de son agent, blâmera, à la fois, et la municipalité de Marseille et le directoire du déparlement lui-même, coupables tous les deux d'avoir voulu allumer la guerre civile dans le Midi.

Cependant, en dépit de l'inertie du commandant militaire, les préparatifs des gardes nationales se poursuivent avec beaucoup d'activité. De tous côtés, les municipalités font connaître que les volontaires sont impatients de partir. La levée des bataillons est générale dans le département. C'est une vraie croisade qui s'organise ; les communes les plus reculées fournissent leur contingent. A partir du 20 septembre, 400 hommes arrivent journellement à Tarascon, point de concentration des troupes (4).

(Il Archives des Boucliee-du-Rhùiie. Registre de correspondance du direcloire. Tome II, page 316.

(2) Archives municipales. Registre de correspondance du Conseil général. Tome IL page 279.

(3) Archives municipales. Série H, non classée. Lettre au directoire du district.

Archives municipales. Registre de délibérations du Conseil général. Tome II, pages 280 et 281.

(4) Archives des Eouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 94. Décomposition de refifeclîf par districts : Aix a levé 700 gardes nationaux ; Marseille, 201 4 ; Apt, 504 ; Tarascon, 483 ; Arles, r.2 ; Salon. 316 ; Orange, 158. Au total : 4.307.

Marseille est à la tête de l'expédition projetée. C'est de cette ville, en effet, que part l'impulsion guerrière qui anime les masses et enflamme les cœurs des patriotes, Une série de proclamations et d'arrêtés font connaître aux citoyens les dispositions à prendre. Dès le 15 septembre, les bataillons ont été rassemblés ; chacun d'eux devra lever 60 hommes ; ceux de la banlieue 25 seulement. Le bataillon qui revient duComtat prendra part tout entier à l'expédition.

Un détachement de canônniers, fort de 200 hommes et muni de 24 bouches à feu, accompagnera la colonne.

Dans une première proclamation, la municipalité arrête que dans le cas « où des particuliers seraient assez méchants pour mettre obstacle au départ des soldats-citoyens en les menaçant de les priver de leurs places ou emplois, soit de commis ou d'ouvriers, ou de tous autres postes à salaires, elle ne verrait, dans de pareils actes, qu'un véritable délit contre la patrie. Les auteurs, s'il est possible qu'il en existe, dit-elle, seront notés dans les registres publics à la classe des citoyens suspects et malintentionnés (1). »

Le même jour, 15 septembre, la municipalité fait connaître qu'une solde de 15 sous par jour sera attribuée à chaque volontaire. Mais l'amour du bien public doit être le seul mobile qui doive diriger leurs actes. « Celui-là serait un mauvais citoyen, qui calculerait le prix de ses services, proclament les officiers municipaux. Telle n'a pas été la conduite des gardes nationales du département de la Meuse qui ont fourni, pour marcher aux frontières, un nombre de volontaires bien plus considérable que celui déterminé par les décrets. Telle ne sera pas la conduite des Marseillais ; ils ne peuvent oublier qu'ils sont les descendants des Phocéens (2).»

Un officier municipal, Boulouvard^ reçoit la mission d'organiser un train d'artillerie comportant des pièces de gros calibre. Des allèges chargées de canons de 24 et de 36 se rendront à l'embouchure du Rhône pour remonter le fleuve (3).

(1) Arclùves municipales. Série S. Proclamation de la municipalité.

(2) Archives municipales. Série S. Proclamation de la municipalité.

(3) Archives municipales. Série H, non classée. Ordre de marche des colonnes marseillaises. Rappoi't.

Le 19 septembre, le commandant de la garde nationale marseillaise annonce à la municipalité que les volontaires se présentent en foule « au-delà de toute demande ». Leur impatience de partir est extrême.

La municipalité d'Avignon, à son tour, envoie au comman-

OTJ

:; ViOt.~RlR ,>;

Carte de membre du Club des Monnaidiers

(D'après la planche en cuivre déposée au Muséon Arlaten)

dant une lettre qui est « l'expression du plus pur patriotisme ». Elle promet de faire marcher, de suite, si la demande est agréée, 300 volontaires et 60 canonniers, équipés et armés, pourvus de tout le nécessaire et munis de leur prêt pour huit jours (1). Les officiers municipaux de Marseille déclinent cette offre généreuse qui peut entraîner des complications ; les

(1) Archives des Bouches-du-Biiône. Série L. Département. Liasse 25.

gardes nationales, en effet, ne peuvent, se déplacer, d'après les décrets, que dans l'intérieur des départements.

La question de la solde est vite réglée. Par arrêté en date du 18 septembre, le directoire du département charge les municipalités de faire toutes les avances nécessaires. Elles seront remboursées ultérieurement parles caisses publiques (1).

Dès le 20 septembre les colonnes s'ébranlent de toutes parts, à la fois, et se dirigent, par Lambesc et Salon, sur Tarascon. Le 1" bataillon des volontaires nationaux des Bouches-du -Rhône, sous le commandement de Ribotty, est déjà à Salon depuis quelques jours. Le 15 septembre, des soldats, entraînés par leur zèle patriotique, ont arrêté le procureur syndic de la ville d'Arles qui se rendait à Aix, sur la convocation du directoire. Celui-ci blâme aussitôt le district et la municipalité de Salon qui ont approuvé la mesure (2). Ce qui ne l'empêchera point d'être incriminé lui-même, par la suite, et rendu responsable de ce qu'il ne pouvait prévoir.

Cet acte arbitraire dont les détails sont amplifiés et dénaturés vient, à point nommé, accroître l'indisposition du pouvoir exécutif et de l'Assemblée nationale à l'égard des autorités du département. Les officiers municipaux d'Arles, mandés à la barre, profitent de cette circonstance pour éluder la convocation, « attendu que leurs personnes ne paraissent pas être en sûreté (3). » Néanmoins, il se mettent en route le 20 et arrivent à Aix le 21. Là, ils apprennent que le procureur syndic, contrairement à ce qu'on leur avait annoncé, n'est pas encore relâché. Efïrayés, ils veulent revenir sur leurs pas. Certains membres de l'Assemblée électorale les exhortent à accomplir leur devoir et à se présenter devant le directoire. Ils hésitent, puis finalement, disparaissent après s'être contentés de déposer, entre les mains de l'Assemblée, un nouveau procès-verbal relatif aux événements (4).

(1) Arcliives des Boucli3s-du-Rhôue. Périe L. Département. Liasse 124.

(2) Archives des Bouches-du-Rliône. Correspondance du directoire. Tome II, page 309.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Dépnrtement. Liasse 2.5.

(4) Archives des Bouches-du Rhône. Série L. Département Liasse 25.

On attendait de part et d'autre, aven une vive impatience, les décisions du pouvoir exécutif et de l'Assemblée nationale, au sujet des troubles. Enfin le 27 septembre, le directoire du département reçoit notification du ministre Delessart d'avoir a licencier immédiatement les gardes nationales mobilisées à tort. «... Comment n'avez-vous pas craint, s'écrie le ministre, de causer l'effusion du sang des citoyens et d'allumer dans une ville, que votre arrêté du 7 avait déjà mise en fermentation, le feu de la guerre civile. . . Ce n'est pas en aigrissant encore les esprits que vous pouviez espérer de les apaiser. Les calmer, recommander l'union entre tous les citoyens resserrer leurs liens prêts à se briser, tel doit être l'objet constant de votre zèle pour le maintien et le bonheur de la Constitution. . . (1).»

Paroles sages, évidemment, que le pouvoir exécutif emploie quand il s'agit de couvrir les actes des partisans de l'ancien régime. Par contre, en face des rassemblements populaires, hostiles à la cour, il va bientôt regretter qu'on n'ait pas employé la force pour les dissiper et le général, coupable de n'avoir pas fait usage des armes pour éviter l'effusion de sang, sera destitué avant jugement. Il y a plus. Les mouvements populaires sont spontanés; c'est là surtout en face de surexcitations passagères qu'il conviendrait d'appliquer de si belles maximes puisque, normalement, le lendemain tout rentre dans l'ordre. Or, à Arles, la rébellion est très caractérisée; l'état d'esprit, depuis de longs mois, est manifeste. On a à réprimer, en un mot, des insurgés dont l'audace croit, de jour en jour, avec l'impunité.

Dans sa lettre du 27 septembre, le ministre rejette, en grande partie, le tort des mesures qu'il désapprouve sur l'Assemblée électorale, réunie à Aix. Cette Assemblée a fait des pétitions; elles ne sont pas légales. Elle est rassemblée pour nommer des députés et non pour imposer des lois aux pouvoirs publics.

(1^ Archives des Bouches-du-Rhône. Département. Go i respondance du directoire. Tome III, page 34.

Le directoire, composé en grande partie de monarchistes constitutionnels, s'empresse de saisir l'occasion que lui ofïre le ministre et se découvre: « , . . L'Assemblée électorale, dit-il, s'est emparée de tous les pouvoirs, sous prétexte qu'elle avait le droit d'exercer la souveraineté nationale dans le département. . . En paraissant céder à ce torrent, nous avons conservé des pouvoirs qu'on était prêt à nous arracher

L'acceptation de la Constitution, les actes du pouvoir exécutif, le départ des députés à la prochaine législature,' tout nous a servi, malgré les idées de républicanisme qui avaient fait tant de progrès dans notre département. Il ne s'est pas désorganisé et l'étincelle sur laquelle nous n'avons pas soufflé le vent de la contradiction s'est éteinte d'elle-même. . . »

Cette lettre mériterait d'être citée tout entière, car elle résume admirablement l'état politique du département, à la fin de 1791. C'est un véritable monument historique. La scission entre les libéraux constitutionnels et les démocrates apparaît déjà, très nette. Encore une fois, Marseille et le département des Bouches-du-Rhône devançaient la France entière dans l'évolution sociale. La municipalité marseillaise, surtout, est prise à partie, dans cette lettre du directoire. Ecoutons la suite :

« L'administration a fait parler le langage de la loi dès

qu'elle l'a pu et nous croyons que sa conduite quoique improuvée par l'Assemblée nationale mérite plutôt des éloges qu'une censure. Elle a empêché la guerre civile ; elle a laissé s'évaporer en vaines menaces et en préparatifs trop insuffisants, pour être dangereux, la passion de quelques individus capables de concevoir follement le projet de changer l'ordre établi, mais dépourvus de talents et de moyens dangereux. . . Nous parviendrons sans peine à dissiper le reste de fièvre qui agite encore quelques contrées de ce département... Nous espérons que notre attitude étant comprise, le roi n'aura pas besoin d'envoyer des commissaires à Arles, comme il y est autorisé par la loi. . . (1). »

(I) Arcllives des Bouclies-du-Rhùne. Département. Correspondanco du directoire. Tome II, page 311.

MARSEILLE RÉVOLUTIOXNArRE 209

Depuis quelque temps déjà, le directoire des Bouches-du- Rhône était en complet désaccord avec la municipalité de Marseille. Le pouvoir exécutif ne l'ignorait point et sa sympathie était acquise au premier parce qu'il secondait ses vues, généralement. Le maréchal de camp du Muy, ainsi que le lieutenant général de Goincy, étaient en excellents termes avec la plupart de ses membres. Le district de Marseille ayant porté une appréciation assez vive sur certains actes de M. de Muy fut violemment pris à partie par le directoire du département et forcé de faire des excuses. La décision de cette dernière assemblée quand elle prescrivit le désarmement de la ville d'Arles dut surprendre étrangement les ministres, M. Delessart ne lui avait-il pas écrit, en efïet, le 23 août, au sujet des troubles, « que les détails qu'il en avait reçus n'étaient point suffisants pour le mettre en état de rien prévoir de positif sur la conduite qu'il avait à tenir en cette occasion. C'est à vous à juger dans votre prudence, ajoutaitil, des moyens les plus propres à ramener le calme dans cette ville (1). » Le mandat était formel, mais l'émissaire du roi comptait bien que le directoire ne prendrait aucune mesure qui pût effrayer les rebelles. Aussi, le désavoua-t-il complètement, par la suite, sur ses arrêtés des 7 et 12 septembre. Le directoire, confus, s'empressa, alors, nous venons de voir en quels termes, de faire amende honorable. La palinodie de part et d'autre est flagrante.

Dans la séance du 30 septembre, d'André, à la tribune de l'Assemblée nationale, peut enfin annoncer que le calme est complètement rétabli à Arles (2). La municipalité de Marseille vient de subir un double affront. Que pouvait-on attendre des événements si la Constituante était restée en fonctions ? Cette grande assemblée qui, dit-on, s'était déshonorée par son vote au sujet de la révision de la Constitution, n'aurait pas su éviter la guerre civile qui se localisera plus tard en Vendée. La ville d'Arles, encouragée, va continuer son mouvement de révolte qui ira en s'accentuant. D'autres mesures seront néces-

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Département. Correspondance du directoire. Tome II, page 395.

2i Moniteur. Compte rendu de la séance du 30 septembre 1791.

saires et l'Assemblée législative, d'accord en cela avec la municipalité de Marseille, saura y mettre un terme. Quant au directoire du département, il sera ballotté par les événements et donnera le plus triste exemple d'incohérence et d'inertie. Il finira ensuite misérablement devant l'émeute populaire qu'il n'aura su prévoir ni empêcher.

Page 1