‹ Marseille révolutionnaire; l'armée-nationChapitre 13 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

/. — Le renvoi du régiment suisse est de nouveau réclamé. — Tumulte au grand théâtre à Marseille (octobre 1191). — Les officiers suisses lancent un cartel au parterre. — //. Sourdes intrigues de l'autorité militaire et du directoire du départem.ent. — Ernest-suisse quitte Marseille et se rend à Aiœ. — ///. La ville d'Arles relève la tête. — La m,unicipalité marseillaise dénonce l'attitude équivoque du directoire du département (30 janvier 1792). — IV. Les Marseillais marchen sur Aiœ, à l'improviste, pour désarmer le régim.ent d'Ernest [27 et 28 février 1792). — Première journée de l'insurrection. — Attitude héroï^ que du maréchal de camp Puget de Barbentane. — V. Deuxième journée de l'insurrection. — Ernest-suisse quitte la ville d'Aix et se rend à Berne. — V7. Puget de Barbentane est destitué et passe devant une cour martiale. — .\dresses énergiques des autorités et des habitants en sa faveur. — VU. La ville d'Arles se prépare à soutenir un siège en règle. — VJH. L'As.«emhlée législative la déclare en état de révolte 13 et 19 mars 1792 . — Rôle de Barbaroux.

Marseille avait échoué dans ses projets contre Arles aussi bien qu'en ce qui avait trait au départ du régiment d'Ernest. Ce n'était que partie remise. Les événements donneront bientôt raison à la perspicacité de la municipalité. Sur de nouvelles instances, le directoire du département demanda encore une fois, pour la forme, le déplacement du réMiment suisse. Le commandant de la 8" division militaire écrivit, à ce sujet, le 9 octobre, au président de cette assemblée, une lettre où il épanchait son cœur: «On ne peut, Monsieur, dit-il, être plus surpris que je le suis de la demande que vous me faites de retirer de Marseille le régiment d'Ernest... Vous savez que j'ai fait passer au ministre les plaintes de ces messieurs de Marseille contre ce régiment payé d'ingratitude. J'attends des ordres et jusqu'au moment de les recevoir, j'ai trop de raisons, à moi connues contraires, pour retirer de Marseille ce régiment (1). »

(1) Archives des Bouches-du-llliône. Série L. Département. Liasse 104.

Il était donc bien avéré qu'Ernest-suisse resterait dans cette ville. Il fallait, pour déterminer ce départ, un événement prévu secrètement, peut être, de part et d'autre; chaque parti comptant bien faire rejaillir les torts sur l'adversaire. Il faut rendre cette justice à la municipalité de Marseille qu'elle a fait tout son possible pour éviter un malheur que les circonstances pouvaient amener d'un instant à l'autre. Le lieutenant général de Goincy, en comparant dans son esprit un régiment discipliné à une ville rebelle, ne se serait jamais douté qu'Ernest-suisse allait lui-même provoquer son départ de la façon la plus inattendue.

Une animosité extrême séparait le peuple, à cette époque, de la classe bourgeoise dont la plus grande partie paraissait insensible aux malheurs de la patrie. Les haines de caste se manifestaient à tout propos. Elles prirent bientôt une tournure grave, au grand théâtre, à propos d'un acteur récemment arrivé de Paris. Lors d'une soirée donnée dans les premiers jours d'octobre, le jeu de M. Lainez (c'était le nom de l'acteur) déplaît au parterre qui manifeste bruyamment contre lui. Les balcons et les loges prennent parti pour l'artiste. Des injures s'échangent bientôt et le tumulte est à son comble. Puis on en vient aux coups; la mêlée est générale; les femmes y prennent part. Les acteurs, divisés d'opinion, également, se battent à leur tour, sur la scène. La garde nationale arrive fort à propos pour séparer les combattants et faire évacuer la salle. L'incident parait terminé pour l'instant et n'a pas d'autre suite. Mais tout n'était pas dit.

Le 16 octobre, en effet, la même scène se renouvelle au sujet d'un nouvel acteur, M. Blache. Cette fois, le parterre applaudit, fait venir le directeur et l'invite, devant le vœu général, à signer l'engagement de l'artiste. Quelques officiers suisses, qui étaient dans les loges, témoignent des doutes sur la généralité de ce vœu. Leurs expressions, peu mesurées, mettent hors de lui le parterre qui se lève comme un seul homme et les invective à son tour. Les officiers suisses, perdant toute mesure, descendent alors au parterre et proposent des cartels à droite et à gauche. Les cartels sont acceptés. Une lutte terrible allait s'engager; rnais comme l'incartade

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dss Suisses est isolée, cette fois, des médiateurs s'ialerposent et font cesser le scandale ^1).

Mais la nouvelle du différend avait franchi-l'enceinte du théâtre et s'était répandue en ville avec une rapidité effrayante. On voit iDientôt arriver sur la place une foule innombrable qui profère des menaces de mort à l'adresse des officiers suisses. Il est certain qu'à leur sortie, ils seront massacrés. La municipalité, prévenue, se transport^^ en corps sur les lieux et tel est le prestige des mandataires du peuple qu'ils parviennent à calmer la foule, sous promesse que les officiers seront punis. Ceux-ci sont aussitôt transférés à la conciergerie du Palais. Le bruit ayant couru que le régiment se proposait de venir les délivrer, la garde nationale, tout entière, prend les armes. Des canons sont braqués sur la place du Palais et sur toutes les avenues qui y conduisent.

Le lendemain, 17, la municipalité, qui voyait l'effervescence grandir de plus en plus, requiert le commandant de la marine de faire relever les postes du port occupés par les Suisses. Cette mesure était sage, car le peuple, surexcité, aurait provoqué des rixes (2). Puis, les Suisses, une fois rentrés, les officiers municipaux prièrent le lieutenant-colonel, M. d'Ollivier, de consigner immédiatement, dans les forts, jusqu'à nouvel ordre, le régiment placé sous ses ordres. Le commandant de la marine ayant parlé de responsabilité, la municipalité lui répondit qu'elle la prenait, tout entière : « ... Il est glorieux pour elle, dit-elle, de se charger de toute espèce de responsabilité, lorsque, par des mesures dictées par la sagesse, elle rappelle la tranquillité, déjoue les plus funestes complots et fait triompher la cause de la Révolution (3). »

Des députés sont ensuite envoyés à Aix, auprès du directoire du département pour l'informer des troubles survenus et le

(1) Bibliothèque municipale. Journal de Provence du 20 octobre 1791. No XXIIL pages 171 à J74.

(2) Archives municipales. Délibérations du Conseil municipal. Tome II, pages 207 et 208.

(3) Archives municipales. Délibérations du Conseil municipal. Tome II, page 200.

prier de réitérer la demande de renvoi. La municipalité fait connaître qu'elle se décharge, pour l'avenir, de toute responsabilité, si le régiment reste plus longtemps à Marseille. « Quelques officiers, dit-elle, ont excité, par leur conduite, une fermentation dont les suites peuvent être terribles (1). »

Le même jour, le commandant des Suisses, tout en déférant à la réquisition reçue de la part des officiers municipaux,. prie ceux-ci de vouloir bien rendre la liberté aux quatre officiers détenus, afin qu'ils soient jugés conformément aux droits et capitulations des Suisses : « Ces otficiers, fait connaître le lieutenant-colonel d'Ollivier, ne sont point coupables dans cette malheureuse affaire. Le seul coupable, et qui a occasionné la rixe du Grand-Théâtre, est M. Horf. Il est en prison au donjon. Il y restera, bien fermé, jusqu'à nouvel ordre. Je pense, Messieurs, dit-il, pour terminer, que vous devez déconsigner le régiment sans tarder (2). »

La municipalité ne tint aucun compte de cette requête ; elle fit, au contraire, commencer la procédure suivant la forme ordinaire par le tribunal du district.

Cependant, le lieutenant-général de Goincy est informé, à son tour, le 18, de très grand matin, des troubles qui ont agité Marseille. Le lendemain, il répond au directoire du département qu'il va donner des ordres pour faire sortir les Suisses. « Un bataillon, dit-il, partira de Toulon et ira relever le régiment d'Ernest, auquel je suis fort aise de rendre ce service qu'une cabale irréconnaissante lui fait désirer depuis longtemps. J'observe, Messieurs, que le régiment ne se mettra point en marche sans tous ses officiers, d'autant plus que les accusés n'ont aucun tort qui puisse faire sensation (3). »

(1) Archives municipales. Registre de délibérations du Conseil municipal. Tome II, page 209.

(2) archives municipales. Série H. non classée. Lettre de M. d'Ollivier; autographe.

(3) Archives des Bouehes-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 108.

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Ainsi, même devant les faits, la partialité subsiste. Il y a, dans cette lettre, comme un regret que la municipalité ne soit point coupable. A la fin de la missive, on sent la menace.

Autre considération II y a à peine quelques jours, il fallait au lieutenant général de Coincy des ordres supérieurs pour faire quitter la ville au régiment d'Ernest. Les événements, cette fois, le décident à prendre sur lui une telle décision. Les Suisses sont dans leur tort ; on voit la mesure. On peut se demander si le vieux général l'aurait prise pareillement dans le cas de provocations de la part du peuple.

Mais la municipalité est maintenant satisfaite ; le régiment va donc enfin quitter Marseille. Dans la séance du 19 octobre, elle rend justice à M. d'Ollivier pour « la manière franche avec laquelle il a répondu aux réquisitions. » Puis, pour marquer la détente, elle déconsigne le régiment et porte le fait à la connaissance du public au moyen d'une proclamation qui lui fait le plus grand honneur et témoigne des sentiments de modération qui l'animent. « Ce régiment, dit-elle, attend, à son tour, des Marseillais, les égards qui lui sont dus. Tout citoyen, dans les circonstances, se rendrait coupable s"il confondait, avec le corps en général, le tort de quelques individus. On doit aux sujets du régiment suisse les égards que tous les hommes se doivent entre eux (1). »

Le 21, les officiers municipaux décident de renvoyer à leur corps les officiers détenus. Ils louent encore la conduite du régiment « qui s'est conduit avec honneur et loyauté et n'a pas cessé de bien mériter de la Ville par la plus exacte observation de la discipline militaire (2). »

Le lieutenant général de Coincy comptait peut-être, en son for intérieur, que la municipalité ferait des difficultés pour relâcher les officiers. Il fut déçu. Par une coïncidence due au hasard, ou préparée d'avance, il prit une mesure bien désastreuse. Supposant un ordre du roi que, s'il a existé, il avait provoqué, sans doute, il annonça, le 22, au directoire du

(1) Archives municipales. Délibérations du Conseil municipal. Tome II, page 212. Archives municipales. Série S. Proclamation aux habitants.

r2» Bibliothèque municipale. /owï-naZ de Provence du 22 octobre 1791. No XXIX, page 183.

département, le départ du régiment de la Marck, en garnison à Aix. Un bataillon du 91* régiment, ci-devant Barrois, avait déjà quitté Toulon pour se rendre à Marseille. Il reçoit subitement l'ordre d'interrompre sa marche et de restera Aubagne jusqu'à décision à intervenir. L'ordre du départ du régiment d'Ernest est en même temps suspendu.

.« ... Quelque chose qui arrive, écrit alors le lieutenant général de Coincy au directoire du département, je ne laisserai pas un seul jour la ville d'Aix sans troupe (1). » Celui-ci, naturellement, s'empresse de réclamer aussitôt le régiment d'Ernest et sa demande est agréée. Le plan est savamment conçu. Quand il aura reçu son exécution, le directoire pourra écrire au commandant de la 8' divison militaire que « le régiment suisse sait apprécier, mieux que tout autre, les principes de la liberté !.., Il est à l'abri, dit-il, des séductions qu'on a pu employer quelquefois, avec succès, contre la discipline militaire!... (2). »

Qu'on juge ici la mentalité et l'attitude de cet officier général qui dirigea, en partie, on peut le dire, de façon occulte, le mouvement politique de la contrée pendant deux ans. Quand il a éloigné les régiments français, il refuse de se prêter aux réquisitions sous prétexte qu'elles ne sont valables que dans un rayon de cinq lieues. Il n'a qu'un bataillon à envoyer contre Arles rebelle; ce bataillon, d'ailleurs, ne partira pas. Mais lorsqu'il s'agira d'opposer la force aux Marseillais qu'il a excités par tous les moyens, il ne craindra plus alors l'effusion de sang. 22 bataillons, mobilisés à la hâte dans les départements voisins, recevront l'ordre de départ !...

Dès qu'on eut connaissance, à Marseille, du contre-ordre donné au régiment d'Ernest, l'irritation des esprits fut extrême. Pour éviter tout conflit, la municipalité fit, sur réquisition, consigner la troupe. M. d'OUivier fait connaître, le 23, que cette consigne rigoureuse ne saurait durer. La modération dont il a donné la preuve, jusqu'ici, semble l'avoir aban-

(1) Archives des Bouches-du-Rhôar». Correspondance du Directoire. Tome II, pRge b61.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome II, page 148.

donné. « Si un soldat quelconque, écrit-il, est attaqué ou suivi par un attroupement, je ferai marcher aussitôt le monde nécessaire pour le dégager (1). »

Devant cette menace, la municipalité, conciliante, manifeste son regret « de le voir se brouiller avec elle. » M. d'Ollivier revient alors à de meilleurs sentiments. C'est ce qui résulte de sa lettre du 24 : « Je veux bien, dit-il, consigner encore pour aujourd'hui le régiment, mais cela ne se fait qu'au moment et dans des circonstances qui l'exigent impérieusement (2). »

Le régiment suisse est très discipliné ; mais, pour que la discipline soit observée, il faudrait que les officiers donnent l'exemple. Or, la surveillance se relâche. Des soldats sortent par groupes, dans la journée du 25. La municipalité en est prévenue. « La consigne que nous avons donnée est violée, écrit-elle à M. d'Ollivier. Des soldats se promènent dans les rues, armés de sabres de différentes sortes, ce qui prouve qu'ils sont armés à votre insu. Ils paraissent déterminés à se porter à des actes hostiles. Plusieurs ont affecté de se montrer aux abords des postes occupés par la garde nationale. »

Le danger est réel. Cette lettre est à peine expédiée que les officiers municipaux reçoivent communication d'un procèsverbal du capitaine de garde au cours Saint-Louis. Cinquante soldats suisses se trouvent devant le poste. « Ils ont l'air de provoquer la garde nationale (3). »

Cette fois M. d'Ollivier consigne rigoureusement ses hommes. Enfin l'ordre du départ est repris. Le régiment d'Ernest quitte Marseille, le 1" novembre. Il est provisoirement remplacé par le bataillon du Barrois, cantonné à Aubagne.

\U Aichivfs municipales. Série B, non classée. Lettre de M. d'Ollivier; autographe.

(2t Archives municipales. Série H, non classée. Lettre de M. d'Ollivier; autographe.

(3) Archives municipales. Série H, non classée. Rapport du capitaine; autographe.

On a pu voir, par ce quiprécède, l'attitude réciproque des partis. Les rapports envoyés au ministère par le lieutenant général de Goincy sont entièrement défavorables à la municipalité. Celle-ci est inculpée de sédition, de provocation au meurtre. C'est à peine croyable. Elle est obligée de se défendre et n'y parvient que difTicilement, tant est enracinée profondément la calomnie qui a fait son œuvre. Vers la fin de 1791, elle publie un mémoire sur les événements antérieurs, où sont relatés, notamment, les rapports entre les autorités et le régiment d'Ernest. La lettre suivante qui lui est adressée, le 24 décembre, par le maire de Paris, Pétion, peut donner une idée de la prévention injuste dont elle est l'objet :

« Je reçois avec reconnaissance, écrit Pétion aux officiers municipaux, les exemplaires du mémoire que vous avez bien voulu m'envoyer. Je vous prie d'en agréer mes plus sincères remerciements : le patriotisme de Marseille m'est connu et le vôtre est digne de la cité qui vous a donné sa confiance. Vous triompherez, je l'espère, auprès d'une assemblée qui aime la liberté et qui sent vraiment les dangers de l'ascendant que ia force armée tend sans cesse à prendre sur les citoyens paisibles. Le peu d'influence que je puis avoir auprès de quelques membres de la législature, je l'emploierai, n'en doutez pas, à rendre à mes frères de Marseille la justice qu'ils sont en droit d'attendre (1). »

La lutte entre la municipalité de Marseille et le directoire du département devenait tous les jours plus vive. La conduite faible et vacillante de ce dernier donnait de l'audace aux contre-révolutionnaires et entretenait les germes d'une guerre civile dans le Midi. Arles, grâce à son appui et à la protection des ministres, était le réceptacle de tous les prêtres réfractaires, de tous les nobles, de tous les anarchistes du

(1) Archives municipales. Série H, non classée. Lettre de Pétion; autographe.

Midi. Le maire patriote, Aiitonelle, élu à l'Assemblée législative, fut remplacé par un fanatique enragé, le sieur Loys. A partir de ce ce moment, Arles prit ouvertement parti contre la Révolution. Elle leva des bandes entières de réfugiés politiques, entre autres la fameuse compagnie des Cébets qui avait porté la désolation dans le Gard, en 1790. Les patriotes furent plus que jamais opprimés. Les étrangers qui se risquaient sur le territoire étaient molestés, parfois emprisonnés. Des razzias s'organisaient ; on enlevait les bestiaux ; on emportait des vivres. Les récoltes étaient ravagées (1). La terreur, en un mot, régnait aux environs et le greffe de la justice de paix de Beaucaire recevait, tous les jours, de nouvelles plaintes de la part d'une foule de gens (2).

La situation paraissait sans issue. Avignon était alors la proie des fanatiques du Gomtat. L'ennemi était sur les frontières de la Savoie ; les bruits d'invasion prenaient de plus en plus consistance. Les émigrés tramaient, à Nice, les complots les plus manifestes. On parlait de trahison. Il appartenait à la municipalité de Marseille, vigilante et ferme, de frapper un grand coup.

Dans la séance du 31 janvier 1792, le maire Mourraille, prenant acte de ce que le directoire du département garde « un silence profond sur tous les événements qui l'environnent », prononce à son adresse un énergique réquisitoire. « Messieurs, dit-il, en s'adressant aux membres du Conseil général de la commune, depuis longtemps le directoire du département cherche à paralyser notre administration municipale. Il agit en despote ; il casse, suivant les caprices, les délibérations les plus sages et les plus urgentes ; il se montre ouvertement l'ennemi de la Constitution pour l'anéantir et la perdre. Il en est venu au point qu'il invoque auprès du ministre de la Guerre le secours du régiment d'Ernest qu'il représente comme le plus ferme soutien de la liberté et comme la seule troupe capable de ramener l'ordre dans Marseille. . .

Il est temps de mettre un frein à ce désir effréné de nous

(Il Bibliothèque municipale. Journal des Départements méridionaux. N» 6, page 21. Plainte de la commune des Baux.

(■2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 26.

nuire qui se décèle dans chaque opération du département, et pour y parvenir, nous avons fait une adresse à l'Assemblée nationale où nous rapportons et prouvons tous nos griefs contre lui. Nous ne doutons pas, Messieurs, que vous ne donniez votre adhésion à un acte qui est l'unique moyen légal que nous puissions employer pour sauver la patrie... (1). »

Le Conseil général, après avoir entendu la lecture de l'adresse, délibéra unanimement d'y adhérer et de nommer deux députés pour aller la présentera l'Assemblée législative. Barbaroux et Loys furent chargés de cette mission. Ils parurent à la barre et Loys lut la dénonciation contre la ville d'Arles, à laquelle il joignit une dénonciation contre son propre frère. « Là, dit-il, en parlant de la ville d'Arles, un homme rampant, ami de Taristocratie, est parvenu à force d'intrigues et de cabales à se faire nommer maire de cette ville, et cet homme est mon frère... (2). »

L'Assemblée législative, émue des troubles qui agitaien Arles et de la division des esprits dans le reste du département, n'allait pas tarder à prendre des mesures pour rétablir la paix dans la région Midi.

Un événement, insignifiant en lui-même, peut donner une idée de la surexcitation des esprits à cette époque. Le 15 février, le sieur Lamanon, capitaine d'un bâtiment marchand arlésien, se présente à l'entrée du port à Marseille. Il a arboré, à la place du pavillon aux trois couleurs, un morceau d'étoffe blanche. Il se voit aussitôt environné d'une foule de barques et de petits bateaux qui l'escortent jusqu'à la consigne. Dès qu'il prend terre la foule se rue sur lui et lui aurait, certes, fait un mauvais parti, sans l'intervention de la garde nationale qui vient fort heureusement à temps le protéger. Amené prison-

(1) Archives municipales. Délibérations du Conseil général. Tome II, page 353.

(2) Barbaroux, dans ses Mémoires, dit eu parlant de cette dénonciation de Loys contre son frère : « ... Les uns croyaient que c'était héroïsme ; les autres barbarie. Ce n'était au fond qu'un vrai jeu, car, peu de temps après, Loys, très malade, quitta précipitamment Paris pour aller dans le Midi, où tout fermentait, favoriser l'évasion de ce même frère, qu'il avait accusé. »

sonnier à l'Hôtel de Ville, les officiers municipaux veulent bien se contenter de ses explications et après l'avoir retenu, pour la forme, une nuit entière, ils lui rendent la liberté (1) .

Marseille trouvait le pouvoir exécutif trop lent à frapper les coupables. Elle résolut de se faire justice elle-même et de reprendre l'expédition qui avait échoué tout d'abord. Le régiment d'Ernest, qu'on avait placé sur la route, était gênant et pouvait contrarier les vues des patriotes. Ce corps étranger venait de se signaler encore à l'animadversion publique par son attitude. M. d'Ollivisr, malade, avait été remplacé par le major de Watteville. Suivant le cérémonial accoutumé, la formule du serment fut prêtée au nom du comte d'Artois, colonel-général des Suisses et Grisons. Le futur Charles X était alors de l'autre côté de la frontière, dans l'armée de Coudé.

Le Club des Amis de la Constitution envoie aussitôt une adresse à l'Assemblée législative: « Sans doute, dit-il, nous ne saurions incriminer ces régiments (les Suisses^ d'une formule de proclamation autorisée par leur exception et par les capitulations avec les cantons helvétiques. Mais des Français dont le sang bouillonne au seul nom du traître Charles-Philippe pourraient -ils voir avec une coupable indifïérence que ce chef de rebelles ait encore le commandement d'une -partie de la force publique et qu'en cette qualité il perçoive du trésor national les émoluments afïectés à sa charge ? Ce double outrage a suscité en nous une foule de mouvements dont nous essayons de réprimer la violence afin de pouvoir vous présenter une pétition juste, calme et respectueuse. Nous

(1) Cet acte de la part de la municipalité nous révèle, encore une fois, la mOvlératioii de son attitude. Les officiers municipaux n'ignoraient point, cependant, que le capitaine LHmanon était un ardent contre-révolutionnaire et le peuple avait eu raison de découvrir en lui un ennemi de la chose publique. En 1798, au moment du fédéralisme, on voit le capitaine Lamanon, à Arles, assouvir des rancunes et terroriser, pendant de longs mois, les bateliers du Rhône favorables à la Révolution (Archives. des Bouchesdu;Rliô.ie. Série L. Déparlement. Liasse 26.

sollicitons de votre sagesse un décret pour la prompte organisation des régiments suisses et pour une nouvelle capitulation digne du peuple français. .. (1). »

Il était de toute évidence que le régiment d'Ernest s'opposerait, au passage, à la marche des Marseillais, ou les prendrait en queue. Il fut décidé qu'il serait désarmé, a La Révolution, écrit Barbaroux dans ses Mémoires, n'offre pas d'entreprise plus hardie. »

Le 25 février, vers 10 heures du soir, on entend tout à coup, à Marseille, la générale battre dans plusieurs quartiers. Des rassemblements d'hommes armés ont lieu sur les places publiques dans le plus profond silence. Les citoyens, qui semblent obéir à une secrète impulsion, se dirigent, en bon ordre, vers la rue des Récollets où se trouve une réserve d'artillerie. Ils s'emparent de six pièces de canon et prennent ensuite la direction de la porte d'Aix, qu'ils franchissent à onze heures et demie du soir, par un temps affreux, sous une pluie battante. Le poste de la garde nationale tente inutilement de s'opposer au passage de cette troupe. Le commandant, stupéfait, demande qu'on lui fasse connaître, au moins, les raisons de cette prise d'armes. On lui répond que ce n'est pas son affaire et qu'il n'a qu'à rester à son poste. Le chef de poste dresse aussitôt un procès-verbal de l'événement et le transmet immédiatement au maire.

Celui-ci, prévenu, d'autre part, par divers rapports qui lui parviennent à tout instant, se rend en. hâte à l'Hôtel de Ville. Il convoque, par billet écrit de sa propre main, les officiers municipaux et le procureur de la commune ainsi que le commandant de la garde nationale. Quand la municipalité est réunie, vers une heure du matin^, elle se transporte en corps à la porte d'Aix pour essayer de dissoudre les rassemblements.

Mais la troupe armée est déjà loin sur la route. Les officiers municipaux doivent se contenter d'enregistrer les déclarations des chefs de poste. Ils retournent à la maison commune, décident que le Conseil restera en séance jusqu'au

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 146.

MARSEILLE REVOLUTIONNAIRE ZZH

rétablissement de l'ordre et s'occupent, sans désemparer, des mesures nécessitées par les circonstances. Le commandant de la garde nationale reçoit mission de s'opposer à toute tentative nouvelle qui pourrait avoir lieu. Tous les postes sont renforcés, des patrouilles sillonnent les rues de la ville . Mais le calme partout est complet (1).

A quatre heures du matin, la municipalité apprend de source sure que la troupe armée a pris comme objectif la ville d'Aix. Elle ignore encore au juste ses intentions qui sont, à n'en point douter, soit de s'emparer des membres du directoire, soit d'obliger le régiment d'Ernest à quitter la ville.

Deux officiers municipaux, Pourcelly et Pètre, sont alors envoyés au-devant du rassemblement populaire, avec mission de le ramener à Marseille, au nom de la loi. Mais les officiers municipaux arrivent trop tard (2).

Le 26 février, à 9 heures du matin, huit cents Marseillais se présentent à Aix devant la porte du Cours. Le maire, prévenu un moment auparavant de l'arrivée probable de cette troupe, avait déjà pris quelques mesures. Le Conseil municipal était réuni et en séance. Le régiment d'Ernest vient de recevoir l'ordre de rester consigné dans sa caserne, prêt à toute réquisition. Tous les postes sont doublés; la générale est battue ; la garde nationale convoquée.

Le commandant de la place, le maréchal de camp Puget de Barbentane, mandé en toute hâte, se porte au galop vers la porte au devant de laquelle, croit-il, doivent se trouver les Marseillais. Il arrive juste à temps pour voir défiler leurs canons dans la ville. Le peuple, la garde nationale, elle-même, ont fait cause commune avec la troupe et fraternisent avec elle. Celle-ci, en bon ordre, se met en bataille sur e Cours. Quand le maréchal de camp, Puget de Barbentane, donne l'ordre au major de Watteville de faire franchir la porte, à son tour, au régiment d'Ernest, les Marseillais braquent leurs canons sur le passage du régiment. Leurs intentions sont nettement hostiles ; la situation est critique.

(1) Bibliothèque municipale. Journal de Provence du 28 février 1792. N 35, psge 403.

{2> Archives municipales. Registre de délibérations du Conseil municipal. Tome III, pages 7, 8 et 9.

Un détachement suisse est allé chercher les drapeaux, chez le colonel. Il se trouve séparé du régiment à son tour. Le maréchal de camp se place devant la tête des insurgés et parlemente : « Je ne sais, dit-il, ce qui vous amène ici ; quant à moi je suis à la réquisition des officiers municipaux ; laissez prendre les drapeaux. » Les Marseillais ouvrent leurs rangs ; les drapeaux passent devant le front de la troupe qui leur rend les honneurs. Des pourparlers s'engagent. L'éloignement du régiment suisse est demandé ; il doit avoir lieu à l'instant même. Le commandant de la place n'a devant lui qu'une solution : disperser parla force ce rassemblement populaire. Le régiment suisse est là, prêt à toute éventualité ; il obéira à la voix de ses chefs.

Mais le maréchal de camp, Puget de Barbentane, a l'âme trop haut placée pour donner le signal d'un carnage inutile et que rien ne justifie. C'est un des rares chefs de l'ancien régime qui ont compris leur véritable devoir et placé, dans leur conscience, la souveraineté du peuple au-dessus des pouvoirs du roi. Les Marseillais paraissent résolus au combat ; leurs canons sont prêts à tirer sur les Suisses. Ils seront peutêtre soutenus dans la lutte par la garde nationale aixoise, également hostile ; le peuple, lui, a embrassé avec enthousiasme la cause qui anime les frères de Marseille. D'un côté, c'est le pays, en un mot, qui se soulève pour garantir la défense de ses droits qu'on ne veut point reconnaître ; de l'autre, c'est un régiment étranger, venu en France sous l'ancien régime et à ses ordres. D'ailleurs, le gouverneur militaire est à la disposition des autorités constituées et la loi martiale n'est point proclamée. Sa mission ne pouvait être que ce qu'elle fut véritablement : la pacification des esprits.

Les Marseillais étaient intraitables. La situation paraissait sans issue, lorsqu'une nouvelle réquisition de la municipalité vint mettre un terme momentané à la tension générale des esprits. Le régiment d'Ernest reçut l'ordre de réintégrer son quartier. Il obéit. La petite armée marseillaise, grossie entre temps d'une notable partie de la garde nationale aixoise, se retira de son côté. Les hostilités étaient, pour l'instant, suspendues.

Cependant la nouvelle de cette prise d'armes s'était répandue de toutes parts avec la rapidité de la foudre. Le peuple marseillais qu'on accuse, parfois, d'avoir fomenté des émeutes ne faisait que devancer l'opinion générale dans ses revendications légitimes. Le département, tout entier, jusqu'aux communes les plus reculées, partageait entièrement ses vues. Cette constatation est ici de la plus extrême importance. Si Marseille est coupable, toute la Provence l'est avec elle ; on ne saurait l'oublier.

On vit bientôt arriver à Aix les gardes nationales des environs. Le contingent marseillais grossissait à vue d'oeil. Vers 4 heures du soir on pouvait évaluer les combattants à près de sept à huit mille hommes. D.3S députations venaient à tout instant réclamer à l'fiôtel de Ville, auprès des autorités constituées, le départ du régiment d'Ernest. C'est alors que le directoire du déparlement, cet aveugle instrument d'un pouvoir arbitraire, ne tenant aucun compte des manifestations populaires, prit une mesure des plus désastreuses. Sous prétexte d'assurer la liberté de ses délibérations, il requit le maréchal de camp Paget de Barbentane de faire avaui^.er deux cents hommes du régiment d'Ernest.

Le gouverneur militaire, qui assistait aux séances, représenta vainement au directoire que cette façon de procéder, en contradiction formelle avec les ordres de la municipalité, pouvait amener les plus grands malheurs. Rien n'y fit. Bien mieux, à peine cette réquisition recevait-elle son exécution que le directoire l'aggrava en exigeant l'envoi d'un bataillon tout entier. Respectueux, avant tout, des décisions de la première ass -mblée du département, et quoique à contrecœur, le gouverneur de la place, qui se trouvait alors au quartier, fit ce que son honneur militaire lui commandait. Il se mit lui-même, et à pied, en tête de la force armée, après s'être assuré des points de communication tout le long du parcours. Il était 5 heures du soir.

Le bataillon suisse avançait péniblement. Les rues étaient remplies d'une foule d'étrangers qui barraient toutes les issues. Quand on apprit que la marche du batailloû était ordonnée par le directoire du département, les esprits, déjà échaufïés, menacèrent ouvertement les Suisses. Des coups de feu se firent entendre. Les habitants d'Aix, effrayés, conjuraient le commandant de la place de ne plus avancer. Mais l'ordre du directoire élait positif. La panique s'empara d'une partie de la population ; de toutes parts des gens s'enfuyaient à l'approche du bataillon en poussant des cris de terreur. Les gardes nationales faisaient des préparatifs de défense. Des canons étaient, à la hâte, mis en batterie, sur la place de l'Hôtel de Ville. Le cercle se resserrait de plus en plus autour des Suisses, le choc paraissait inévitable.

En présence d'une telle situation, la municipalité, pénétrée du danger et s'inspirant uniquement des circonstances, sortit tout entière en écharpe et se présenta au-devant du bataillon en lui ordonnant d'arrêter sa marche. Le commandant de la place répondit qu'il devait exécuter la réquisition de l'autorité supérieure. Le corps municipal réitéra ses injonctions en alléguant qu'il était seul chargé de la police de la cité. Puget de Barbentane, cédant à la fin, fit faire halte au bataillon. Il envoya de suite un aide de camp auprès du directoire pour lui^^faire connaître les dispositions de la foule et en obtenir, au [besoin, de nouvelles instructions. Cet officier revint peu après, apportant la nouvelle que le directoire n'existait plus; tous ses membres s'étaient enfuis lâchement dans toutes les directions.

Le gouverneur mihtaire, déférant alors à la réquisition des officiers municipaux, les pria de se mettre en tête de la colonne. Celle-ci fit demi-tour et rentra au quartier. Il était temps. Les corps de garde de la place avaient déjà été désarmés par la foule ; l'un d'eux se présentait en cet état à ce moment.

Telle est la première journée de l'insurrection. Chacun garde ses positions. Dans la soirée du 26, le commandant de a place envoie un exprès, au lieutenant général de Coincy, pour le prier de lui donner des ordres en vue du départ du régiment.

La nuit du 26 au 27 se passe, néanmoins, sans encombre. Mais à la pointe du jour, le 27, en entend, tout à coup, battre la générale. Des rassemblements nombreux viennent entourer la caserne. Bientôt des canons sont mis en batterie en face des murailles et sur le seul passage que peut suivre le régiment s'il veut sortir. Les Suisses sont maintenant assiégés. Un des cbefs de la troupe s'avance au devant du commandant militaire et le somme de faire partir le régiment sans armes. Cette condition parait inacceptable au maréchal de camp Puget de Barbentane, aussi bien qu'au major de Watte\ille. On parlemente encore une fois.

Les insurgés perdent patience et tirent un coup de canon qui abat un pan de muraille. Le temps presse. Une députation de sous-officiers, envoyée par le commandant des Suisses est désarmée et retenue prisonnière. Il faut céder ou faire usage des armes. Le commandant de la place fait connaître au major de Watteville que si le régiment veut sortir il se mettra à sa tête. Il fait ressortir, néanmoins, que ce serait folie de vouloir tenter de percer le cercle qui les entoure. Les Suisses n'ont que leurs fusils; le régiment compte à peine 900 hommes. Il a maintenant en face de hii 10 à 12.000 hommes avec du canon.

Le major de Watteville rassemble un conseil de guerre et dit alors à ses officiers:» ... Allez dire aux compagnies qu'ayant éprouvé dans d'autres circonstances leur attache ment en moi. j'espère tout de leur docilité... Qu'elles se tiennent prêtes à exécuter ce que je vais leur commander. . . J'aurais désiré, comme vous, périr à la tête de ce brave régiment; mais comme chef et maître de son sort j'en suis responsable vis-à-vis du canton de Berne et ne puis vouloir faire périr, sans utilité, 900 de ses sujets. . . Le régiment est en France pour aider les soldats dans la guerre étrangère et non pour détruire des citoyens français. Ils nous demandent nos armes ; je vous ordonne donc, sous ma responsabilité, de les déposer quand le moment sera venu. Je réponds de tout visà-vis du canton de Berne... »

Celte résolution, une fois prise, il ne restait plus qu'à l'exécuter. Les soldats suisses donnèrent, en celte occasion, un rare exemple de dévouement et de discipline. Le geste de

rendre les armes sans combat dut être pénible pour ces soldats de carrière qui auraient voulu décider autrement du sort de la lutte. Les armes furent déposées. Immédiatement après, précédé et suivi par des détachements de gardes nationales, le régiment, muni de son équipement seulement, quitta la ville sans esprit de retour et se rendit à Toulon. Là, on lui remit des fusils. Quelque temps après, Ernest-suisse regagna sa patrie entouré de l'estime même de ceux qui l'avaient le plus combattu (1).

Les Marseillais revinrent à Marseille couverts de gloire. Cet événement eut un retentissement énorme à l'époque. La Cour donna tous pouvoirs au lieutenant général de Coincy.

(1) Bibliothèque municipale. Journal des Départements méridionaux du 6 mars 1792, n» 1, pages 1 à 5.

Archives municipales. Délibérations du Conseil municipal. Tome III. Séances des 26, 27 et 28 février.

Archives des Bouches-du-Rhône. Délibérations de l'Assemble administrative du département. Tome Lm 6, pages 83 et suivantes.

Mémoires du maréchal de camp Puget de Barbentane.

Lourdes. Histoire de la Révolution en Provence. Tome II, pages 506 et suivantes.

Rapport adressé au roi par le canton de Berne (communiqué par le commandant de Cazenose). Archives de Berne.

Cette dernière relation que nous avons pu lire en entier, grâce au commandant de Cazenove qui a pu se la procurer en Suisse, diffère sensiblement, sur certains points, de la version que nous donnons ici. L':ittitude du maréchal de camp Puget de Barbentane, notamment, est vivement critiquée. Il est probable, que par la suite, le major de Watteville, ce prince étranger au service du roi de France, aura voulu, en gentilhomme, sauver les apparences. Ce document, venant de Suisse, a servi de base à la légende qui s'était établie jusqu'ici. Quoi qu'il en soit, les documents que nous citons plus haut concordent de façon absolue et démontrent, jusqu'à l'évidence, que l'ordre ferme du désarmement, quoi qu'on en ait dit,ne fut jamais donné par le marquis de Barbentane. Au contraire, cet oflicier général, ainsi que nous le faisons remarquer dans notre étude, dit au major de Watteville qu'il prendrait lui-même la têie du régiment s'il voulait faire usage des armes. Ce point très important ne doit pas même être discuté, puisque dans son rapport le major de Watteville relate la décision prise par lui en des termes, d'ailleurs, qui lui font le plus grand honneur et témoignent d'une compréhension bien nette des circonstances et de l'état d'esprit de l'époque.

MABSEIIXE RÉVOLUTIONNAIRE 229

Mais celui-ci avait déjà pris les devants et mobilisé de sa propre initiative les 22 bataillons dont nous avons parlé. C'en était fait des Marseillais s'ils avaient songé à donner suite, après le désarmement du régiment suisse, à leurs projets contre Arles. Heureusement pour eux qu'ils eurent le bon esprit de regagner leurs foyers.

Il fallait cependant au pouvoir exécutif un bouc émissaire. Puget de Barbentane, cet éminent patriote, était tout désigné. Par lettre en date du 6 mars, le ministre de la guerre, Louis de Narbonne, le suspendit de ses fonctions en attendant le jugement d'une cour martiale qui devait juger sur son sort : « Le roi, dit-il, qui connaît bien la responsabilité de ses ministres, doit garantir à la Nation toutes les démarches du gouvernement. Il entend que cette responsabilité pèse de grade en grade sur tous les agents de son pouvoir et qu'ils soient également atteints par elle et pour les fautes qu'ils auraient pu commettre et pour celles qu'ils auraient dû prévenir... (1). »

Ainsi la Cour punissait Puget de Barbentane, au nom de Id Nation, parce qu'il n'avait pas répandu le sang des patriotes comme l'avait fait de Bouille à Nancy !... C'était le comble de l'impudence et la Nation qu'elle avait mise en cause le lui fît bien sentir. Toutes les autorités constituées, les municipalités d'Aix et de Marseille, le directoire du département lui-tnême, revenu de sa frayeur, plaidèrent chaleureusement sa cause. « Nos administrés, s'ésrie ce dernier qui, pourune fois semble bien inspiré, se demandent avec étonnement quel est son crime... Comme chef militaire, M. Barbentane a obéi aux réquisitions des corps administratifs. . . Comme citoyen il a empêché le sang dé couler. Il a sauvé la ville d'Aix d'une ruine inévitable ; il a étouffé les germes d'une guerre civile prête à se déclarer dans les départements du Midi. . . (2). »

(1) Archives municipales, série H, non classée.

(2) Archives des Bouches-du-Rhôoe. Séance du directoire du département. Tome 11*, page 107.

Le lecteur a pu se pénétrer, comme nous, du rôle joué parle directoire du département dans l'affaire du régiment d'Ernest. Son attitude à l'égard du marquis de Barbentane est digne de remarque. Et puisqu'il le loue c'est qu'il le mérite. L'opinion de cet organe administratif, étant donnés son attitude

Des adresses énergiques, parfois violentes, sont adressées au roi et à TAssemblée législative par des milliers de citoyens actifs du département. Les habitants d'Aix écrivent qu'ils i( bénissent la sagesse de ce commandant et lui doivent un monument de son estime e^ de sa reconnaissance. . . (1). »

Mais l'adresse la plus remarquable par la force des expressions fut assurément celle du Club de Marseille. Elle fut rédigée par Ricord, en termes violents et adressée au roi en ces termes :

« Tu souffres qu'un impudent ministre punisse Puget-Barbentane, commandant des troupes de ligne, à Aix, et cela parce qu'il est Jacobin ! tandis que la présence du cousin de Bouille, cet assassin en second, souille ton château et que tu conceries avec lui les moyens les plus propres pour taire renaître le despotisme !. . .

Barbentane est notre frère. Sans analyser sa conduite, il nous suffit de te dire qu'il a épargné le sang des patriotes, et quand tu le mandes à la cour martiale, nous lui décernons la couronne civique. Il nous suffit de te dire que nous le voulons au milieu de nous et si tu persistes dans ton injustice tes barbares satellites viendront l'arracher d'entre les Marseillais bien résolus à leur faire payer chèrement leur témérité. Tu seras peut-être étonné de notre langage ; tu ne le serais point si tu étais convaincu que le peuple est souverain et toi seul,., sujet. . .

Purge notre département de ton agent Goincy. Nous le connaissons ; il ne peut plus te servir ici et si tu t'obstines à te montrer l'ennemi du peuple il le sera plus utile aux Tuileries. Mets à son poste un citoyen digne de la confiance publique. Puget Barbentane a fixé les vœux des Marseillais et des patriotes de ce département. . . (2). »

antérieure et les événements qui suivirent, suffirait seule, croyons-nous, à définir le rôle véritable de cet ofïicier général de l'ancien régime. Que de légendes tomberaient ainsi d'elles-mêmes, pour le plus grand bien de l'histoire, si l'on voulait se donner la peine d'utiliser les archives de la province 1

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 147.

(2) Bibliothèque municipale. — Journal des Départements méridionaux du 24 mars 1792. N» 9, page 35.

Chose remarquable e! bien faite pour attirer l'attention dans cette période troublée, si fertile en événements, cette adresse pleine de fiel et de haine vit son entier accomplissement. Un nouveau ministre de la guerre, de Grave, rendit pleinement justice au général-citoyen et le roi le replaça dans son commandement. Chargé peu à près d'une mission de pacification dans le Comtat, Puget de Barbentane fut nommé lieutenant général à son retour, et prit en cette qualité la place de M. de Coincy, dans le commandement de la 8* Division militaire (1).

Quand on apprit à Arles le désarmement du régiment suisse d'Ernest, l'exaltation des esprits fut extrême. Un vent de fureur et de véritable folie souffla par la ville. Les ChitTonnistes, se figurant voir déjà les Marseillais à leurs portes, prirent de grandes mesures de défense. La municipalité avait maintenant à sa tête, Loys, cet homme exalté et néfaste, et celui-ci exerça alors une véritable dictature. Les canaux furent détournés de leur cours et la campagne inondée; le pont de Trinquetaille coupé (2). Arles, s'isolant complètement du reste du département, ferma ses portes et supprima tous moyens de communication avec l'extérieur.

(1) Paul-François-Hilarion-Blenvenu de Puget, marquis de Barbentane. dut à l'ardeur de ses opinions un avancement rapide sous la Révolution. Le 1" mai 1789, il avait, comme colonel au régiment d'Aunls, tait prendre, le premier, la cocarde tricolore, à ses soldats. Elu peu après députésuppléant à l'Assemblée Nationale. Promu maréchal de camp en 1790. Sa conduite remarquable, dans la journée du 27 février, lui valut par la suite le grade de lieutenant général. Remplaça «-n cet'e qualité le lieutenantgénéral de Goincy dans le commandement de la 8« Division militaire. Commanda un moment l'armée des Pyrénées-Orientales. Revint bientôt à Marseille où il fut affecté à l'armée d'Italie (armée des côtes de la Méditerranée' réserve de l'intérieur). Destitué par le Comité de Salut public comme ■ci-devant noble et emprisonné. Echappa au supplice grâce au 9 thermidor.

Napoléon qui n'aimait pas plus les jacobins exaltés que les nobles favorables à la cause de la Révo'ution, le laissa plus tard complètement à l'écart. Vécut quelque temps à Paris, dans l'oubli. Se retira à Barbentane dans son iieu d'origine où il publia ses Mémoires. Mort en 1832.

(2^ Bibliothèque municipale. Journal des Départements mi'Hdionaux du 24 avril 1792. No 22, page 90.

Les remparts sont ensuite restaurés à la hâte ; des batteries viennent renforcer les ouvrages naturels de défense. On confectionne des gargousses ; on prépare des projectiles. L'Hôtel de Ville et l'ancien évêché sont transformés en arsenaux. Arles se prépare à soutenir vigoureusement un siège en règle.

Quelque temps auparavant, sous l'œil bienveillant des commissaires du roi, envoyés sur les lieux au commpucement de l'hiver, la municipalité avait essayé d'enrôler des gens sans aveu, sans foi ni loi, de cette espèce qui pullule lors des grands troubles dans les villes. Des émissaires stipendiés parcouraient toute la région du Midi pour recruter cet élément hu nom du roi. Le 30 janvier, le procureur général syndic du département du Gard avait dénoncé le péril et offert des preuves, par écrit, d'engagements « pour le régiment de la Chiffonnière (1). »

Puis, comme ce moyen de compléter la force armée ne paraît point suffisant, la municipahté requiert, îe 1" mars, le maréchal de camp de Folney^ en garnison à Avignon, d'envoyer deux escadrons de dragons. Le directoire du département, dès qu'il est prévenu, invite ce commandant à faire rétrograder la troupe déjà partie (2). Mais les chefs militaires de la Provence sont dévoués aux rebelles et secondent en secret leurs opérations.

La municipalité d'Arles, mandée à la barre du directoire pour se justifier, répond qu'elle ne reconnaît plus celte assemblée. « Pouvions-nous, écrit-elle, en faisant allusion à ce qui s'était passé dans la journée du 26 février, invoquer une autorité supérieure dispersée par des rebelles (3) ? » C'est en vain que les commissaires civils, députés par le roi à Avignon, cherchent, à leur tour, à s'interposer, et à user de l'autorité que leurs pouvoirs leur confèrent. Le maréchal dfr camp de Folney, n'écoutant que ses passions, ou obéissant,.

(1) Archives ries Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 26. — « Les recruteurs, écrit le procureur général syndic du Gard, étaient accompagnés d'un tambour qui criait sur son passage : Vive le Roi, m... à la Nation. »

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire.- Tome III, page 260.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 26.

peut-être, à des suggestions perfides, ne tient aucun compte des réclamations des pouvoirs publics. Ses dragons viennent tenir garnison à Tarascon, où le district, animé d'une bienveillance coupable, leur a déjà préparé, à l'avance, le logement et des vivres.

Le Directoire du département écrit alors au lieutenant général de Coincy et rend compte de l'événement à l'Assemblée législative (1). C'est tout ce que peut faire cette assemblée dépopularisée et sans force. Son autorité est partout méconnue ; personne ne lui obéit. Triste exemple d'un pouvoir qu* ne s'appuie point sur l'élément populaire qu'il représente.

Il reste encore dans la ville d'Arles quelques éléments actifs du parti des Monnaidiers. Jusqu'ici ils ont été seulement mallraités. Maintenant, ils sont emprisonnés et retenus comme otages (2). Quand les Marseillais apparaîtront, ils couvriront en tête les rangs des rebelles. Ceux qui peuvent s'enfuir à temps se réfugient dans les villes voisines. Le 6 mars, le directoire du Gard fait connaître aux officiers municipaux de Marseil'e que les communes du département ont donné asile à un grind nombre de ces infortunés. « Ceux qui à Arles se sentent coupables, écrit-il, ne sont que trop disposés à des actes d'un féroce désespoir (3). » Les officiers municipaux recueillent, en mains endroits, les dépositions des malheureux patriotes arlésiens. Ils adressent au département des Bouches-du-Rhône les plaintes de cent familles qui ont dû s'exiler (4).

Il y a, en arrière de la tour de Bouc, désarmée, un poste important, celui de îa tour de Saint-Louis. Le 8 mars, il est désarmé à son tour. Le capitaine qui commande la redoute, à la tête de quelques invalides, est désespéré et signe la pièc^ de décharge du matériel, « contraint et forcé ». Il

(1) Archives des Bouches-du-Rliône. Correspondaa<-e du directoire. Tome III, pages 258. 261, 264.

r2i Bibliothèque muuicipale. Journal des Départements méridionaux, pages 9, 25, 35 et 40.

\3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 26.

(il Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 26.

demande aussitôt des renforts et et des moyens de défense, ne pouvant, dit-il, «faire la guerre à ses frais». Désormais, l'embouchure du Rhône n'est plus gardée. Par un coup de main audacieux, l'ennemi peut, sans encombre, pénétrer à

La Tour de Saint-Ixouis en 1790

(Collection du Muséon Arlaten)

l'intérieur. Sur l'autre bras du Rhône, Aigues-Mortes, acquise aux rebelles, n'opposera aucune résistance (1).

Le directoire du département tente un dernier effort. Deux commissaires, Villiard et Borrély, reçoivent la mission de se

(1) Archives des Bouches-du-Rliône. Série L. Département. Liasse 114.

transporter à Tarascon, puis à Arles, en vue de se concerter avec deux membres du district et avec la municipalité de cette ville pour essayer de pacifier les esprits. Tout en rendant compte de cette mesure, le directoire ne se fait plus d'illusion et avoue naïvement son impuissance. « L'indignation contre Arles, dit-il, est à son comble ; mais la nullité de nos moyens ajoute à nos embarras. »

Les commissaires se sont déplacés inutilement. Ils écrivent de Tarascon, le 14 mars, que leur mission n'a pas réussi, n'ayant pu prendre contact, ni avec la municipalité d'Arles, ni avec le directoire du district qui « se dérobent et se récusent (1). » Arles est en complète insurrection. Elle ne reconnaît plus aucun pouvoir et fait la loi sur son domaine. Cet état de choses inouï va bientôt cesser.

Barbaroux et Loys étaient toujours à Paris et poursuivaient devant le Comité des rapports et de sûreté générale la puninition des conspirateurs. Leur mission était difficile. La majorité de l'Assemblée législative leur était hostile et la partie avancée, elle-même, mal éclairée, était prévenue contre la ville de Marseille qu'ils représentaient. Le pouvoir exécutif, s'étayant des rapports des commissaires civils, envoyés par le roi, après les troubles de septembre, entravait singulièrement la marche de leurs opérations.

C'est alors que Barbaroux, voulant à tout prix imposer l'attention sur les événements du Midi, se présenta au club des Jacobins, afin de recruter un appui politique favorable à ses vues et à celles de ses commettants. Il attaqua et dénonça le ministère. La manœuvre était adroite : « On craint d'armer le peuple, dit-il, parce qu'on veut l'opprimer ; mais malheur aux tyrans ! car le jour n'est pas loin oii la France entière va se soulever, toute hérissée de piques, et ce jour leur sera fatal.

U) Archives des Bouciies-du-Rhône. Série L. Département. Liasse

236 MABSEILLE RÉVOLUTIONNAIRE

Quant à nous, s'il faut que Marseille combatte Arles pour efïacer la honte de l'avoir fondée, elle le fera ; les Marseillais feront voir qu'ils sont dignes de mourir pour la liberté. »

Les paroles du futur conventionnel furent couvertes d'applaudissements. A partir de ce moment, le siège élait gagné ; le parti des jacobins, tout entier, prit fait et cause pour la municipalité de Marseille.

L'affaire d'Arles fut jugée le 13 mars. La lutte fut chaude, mais les partisans de l'ordre l'emportèrent enfin. Par décret, en date de ce jour, l'Assemblée législative manda à sa barre le directoire des Bouches-du-Rhône, celui du district d'Arles et la raunicipahté de cette ville, ainsi que les corumissaires du roi. Les trois corps administratifs furent remplacés par leurs Conseils, Le pouvoir exécutif reçut l'ordre de faire marcher sur Arles des volontaires nationaux. Un rassemblement de troupes, formé dans la plaine de Beaucaire, devait se porter partout où la sûreté de l'Etat et la tranquillité publique l'appelleraient.

Presque au même instant, le directoire du département, qui n'ignorait rien des attaques dirigées contre lui par la municipalité de Marseille, croit devoir changer de tactique et prendre nettement parti dans le sens de la Révolution. Oubliant complètement son attitude antérieure, il écrit à l'administration du Gard, à la date du 10 mars, que « l'opinion publique s'élève toujours de plus en plus. L'indignation, contre Arles, dit-il, est à son comble, et nous craignons de voir arriver l'instant où les citoyens de toutes les parties du département se croiront tout permis. Dans ce danger pressant de la chose publique, il ne nous reste d'autre espoir que celui où l'Assemblée nationale, éclairée sur les perfides desseins des malintentionnés, prendra enfin des mesures convenables pour empêcher que la paix soit plus longtemps troublée dans ces contrées (1). »

Deux jours après, il avoue au ministre que le danger est réel et dénonce formellement la ville d'Arles. « Nos inquiétudes. Monsieur, écrit-il, ne nous donnent aucun repos. La

(1) Archives des Bouclies-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome III, page 280.

MARSEILLB RÉVOLUTIONNAIRE 237

fermentation des esprits augmente dans le département ; les patriotes ne vivent plus dans la ville d'Arles, centre réel de contre-révolution (1). »

Entin, le 14 mars, il réclame des mesures qu'il a improuvées jusque là. « Les alarmes que nous inspirent, Monsieur, écrit-il encore au ministre, les habitants d'Arles, croissent sans cesse. La tranquillité publique serait vit^ remise dans le département si le roi ou l'Assemblée nationale ordonnait le désarmement des ritoyens de la ville qui, sans prétexte de se tenir sur un pied de guerre, ne cessent de faire des incursions. On ne peut se dissimuler les tortures et les frayeurs qu'éprouvent les habitants de cette contrée sans cesse troublée par le voisinage de cette ville. Nous vous demandons, Monsieur, comme un acte de justice, de donner un ordre pour désarmer la ville et élargir les prisonniers, illégalement détenus. Votre patriotisme nous laisse espérer que vous voudrez bien activer les mesures pour rétablir le calme parmi nous (2). »

Il est au moins curieux de rapprocher ce document de celui du 27 septembre. Lourdes, qui nous parait être l'auteur le mieux renseigné sur les troubles de cette époque, attribue uniquement la décision prise par l'Assemblée législative, le 19 mars, à Barbaroux et aux plaintes des Monnaidiers. Sans doute, Barbaroux. qui avait fait rendre le décret du 13, contribua pour beaucoup à celui du 19, d'après lequel l'Assemblée législative déclarait, enfin, la ville d'Arles en état de révolte. Mais il est permis aussi de supposer que le changement d'attitude du directoire des Bouches-du-Rhône, eut également son influence auprès des législateurs. Le ministère, déjà peu populaire, perdit en lui un de ses meilleurs appuis. Sa conduite équivoque, lors des précédents troubles, apparut de façon plus nette et précipita sa disgrâce, déjà certaine à cette époque.

Quoi qu'il en soit, l'attitude nouvelle du directoire est à signaler. C'est la manifestation la plus éclatante en faveur de l'utilité du rôle joué par la municipahté de Marseille et la

^l) Archires des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome III, page 280.

(2) Archives des Bouches-du-Rhôae. Série L. Département. Liasse 26.

garde nationale de cette ville qu'une sourde cabale faisait apparaître comme des instruments de domination et de brigandage. Les préventions injustifiées dont elles étaient l'objet tombèrent ainsi d'elle-mêmes et, sans vouloir rabaisser la part d'influence qui revient à Barba roux dans les décisions de l'Assemblée législative, la vérité nous oblige à reconnaître que les circonstances firent plus en cette affaire que le talent personnel du futur conventionnel. On est trop tenté, parfois, de porter trop haut le mérite de ceux qui, par le hasard de la fortune, ont su s'élever en flattant les passions de la foule.

Le décret du 19 mars est ainsi conçu :

« 1" Tous les citoyens d'Arles seront tenus, dans les vingtquatre heures de la publication du présent décret, de déposer a la maison commune leurs armes qui resteront sous la surveillance des commissaires de l'administration du département des Bouches-du-Rhône.

« 2^" Les canons, fusils de remparl et munitions de guerre, ainsi que les 1.500 fusits arrêtés sur le Rhône par les Arlésiens, seront transportés dans l'arsenal le plus voisin, aussitôt après la publication du présent décret.

(( 3° Les fortifications et ouvrages élevés autour de la ville d'Arles seront démolis aux frais de la commune, sauf son recours contre ceux qui ont ordonné ou autorisé cette construction. . . (1). »

(1) Bibliothèque municipale. Journal des Départements méridionaux du 29 mars. N» 11, page 42.

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