CHAPITRE II
. Le Club jacobin de Marseille dénonce le péril girondin. — Mission extraordinaire des comrnissaires de la Convention dans les Bouchesdu-Rhône. — Alarmes extérieures. — II. Menées contre-révolutionnaires — Le maire de Marseille prend ouvertement le parti de la Gironde. — Moïse Bayle et Boisset lèvent une armée de 6.000 citoyenssoldats pour réprimerles troubles intérieurs (3 avril 1793). — III. Volteface subite des sections marseillaises (22 avril . — Moïse Bayle et Boisset sont obligés de s'enfuir. — Etablissement du Comité général des trente-deux sections (23 avril). — IV. Mesures prises par cet organe illégal. — 72 rappelle le contingent marseillais de l'armée de 6.000 hommes (30 avril). — Le général Moisson reçoit des ordres contradictoires. — V. Les sections de Marseille poursuivent à grands pas leur œuvre de désorganisation sociale. — Licenciement du camp de Montredon. — Les Jacobins se réunissent en Comité central à Salon. — La force armée les disperse (16 mai). — VI. Licenciement de l'armée de 6.000 hommes (31 mai). — Adresse virulente envoyée à la Convention par la municipalité de Marseille. — .\ppel â la guerre civile.
Au début de 1793, le Club marseillais, instruit par les Jacol)ins de Paris et le procès du roi, comprit enfin, de façon définitive, le danger qui menaçait la République. Le véritable rôle de la Gironde lui apparut. 11 y avait maintenant en France trois partis politiques : celui de la Cour, celui de la classe bourgeoise et celui du peuple. Les contre -révolutionnaires, jusqu'ici abattus, n'allaient-ils pas, à la faveur du trouble qui s'était emparé des esprits, relever la tète ? Une sourde fermentation agitait la ville et était entretenue parles émissaires girondins, sous les auspices de Barbaroux. « Des agents infâmes, s'écrie le président du directoire du département, Paris, disséminent partout le soupçon, la crainte, la méfiance, le désespoir... (1). » De toutes parts le bruit se répandait de plus en plus que l'on avait vu reparaître un
(1) Bibliothèque municipale. Journal des départements méridionaux, page 655.
grand nombre d'émigrés et de prêtres ; les Piémontais, disaiton, devaient faire une trouée du côté de Barcelonnette. . .
Le Club fait alors preuve d'énergie. Le 12 février il nomme un Comité central de douze membres avec mission de découvrir les complots à l'inlérienr et de provoquer des mesures propres «à étouffer les germes de séditions populaires (1). » Quatre jours après , à son instigation, les administrations réunies prennent trois grandes mesures de sûreté : les cercles sont supprimés ; le tribunal populaire est dissous et remplacé par un tribunal révolutionnaire ; enfin, un Comité des finances est chargé de taxer les citoyens aisés qui, « par mauvaise volonté, avarice ou vil égoïsme, n'ont pas souscrit volontairement des sommes proportionnées à leur fortune et aux besoins de la patrie. » Puis, pour compléter ces dispositions et les rendre efficaces, le Comité central propose le désarmement des suspects.
Cette opération, on s'en souvient, avait eu lieu une première fois au mois de septembre 1792. Déjà, à cette époque, la municipalité avait adouci la mesure et relevé les commissaires chargés de dresser des listes. Cette fois, le maire Mourraille et le procureur général syndic, Seytres, en conflit latent avec le club, croient le moment venu de se découvrir entièrement. Sous prétexte que les listes sont établies d'avance et que cela semble dénoter, de la part du Comité, l'intention de procéder à des arrestations et de faire un massacre^ peut-être, ils s'opposent à son exécution. Le désarmement, néanmoins, s'opéra sans encombre, quelques jours après ; les personnes reconnues suspectes de façon notoire durent céder leurs armes (2). Mais la lutte, dorénavant, était engagée, à Marseille, entre le parti girondin, qui avait à Sa tête le maire, et le Club jacobin.
Celui-ci ne confinait pas son rôle dans l'intérieur de la ville et même du département. Quand il apprit que les membres de la Convention avaient élu Gensonné comme président
(1) Bibliothèque municipale. Journal des départements méridionaux, du 21 février 1793. N» 148, page 601.
(2) Bibliothèque municipale. Journal des départements méridionaux du 21 mars 1793. N» 164, page 666.
de l'Assemblée, il protesta contre l'élection et vota une adresse énergique. « Mandataires infidèles qui vouliez l'appel au peuple, s'écrie-t-il, votre perfidie est à son comble. Trop longtemps vous avez occupé le poste que vous étiez indignes de remplir et oii vous ne restez que dans la coupable espérance de perdre la République... Fuyez de cette enceinte sacrée... Sections, corps administratifs, assemblée populaire, toute la côte de Marseille, enfin, vous déclare que vous avez perdu sa confiance et qu'elle vous dénie pour ses représentants. Elle ne peut pas faire un plus salutaire usage de son droit partiel de souveraineté que de vous ordonner de vous retirer. Nous ne connaissons de la Convention nationale que cette Montagne tutélaire qui doit, avec nous, sauver la République. . . (1). »
On n'aurait su dire, à cette époque, qui l'emporterait, en définitive, à la Convention, des Montagnards ou des Girondins. Il fut question à la tribune de l'Assemblée d'improuver la pétition et de casser les précédents arrêtés des corps adminisiratifs. Danton, par contre, glorifia l'attitude de Marseille qui s'était déclarée « la montagne de la République. » « Elle se gonflera, cette montagne, ajoutait-il, et roulera les rochers de la liberté sur tous les monstres qui veulent la tyrannie et l'oppression (2). »
Danton se trompait. Pour que sa prophétie pût s'accomplir, il aurait fallu qu'un Barbaroux,un Mourraille, un Seytres, n'eussent pas déjà préparé les esprits en sens inverse.
Telle était la situation politique, à Marseille, et l'attitude réciproque des partis, lorsque les commissaires, que la Convention envoyait dans tous les départements pour activer la levée des troupes et fortifier l'esprit public, parvinrent en cette ville.
Moïse Bayle et Boisset, tels étaient les noms de ces commissaires, firent vérifier leurs pouvoirs le 28 mars. Ils entrèrent aussitôt en contact avec le Club, qui reçut la mission de s'enquérir des noms de ceux qui avaient encouru, dans le
(1) Bibliotliéque municipale. Journal des départementi> méridionaux du 21 mars 1793 ; n-' 164. page 664.
(2) Moniteur. Tome XV, page 808.
département, la destitution pour incivisme (1). Il fut alors constitué un comité de quatre membres, avec mission de recliercher les moyens les plus prompts pour connaître, dénoncer et faire poursuivre les conspirateurs et les traîtres (2).
Le danger était réel. Aux luttes des partis, à l'intérieur, venaient s'ajouter les alarmes extérieures. Après la campagne de 1792, la Convention avait décrété que les institutions révolutionnaires seraient imposées aux pays conquis. Des secours avaient été promis aux peuples qui voudraient conquérir leur liberté. Les souverains de l'Europe furent alors effrayés ; la mort de Louis XVI détermina à prendre les armes ceux qui hésitaient encore.
Au Piémont, à l'Autriche et à la Prusse, déjà en guerre avec la République française, s'étaient joints l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal, la Hollande et la Russie.
Pour faire face à tant d'ennemis, la Convention allait bientôt décréter la levée de 300.000 gardes nationaux. Mais il avait fallu ouvrir la campagne avec 270 000 hommes seulement, et la coalition en avait mis sur pied 350.000. Cette infériorité numérique n'était pas la seule cause de revers probables. Notre armée, comme le pays, était divisée ; les luttes des partis avaient leur triste répercussion sur les troupes dont le moral était affaibli. Presque tous les généraux étaient des Girondins ;Dumourie2, en particulier, qui venait de conquérir la Belgique, leur était acquis et n'allait pas tarder à dévoiler ouvertement ses projets de contre révolution. Après un essai infructueux, ce général avait dû renoncer à la conquête de la Hollande. Irrité de cet échec, il fit arrêter deux agents du pouvoir exécutif et fermer les clubs en Belgique. Puis il adressa à la Convention une lettre dans laquelle il rendait les Jacobins responsables des désastres de l'armée.
Vers le milieu du mois de mars, il réunit 45.000 hommes à Tirlemont, résolu à livrer bataille et à user du prestige que lui donnerait une nouvelle victoire pour arrêter la marche de la Révolution. Il fut battu à Neerwinden et cette défaite
(1) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 25.
(2) Bibliotlièque municipale. Journal des départements méridionaux, page 681 .
entraîna la perte de la Belgique. Duraouriez adressa alors une nouvelle lettre de menaces à la Convention; il retira toutes ses garnisons de Belgique et concentra son armée au camp de Maulde, en attendant le moment favorable pour marcher sur Paris. Le ministre de la Guerre et quatre représentants du peuple chargés d'aller lui signifier le décret qui le mandait à la barre furent livrés par lui aux Autrichiens.
Dumouciez, commandant de l'armée du ^ord (1792-1793)
Jamais le péril n'avait été aussi grand. Les Jacobins, dans ces circonstances, montrèrent une énergie farouche. Les quatre-vingt-deux commissaires qu'ils envoyèrent en province reçurent une mission ostensible qui consistait dans la levée des troupes ; voilà pour l'ennemi extérieur. Mais comme il convenait de réprimer, au dedans, les exploits des Girondins et des contre-révolutionnaires de toute espèce, les représen- Tants en mission furent aussi chargés d'instruire les citoyens
des dangers de la patrie, de diriger, en un mot, l'esprit publicvers une action commune. Sur ce point leur mandat ne parait pas avoir été nettement défini; ils devaient, avant tout, suivant les régions, s'inspirer des circonstances et les mettre à profit. Quelques-uns dépassèrent le but; d'autres se laissèrent entraîner par les événements. Il faut leur rendre cette justice que tous contribuèrent, avec une égale ardeur, à l'unité d'action. Les 300.000 tiommes demandés par la Convention furent levés et rejoignirent les armées où ils furent plus tard amalgamés avec les anciens bataillons de volontaires dansles troupes de ligne. Celte mesure devait amener, par la suite, la formation des solides armées de 1794 et 1795. D'un autre côté, si les commissaires ne parvinrent pas toujours, à l'intérieur, à tirer la Convention des inextricables difficultés au milieu desquelles elle se débattait, leur action eut néanmoins ce résultat de précipiter en quelque sorte le dénouement en obligeant, de toutes parts, le parti girondin à se découvrir entièrement. C'est ce qui arriva dans les Bouches-du-Rhône.
On ne tarda pas à acquérir, dans es département, les preuves manifestes de l'hostilité latente qui séparait les esprits. Le Club jacobin de Beaucaire ayant voulu célébrer sa fête annuelle fut pris à partie par les contre-révolutionnaires. Il y eut des troubles graves. La municipalité fit appel à la garde nationale qui fit feu (1). Trois Jacobins furent tués ; un habitant de Tarascon périt lapidé et noyé. Les officiers municipaux d'Avignon, mis au courant des faits, mandèrent aussitôt la nouvelle au département des Bouches-du-Rhône.
Presque au même instant, les patriotes arlésiens, comme si un mot d'ordre était donné, furent, à leur tour, molestés. Deux commissaires pris dans le bataillon du 21 janvier et envoyés en députation à Aix, auprès du Club des Antipoliti-
(1) Biblioltièque municipale. Journal des Départements méridionau.-c du 11 avril 1793. N» 173, page 699.
MA.RSEILLE RÉVOLUTIONNAIRE 347
ques, firent connaître que « des intrigants cherchaient aussi, dans celte ville, à diviser les esprits en répandant de faux bruits (1). Une nouvelle Vendée menaçait de se former sur les bords du Rhône (2).
Moïse Bayle et Boisset se montrèrent alors à la hauteur de leur tâche. Le 3 avril, ils requirent le département de mettre sur pied une armée de 6.000 hommes « pour se porter partout où besoin serait à l'effet d'arrêter les mouvements contre-révolutionnaires qui se manifestaient à Beaucaire (3).»
Celte décision eut le don d'irriter les Girondins. Mourraille voulut y voir le prélude d'une manœuvre de dictature ourdie par les Jacobins. Le bruit se répandit que cette armée pourrait bien avoir une autre destination. Le maire de Marseille contesta la gravité des troubles dans le département; il fit tout son possible pour retarder la levée et prévint ses amis de Paris de la mesure prise par les commissaires.
Les Girondins étaient encore tout-puissants dans la capitale. Le Conseil des ministres se préoccupa de ce qui se passait dans les Bouches-du-Rhône; le Comité de Salut public luimême écrivit de sérieuses remontrances à Moïse Bayle et Boisset en leur reprochant le silence qu'ils avaient gardé dans leurs lettres sur les motifs et les dispositions de l'arrêté (4).
Ainsi, aux yeux même de leur parti, les commissaires paraissent avoir dépassé leurs pouvoirs. Il fallait que leurs adversaires eussent encore bien de l'influence ou que les Jacobins de Paris, éloignés du théâtre des événements, ne comprissent point la vraie signification des mesures prises par eux pour que le Comité de Salut public improuvàt la levée. Peut-être cet organe de sûreté publique était-il tenu, à celte date, à certains ménagements de surface ? Cela, en effet.
11) Arcliives des Bouches-du-Rliône. Série L. District d'Aix. Liasse 17 bis.
(2) Arcliives des Bouches-du-Rhône. Assemblée administrative du départemenl. Tome L m 9, page 2>5.
(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Assemblée administrative du département. Tome L m 9, page 226.
(4) M. Aulard. Recueil des Actes du Comité de Salut puhlic. Tome III, pages 386 et 398.
est possible, car Moïse Bayle et Boisset, avec résolution, à tort peut-être, n'en continuèrent pas moins à suivre jusqu'au bout leur première ligne de conduite.
Le 8 avril, 12 commissaires choisis par le Club, allèrent réclamer à l'Hôtel-de-Ville sur les lenteurs de la levée. Mourraille les rabroua duremeni (1). A partir de ce jour, les ressentiments s'envenimèrent de part et d'autre. Le 10, l'attitude du maire fut dénoncée, en séance, au club. On porta contre lui les plus graves accusations (2). Un procès-verbal aussitôt rédigé, fut adressé à toutes les sections. Celles-ci, d'un commun accord, déclarèrent que Mourraille et Seytres, avaient perdu leur confiance (3). Au fond, elles n'étaient point fâchées de voir disparaître de la mairie des hommes trop populaires, à leur gré. La manœuvre était très adroite. Non seulement elle éliminait du terrain de la lutte des personnalités connues par leurs opinions fraiichement démocratiques, mais elle mettait encore les commissaires en mauvaise posture devant l'opinion. Moïse Bayle et Boisset faisaient, sans s'en douter, le jeu de leurs pires adversaires qui, sous le couvert girondin, préparaient déjà, dans les sections, le renversement de la République.
Les sections, profitant de l'occasion qui leur était offerte, demandèrent la destitution du maire et du procureur syndic. Les commissaires de la Convention, hypnotisés par le péril girondin uniquement, dépassèrent leur vœu et mirent, le 16 avril, Mourraille et Seytres en état d'arrestation. Quand Moïse Bayle et Boisset disparaîtront de la scène, les sections rendront à la liberté le maire et le procureur syndic tout en continuant à les tenir éloignés du terrain de la lutte.
Cette palinodie, ce mélange de sévérité et de bienveillance tardive envers des ennemis de la veille qui ne seront jamais des amis politiques suffiraient seules, à démontrer, dès cette
(1) Bibliothèque municipale. Journal des départements mévidionaujc du 10 avril, pages 699, 701.
(2) Bibliothèque municipale. Journal des départements méridionaux du 18 avril, pages 708, 709.
(3) Bibliothèque municipale. Journal des départements méridionaux du 18 avril, page 713.
époque, les véritables tendances des meneurs des sections. Dans quelques jours, les commissaires de la Convention seront obligés de s'enfuir et les sections, devenues souveraines,, renverseront le club. Pourquoi dès lors, si le mouvement était vraiment girondin, à l'origine, comme certains auteurs le prétendent, ne pas mettre à la tête des Girondins éprouvés ? Qui mieux que Mourraille, l'intime ami de Barbaroux, semblait destiné à rallier les esprits ? Or, le rôle de cet homme politique est maintenant fini. Bien mieux, le conventionnel Rebecqui, qui va essayer de soulever les masses dans le Comtat, au profit de la Gironde, ne parviendra même que très difficilement à trouver un refuge dans sa ville natale. Rebecqui, Mourraille, Seytres, voilà, certes, des chefs populaires, des Girondins de la première heure ; cependant ils disparaissent obscurément en pleine victoire soi-disant girondine. Gomment expliquer à leur égard ce revirement subit de l'opinion publique ? C'est donc une preuve que le peuple, lui, n'est point girondin, puisqu'il ne suit point les chefs de la veille, qui viennent de donner des preuves non équivoques de leurs sentiments pour la cause fédéraliste.
Ainsi les grands chefs royalistes trouvent leur première force, grâce à une équivoque, au sein même des sections, dans l'animadversion du peuple à l'égard de Mourraille et Seytres qui ont trahi leur mandat. Par un lent travail de coordination d'efiforts opposés et contradictoires, sous une étiquette commune, les partisans de l'ancien régime reprennent brutalement, le jour venu, leur domination d'antan. En réalité, ils ne pourront se maintenir au pouvoir et leur puissance n'aura été éphémère, autant qu'illusoire. Elle aura suffi, néanmoins, pour que Toulon soit livré aux Anglais. Jamais un Mourraille, un Rebecqui, n'auraient pactisé avec l'ennemi. Ceux qui ne subirent point la juste punition de leur crime s'enfuirent à l'étranger et revinrent dans leur ville natale à l'époque de la réaction thermidorienne. Ils ne furent point alors Girondins, mais simplement royalistes. C'est en cette qualité qu'ils satisfirent leurs vengeances et leurs rancunes personnelles. L'histoire doit cette constatation aux héros du triste drame qui va se dérouler en Provence et qui aura son épilogue dans le massacre des patriotes au fort Saint -Jean.
Dès le 9 avril, le directoire du département recevait de la Convention le décret du ^ avril qui déclarait Dumouriez traître à la patrie et le mettait hors la loi. Le même décret ajoutait qu'une récompense de 300.000 livres serait assurée à ceux qui s'en saisiraient et l'amèneraient à Paris « mort ou vif » (1).
Cette nouvelle hâta les mesures relatives à la levée des 6.000 hommes. Le lendemain, 10 avril, l'administration du déparlement se conformant à l'arrêté pris par les commissaires qui « détermine les contingenis destinés à maintenir la tranquillité dans le département et à se porter sur les lieux où on oserait déployer l'étendard de la contre-révolution... » ordonne, par arrêté, la formation immédiate de cette armée (2).
Le même arrêté fixe le mode de réunion des volontaires au district, leur formation en compagnies, l'élection des officiers, l'armement et la solde qui est fixée à 20 sous par jour. Les municipalités sont autorisées à désarmer les suspects si la mesure est reconnue nécessaire. Les citoyens-soldats sont dispensés d'être en uniforme, « attendu que la levée n'est que momentanée, qu'elle exige la plus grande activité et que sa destination n'est pas pour les frontières. » Enfin, l'opération de la levée « n'étant susceptible d'aucun délai », les administrations du district sont autorisées à puiser dans les caisses publiques, quitte à régulariser par la suite, par état détaillé, l'emploi des fonds mis à leur disposition.
Aussitôt la levée s'organise. Dans tous les chefs-lieux de district, les administrateurs prennent des arrêtés, rassemblent la garde nationale, nomment des commissaires. Une activité fébrile préside aux opérations. Le 11 avril, le directoire du département nomme Moisson, l'ancien commandant du bataillon du 10 août, commandant en chef de la force armée,
(1) Aixhives des Bouches-du-Rliôae. Assemblée administrative du département. Lui 1-2, pages 194-195.
(2) Archives des Bouches-du-Rliône, série L, Département. Liasse 1;6. La répartition par district est la suivante : Marseille doit fournir
2.000 hommes; Ai.x, 1.200; Apt, 600; Orange, 200; Tarascon, 6.50; Martigues, 300; Vaucluse, 850 ; Arles, 200. Au total : 6.000.
avec le grade de général de division (1). Le 12, Moïse Bayle et Boisset ratifient cette nomination. Moisson, qui était à ce moment à Antibes, à la tête du bataillon des Martigues, accourt pour prendre possession de son nouveau poste.
Le même jour, le district d'Aix annonce que la levée s'elïectue. Le 13, celui de Tarascon envoie la répartition de son contingent par communes (2). Le 16, Moisson quitte Marseille avec une colonne forte de deux bataillons et se rend à Aix (3). Un bataillon, seul, séjourne dans cette ville ; le second est envoyé à Avignon. Par arrêté des commissaires de la Convention, chaque volontaire reçoit, en plus de sa paie journalière, une indemnité mensuelle de 50 livres, dont moitié payable au départ.
Au moment même delà levée des 6.000 hommes, les Jacobins, à Marseille, remarquaient dans les dispositions de l'esprit public des symptômes qui les préoccupaient. Si l'ordre de la rue n'était pas gravement compromis, il régnait néanmoins dans la ville une agitation singulière depuis l'arrestation de Mourraille et Seytres. Moïse Bayle et Boisset, à leur tour, furent frappés de la singularité des esprits. Ils invitèrent les sections à drosser une liste de leurs griefs respectifs contre le maire et le procureur de la commune.
Celles-ci confièrent ce soin à des comités secrets choisis dans leur sein. Deux commissaires pris dans chacun de ces comités devaient s'adjoindre quatre délégués du Club pour former un comité central chargé de réunir tous les éléments de l'enquête contre les prévenus et toutes les doléances des citoyens opprimés (4).
(1) Archives des Bouehes-du-Rhône. Assemblée administrative du département. L III 9, page 240.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District de Tarascon. Liasse 67 .
' (3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse' 92. <4) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 49.
Sous prétexte de défendre le maire et le procureur f-yndic^ jusque-là très populaires, les assemblées des sections furent tout d'un coup envahies par des hommes qui ne les fréquentaient pas d'ordinaire. Les nouveaux venus débordaient le groupe des anciens habitués et menaçaient de déplacer la majorité (1). Déjà des motions, qui conviaient les autorités au respect des lois, circulaient. Des adresses, plus ou moins énergiques, sous une forme appropriée, laissaient percer la menace.
Le Club et les commissaires sentirent le péril. Par ordre de la municipalité, les sections furent rassemblées et reçurent tour à tour leur visite. Moïse Bayle et Boisset exposèrent vainement les dangers de la pairie et préconisèrent inutilement la concorde. « Méfiez-vous, dirent-ils aux citoyens de la 22% des visages nouveaux, de ceux qui ne. sont avec nous que depuis le 10 avril. Pour prévenir les manœuvres qui ne peuvent tendre qu'à la désorganisation de la chose publique,, chassez de votre sein tous ceux qui ne sont pas munis de cartes de civisme... (2). »
Mais l'élan était donné ; rien ne pouvait l'arrêter. Il était maintenant facile au parti de l'ancien régime de prendre, en raison du nombre, le dessus dans les assemblées. L'élément démocrate était divisé d'opinion, premier avantage ; d'autre part, plus de 5.000 citoyens-soldats, ceux-là surtout qui avaient soutenu la Révolution, étaient maintenant aux frontières ; le véritable noyau de combat avait disparu. Depuis six mois l'élément contre-révolutionnaire travaillait à la désorganisation des sections.
La manœuvre avait parfaitement réussi ; le moment de la volte-face était venu.
C'est pourquoi le revirement fut complet à 10 jours d'intervalle. Le 12 avril, les sections déclaraient d'un commun accord que Mourraille et Seytres avaient perdu leur confiance ; le 22, elles refusaient de reconnaître leur destitution que, selon
(1) M. Aulard. Recueil des Actes du Comité de Salut public. Tome III, 308 et 309.
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 53.
leurs vœux, venaient de prononcer les coramissaires. Dans une pétition qui circulait ouvertement, la 10" section fit connuiire, le 23, qu'elle distribuait des cartes d'entrée pour ses assemblées, à tous ses membres, sans s'inquiéter des certificats de civisme. Toutes les autres décidèrent immédiatement de rejeter, à l'avenir, ce moyen de contrôle et d'exclusion.
La 10« section fit plus encore : elle chargea des commissaires d'aller vérifier la correspondance de Moïse Bayle et Boisset, devenus suspects. Ceux-ci, pris de peur, s'enfuirent le lendemain, 29 avril, après avoir rendu compte au Comité de salut public du piteux résultat de leur mission. « L'intrigue court, écrivent-ils à la date du 28 ; la calomnie s'agite et les Marseillais dupes des stratagèmes des méchants se raidissent contre les autorités constituées et contre nous-mêmes. Aujourd'hui que par les efïorts des intrigants l'esprit public a changé, nous sommes arrêtés dans notre course. Ne pouvant plus rien faire ici pour la chose publique, nous allons nous porter dans le ci-devant Comtat pour y achever notre ouvage (1). ))
Le départ des commissaires de la Convention laissa le champ libre aux sections qui en profilèrent aussitôt. Deux commissaires nommés par chacune d'elles et munis de pleins pouvoirs, se réunirent dans le local de la 10« à Saint-Jeaume, à l'efîet de prendre « des mesures de surveillance, de défense et de sûreté concernant les dangers de la cité». Ce fut là l'origine du Comité g»^néral des trente-deux sections qui devait, quelque temps après, lever dans le Midi l'étendard de la révolte. Une de ses premières mesures fut de rétablir le tribunal populaire et de lancer des mandats d'amener en divers endroits.
Cependant Moïse Bayle et Boisset s'étaient retirés à Avignon. Ils pouvaient d'un instant à l'autre faire mouvoir l'armée de 6.000 hommes qui était à leur disposition. Sur l'initiative du Comité général, le directoire du département, réduit à quelques membres par la fuite des administrateurs jacobins réunis à Salon, se fit le serviteur docile de cet organe
(1) M. Aulard. Recueil des Actes du Comité de Salut public. Tome III, page 519.
irrégulier. Il révoqua son arrêté du 10 et rappela dans ses foyers, le 30 avril, les deux bataillons qu'il avait levés précédemment (1).
Moisson, que nous avons laissé à Aix avec le second balailion marseillais, reçoit notification du nouvel arrêté le 1" mai. Les sections de Marseille viennent d'envoyer dans l'ancienne capitale de la Provence, 42 commissaires, afin de « cimenter l'union des deux villes » et de prendre de concert des mesures identiques, « vu les circonstances ». Coup sur coup. Moisson est invité par ces commissaires à surseoir au départ ordonné par le Comité général de Marseille, en même temps que l'ordre lui est donné par Moïse Bayle et Boisset de se rendre à Avignon. L'ancien commandant du bataillon du 10 août est fort perplexe ; à qui doit-il obéir ? Il se décide enfin à obtempérer aux ordres des commissaires qui sont plus près de lui et fait part, le 2 mai, de ses hésitations au directoire du département:
« J'enverrai, dit-il, des ordres au 1" bataillon de Marseille, qui depuis plusieurs jours se trouve à Avignon, de se mettre en marche pour venir me rejoindre, afin de retourner ensemble à Marseille, dans le cas seulement où les commissaires que vous avez envoyés ici auraient terminé leur mission. » Plus loin il ajoute : « Il faut que je sache à quoi m'en tenir d'une manière plus précise sur les réquisitions qui me sont faites, attendu que dans le même moment je reçois par Magnan, chef de la colonne, à Avignon, copie d'un ordre d'après lequel je dois me concerter avec lui pour le transmarchement de tous les bataillons du département. Je ne sais que lui répondre, ni comment agir, attendu que les ordres que je reçois se contrarient presque tous et que je ne sais par conséquent à qui obéir, ni avec qui correspondre pour les besoins de l'armée... (2) »
Le commandant marseillais resta donc à Aix, provisoirement, à la disposition des commissaires du Comité général
(1) Archives des Bouches-du-Rhôue. Assemblée administrative du Département, L III, 10, p. 17.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 66.
des trente-deux sections de Marseille. Quelques jours auparavant, à la suite de troubles graves, il avait aidé, dans cette ville, au désarmement des suspects présidé par le Club des Antipolitiques, Moïse Bayle et Boisset, une délégation du département et les autorités aixoises. Les sections avaient été dissoutes. Maintenant il s'agit de les rétablir dans toute leur autorité ; les commissaires de Marseille sont venus assister à leur réouverture. Moisson doit donc prêter son appui à cette réapparition de pouvoirs, puisque les sections de Marseille se disent souveraines ; qu'elles parlent au nom de la République « une et indivisible » et que les sentiments des citoyens-soldats sont inséparables de la cause du peuple qu'il a pour mission de défendre.
Ce simple trait peut donner une assez juste idée de la confusion des esprits à cette époque. Le commandant du bataillon du 10 août, lui-même, est surpris par les événements ; il est fédéraliste sans s'en douter. A plus forte raison les humbles citoyens soldats qui ne voient la politique gouvernemeniale qu'à travers les personnes.
Quoique les sections de Marseille fussent souveraines ou parussent telles, les autorités constituées, au début, du moins, ne les suivirent pas sans protester contre les mesures illégales qu'elles étaient obligées de sanctionner. Le directoire, lui-même, qui avait perdu cependant la partie avancée de ses membres, revint sur la décision des sections au sujet du retrait du contingent marseillais de l'armée de 6.000 hommes. Il n'osa pas entrer en lutte ouverte avec Moïse Hayle et Boisset et fit connaître, le 3 mai, au commandant Moisson que « d'après la réquisition qui lui avait été faite, le 30 avril, par les commissaires de la Convention », il révoquait les dispositions de sa lettre du 1er mai, relative au licenciement de la troupe. « Vous aurez donc, à obéir, dit-il pour terminer, à la dernière réquisition émanée d'une autorité supérieure à la nôtre (1). »
(1) Arclîives des Bouches-du-Rliôno. Correspondance du directoire. Tome VII, page 66.
D'autre part, lorsque Moïse Bayle et Boisset, qui avaieut quitté Avignon pour Montélimar, eurent connaissance du premier arrêté du département, ils blâmèrent le directoire « sur cette extension de pouvoirs », et lui intimèrent l'ordre de le révoquer par « un autre contradictoire. Nous ne saurions approuver la mesure prise, déclarent-ils. Nulle autorité^ autre que la Convention, ne peut disposer de l'armée de 6.000 hommes levée d'après nos ordres et sous notre seule responsabilité. . . (1). »
Comme conséquence et pour bien étayer une autorité qui leur échappait de plus en plus ils adressèrent, le 4 mai, une nouvelle réquisition au commandant Moisson, en lui enjoignant de se rendre incontinent à Avignon avec le second bataillon marseillais. « Nous vous défendons expressément, ajoutaient-ils, d'obéir à tous ordres contraires, de quelque autorité qu'ils puissent émaner, autres que ceux qui pourraient vous être signifiés par la Convention nationale et nous vous rendons personnellement responsable de toute démarche à cet effet, contraire... (2). »
Le comm.anJant marseillais s'empressa aussitôt de déférer à la réquisition des commissaires de la Convention. Le 7 mai, il quitta Aix avec sa troupe et se rendit à Orgon. Le même jour, appx'enant que les contingents d'Arles et de Salon étaient organisés, il donna l'ordre, à son tour, au. district de Salon, de rassembler les volontaires dans cette ville et de les diriger sur Orange.
Cependant des émissaires avaient quitté Aix en toute hâte afin de prévenir le Comité général des trente-deux sections, du départ du 2« bataillon marseillais. Les sections marseillaises envoyèrent immédiatement des commissaires auprès du directoire du département en lui ordonnant d'arrêter, jusqu'à nouvel ordre, la marche de cette partie du contingent. Le directoire, sans force, transmit cette sommation au commandant de la troupe. Moisson la reçut à Orgon
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 92.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 74.
le 8 mai. « Ce nouvel ordre, écrit-il le même jour au département, me met dans la position la plus cruelle... J'ai d'autres ordres des commissaires de la Convention... Je voudrais certainement me conformer au vœu de mes concitoyens, mais mettez-vous à ma place !. .. Je suis en butte, ainsi que l'armée, aux plus grandes contradictions. Vous avez vous-même décidé, il y deux jours, que les pouvoirs des commissaires de la Convention étaient illimités. . .
Vue d'Orgon
(Collection du Musée Borély)
D'ailleurs je ne puis rester à Orgon. Les volontaires sont sur la paille. J'ai avec moi 800 hommes et la ville ne peut en loger que 4U0. D'après cela, citoyens, pour concilier ce que je dois à mes frères de Marseille, avec ce que ma responsabilité m'impose et le bien-être du bataillon, je le ferai partir avec moi, demain matin, pour Avignon et dans cette ville, où je
dois rester, j'aurai les moyens d'attendre une nouvelle décision (1). »
La désobéissance du général jeta le désarroi à iMarseille. Le département convoqua la municipalité et les commissaire& des sections pour prendre une décision. Cette assemblée illégale vota le rappel immédiat des deux bataillons marseillais. Un exprès se rendit auprès de Moisson pour lui signifier la mesure. Celui- ci, de plus en plus troublé, ne voulut pas prendre sous sa seule responsabilité un pareil déplacement qui laissait percer le désarmement de sa troupe. Il assembla les deux cons&ils de bataillon. La séance fut très agitée ; les conseils étaient partagés d'opinion. Le 1" bataillon, en garnison à Avignon depuis quelque temps déjà, voulait atten" dre de nouveaux ordres des commissaires de la Convention ; il était loin de vouloir suivre le mouvement girondin. Dans une lettre adressée, le 7 mai, au club des Antipolitiques, à Aix,. son commandant s'exprime avec une franchise toute jacobine : « Nos volontaires, dit-il, sont dans les vrais principes de républicanisme... Ils sont prêts à se porter partout où besoin sera dans l'intérêt de la patrie, notre mère commune... Secondez nos efforts par vos exhortations patriotiques... Nous voulons que nos frères antipolitiques républicains d'Aix soient régulateurs de notre conduite. . . (2). »
Par contre, le conseil du 2« bataillon, qui avait été travaillé, pendant son séjour à Aix, par les commissaires de Marseille, émettait une opinion toute différente de celui du 1". Il fit remarquer à ce dernier que, sous les auspices des délégués marseillais, la Société des Antipoliliques d'Aix avait maintenant fusionné avec les sections de cette ville. Son avis prévalut. Le départ des forces marseillaises était déjà décidé, en principe, lorsque Moisson reçut communication du décret de la Convention portant révocation des pouvoirs des commissaires envoyés en province.
Cette fois, le général marseillais n'hésite plus. Il donne aussitôt les ordres de départ et en rend compte sur-le-champ
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 74.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse J7 bis.
au directoire du département en demandant s'il convient aussi de faire rétrograder les autres bataillons levés dans les différents districts (1).
On attendait avec une vive impatience, à Marseille, les résultats de la décision du commandant Moisson, Les sections, et avec elles le Comité général, craignaient que le chef marseillais ne prit fait et cause, avec sa troupe, pour le Comité central, réuni à Salon.
Dans cette ville, en effet, se réunissaient depuis quelques jours tous les Jacobins du département. Trois membres du directoire, ayant à leurtête le président Paris, avaient formé, par opposition au Comité général des trente-deux sections, un Comité central de résistance. Toutes les sociétés populaires envoyaient des délégués et la puissance de cette assemblée mettait en péril l'œuvre des trente-deux sections de Marseille. Quand, enfin, on reçut l'avis des dispositions de l'armée les esprits furent un peu plus rassurés.
Le Comité général, néanmoins, manifesta son indignation, le 13 mai, en apprenant que les bataillons marseillais « s'étaient permis de délibérer sur l'opportunité du déplacement qui leur était ordonné au nom des sections (2). » Dans sa réponse à Moisson, le directoire du département atténua l'effet que cette prétention autoritaire pouvaitfaire naitre dansl'esprit des citoyens soldats. « Les sections de Marseille, écrit-il le 14 mai, brûlent du désir de voir arriver au plus tôt leurs frères d'armes... Nous ne pensons pas que vous puissiez recevoir aucun ordre supérieur depuis la cessation de pouvoirs des commissaires conventionnaux. Nous vous faisons la réquisition expresse de hâter le départ des Marseillais et cela sans retard, sans délai. . . (3). »
Malgré la demande du commandant Moisson, il n'était pas question, dans la réquisition du département, du renvoi du
(1) Archives des Bouches-du-Rhône . Correspondance du directoire. Tome VII, page 82.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections de Marseille. Liasse non classée.
(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 85.
contingent des autres districts. Le général marseillais comprit sans doute, a la fin, que les autorités, à Marseille, outrepassaient la limite de leurs pouvoirs en profitant habilement des circonstances.
Tout en annonçant l'arrivée probable des bataillons pour le 18, il fait connaître le 14 que si, « à son tour, ses qualités de citoyen de Marseille l'appellent dans cette ville, d'autres devoirs plus impérieux exigent sa présence à Avignon. J'appartiens à toute l'armée, déclare-t-il, et je ne puis l'abandonner en ce moment (1). »
De fait il a encore sous ses ordres cinq bataillons : deux du district d'Aix et ceux des districts d'Avignon, Tarascon et Salon. On n'a pas d'exemple qu'un chef militaire ait quitté son commandement sur le simple vœu d'une autorité civile intermédiaire obéissant, au surplus, à un organe illégal. Le raisonnement de Moisson était fort logique ; à partir de ce jour, néanmoins, il fut déclaré suspect par les sections et le Comité général fit surveiller et décacheter sa correspondance.
Cependant les sections, à Marseille, poursuivaient à grands pas leur œuvre de désorganisation sociale. En attendant d'avoir acquis l'autorité morale suffisante pour ordonner, sans encombre, le licenciement complet de l'armée de 6.000 hommes, dont la présence dans le département les gênait considérablement, elles firent des vœux, soulevèrent des motions, envoyèrent des adresses pour la levée du camp de Montredon qui était à leurs portes.
Spontanément, en face du péril d'une invasion possible ou d'une descente probable des Anglais, deux à trois mille paysans du littoral s'étaient réunis et vivaient sous la tente à 4 kilomètres de Marseille. Avec les divers éléments, venus de tous les points du territoire, on avait déjà pu organiser, dres-
(i) Archives municipales. Série H, non classée.
ser et faire manœuvrer sur la plage un bataillon de 600 hommes sous le commandement de Guictiard. Les citoyens-soldats tiraient de Marseille leurs vivres, leurs approvisionnements, les munitions. « La présence d'un camp à Montredon, proclame la section 14, est inutile. L'exemple des précédentes guerres où il en fut formé en cet endroit, dans des circonstances analogues, n'en démontre pas pour cela la nécessité. Alors nous n'étions pas républicains et aujourd'hui nous le sommes. S'il