‹ Marseille révolutionnaire; l'armée-nationChapitre 20 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

•I. Situation terrible de la France au milieu de l'aînée 1793. — Les sections, à Marseille, continuent leur œuvre de destruction. — Le Directoire des Bouches-du-Rhône justifie auprès des représentants du peuple l'attitude contre-révolutionnaire des sections. — II. Répercussion à Marseille de l'insurrection de Lyon. — Journées des 31 mai et 2 juin.— Les sections marseillaises prennent les armes contre la Convention. — L.etée du premier bataillon pour Paris (6 juin). — III. Le Comité général casse une à une les autorités et concentre dans ses mains tous les pouvoirs. — J^es représentants du peuple s'illusionnent sur In portée véritable du mouvement contre-révolutionnaire. — IV. L.evëe d'un second bataillon pour Paris (12 juin).— inorganisation de cette nouvelle force départementale se heurte dans les différents districts à des difficultés insurmontables. — V. Proclamation du Comité général aux armées de la République (fin juin) .— Il cherche à désorganiser les bataillons qui sont aux J'rontiéres. — Exécutions populaires .

Le parti girondin a pris en face de l'histoire une terrible responsabilité. Le moment était mal choisi de scinder les forces populaires et de faire une révolution quand l'ennemi était à nos portes. C'était plus que jamais l'heure de la cohésion, de l'entente dans les mesures prises pour le salut commun. Et les Girondins discutent des droits quand il s'agit de remplir le plus sacré des devoirs : la défense du sol natal ! . . .

A ce moment, en effet, le péril était grand sur nos frontières. Après la défection du girondin Dumouriez, qui était passé aux Autrichiens avec tout son état-major, l'armée française avait dû reculer. Elle s'était retirée derrière l'Escaut, entre Bouchain et Cambrai, complètement démoralisée et hors d'état de combattre. Le prince de Cobourg, renforcé par 35.000 An glo-Hollandais, franchit alors aisément la frontière et vint mettre le siège devant Condé et Valenciennes.

Dans l'Est, Custine n'avait pu arrêter 70.000 Austro-Prussiens, bien qu'il eût une supériorité numérique notable. Un de ses lieutenants, Kléber, s'enferma dans Mayence (10 avril) où il fut aussitôt assiégé. Custine, après avoir fait rétrogader ses troupes, donna sa démission.

Dans le comté de Nice, une attaque sur le camp de Saorgio,

La Coalition

(Collection Ferrier)

qui commandait le col de Tende, aboutit à une défaite. Enfin, dans les Pyrénées-Orientales, les Espagno's avaient mis sur pied deux armées qui étaient entrées simultanément sur le territoire français. Le général Deflers, ayant rallié, à la hâte, quelques volontaires, avait essayé vainement de repousser l'invasion. Il essuya, à son tour, au mas d'Eu, une complote déroute (19 mai). 40.000 Espagnols s'avancèrent, sans plus d'obstacles, sur Perpignan. Pour terminer, les Anglais qui s'étaient déjà emparés de nos colonies de Tabago et de Pondichéry, bloquaient les côtes de France.

Telle était la situation extérieure au moment où les Girondins, au lieu de se consacrer à la défense du territoire, essayaient de changer, par la force, le système politique de gouvernemenl. Une misère affreuse régnait dans l'intérieur. La Vendée s'était soulevée ; Lyon était en insurrection. La situation paraissait désespérée. Elle amena un élan de dévouement et de fureur unique dans l'histoire. La France ne forma qu'un camp et la nation qu'une armée. Le coup d'Etal des 31 mai et 2 juin, qui vit le triomphe de la Montagne, vit aussi celui de la République et de la patrie elle-même. Sous l'égide <lu parti jacobin, la France fit les plus grands efforts qu'une nation ait jamais faits pour son salut et il faut rendre cette justice à cette partie de la Convention qu'elle fut à la hauteur de la plus immens-^ tàch>e qu'un gouvernement ait eue jamais à accomplir. Il faut ici se rendre à l'évidence, et tout écrivain militaire qui analyse les faits sans parti pris, doit, comme nous, faire cette constatation.

Revenons à Marseille. Dans celte ville, les sections, suivant un mot d'ordre venu de Paris, continuaient leur œuvre de destruction. Après sa défaite du mas d'Eu, le général Detlers avait fait appel au patriotisme des départements méridionaux. Dans une lettre adressée aux officiers municipaux, à la date du 23 mai, il demande à Marseille l'envoi d'un bataillon. « Cette cité, écrit-il, ne dédaignera pas de venir au secours de ses frères de la Catalogne et du Roussillon... Déjà l'ennemi ravage nos campagnes. . . Envoyez -moi aussi deux pièces de huit, deux de seize ou deux de vingt-quatre, avec leurs caissons garnis. Nous sommes ici sans boulets... Je vous requiers, au nom de la patrie, de voler à notre secours. Notre pénurie est

totale... Je vous recommande le citoyen Girard qui se rend à Marseille pour lever une compagnie. . . (1). »

La municipalité et le directoire répondirent aussitôt au général : « Nous serions charmés de pouvoir fournir à tous vos besoins et personne plus que nous n'est persuadé que la République étant une et ne formant qu'une société de frères, nous nous devons des secours mutuels. C'est la conviction de ces vérités qui a engagé notre département à fournir à la République plus de 20.000 hommes. Le zèle et le patrotisme nous ont portés à ne point consulter nos propres besoins. Mais à présent que notre département est dépourvu d'hommes et d'armes ; à présent que notre propre frontière est menacée d'une invasion et nos côtes d'une descente des escadres espagnole et anglaise, nous avons besoin de tous nos moyens. . . (2).

C'est précisément au moment oi^i les autorités font pari de leurs propres craintes au sujet d'une descente des Anglais, qu'elles ordonnent le licenciement du camp de Montredon. C'est à deux jours d'intervalle que les faits se passent. Le 29 mai, elles écrivent au général Deflers qu'elles doivent pour voir à des moyens personnels de défense ; le 31, elles dispersent une armée de citoyens-soldats réunis spontanément pour cet objet ! . . .

« Le bataillon que je commande, fait connaître le citoyen Guichard, à la municipalité, me charge de vous témoigner de quelle douleur l'a pénétré l'ordre de déposer ses armes ; il le regarde comme devant le couvrir d'opprobre. Il ne les avait prises que pour défendre la patrie ; il aimerait à les conserver pour favoriser ce penchant.

« Veuillez, dignes soutiens de l'ordre, peser la demande de ces bons agriculteurs et si le bien public ne doit pas en souffrir, je verrais avec satisfaction leurs vœux exaucés (3). »

(1) Archives iiuinicipales, série H, non classée; autographe.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du Directoire,, tome VII, page lOi.

— Archives municipalps ; série H, non classée.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée ; autographe.

MARSEILLE REVOLUTIONNAIRE 3/t>

Cette lettre est écrite de Bonnevcine, dans la banlieue, à la date du 2 juin. Ni la municipalité, ni le département n'en tinrent aucun compte. Les administrations étaient sous le joug du Comité général. Bien mieux, comme le capitaine Girard, sur l'ordre du général Deflers, s'acharnait, malgré les remontrances des autorités, à vouloir lever dans Marseille une compagnie, le Comité général, prévenu, ordonna qu'il fût chassé de la ville. Le directoire prit des mesures et envoya contre lui des gendarmes. Heureusement Girard put s'enfuir à temps et ne fut pas découvert (1).

A Aix, les sections qui recevaient de Marseille le mot d'ordre, arrêtèrent, le 27 mai, un convoi d'artillerie, à destination de l'armée d'Italie. « Les 42 canons que nous avons retenus, disent-elles, sont longtemps restés à Avignon. On ne les a pas réclamés à Nice. D'ailleurs, ce sont des pièces de campagne inutiles à l'armée qui a besoin de pièces de siège. Dans l'état où elle est, comme elle est incapable de faire des conquêtes, elle nous parait plus dangereuse pour l'intérieur que pour l'extérieur. En tout état de cause, par ces temps de crise, il suffit d'avoir des doutes pour être autorisé à les éclaircir. Jusqu'au reçu de votre réponse, nous conserverons donc les canons, les munitions et les trois cents bêtes de trait du convoi. . . (2).

A son tour, le Comité général, à Marseile, demanda des explications au département sur la réelle destination de ce train d'artillerie. Mais le directoire jugea qu'il convenait de lui laisser poursuivre sa route et doima des ordres en conséquence. Cet acte fut un des premiers griefs du Comité général à son égard.

Le 1" juin, les représentants du peuple à Toulon demandèrent à Marseille, pour la troisième fois, des renseignements sur l'armée de 6.000 hommes, sur l'état de l'esprit public, etc. « Malgré nos instances réitérées, écrivent-ils, nous n'avons pu obtenir de vous les renseignements que nous vous avons

(1) Archives des Bouclies-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée. (Procès-verbal de Bruneau, maréchal des logis de gendarmerie).

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections de Marseille. Liasse 24.

demandés sur la situation de l'armée de 6.000 hommes. . . Nous nous sommes adressés pour les avoir au citoyen Moisson, commandant de celte armée. Sa lettre nous apprend que la ville de Marseille a déjà rappelé ses bataillons, que vous avez vous-même donné ordre de licencier tous les autres, que les volontaires se débandent et se retirent d'eux-mêmes. En conséquence, pour ne pas laisser continuer r.'xemple prolongé d'une violation aussi manifeste du principe d'ordre et de subordination qui sont l'apanage essentiel de la force armée, nous avons cru convenable de requérir la rentrée dans ses foyers de la totalité de cette armée de 6.000 hommes, sous condition expresse d'y rester en état de réquisition permanente et sans solde. . . (1). »

Cette fois Marseille répondit. On venait d'apprendre, dans cette ville, qu'un sanglant combat s'était livré dans les murs de Lyon et que le parti girondin l'emportait. La nouvelle combla de joie les sections, le Comité général, les autorités. Enfin, la liberté renaissait.

Le 2 juin, les administrateurs du département adressent aux représentants du peuple une longue missive qui est un modèle d'imprécision, un vrai monument d'usurpation, un véritable chef-d'œuvre politique, en un mot.

Après une profession de foi résumée en deux lignes, c'est d'abord la situation actuelle qui ressort avec une netteté foudroyante. . . « Vous nous demandez la vérité tout entière ? s'écrie le directoire. Nous vous la dirons avec la franchise de républicains et le zèle qui nous anime pour le bien public. Pourquoi, après avoir prorais des armes à nos volontaires, nos bataillons ne sont-ils pas armés ? Pourquoi depuis six mois que la Convention nationale avait envoyé des commissaires dans toutes les manufactures d'armes, n'en trouve-t-on plus pour armer les défenseurs de la Pairie ? Qu'ont-elles fait, nos manufactures d'armes, tandis que depuis longtemps on crie de toutes les armées et de toute la France : nous avons des bras, mais nous n'avons point d'armes ? Qu'ont fait nos fonderies ?... Ce n'est pas lorsque l'ennemi est à nos portes qu'il faut songer à un objet aussi important. . . »

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 92.

Vérités incontestables, certes ; mais on ne saurait ainsi déplacer les responsabilités. Il y a trois ans que les Jacobins, Dubois-Crancé en tète, réclament des mesures el la Constituante et la Législative n'ont rien fait, rien produit. Ce n'est pas en six mois que la Convention peut remédier à un pareil état de choses. Elle a à peine trouvé 200.000 fusils pour armer 500.003 hommes et les manufacturais ne se créent pas en un jour. Ceux q-ji maintenant critiquent l'état présent sont précisément ceux qui se sont opposés à toute modification dans l'armée et dans l'organisatiop des services.

Le raisonnement qui précède et celui qui suit incmédiatement pourraient s'entendre aussi bien de la part d'un Jacobin. Il ne déplaît pas aux administrateurs de prendre momentanément ce rôle afin de mieux frapper les esprits et donner un accent de vérité à des protestations légitimes. Ecoutons la suite ; la déduction est naturelle et fort logique :

« On croyait que le génie de la liberté enfanterait des prodiges et on a été bien éloigné d'atteindre les résjltats que produisait jadis le despotisme. Quel est donc ce génie infernal qui s'oppose toujours aux efïorls d'un peuple libre ? Pourquoi a-t-il fallu un si long temps pour qu'on fit attention à nos plaintes *? Pourquoi quand on a connu le mal, n'a-t-on pas apporté le remède '^ »

Maintenant par une déviation appropriée et subséquente le rôle de Marseille apparaît dans l'esprit de cette classe bourgeoise et commerçante avec une naïveté touchante. Elle a fait ici la Révolution parce que depuis Louis XIV la monarchie s'est emparée peu à peu de ses privilèges. La Révolution est survenue et elle a tout perdu ; donc sus à la Révolution et à à ses satellites.

« Pourquoi, quand on a eu déclaré la guerre sur mer, ne pas envoyer des avisos partout pour avertir notre marine marchunde et lui éviter des pertes irréparables pour le commerce? des pertes irréparables pour les subsistances, des pertes pour la marine par la privation d'un grand nombre de ses matelots? Marseille, seule, perd au delà de 20 millions et elle regrette encore plus les hommes et les subsistances que ses richesses. Cependant son commerce est nul; ce commerce qui alimentait

tout le Midi et versait des sommes énormes dans le trésor public. . . tout cela est perdu. . . »

Rien mieux que la lettre qui précède ne peut définir la mentalité particulière et l'attitude delà classe bourgeoise, à Marseille. C'est le résumé historique de ses aspirations successives fait par elle-même. Pour les besoins particuliers à sa cause, à son état propre, elle a fait la Révolution et déchaîné les masses. Maintenant la Révolution dépasse le but; il faut donc l'enrayer et même essayer de revenir en arrière, plutôt que de se laisser dominer par le peuple et rentrer dans le droit commun.

Mais le peuple, jusqu'ici, lui a servi de levier dans ses revendications légitimes ; il faut donc rendre la cause girondine inséparable de celle qui fait agir le peuple lui-même afin de pouvoir continuer à s'en servir. Ainsi s'explique cette haine soudaine pour la capitale qui a pris le parti des Jacobins.

« Paris, dit-on aux masses, veut dominer la France et sacrifier la province. » Mourraille, le premier, a signalé le péril quand il a traité la capitale de « ville arrogante et superbement ingrate. » Au milieu de l'évolution, les chefs jacobins, en Provence, ont seuls été sincères. Par un phénomène souvent employé en politique, on profite de leurs efïorts et, loin de méconnaître les résultats obtenus, on se les attribue au contraire. La tactique est habile et les masses s'y tromperont peut-être.

Les événements de Lyon eurent leur répercussion immédiate à Marseille. Le 3 juin, dans la soirée, des sectionnaires pénétrèrent dans la salle du Club de la rue Thubaneau et déménagèrent les meubles qui s'y trouvaient. Le Club était dissous. Ce n'était plus d'ailleurs qu'une formalité, car, en réalité, les membres de la Société populaire, réduits à une infime minorité, n'osaient plus se montrer.

Une mesure plus grave devait, le même jour, faire entrevoir les dispositions belliqueuses des sections. Sur la motion de la section 14, à laquelle adhérèrent toutes les autres, le Comité général proposa l'armement des sections. Suivant le vœu

émis, les canons devaient être retirés de l'arsenal et remis à la garde nationale; de plus, chaque section devait recevoir 10.000 cartouches pour parer à tout événement.

La municipalité n'osa pas faire droit à la requête. Elle décida que, sauf les deux canons de bataillon, les autres pièces resteraient, comme précédemment, en dépôt à l'Arsenal. Quant aux cartouches, el'e ne reconnaissait pas la nécessité d'en délivrer un si grand nombre ; tout au plus pourraitelle, dit le compte rendu, en distribuer « cinq à six cents par section (1). »

Les sections s'irritèrent et l'on vit alors la section 18 proposer une mesure radicale. Il s'agissait de désarmer les suspects ; certains termes de la délibération laissaient entrevoir que toute une classe de citoyens était visée, celle des personnes qui, en général, « n'avaient pas de domicile fixe ». Il n'était pas question cette foi> d'un désarmement partiel de quelques centaines d'individus, comme cela s'était pratiqué à deux reprises quelque temps auparavant ; on voulait atteindre par cette mesure tous les citoyens qui n'avaient pas donné leur adhésion aux résolutions prises jusqu'à ce jour. En somme, cela revenait à priver de leurs armes tous ceux qui avaient conservé leur foi intacte en la Révolution ; la classe populaire, par le fait, était annihilée.

Le projet, néanmoins, parut trop rigoureux et la section 11 (c'était la plus pauvre, il est vrai) fut la première à entrevoir le péril. Elle communiqua ses craintes à quelques autres. L'événement fit du bruit. La section 18, jugeant qu'elle s'était trop avancée, revint aussitôt sur sa première motion et dans une nouvelle délibération, elle fit connaître qu'il était loin de son esprit « d'avoir l'intention de désarmer la classe intéresnante des ouvriers qui ont si bien mérité de la patrie ». Les autres sections reconnurent avec la section 18 que u l'erreur est inséparable de l'humanité », jurèrent à cette dernière « union et amitié », et passèrent à l'(*rdre du jour (2). L'incident n'eut pas d'autre suite.

(1) Archives des Bouches-du-Rhônes. Série L. Sections de Marseille. Lrasse non classée.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Mar.seille. Liasse non classée.

Il fallait que quelque grand événement vint au plus vite justifier l'altitude des sections de plus en plus compromises. La population n'était réellement pas préparée.

La nouvelle de ce qui s'était passé à Paris, lors des journées des 31 mai et 2 juin, accroît leur audace. Cette fois elles n'hésitent plus. A 9 heures du soir, le 6 juin, toutes les sections sont convoquées ; le Comité général les réunit en séance extraordinaire. Il s'adjoint pour la circonstance les trois corps administratifs; les délibérations durent toute la nuit. « Il est impossible, vient de leur affirmer Barbaroux, que l'attentat commis sur la représentation nationale n'opère pas en France quelque grand mouvement (1). »

C'est l'appel à la guerre civile. Il est entendu, à iMarseille, par une infime minorité qui a déjà usurpé le pouvoir et qui, depuis longtemps, est préparée à tout. Des résolutions extraordinaires sont votées à la hâte. Une Commission de 170 membres est créée ; elle doit siéger à Bourges. Sa tâche doit consister à délivrer la Convention nationale et à lui assurer la liberté nécessaire pour travailler à la Constitution. A côté de cette Commission, fonctionneront deux jurys de 85 membres chacun chargés de juger et de réprimer tous les crimes contre la sûreté de l'Etat.

Une force armée de cinq cents hommes par département doit être mise à la disposition de ces nouvelles autorités.

Deux jours après, le Comité général, afin de bien marquer la révolte contre la Convention, décide de réinstaller en grande pompe le tribunal populaire. Cette cérémonie a lieu le 9 juin. Les autorités, convoquées, déclinent l'invitation. Jusqu'ici elles ont été des instruments dociles ; maintenant elles prévoient l'avenir et sont effrayées de leur responsabilité, Oi\ va bientôt pourvoir à leur remplacement et avec elles disparaîtra l'élément girondin de la ville, si toutefois il a existé.

C'est d'abord le tour de la municipalité. Le 12 juin, le Comité général, renforcé pour la circonstance de quatre membres de chaque section, casse le Conseil municipal et le Conseil général de la commune. Il les remplace par une

(1) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 16S.

municipalité provisoire envoyée par les sections, à raison de deux membres pour chacune d'elles.

Ce changement de pouvoirs amena bien quelques troubles, mais l'ordre ne fut pas gravement compromis. Il est vrai de dire que des mesures formidables de défense garantissaient la libre manifestation de la souveraineté nationale. Chaque section était gardée par quatre compagnies avec ses canons en batterie sur la porte du lieu des séances. La force armée occupait les prisons, l'arsenal, les poudrières, les forts Saint- Nicolas et Saint-Jean, ainsi que celui de Notre-Dame-de-la- Garde. Le Comité général avait mis en activité la moitié de la garde nationale, l'autre moitié restant en réquisition per^ nianente. Le mol d'ordre était donné par le président du Comité.

Devant cet abus de pouvoir, le Conseil général de la commune, réuni en séance extraordinaire, protesta énergiquement contre « cet acte illégal » et se déchargea de « tous événements et de toute responsabilité sur la tranquillité publique (1). » Ce fut là son dernier acte.

Un manifeste est adressé le même jour, par le Comité général des 32 sections, aux 85 départements : «Aux armes, Français, aux armes ! s'écrie-t-il ; la représentation nationale est violée; nos députés sont danslesfers...Le glaive estsuspendu sur la tète de tous les représentants du peuple. ..Vingt millions d'hommes recevraient la loi de quelques factieux !... Non, Marseille va les terras3er ; Marseille frémit et s'ébranle. . . Ces mêmes foudres qui ont abattu le trône, vont tonner encore contre cette ville aujourd'hui coupable. Ralliés autour de leurs premiers trophées, les vainqueurs du 10 août vont combattre et renverser l'anarchie dans ces mêmes champs témoins de leurs exploits ; une seconde fois les Parisiens verront les Marseillais ; ils sont en marche... (2;. »

S'ils n'y sont pas ils vont s'y mettre en efïel. Mais cette fois ils n'iront pas loin et ne dépasseront guère Avignon. Quant

(1) Arcliives municipales. Délibérations du Conseil général de la commune. Tome III, page 36.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.

aux hommes du bataillon du 10 août, du moins ceux qui sont encore à Marseille, nous avons beaucoup de peine à nous les figurer dans le mouvement. En arrivant de Paris, ils avaient fait hommage de leur guidon au Club de la rue Thubaneau. Lorsque cette assemblée fut dispersée, le guidon trouva sa place tout indiquée dans la salle Saint-Jeaume où siégeait le Comité général.

Les volontaires de l'héroïque phalange s'émurenl et parlèrent de se rassembler pour réclamer leur drapeau. Les sections calmèrent leurs susceptibilités. « La tranquillité publique, proclame la section 18 en s'adressant aux volontaires, exige de vous le sacrifice de renonciation à cette mesure. » — «Votre drapeau leur dit, à son tour la section 1, recevra tous les honneurs qu'il mérite. » Et les volontaires, au nombre d'une centaine, environ, catéchisés par petits groupes, se turent au nom du bien public.

Quelquefois le Comité général rencontrait ici et là des résistances. Après qu'il eut déclaré, dès sa naissance, que la ville de Marseille était « en état de résistance légale à l'oppression », des émissaires furent envoyés dans tout le département pour ouvrir l'ère des sections et fortifier l'esprit public. Certaines communes firent des difficultés, celle d'Eguilles, par exemple, que nous citerons seulement pour démontrer que là où le patriotisme se dévoila avec plus de force, la population était dévouée aux Jacobins (1). Les émissaires marseillais furent à Eguilles assez mal reçus.

u On a eu l'audace de dire^ déclare un sectionnaire, que Marseille ne pouvait pas donner des lois. .. Il serait peut-être prudent, ajoute-t-il, pour terminer, de ne pas former ici prématurément les sections (2). »

Le Comité général en jugea autrement. Il invita les sections

. (1) Au moment de la déclaration de la Patrie en danger en 1792, la commune d'Eguilles leva, à elle seule, une compagnie tout entière. « Elle s'est formée, écrit la municipalité le 23 septembre, pour coopérer au salut de la France; les volontaires doivent partir mardi matin au plus tard ; ils demandent à ce sujet la route à suivre. Archves des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 150.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections d'Aix. Liasse non classée.

MA.RSEILLE RÉVOLUTIONNAIRE 383

d'Aix à envoyer à Egailles deux commissaires pour « y rétablir l'ordre et y faire régner les lois. » La force armée était mise à leur disposition. Les commissaires marclièrent sur cette commune avec un bataillon ; les Jacobins furent désarmés; les sections installées et le bataillon aixois s'en retourna après s'être emparé de deux canons comme gage de la victoire due à la souveraineté au peuple.

Cependant la Convention nationale, prévenue par le Comité de sûreté générale des agissements des sections de Marseille, prenait à leur encontre une série de mesures pour étoufïer daijs leur germe ces ferments de discorde. Par décret, en date du 11 juin, elle cassait encore une fois le tribunal populaire et de plus le Comité général. Peloux et Gastelanet, l'un et l'autre président et secrétaire à tour de rôle, étaient mandés à la barre. Enfin, tous les citoyens qui d'une manière ou d'une autre prêteraient leur concours au soi-disant tribunal, devaient être poursuivis comme complices.

Il paraissait difficile au directoire du département de suivre dans sa marche le Comité général qui l'annihilait de plus en plus. Il crut prudent de se rapprocher de la Convention et parut tout à coup disposé à accepter la Constitution. Un exemplaire fut même adressé par ses soins au Comité général. Celui-ci y répondit en passant à l'ordre du jour au sujet de la discussion et saisit immédiatement l'occasion de renverser la première autorité du département, qui en réalité ne le gênait guère.

Les sections furent averties. A partir de ce jour elles adoptèrent des motions sur son remplacement. C'est ainsi que le Comité général entendait la souveraineté du peuple. Il brisait, au fur et à mesure, les obstacles qui apparaissaient sur sa route en s'appuyant pour cela sur les vœux des sections qu'il avait préparés. Peu à peu il se substituait à tous les pouvoirs et faisait la loi.

Le 2 juillet^ le directoire fut destitué et remplacé par une

MARSEILLE BKVOLUTIONNAIRE

administration provisoire. Il re restait plus en fonctions que le directoire du district. Cette dernière administration n'allait pas tarder à suivre les deux autres dans leur disgrâce.

On s'illusionnait encore en haut lieu sur la portée véritable du mouvement contre révolutionnaire qui se dessinait dans le Midi. Marseille avait donné tant de preuves de patriotisme

ptp

Peloux, Président du Comité Général des trenie-djeux Sections marseillaises

(Collection du Musée Borély)

jusqu'à ce jour qu'il paraissait impossible de croire tout d'un coup cette ville rebelle. En vain ses députés jacobins, au courant des faits, tâchaient d'instruire leurs collègues du Comité de Salut public. Leurs doléances, que l'on attribuait à tort à l'esprit de parti, étaient taxées d'exagération. On n'écoutait que les observations des représentants du peuple.

Ceux-ci qui avaient fort à faire à l'armée d'Italie, étaient plus préoccupés des opérations militaires que des troubles intérieurs. Peu au courant des événements, trompés sur l'attitude réelle du Comité général qu'ils voulaient croire plus égaré que coupable, ils ne surent pas prévoir, à l'origine, la guerre civile qui s'annonçait. Il fallut que les circonstances vinssent forcer leur attention pour les décider à proclamer la ville de Marseille rebelle. On peut se faire une idée de leur aveuglement par la lecture de leurs proclamations successives. Vers la mi-juin^ alors que le Conseil général et la municipalité sont dissous, le tribunal populaire réinstallé et qu'un bataillon s'organise pour marcher sur Paris, ils croient encore à la fidélité de la ville et comptent sur elle pour marcher à l'enneaii commun ! Ecoutons leur dernière proclamation, en date du 14 juin :

»... Braves Marseillais, s'écrient-ils, vous qui avec vos frères les Parisiens avez les premiers fondé la liberté et l'avez ensuite afïermie sur des bases inébranlables, accourez au secours de vos frères des Pyrénées... Les malveillants de l'intérieur redoublent d'audace ; le fanatisme relève sa tète hideuse... Un grand incendie est à la veille de ravager les riches contrées qui vous environnent ; hàtez-vous de le prévenir ! Souvenez-vous de ce que vous avez fait pour la liberté ».

A peine ont-ils quelques doutes. « Méconnaitriez-vous, généreux Marseillais, disent-ils, ces accents de la République une et indivisible qui vous appelle ! Loin de nous un pareil soupçon. Vous êtes Français, sans cesser d'être Marseillais. Levezvous tout entiers ! Que les dissensions intestines, les querelles domestiques cessent à l'aspect du péril commun. N'écoutant que votre gloire et votre amour pour vos frères opprimés, volez a leur défense ! Qu'ils tombent sous vos coups les infâmes satellites de la tyrannie et qu'on entende encore une fois dans toute la République, ces mots qui passeront à la postérité la plus reculée : Les Marseillais ont sauvé la France (1). »

(1) Archives des Bouches-du-Rhôoe. Série L. Département. Liasse 92.

Cette proclamation, tout a fait curieuse pour l'époque où elle fut conçue, est signée des représentants du peuple : Barras, Baille, Beauvais et Despina^sv.

Le même jour, le directoire du département reçoit l'ordre des méines représentants de tenir prêts à partir, pour l'armée des Pyrénées, les 6.000 hommes de la dernière levée qui, on s'en souvient, étaient restés dans leurs foyers à la réquisition des autorités.

« Nous désirerions, disent-ils, que la ville de Marseille, toujours empressée de se signaler dans le danger de la patrie, fît de nouveaux efforts... »

Caslelanet, Secrétaiiie du Comité Général des liiente-deux Seclions marseillaises

(Bibliothèque Municipale)

Mais Marseille est maintenant sous le joug. Cette ville révolutionnaire est passée n l'ennemi et le directoire n'est plus que l'ombre de lui-même. Le 22, il repond aux représentants du peuple que « les administrations réunies ont délibéré de ne plus avoir égard aux ordres émanés des commissaires de

MARSEILLE RÉVOLDTIONNAIRE 387

la Convention nationale, attendu qu'elle n'a pu leur déléguer aucun pouvoir... (li. »

Cette fois la rupture est nette et les représentants l'auront enfin compris. Qu'importe au Comité général que les Espagnols menacent Perpignan ! Il a bien autre chose à faire qu'à venir au secours de cette ville. Il est un devoir plus pressant à ses yeux : refaire le système politique de gouvernement et cela par la force puisque c'est nécessaire. Les 6.000 hommes resteront chez eux en attendant qu'on les utilise pour la guerre civile et quand ils prendront les armes ce sera pour marcher sur Paris.

L'action de Marseille n'était pas isolée. Une correspondance active s'échangeait avec les principales villes du Midi : Bordeaux, Nimes, Lyon. Dans beaucoup de départements, suivant un mot d'ordre donné d'avance, les sections s'étaient levées. La lutte contre la Convention était depuis longtemps prévue-.

Le 11 juin, le Comité général de Sisteron annonce avec etTroi l'arrivée dans le département d'un bataillon du Mont- Blanc, envoyé par d'Herbes (2). « Il est arrivé il y a trois jours, à Sisteron, écrit-il, un nouveau général porteur d'une commission signée Kellermann. lî a visité la citadelle; il est chargé d'étabbr un camp à Entrevaux pour assurer, dit-il, les communications avec l'armée de Nice. Ce général a, dans son portefeuille, une réquisition de Dubois-Crancé pour faire avancer trois bataillons sur Valence. Il nous a assuré qu'il avait refusé d'y obtempérer et nous a parlé avec une franchise telle sur d'Herbes qui nous a fait penser que ses principes étaient les nôtres. . .

« Mais que vient faire ici le bataillon du Mont-Blanc ? Si Ton voulait vous couper la communication avec notre département et avec le Dauphiné, Sisteron comme Avignon, pourrait servir à un rassemblement de troupes. La citadelle est forte et c'est une place assez importante pour que vous ne négligiez pas de vous en assurer. Nous avons des hommes de

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Ck)rrespondance du directoire. Tome VIL page 139.

(2) D'Herbes était un déouté jacobin des Basses-Alpes. Il avait signalé, \'un des premiers, le mouvement fédéraliste dans la région du Midi. ^

bonne volonté, mais il nous manque une compagnie decanonniers. Envoyez-la ; cette mesure est urgente. Hâtezvous ; demain le sort peut vous échapper... (1). »

Il ne fut pas difficile au Comité général de lever le premier bataillon prévu pour Paris. Gomme il avait mis les mains sur les caisses publiques, il disposait de fonds considérables, ce qui lui permit de fournir aux volontaires une solde appréciable. En principe les citoyens soldats avaient reçu, jusqu'ici, quinze sous par jour. Le Comité général doubla cette somme. A l'instant on vit accourir une foule d'individus de toute espèce, attirés par l'appât d'un gain inespéré. Les sections avaient à fournir chacune 16 volontaires que le sort devait désigner ; le remplacement était autorisé. Par ce moyen le bataillon fut complété en quelques jours.

Quand il fut prêt à partir, on s'aperçut que le lieu de rassemblement pour les corps du Midi était au pouvoir des Jacobins. C'était Avignon. La municipalité de cette ville, prévenue des dispositions girondines, avait déjà pris quelques mesures de sécurité. A son appel les montagnards du Comtat étaient accourus. De plus, il y avait à Avignon, qui possédait des remparts, une assez forte garnison. Il fallait donc, de toute nécessité, entamer la lutte.

Certains auteurs prétendent que le Comité général commit une faute grave quand, sous prétexte de troubles, il fit tenir garnison à Arles au bataillon marseillais, au lieu de l'envoyer directement à Avignon. Il est possible que ce fût là une faute, mais le Comité général la commit à bon escient. Il ne se sentait pas assez fort pour s'emparer de la ville avec cinq cents hommes seulement ; d'autre part, il recevait journellement de ce côté de mauvaises nouvelles et il voulait, surtout au début, éviter un échec qui aurait paralysé la troupe en détruisant par

(1) Archives des Bouehes-du-Rliône. Série L. Section d'Aix. Liasse 24.

MARSEILLE REVOLUTIONNAIRE ôtSif

€ontre-coup le prestige de la Gironde. L'expédition d'Arles n'était point prévue, à l'origine. On fit semblant de se rendre à la demande des sections de cette ville qui réclamaient le passage du bataillon ; en réalité la force armée séjourna à Arles uniquement pour donner le temps à d'autres troupes ■de s'organiser.

Parmi les preuves que nous pourrions citer à l'appui de cette affirmation, nous signalerons deux documents qui éclairent d'un jour nouveau cette façon de voir. Ils émanent tous •deux du Comité général . Le premier en date (il est dul6 juin), annonce aux sections d'Aix l'arrivée des volontaires à Avignon pour le dimanche suivant. « Ils se trouveront à Avignon, écrit le Comité, dimanche prochain, au nombre de 512, avec les pièces de canon nécessaires. Les citoyens de votre commune qui voudront les joindre se rendront directement à Avignon et seront incorporés dans le bataillon.. (1). »

De l'autre côté du Rhône il y a également un autre bataillon levé par le département du Gard. Il longe la rive, mais ne veut pas se risquer isolément ; il attend le passage de la petite troupe marseillaise et celte-ci ne parait pas. Le 22 juin, le Comité général, « informé des mouvements que les désorganisateurs font dans la ville d'Avignon et des dispositions hostiles qu'ils ont la témérité de prendre », arrête, non seulement la marche de son propre bataillon, mais propose encore à celui du Gard « de concourir à rétablir l'ordre dans la ville d'Avignon ». A cet effet le bataillon, au lieu de remonter la vallée du Rhône, sur la rive droite, « devra entrer dans le département des Bouches-du-Rhône et là attendre les ordres donnés par les commissaires civils envoyés par le Comité général pour diriger de concert leur marche et leurs forces partout où ils seront requis... (2). »

Ainsi le plan primitif est modifié, non pas parce que les Monnaidiers d'Arles ont levé la tête, mais à cause des mauvaises dispositions d'Avignon. Et l'aveu nous vient du Comité

(1) Arcliives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections d'Ai.v. Liasse 25.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.

généra' lui-même. Ce n'est plus une promenade militaire sur la capitale vauclusienne, c'est une marche au combat.

Cependant le Comité général n'ignore point que le moment presse. Toutes les sections des villes de la vallée du Rhône jusqu'à Lyon attendent avec impatience, le passage du bataillon. « L'esprit public, écrivent de Thain des commissairesenvoyés à Lyon, se fortifie à Valence ; le bataillon parait généralement attendu avec plaisir et confiance. Nous vous renouvelons notre invitation de le faire rendre en diligence à Lyon où nous comptons être rendus dès demain... (1). »

Au moment même de la levée du premier bataillon, le Comité général se rendit compte que les levées ultérieures seraient difficiles. II y avait beaucoup de remplaçants parmi les soi-disant volontaires. Comme on prévoyait déjà le besoin de nouvelles forces pour la lutte qui allait s'engager contre la Convention, on décida de faire appel au département tout entier.

Dès lel2 juin, lavilled'Aix était invitée, à son tour, à organiserun nouveau bataillon. Le Comité de sûreté générale s'empressa de convoquer les sections. Celles-ci promirent aussitôt les secours demandés par leurs frères de Marseille et nommèrent des commissaires.

Mais si les sections répondirent à l'appel, la garde nationale resta inerte. Il fut non seulement impossible de recruter parmi elle des volontaires, mais encore de la rassembler. On était loin de l'élan de 1792, où la ville d'Aix leva en une heure un bataillon tout entier(2). La cause était différente et le peuple

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Département. Liasse 1J2.

(2) En 1792, la nouvelle de la chute de Verdun avait plongé dans la consternation la France entière et n'avait pas peu contribué à activer le départ de Marseille du bataillon du 21 janvier. Celui-ci, nous l'avons vu, avait quitté sa ville natale le 16 septembre 1792 ; le lendemain il était a Aix. Son arrivée fut saluée par des acclamations unanimes. La garde nationale aixoise ayant manifesté le désir de se joindre aux Marseillais, la municipalité, cédant au vœu de la populailon, fit battre la générale. On vit alors un exemple unique dans les fastes de la Révolution : un bataillon entier est levé en une heure, armé et équipé en vingt-quatre. S'il n'avait fallu prévoir des fonds pour assurer sa subsistance en route, il serait parti le soir même.

«... Ce bataillon, écrit au ministre de la Guerre la municipalité d'Aix, composé d'une jeunesse brillante de l'amour de la liberté, va défendre nos-

le sentait bien. Les sections eurent beau multiplier les délibérations, voter des motions, vouloir « contraindre les citoyens qui composaient la garde nationale à se rassembler sur le Cours » ; ce fut en vain. Les commissaires durent avouer que la levée « ne rendait pas (1). »

On eut alors l'idée de recourir aux autres sections du district. Une nuée de commissaires s'abattit sur les villages environnants ; toutes les sections de la ville d'Aix en envoyèrent à l'envi. A leur arrivée dans les localités, les députés étaient reçus avec une « joie inexprimable. » Après avoir fait vérifier leurs pouvoirs; ils développaient leurs instructions. La garde nationale était convoquée ; on l'invitait à voler au secours de « la patrie opprimée » et à grossir les rangs de l'armée « anti-anarchiste . »

D'une façon générale, les citoyens-soldats se dérobaient. C'étaient des cultivateurs que l'appât d'une solde élevée ne pouvait attirer uniquement. Décidément, ils n'avaient pas la foi. A Vauvenargues, la municipalité fait connaître que, « malgré des appels pressants, personne ne s'est présenté. »

Gignac est divisé « de fait et de principes. » Collongues « ne peut recruter. « A Peypin, deux volontaires, alléchés par les 30 sous du Comité général, demandent quelle sera la durée du voyage et s'enrôlent. A l'instant, les seclionnaires ouvrent une souscription en leur faveur ; elle produit 200 livres. Mais la nouvelle s'est répandue dans le village ; les femmes, les enfants, viennent tout éplorés réclamer leurs pères, leurs maris. On ne veut pas de lutte fratricide. Il faut rendre les 200 livres, et l'assemblée, « attendrie et pénétrée de la plus vive émotion », délibère unanimement au nez des commissaires de dégager de leur parole les citoyens-soldats (2).

frères du département du Nord et contribuer au triomphe de nos armes. Le poste le plus périlleux est celui qui lui convient le mieux... » (Archives des Bouches-du -Rhône. Registre de l'Assemblée administrative du département. Tome L m 7, pages 95, 96 et 97).

Le bataillon des fédérés d'Aix, comme celui du 21 janvier, resta à Paris. Il retourna dans sa vill« natale au commencement d'avril 1793.

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Section d'Aix. Liasses 23 et 24. (Voir, en particulier, la délibération de la section 5, dite des Piques) .

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 25.

Le 21 juin, les commissaires, députés par la ville d'Aix, sont de retour et rendent compte de leur mission qui a échoué. A son tour, le Comité de sûreté générale avoue son impuissance aux sections de Marseille. « Il paraît, dit-il, qu'on ne parviendra pas à former un bataillon du district ; la mission des commissaires, dont la plus grande partie est revenue, ne nous promet encore que 24 hommes ; nous ne savons pas même s'ils seront tous équipés et armés et s'ils auront toutes

Yauvenargues en 1793

(Collection Arbaud)

les qualités requises. D'après cela, nous concluons que le district fournira tout au plus 50 hommes : la ville, de son côté, ne fournira guère plus de 120 à 130 hommes. »

Mais le Comité général se rend compte qu'à Marseille la levée a produit le maximum de ce qu'on peut attendre d'elle. Le bataillon marseillais est surtout composé de mercenaires. Ce qu'il faudrait essayer d'incorporer, ce sont

des citoyens-soldats compris sur les listes de la garde nationale. L'armée citoyenne seule peut ofifrir un noyau vraiment solide sur lequel on pourra greffer plus tard, si besoin est, des troupes stipendiées. Faire appel aux sentiments des volontaires exclusivement, c'est courir, à Marseille, au-devant d'un échec qui peut produire une impression défavorable pour l'organisation d'ensemble.

C'est pourquoi le Comité général s'empresse de renouveler ses instructions aux sections d'Aix. Le Comité de sûreté de cette ville, qui s'est transformé, entre temps, comme à Marseille, en Comité général, revient à la charge. Le 25, il envoie une proclamation aux habitants de toutes les communes de son ressort et exhorte les officiers municipaux « à engager des volontaires pour délivrer la Convention nationale de l'oppression dans laquelle la tient une faction liberticide qui ne respire que pillage, carnage et le renversement de la République une et indivisible (1). »

Comme la première fois, le résultat est à peu près négatif.

Il faut cependant organiser ce deuxième bataillon dont la levée a été annoncée à grand fracas. Le Comité général, à Marseille, est sur les dents. Déjà on annonce que la Convention concentre des éléments antagonistes au delà d'Avignon. Comment pourra-t-on recruter, par la suite, des forces parallèles dans le département si la ville d'Aix, dont l'ardeur pour la bonne cause est reconnue, n'arrive pas à compléter son premier contingent ?

De nouvelles instructions parviennent au Comité général de cette ville. Il devra envoyer un député de chaque section dans les trois chefs-lieux de district, Apt, Tarascon et Salon, à l'effet de lever dans chacun d'eux cent volontaires.

En même temps, le Comité général de Marseille adressa un nouvel appel aux républicains de tous les départements.

« Frères et amis, dit-il, l'étendard contre-anarchiste est déployé ; tous les départements se lèvent, s'armei'it et s'unissent... Mais que de malheurs accumulés !... que d'oppositions, que d'entraves arrêtent l'expression du vœu général !... Des milliers d'enfants égarés et rebelles déchirent le sein de

^1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 25.

leur triste patrie. . . Les département sont désunis; tous les éléments sociaux sont confondus. . . Marseille osa la première envisager les périls et les obstacles et se livrer au noble espoir d'en triompher. . . Citoyens, il faut marcher et combattre, mettre de l'accord dans les volontés, de l'ensemble dans les opérations, de la célérité dans les marches; rallier autour d'un centre commun tous les départements isolés par la nullité de la Convention ; voler à Paris et proclamer une seconde fois la République sur les débris de l'anarchie. .. (1). »

En somme il a fallu quinze jours pour lever, dans le district d'Aix, seulement, 180 volontaires et pour cela il a été nécessaire de recourir à un nombre presque égal de commissaires. « Le mal n'est pas sans remède, écrit à celui d'Aix, pour le réconforter, le Comité général de Marseille. Il peut être réparé par la célérité que vous mettrez dans l'exécution de la levée dans les autres districts. Quand le bataillon sera organisé dans votre ville, les volontaires prendront immédiatement la route d'Avignon. Nous croyons pouvoir vous assurer qu'ils trouveront les voies bien préparées, car nous avons fait passer des circulaires dans toutes les communes pour les faire participer à cette expédition ; déjà des réponses satisfaisantes nous sont parvenues ... (2) . »

De nouveaux commissaires partent. Le 1" juillet ceux du district d'Apt, où l'enthousiasme paraissait général, font connaître « qu'ils ne peuvent cacher que l'ordre et le calme ne régnent pas dans tout leur entrain. Les factieux font tous leurs efforts, disent-ils, pour renverser l'ordre naissant... Le nombre de volontaires aura peine à se monter au chiffre de 108... (3). »

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse 12.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections d'Aix. Liasse 25.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections d'Aix. Liasse 25.

A Tarascon le Comité général rassure les sections d'Aix sur l'ardeur des commissaires « dont le zèle et rjutorité, dit-il, ont surpassé son attente. » Ce qui n'empêchera point la compagnie des grenadiers, au moment du passage du batai'lon marseillais, quatre jours plus tard, de refuser de partir.

Le district de Salon, à son tour, effectue péniblement sa levée. « Nos volontaires, écrit-il, se sont déjà incorporés dans le bataillon marseillais. » Quand celui-ci aura quitté Arles, 150 gardes nationaux seront appelés pour les remplacer et Salon enverra seulement, pour cette mission pacifique, 24 hommes (1).

Tel est le résultat d'ensemble. Prenons isolément les communes. A Alleins, les citoyens-soldats de la levée de 6.000 hommes « refusent de se rassembler et de tirer au sort. » A Mallemort, les volontaires que le sort désigne « se font remplacer. » Chateaurenard a été -. affligée d'une éj)idémie qui a détruit une partie de la population. » Quand le contingent déterminé est prêt à partir, il y renonce (2). La bourgeoisie montre le plus déplorable exemple ; elle veut bien purifier la Convention mais avec le concours exclusif des forces populaires C'est à Pélissanne que le cas est véritablement typique.

(( Le restant de notre contingent, écrit la municipalité, se serait rendu de gré ou de force au temps voulu, s'il n'était arrivé que 22 citoyens de la classe oisive répandirent dans le pays la nouvelle qu'ils allaient partir eux-mêmes et que ceux que le sort avait désignés étaient libres de partir ou de rester. Ils ont refusé ensuite de se faire inscrire. Voilà, citoyens, la conduite de ceux qui devraient faire briller la lumière... (3). »

Mais le plus remarquable exemple de la répulsion des couches populaires nous est offert par la ville d'Aix, ellemême. Il y a dans cette ville, à l'instar de ce qui s'est fait à Marseille, un bataillon de canonniers. Sommé de prêter le serment contre la Convention il s'y est refusé. Aussitôt les sections se rassemblent, décident que les compagnies seront

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections de Salon. Liasses 23 et 124.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. District d'Aix. Liasse 124.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. District d'Aix. Liasse 124.

dissoutes et les canonniers fondus dans la garde nationale. De cette façon on les atteindra isolément. Il s'agit maintenant de les déloger des postes qu'ils occupent.

Le 30 juin, la municipalité, en écharpe, se transporte à la poudrière. Les exhortations, les menaces ne peuvent rien sur l'esprit des artilleurs qui restent inébranlables ; la démarche reste sans résultat. Néanmoins, comme les volontaires prévoient qu'ils seront désarmés par la force, ils envoient peu

Châieauiienaiid en 1793

(Collection Arbaud)

après, à leur tour, une députation qui propose une transaction : les canonniers conserveront la garde exclusive de leurs canons et assureront le service conjointement avec la garde nationale. La municipalité est obligée de se rendre à leurs vœux pour éviter un conflit (1).

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections d'Aix. Liasse 23.

Pendant que s'organise dans de si pénibles conditions la levée du second bataillon de l'armée départementale, le Comité général de Marseille envoie une proclamation aux armées delà République : « Soldats français ! s'écrie-t-il, vous avez juré de vivre libres et nous aussi. La liberté prit naissance dans nos murs ; les premiers nous avons versé noire sang pour elle. Des dangers sans nombre, des sacrifices immenses ont signalé de notre part toutes les époques de la Révolution et l'on nous accuse aujourd'hui ; mais écoutez... (1). »

Après ce préambule, le Comité général s'efforce de démontrer aux citoyens-soldats la justesse de sa cause. Il s'attribue sans vergogne les efforts patriotiques des autorités légales qui l'ont précédé au pouvoir. A l'entendre c'est lui qui a fondé la République qu'une «faction homicide s'acharne à détruire.» Quand il rappelle les sacrifices de la ville de Marseille, il fait allusion à des secours récents que des commissaires, nommés par ses soins, il est vrai, ont apportés à l'armée d'Italie. Il cherche ainsi à bénéficier d'une popularité qu'il usurpe. La manœuvre mérite d'être signalée.

Vers le début de l'année, en effet, les autorités locales, frappées de l'état de pénurie dans lequel étaient plongés les bataillons de volontaires de l'armée d'Italie, firent un appel pressant en leur faveur. Des souscriptions s'ouvrirent. Mais comme on était loin d'atteindre le résultat espéré, la municipalité essaya de réagir, par des proclamations, contre la torpeur des classes privilégiées. De son côté, le Club de la rue Thubaneau centralisa les secours, les dons partiels. Il fil plus encore. A son instigation des commissaires se dévouèrent et fondèrent des ateliers ; les femmes du peuple et les ouvriers travaillèrent gratuitement à la confection des effets. En quelques jours, le résultat obtenu fut, cette fois, appréciable.

Ceci se passait aux mois de février et mars quand les sections commençaient à peine à délibérer et qu'il n'existait pas encore de Comité général. Dès que celui-ci eut usurpé le pou-

(1) Archives des Bouehes-du-Rhône. Département. Liasse 92. (Voir cette proclamation au no 9 des pièces justificatives. '

voir, il s'empressa de profiter des efforts faits par d'autres. Six commissaires quittèrent Marseille le 25 mai et arrivèrent à Nice le 30. Ils distribuèrent pendant tout le mois de juin aux citoyens-soldats, au nom de la ville de Marseille qu'ils représentaient^une grande quantité d'efïets de toute nature. Lesdeux bataillons de la Phalange marseillaise, les 6"= et 7*bataillons de volontaires des Bouches-du-Rhône et la compagnie de chasseurs Carrière reçurent ainsi 3.500 paires de souliers, 3.500 paires de guêtres, 1.000 chemises, 50 habits, 300 paires de bas ainsi qu'un certain nombre de mouchoirs, de vestes et de culottes. Les volontaires en traitement aux hôpitaux touchèrent, pour leur part, près de 2.000 livres. Le 1" bataillon des Bouches-du-Rhône, sorti également des murs de Marseille, se trouvait à l'armée du Nord. Il avait perdu, au siège de Maë.stricht, la plus grande partie de ses effets. Il reçut, à son tour, une lettre de change, sur la maison Wangaver, de Lille, de 8.000 livres.

Le geste de la ville de Marseille à l'égard de ses enfants, était magnifique. Malheureusement, les co.inmissaires des sections le faisait précéder d'un discours dont le sens, étant données les circonstances, en amoindrissait singulièrement la portée. « ... Les sections de Marseille, disaient-ils aux volontaires^ jalouses de leur témoigner combien vous leur êtes chers, nous ont chargé de vous apporter ces dons, comme une faible marque de l'intérêt que vous n'avez jamais cessé de leur inspirer... (1). »

Ainsi par un oubli complet de tout sentiment de justice, le Comité général monopolisait à son profit l'attitude patriotique de ceux qui l'avaient devancé. Il escomptait la gratitude des citoyens soldats. D'autres émissaires suivirent les premiers pour essayer de profiter habilement de l'état d'esprit des volontaires. Le 11 juin, le Comité général des sections d'Aix qui avait procédé de la même manière à l'égard de ses bataillons, reçut de celui de Martigues une lettre apologétique. Il exulta.

U) Archives des Bouches du-Rhône. Sections de Marseille. Lias classée.

« Le bataillon de Martigues, écrivent de Nice, les officiers, à la date du 15 juin, dévoué à la défense de la patrie, contemple et admire votre bonne conduite. Xe vous lassez pas de démasquer la turpitude de cette horde de brigands qui, sous le voile du patriotisme, ont commis toutes sortes d'horreurs. Soyez la sentinelle vigilante de l'intérieur et nous sommes assurés du triomphe des armes de la République... (1). »

Néanmoins, l'altitude des sections et du Comité général, tant à Aix qu'à Marseille, ne tarda pas à être démasquée, à l'armée d'Italie. Il appartenait à des citoyens-soldats de ne pas s'écarter du chemin de l'honneur. Dix jours après seulement, un des signataires de la bttre qui précède, le sous-lieutenant Mourier, se porta dans son district d'origine pour faire rejoindre les déserteurs.

« Cet officier, écrivent à Aix les mêmes émissaires qui ont cru un instant le bataillon girondin, est porteur, de concert avec les représentants du peuple, d'ordres que nous ne pouvons point connaître. Une perquisition exacte dans ses papiers peut vous faire connaître bien des choses. »

Renchérissant sur cette façon de voir, le Comité général, à Martigues, demande à celui d'Aix, des instructions, à l'arrivée dans le pays du citoyen Mourier. « Il est fort difficile, dit -il, de dépoujUer ses papiers sans qu'il s'en aperçoive. Pour y parvenir avec plus de sûreté, il nous parait que le moyen le plus simple serait de le mettre en état d'arrestation... (2). »

Pendant qu'il cherchait par tous les moyens à recruter, d'un côté une armée départementale pour marcher contre la Convention et de l'autre, à désorganiser les bataillons qui étaient aux frontières, le Comité général, à Marseille, ne restait pas inactif. Sous ses auspices, le tribunal populaire, qui jugeait sans appel, envoyait à l'échafaud les anciens militants. C'est ainsi que périt, le 4 juillet, un ancien membre du directoire du département, le citoyen Barthélémy. A partir de ce jour, les exécutions se multiplièrent. Un grand nombre de

(1) Archives des Bouehes-du-Rliône. Sections d'Aix. Liasse 22.

(2) Archives desBouches-du-Rhône. Sections d'Aix. Liasse 22.

prisonniers qui gémissaient dans les fers ne durent leur salut qu'à l'arrivée inopinée de Carteaux.. Le commissaire du pouvoir exécutif dans les Bouches-du-Rhône, le citoyen Lefèvre voyait passer avec terreur, étant à Aix, la municipalité tout entière de Salon, que l'on conduisait enchaînée dans les prisons de Marseille (.2). Le temps manqua au Comité général pour assouvir ses rancunes.

(3) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 187.

Page 1