‹ Marseille révolutionnaire; l'armée-nationChapitre 4 sur 44 · L.a Porte d'Aix en · texte numérisé non relu

L.a Porte d'Aix en

(Collection du Musée Borély)

deux cents soldats du Royal la Marine accourent sur les lieux et réclament leur colonel. Un conflit paraît imminent. Il est évité, grâce à la sagesse du capitaine Gautier qui, par sa prudence, sauve le marquis d'Ambert, comprenant tout ce qu'aurait de déplorable un coup d'éclat. Il le laisse libre, se contentant de verbaliser. Un compte rendu des faits est envoyé surle-champ à la municipalité. Le colonel du Royal la Marine,

entouré de ses soldats, se fraye m\ passage à travers la foule et gagne à pied son domicile (1).

Mais la nouvelle de l'événement s'étend de proche en proche et gagne dans la nuit la ville entière. De toutes parts des groupements se forment dès le lever du jour. La rumeur publique, exagérant les faits, y voit le prélude de projets funestes que le maintien des troupes accrédite largement.

La municipalité, réunie en hâte, se dispose à envoyer au roi et à l'Assemblée nationale un courrier extraordinaire, lorsqu'elle se voit assiégée dans l'Hôtel de Ville par un peuple nombreux qui demande à grands cris justice. L'etïervescence croit de minute en minute ; les rues, les établissements publics sont envahis par la foule. De sourds murmures se font entendre, faisant bientôt place à des menaces, à des cris de mort.

La municipalité, au milieu de l'indécision générale, garde son sang-froid. Elle convoque aussitôt à l'Hôtel de Ville les chefs de la garde nationale qui sont très populaires. Les officiers municipaux comptent sur elle pour éviter tout désordre et la milice, tant décriée par la faction aristocrate, sauve la situation. En moins de deux heures 10.000 gardes nationaux, obéissant à la voix de leurs chefs, entourent l'Hôtel de Ville et se répandent dans la ville par patrouilles nombreuses (2). Les habitants des campagnes accourent grossissant le flot tumultueux ; les milices des environs, à peine organisées, se rangent spontanément sous les ordres des chefs de la garde nationale. Le bruit se répand bientôt que le Royal la Marine se rassemble et prend les armes. Que va faire ce régiment ?

Le régiment s'est rassemblé, en effet, sans intentions précises. Quelques meneurs veulent venger leur colonel qui, disent-ils, a été insulté par la populace. Proûtant des dispositions hostiles, à l'état latent, qui, dans toute armée perma-

(1) Bibliothèque municipale. Précis historique des événements qui se sont passés à Marseille depuis le 23 mars 1789, par Mézières, ancien officier au corps royal de l'Artillerie.

Lettre des bas-officiers du Royal la Marine au Président de l'Assemblée nationale, en date du 23 naars, Tbe 93.

(2) Bibliothèque municipale, section de Provence, Pbe 11.").

nente mettront éternellement en conflit la soldatesque (1) et le peuple, ils parlent de se porter en armes au-devant de lui. Les officiers, presque tous aristocrates, sont absents et se gardent bien de venir. Quelques-uns sont chez leur colonel ; d'autres se cachent prudemment dans les alcôves et les uns et les autres ne paraîtront guère plus tard que contraints. Tous envisagent d'un œil froid une collision possible, comptant, peut-être, en tirer parti au profit de la contre-révolution (2).

Les bas officiers (3) ont comprisse danger. Ils opposent à l'inertie singulière du corps d'officiers l'initiative la plus heureuse. Il n'y avait alors qu'un adjudant par régiment ; au Royal la Marine, il a nom : Bernadotte. C'est l'homme de confiance du colonel, l'intermédiaire désigné entre les officiers et la troupe. Bernadotte s'entoure de ses camarades et la voix des bas officiers se fait entendre. Ils rappellent aux soldats leur origine, préconisant la concorde, les éclairant sur leurs véritables intérêts et les exhortant au calme ; leur faisant comprendre que l'armée régulière n'est déjà plus un instrument aux mains d'un parti tout-puissant, mais que suivant les aspirations de la nation entière elle doit évoluer et s'élancer, à son tour, à la conquête des droits imprescriptibles du citoyen et de la liberté commune acquise au prix de tant de sacrifices et de sublimes dévouements.

Une ère nouvelle, qui marquera dans l'Histoire, s'ouvre. Le régiment n'est phis la propriété de son chef ; il doit se

(1) Il est loin de notre pensée de vouloir étendre cette dénomination à Tannée permanente tout entière, qui, nous ue Tignorons pas. a rendu, sous l'ancien régime, de grands services et fait la grandeur de la France. Nous voulons faire entendre, seulement, qu'un des vices inhérents à toute armée permanente est l'éclosion d'une soldatesque, partie souvent très intime, par rapport au contingent, mais qui n'en existe pas moins. Dans l'armée-nation il ne saurait y avoir de soldatesque et le mot est ici vide de sens puisque chaque soldat est citoyen et réciproquement.

(2) Bibliothèque municipale. Section de Provence, Fbe J30 et Tbe 137. Adresse de Marseille a l'Assemblée nationale.

Archives municipales. Registre de correspondance écrite, commencé le 25 février 1790. Page 41. Lettre à la municipalité de Rennes.

(3) Les bas officiers de l'époque représentaient alors les sous-officiers d'aujourd'hui.

mettre au service de la Nation au même titre que la garde nationale. . .

Les bas officiers sont acclamés et l'on décide qu'une députationsera envoyée à l'Hôtel de Ville pour éclairer la municipalité sur les véritables sentiments du Royal la Marine. Cette députation se met aussitôt en marche. Elle comprend, à part Bernadotle, adjudant, sept sergents-majors : Bellair, Roffinot, Daviaud, Bretagne, Veigneur, Denis, Leblay et quatre sergents : Lagrandeur, Pierret, Gaillard et Vaucheret. A 10 heures précises, elle entre à l'Hôtel de Ville. Le peuple anxieux se demande si elle vient otïrir la paix ou déclarer la guerre.

La municipalité reçoit avec bienveillance les délégués. Bernadotle prend la parole au nom de ses camarades et du régiment tout entier. Le futur maréchal de France, qui ne suivra pas Bonaparte au 18 brumaire, déclare « que le régiment Royal la Marine est entièrement aux ordres de l'Assemblée nationale et que la faute de son chef ne saurait, en aucune façon, enlraiiierla responsabilité du régiment, d'ailleurs entièrement acquis aux idées nouvelles. »

Pour terminer, Bernadolte prie les officiers municipaux d'engager la garde nationale à s'unir « d'esprit et de cœur » avec les troupes réglées. De leur côté celles-ci s'engagent solennellement à employer tous leurs efforts « pour que règne la plus parfaite union », décidées à employer toutes leurs forces pour le maintien de la nouvelle Constitution (1).

Ce langage plein de fierté et d'énergie séduit la municipalité qui, ravie de la tournure nouvelle des événements, vote ses éloges et ses félicitations au Royal la Marine. Le chevalier de Greling, commandant de la garde nationale, se joint à la municipalité pour remercier ces braves au nom de la Nation. La déclaration des bas officiers, rédigée séance tenante, est lue aussitôt sur la place de la Loge (2), au milieu des bataillons rassemblés. Elle fut publiée, peu après, au son de trompe, par toute la ville, faisant ainsi renaître un peu de calme à la place de la plus vive surexcitation (8). Tout parais-

[i) Bibliothèque municipale. Section de Provence. Pbe 93.

(2) Aujourd'hui place Villeneuve.

(3) Bibliothèque municipale, section de Provence, Tbe iih.

sait rentrer dans l'état normal lorsqu'une autre imprudence du marquis d'Ambert vint de nouveau exaspérer les masses.

Quand le colonel du Royal la Marine eut connaissance de l'altitude des bas officiers de son régiment, il prit lui-même la direction de l'Hôtel de Ville, où il put arriver sans encombre. Quel était à l'origine le mobile qui fit agir ce chef de l'ancien régime ? Venait-il, comme il le dit plus tard, apporter son adhésion à la démarche des bas officiers (1)? Ou bien, au contraire, mû par un faux point d'honneur, crut-il utile de relever ainsi son prestige et sa dignité blessée ? L'histoire ne le saura jamais sans doute.

Toujours est-il que dès qu'il parvint à l'Hôtel de Ville, il fut reconnu par la foule qui manifesta bruyamment sa colère. Des menaces de mort se firent entendre de nouveau. Les bas officiers, qui fraternisaient avec les chefs de la garde nationale se précipitèrent, au bruit des clameurs, hors de la salle du Conseil, juste à temps pour arracher l'imprudent colonel à une mort certaine. Porté dans la salle dans les bras de Bernadette et de ses camarades, il chercha en vain à atténuer ses torts que la déposition de divers témoins et le procèsverbal du capitaine Gautier rendaient accablants. Sa démarche n'eut d'autre résultat que de raviver la haine, un moment éteinte. Le peuple tenait enfin le coupable qui avait osé le braver. Il fallut toute l'énergie de la garde nationale pour éviter une effusion de sang.

Les officiers municipaux, d'autre part, ne quittèrent qu'au soir l'Hôtel de Ville, après avoir longuement retenu les bas

(1) Bibliotlièque municipale, section de Provence Tbe, 93. — Mémoire justificatif du marquis d'Ambert. Il est curieux de rapprocher de ce passage du mémoire la lettre du 11 avril 1790 envoyée par la municipalité de Marseille à l'Assemblée nationale « Il vint se plaindre, dit celle-ci, de la

facilité avec laquelle il prétendait que les officiers municipaux avaient ajouté foi aux plaintes que la garde nationale avait portées contre lui et cela avec un air menaçant qui dégénéra bientôt en lâcheté au bruit des rumeurs que le peuple. . . » — Archives municipales. Registre de correspondance écrite, commencé le 25 février 1790, page 53.

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officiers et leur avoir offert des aigrettes pour leurs chapeaux afin de bien montrer que l'entente était complète.

Cependant, le marquis d'Ambert ne pouvait songer maintenant à quitter la place sans danger. Il sollicita la protection de cette même municipalité qu'il avait insultée la veille. Celle-ci envoya alors aux ministres et à l'Assemblée nationale un courrier extraordinaire pour les mettre au courant des événements. L'Assemblée nationale fut invitée à rendre un décret sur celte affaire et jusqu'à ce moment la municipalité indiquait que le colonel du Royal la Marine se constituait prisonnier {déclaration qui fut même appuyée par lettre particulière du marquis d'Ambert au président de l'Assembléenationale, le 23 mars). Vers 10 heures du soir, les officiers municipaux laissèrent l'un d'eux, M. Arnavon, pour faire face à toute éventualité, s'il était nécessaire (1).

Ils s'étaient à peine éloignés que les menaces redoublèrent plus violentes. Plusieurs bas officiers purent saisir quelques paroles qui ne permirent point de douter des intentions de la foule en délire. Il s'agissait de profiter du moment où la garde nationale relâcherait sa surveillance pour forcer les portes, pénétrer en masse dans la salle du Conseil, se saisir du marquis d'Ambert, l'assassiner sur-le-champ et promener sa tète au bout d'une pique par toute la ville.

En présence de ces dispositions hostiles, les bas officiers, estimant leur rôle de citoyens terminé et se souvenant que des soldats doivent défendre, au péril de leurs jours, la vie de leur chef, quand celle-ci est menacée, se lèvent en un commun élan, entourent leur colonel et jurent, « à la face du Dieu vengeur des forfaits », de ne point l'abandonner, de partager son sort quoi qu'il arrive et de mourir en le défendant. Admirable, réconfortant exemple de dévouement et de discipline qui élève l'esprit vraiment militaire jusqu'à la beauté morale du sacrifice ! Abnégation sublime î

Bernadotte fait rendre compte à M. Arnavon des propos qu'il a entendus." Aussitôt cet honorable officier municipal prend des mesures énergiques. Il fait transférer, tout d'abord,

(1) ArcJiiTes municipales. Registre de coi-respondaurr i^iiitc. commencé e 2ô février 1790. — Lettre du 25 mai-s.

le marquis d'Ambert et les bas officiers dans une salle séparée, celle des commissaire de quartier; puis il se rend dans le vestibule et harangue la garde nationale qui parait se laisser gagner, peu à peu, par la foule. Celle-ci doit évacuer complètement la maison commune dont les issues sont étroitement gardées. Le péril est conjuré pour l'instant et la nuit du 21 au 22 se passe sans autre alerte.

La journée du 22, par contre, fut fertile en événements. La veille, la foule voulait s'emparer de la personne du marquis d'Ambert pour apaiser sa soif de vengeance, comme il lui

La Porte Réale en 1790

(Collection du Musée Borélyi

faudra, quelques jours après, dans des circonstances à peu près analogues et qui ne seront que la résultante de cette agitation, celle du comte de Beausset, qui périt assassiné au fort Saint-Jean, comme il lui faudra aussi plus tard celle de Lieutaud, ce commandant félon de la garde nationale. Aujourd'hui, c'est contre les troupes réglées que des mesures de sécurité vont être prises. Depuis le matin des mouvements ont lieu au Royal la Marine qui, mal renseigné, suppose, à tort, que le colonel et la députation sont prisonniers de la municipalité. Quelques soldats voudraient que le régiment

prit les armes pour aller les délivrer, mais les officiers des divers corps de la garnison tinrent une réunion à l'issue de laquelle il fut décidé qu'ils ne sauraient se solidariser avec le colonel du Royal la Marine dont la conduite « leur était inconnue et étrangère. >»

Les officiers aux ordres du marquis d'Ambert furent priés à leur tour de détourner leurs soldats de tout projet d'enlèvement et il faut reconnaître qu'ils mirent tout en oeuvre dans ce but. Ils oublièrent seulement d'en rendre compte à la municipalité. Celle-ci, non prévenue, prit à l'Hôtel de Ville de grandes mesures de précaution. Le comrnaadant de la garde nationale fit fermer toutes les voies aboutissant à la maison commune, au moyen d'épaulements formés par des barriques remplies de terre. Les passages furent gardés par quatre pièces de canon. On plaça également sur le grand palier, en face de la porte, dans l'intérieur du vestibule, trois tromblons de gros calibre et il fut décidé qu'un poste de 300 gardes nationaux serait placé en permanence à l'Hôtel de Ville (1).

Le 23 mars, la municipalité fil publier une proclamation aux termes de laquelle il était interdit à qui que ce fût d'attenter à la saîivegarde du marquis d'Ambert. Il est à remarquer que dans le mémoire justificatif transmis par ce dernier à l'Assemblée nationale, le marquis d'Ambert donne, au sujet de ce qu'il appelle une « étourderie », une version toute différente de celle fournie par la municipalité. Il plaida jusqu'au bout non coupable. On rencontre encore des historiens qui, môme sur cette affaire, prennent à partie la municipalité de Marseille. Cependant la culpabilité du colonel du Royal la Marine ne faisait aucun doute. Nous n'en voulons pour preuve que la lettre suivante adressée aux officiers municipaux par MM. Blanc et Beausset, alors députés à Paris. MM. Blanc et Beausset s'expriment ainsi à la date du 8 avril:

«... Le ministre (de la Tour du Pin) nous a répété avec indignation lous les sujets de plainte que le roi avait à former contre le marquis d'Ambert. Depuis que ce colonel est au

(1) Bibliotlièque municipale. Section de Provence, Tbe 115..

Archives municipales. Registre de correspondance écrite, commencé le 25 février 1790. Tome 40, pages 3i à 38. Lettre à MM. Blanc et Beausset, députés.

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service il nous a dit que c'était la dixième circonstance de ce genre dans laquelle il se trouvait. . . (1). »

Il est aussi à noter que dans la lettre adressée le 26mars,par les bas officiers au président de l'Assemblée nationale, ceuxci déclarent au sujet de la détention de leur colonel qu'il « est retenu illégalement. » L'attachement qu'ils ont pour leur chef dans le malheur les honore sans doute ; mais il est aussi permis de supposer qu'il les aveugle, d'autre part, au point de leur faire oublier que le marquis d'Ambert s'est volontairement constitué prisonnier, le 23.

Nous préférons infiniment la seconde lettre que les bas officiers adressèrent aux officiers du Royal la Marine quand ceux-ci leur intimèrent l'ordre de rejoindre leurs compagnies respectives (2). L'ordre des officiers est accompagné d'une réquisition du marquis de Miran à la municipalité ; celle-ci ajoute verbalement qu'ils sont entièrement libres. Mais c-ela ne les ébranle pas. Ils ont juré à leur chef de le défendre jusqu'au bout ; ils tiendront leur serment. Une seule chambre donnant sur la rue de la Miséricorde leur est dévolue ; ils ont à peine des matelas ; n'importe ! Ils ne quitteront point leur colonel; leur vie lui appartient.

Il aurait fallu employer la force pour faire quitter leur poste aux bas officiers ; mais ni la municipalité ni le marquis de Miran frappés d'admir;ition par tant de dévouement ne

(1) Archives municipales. Registre des letties reçues, commencé le 5 avril 1790. Tome 10, page .5.

(2) « Nous n'ignorons point, Messieurs, écrivent les bas-olficiers, que nous sommes libres... Mais du moment que la vie du marquis d'Ambert est en danger, nous nous attachons à sa personne avec promesse de partager son sort en lui faisant un bouclier de nos corps. Le serment que nons lui avons prêté est inviolable jusqu'au moment où l'Assemblée nationale se sera prononcée sur son sort.

« Nous déclarons, néanmoins, ((ue la position fâcheuse dans laquelle nous nous trouvons jette beaucoup d'amertume dans nos cœurs. . . Mais nous devons considérer notre colonel comtne la première autorité du régiment et nous lui sommes attachés par des liens qu'il nous est impossible de rompre. Nous déclarons à Messieurs nos officiers, à Messieurs les officiers municipaux, à la nation entière, qu'il n'est pas en notre pouvoir d'abandonner le marquis d'Ambert à moins d'encourir le blâme public et la haine de nos camarades, à qui nous devons compte de notre mission. . . »

Bibliothèque municipale. Collection Bouillon-Landais, Fbe 93.

s'y résolurent. A partir du 26, Bernadette et ses camarades ne furent plus inquiétés et veillèrent avec Un soin jaloux sur l'existence de leur colonel.

Cette détention volontaire dura dix-huit jours. Les mesures de précaution prises au début furent conservées jusqu'à la fin.

Cependant, la municipalité attendait tous les jours le décret de l'Assemblée nationale au sujet de cette affaire. Le 26 mars, elle écrivait encore à MM. Blanc et Beausset que la présence du marquis d'Ambert à l'Hôtel de Ville « continue à entretenir la fermentation des esprits et que le moindre incident peut raviver les passions. »

Au même moment, le marquis d'Ambert donne la preuve de la mauvaise foi la plus insigne. C'est bien là l'homme de parti de l'ancien régime qni, à l'instar de son chef, le comte d'Artois, « n'a rien appris ni rien oublié. » Il n'ignore point que la municipalité ne peut lui rendre sa liberté sans s'exposer à faire renaître des troubles. Il lui adresse, néanmoins, requête sur requête, augmentant ainsi son embarras. Bientôt il accuse les ofïiciers municipaux d'attentat à la liberté individuelle et menace de sévir contre eux quand il sera libre !... (1).

Le 2 avril, la municipalité reçoit enfin communication d'un décret de l'Assemblée nationale, rendu le 27 mars et sanctionné par le roi le 29, aux termes duquel le colonel du Royal la Marine, reconnu coupable, devra être jugé par la sénéchaussée suivant la forme légale. En attendant le verdict du tribunal, la municipalité est invitée à prendre, comme les jours précédents, telles mesures qu'elle jugera nécessaires en vue d'assurer dans le calme la détention préventive et maintenant régulière du marquis d'Ambert. Le président de l'Assemblée nationale, Rabaud de Saint-Etienne, le ministre de Saint-Priest, ainsi que Mirabeau, félicitent hautement la

ri) Bibliothèque municipale. Section de Provence, fbe 93, pages 18 et suivantes.

municipalité sur la sage et prudente conduite qu'elle a tenue jusqu'ici dans cette affaire et l'engagent à persévérer (1),

Il semble qu'après la communication du décret rendu par l'Assemblée nationale, la sénéchaussée n'ait plus qu'à prononcer une condamnation prévue en haut lieu et impatiemment attendue par tous. Mais cette institution routinière s'inspire de trop vieux principes qui la conduisent à la partialité la plus funeste. Elle prolonge d'abord indéfiniment l'instruction pendant que le parti travaille sourdement dans la ville en créant un mouvement d'opinion tendant à démontrer l'arbitraire de la détention du marquis d'Ambert. Le colonel présente, à ce moment, une nouvelle requête demandant sa mise en liberté immédiate. La sénéchaussée ne jugeant toujours pas et la surexcitation étant à son comble, la municipalité se rend compte du danger que présente un

(1) Bibliothèque municipale. Section de Provence, rbe, 94, page 8.

Hôtel de Ville. Registre de correspondance reçue, commencé le 17 juillet 1789, page 222. — Lettre du ministre de Saint-Priest à la municipalité de Marseille : — «... J'ai rendu compte au roi. Messieurs, de ce qui s'est passé à Marseille, à l'occasion de l'affaire de M. d'Ambert, d'après le rapport qui m'en a été fait par MM. vos députés.- Sa Majesté a blâmé la conduite de cet officier, autant qu'elle a approuvé les mesures pleines de prudence que vous avez prises pour prévenir les suites fâcheuses que cet incident aurait pu occasionner, et Sa Majesté attend de votre zèle que vous continuerez àemployer tous les moyens possibles pour assurer le cours régulier de la procédure, en exécution du décret de l'Assemblée nationale. — Signé : Le comte de Saint-Priest. » ' .

Il est remarquable de rapprocher les termes de cette lettre du ministre de Saint-Priest, qui approuve, au nom du roi, le§ mesures prises par la municipalité de Marseille, de la relation de Taine sur le même objet. L'auteur des Origines de la France contemporaine {ioinall, page 304) fait lé procès de la municipalité et, plus royaliste que le roi, va puiser des arguments dans le.parti de la Coyr, uniquement. Peu importé que Louis XVI luimême, en cette cette circonstance, ait félicité la municipalité de Marseille et qu'il existe d'autres sources. Taine n'en a" cure. Une citation suffit pourvu qu'elle soit bonfte et vienne cadrer logiquem'ent av«c son sujet. Une lettre du marquis de Miran,, adressée. ay rnipistre quelques jours avant son départ pour l'étranger, yient fort à propos corroborer sa thèse. « Chaque jour, dil-il, en parlant de la municipalité, elle ajouté à son appareil militaire ; les retranchements, les barricades 'dé l'Hôtel de Ville s'accroissent, l'artillerie s'augmenle ; rintérionr de la vil!o est dans i'agitat'on d'nn cantonnement militaire très près dp l'ennemi. » A noter, qu'à part l'exagération évidente des dispositions prises, les mesures de la municipalité s'appliquent aussi" bien à la foule irritée qu'aux troupes réglées elles-mêmes. .'

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pareil état de choses. Aussi décide-t-elle de débarrasser à tout prix l'Hôtel de Ville de son hôte dangereux.

Le 7 avril, un fort détachement de gardes nationaux vient prendre le marquis d'Ambert qui est transféré à la prison du Palais. La sénéchaussée, de ce fait, est mise dans l'obligation de prendre un parti. Le lendemain 8, le colonel se présente devant elle et réitère sa demande de mise en liberté. Un coup de théâtre se produit alors ; le lieutenant général criminel, M. Ghomel, ne tenant aucun compte de réchauffement des esprits, y fait droit immédiatement et la sénéchaussée rend aussitôt une ordonnance d'élargissement. Pour comble, M. Ghomel vient lui-même signifier cette ordonnance à la municipalité en la priant de prendre les mesures nécessaires et la rendant, à l'avance, responsable des troubles qui pourraient survenir !...

La municipalité consternée, mais voulant à tout prix maintenir l'ordre, décide d'exécuter le jugement avant qu'il ne soit rendu public. Elle attend, néanmoins, que la nuit soit venue. A dix heures du soir, le capitaine de garde au Palais, M. Régnier, reçoit l'ordre de laisser sortir librement des prisons le marquis d'Ambert. Mais à la lecture de cette injonction, une partie de la garde s'oppose à son exécution et va jetant l'alarme.

Bientôt les postes avoisinants accourent et veulent en finir immédiatement avec le colonel du Royal la Marine. La municipalité, prévenue, mande en hâte au chevalier de Greling de se transporter au Palais. Ge dernier, au risque de compromettre sa popularité, harangue la garde nationale et la somme d'exécuter la loi. La garde nationale se trouve dans l'alternative ou de méco)itenter, en obéissant à cet ordre, le peuple qu'elle représente, ou de violer les règlements dont l'essence même est d'assurer l'exécution des lois. Elle se ressaisit, cependant à la voix du chef aimé et laisse enfin sortir, à 4 heures du matin, le marquis d'Ambert, qui, toujours, accompagné de Bernadette et protégé par 12 gardes nationaux, se rend à la porte de Rome. A la faveur d'une nuit obscure, il s'enfuit en chaise de poste. Il était entré 18 jours auparavant par la porte d'Aix, sur la route de France ; il q^uilte la ville parla porte opposée sur le chemin de l'étranger.'

Quand le jour parut, la nouvelle se répandit de partout t4 l'indignation fut à son comble. Le peuple devint furieux, La municipalité, craignant un soulèvement général, usa de tactique. Elle rassembla les districts de grand matin et dissémina ainsi "les forces populaires. Les officiers municipaux haranguèrent séparément la foule en lui faisant comprendre qu'il fallait exécuter la loi et que le désordre, en l'état actuel, ne pourrait profiter qu'aux ennemis du peuple (1).

Le peuple se calme, du moins en apparence. Mais sa crédulité disparait de jour en jour. II y a bientôt un an que les Etats Généraux se sont rassemblés pour établir un nouvel ordre de choses que les partisans de l'ancien régime ne veulent pas connaître. Le feu couve maintenant sous la cendre. Rien, désormais, ne pourra arrêter sa colère (2).

(1) Quelque temps après le jugement du marquis d'Ambert fut repris. Le colonel du Royal la Marine fut privé du titre de citoyen actif pendant 5 ans; condamné à 20 sols d'aiiirmic envers le rdi et à O.OOU livres d'amende envers Thôpital de Saint-Esprit, à Marseille. Liie, |tlaque en marbre fut élevée sur le lieu du délit avec cette inscri;)tion : « En réparation de l'injustice faite par Ambert, colonel au Koyal la Marine, à la garde nationale et à la municipalité. Ainsi ordonné par jugement de la sénécliaussée de la ville de Marseille. »

Le marquis d'Ambert, qui était alors réfugié dans les Etats de Savoie, n'accepta pas ce jugement. Il adressa une lettre à la municipalité dans laquelle il plaida jusqu'au bout non coupable. Nous ignorons ce qu'il devint par la suite.

(2) Voici la lettre que Mirabeau écrivit à la municipalité après le jugement de l'Assemblée Nationale : « Vous apprendrez, Messieurs, par vos députés extraordinaires, combien, sous tous les rapports, a été honorable pour vous le jugement de l'Assemblée Nationale dans l'affaire de M. d'Ambert. Je trouve cet incident heureux, en ce que, quelque inquiétude qu'il nous ait donnée, grâce à la sagesse de votre conduite, il a été la plus victorieuse réponse aux calomnies publiées contre la municipalité de Marseille et surtout en ce qu'il a été l'occasion d'un véritable concert entre le ministère et l'Assemblée Nationale. Jouissez, Messieurs, de votre gloire et de vos succès et puisez-y de nouvelles forces pour la pénible mais salutaire surveillance que les circonstances nous commandent encore et que l'estime et la confiance de vos citoyens, secondée de votre union mutuelle et inaltérable, élèveront au-dessus de tout obstacle et de toute résistance ». Signé : le comte de Mirabeau ». — Archives municipales. Registre des lettres reçues, tome 29, p. 86.

Ainsi qu'on peut le voir par la lettre qui précède, la municipalité de Marseille, à peine en fonctions, est déjà en butte à la calomnie de ses adversaires. Dans les Origines de la France contemporaine, Taine prend à son

Dans quelques jours les régiments de dragons, ainsi que le Royal la Marine, vont quitter la ville. Mais les soldats de ce dernier cor()s sont enfin éclairés sur les menées perfides de leurs chefs. Irrités d'avoir été contraints de prendre les armes, pour parer à une collision qui alors paraissait certaine, entre le peuple et la garde nationale, le jour de la sortie de leur colonel, ils ne vont plus cacher leur mécontentement. Certains d'entre eux vont prendre ouvertement parti pour la Nation.

A partir de ce moment, en efîet, deux camps se formèrent au Royal la Marine. Les soldats patriotes furent maltraités et brimés atrocement par le corps d'officiers. On les battait, on leur coupait les cheveux et parfois les oreilles. On leur fit faire une profession de foi ettous ceux qui se déclaraient du « parti de la Nation » furent écartés ou punis très sévèrement. Beaucoup furent renvoyés avec des cartouches jaunes (1). Poussés

compte ces calomnies et écrit l'histoire d'une municipalité dont il travestit le rôle qu'il connaît peu. La manifestation de l'esprit public lui échappe quand elle sort de son programme. Nous n'en voulons pour preuve que la phrase unique qu'il con.sacre dans-son livre à l'aflFaire du marquis d'Ambert : « ... En revanche, dit-il, le icolonel du Royal la Marine, M. d'Ambert, coupable d'un mot trop vif contre la garde nationale et acquitté par le tribunal devant lequel on l'a traduit, ne peut être élargi qu'en secret et sous la protection de 2.000 soldats. » C'est là tout. C'est véritablement peu en vérité. Il est vrai qu'en s'étendant davantage, l'auteur risquait fort de se laisser déborder et n'aurait pu. par une simple phrase incisive, faire l'opposition dont l'affaire d'Ambert lui fournit la matière. La tactique du grand écrivain, qui néglige toute autre source, même celles que lui procurent les dossiers des séances de la Constituante, aussi bien que la correspondance des ministres de l'époque, apparaît très nette. A noter d'ailleurs que dans cette phrase unique,Taine commet une erreur grossière. Les soldats avaient pris les armes, c'est vrai, mais le i>euple l'ignorait. Ils n'eurent pas, en outre, à intervenir. La garde nationale et la foule se moquaient bien des 2.000 soldats. Si la municipalité, qu'il critique tant, avait laissé faire, ce n'était pas « la protection des 2.000 soldats » qui aurait suffi a sauver le marquis d'Ambert. Le colonel du Royal la Marine ne dut sa liberté que grâce à cette même garde nationale qu'il avait insultée. La troupe, fort heureusement, resta invisible.

(1) La cartouche jaune n'était autre chose qu'un congé infamant. Nous avons pu nous procurer copie de l'un d'eux aux archivas de l'Hôtel de Ville. Il est ainsi libellé : « Nous soussigné. . . certifions à tous qu'il appartiendra

à bout ils se révoltèrent et publièrent un ordre du jour dans lequel il était dit que « d'un commun accord et pour se conformer aux vœux delà Nation, les officiers de la Noblesse étaient invités à donner leur démission dans l'espace de vingtquatre heures (3). »

Les officiers considérèrent cette proclamation comme une bravade et voulurent sévir. Ils furent chassés par leurs soldats. Comme ils vivaient presque tous au jour le jour, cette nouvelle situation les prit au dépourvu et les pouvoirs publics, qu'ils avaient tant maltraités, durent intercéder en leur faveur. Quelques-uns rentrèrent, mais furent toujours tenus en suspicion ; la plupart émigrèrent. Le beau régiment de Royal la Marine était moralement dissous.

Il est à remarquer que les persécutions dont les soldats patriotes ont à se plaindre ne sont point localisées au Royal la Marine. Les mêmes causes produisent, partout ailleurs, les mêmes effets et nous ne citons ici, que pour mémoire, les incidents de Chàteauvieux, de Royal-Champagne, de Mestre, de Camp-Général. Nous nous étendrons seulement, par la suite, pour ne pas sortir de notre cadre, sur les régiments ayant tenu garnison en Provence. Mais nous ne saurions trop le répéter : dans tous les corps, la dissolution est générale. L'armée de l'ancien régime se désagrège; les soldats viennent à la Nation, les chefs résistent. Toute l'histoire de cette dissolution, qui a donné naissance à tant de légendes, tient dans cette phrase.

Beaucoup d'écrivains militaires ne voient l'armée de cette

avoir renvoyé le nommé Léonard, dit Lejeune, grenadier au régiment Royal la Marine (âgé, taille, etc.), lequel a été déclaré indigne de servir dans les troupes de Sa Majesté, étant cahaleur, séditieux, insubordonné et mauvais sujet. Fait à Aix, le 19 mai 1790 ». Et plus bas signé : Ghartongue.

Remarquons en passant que les lettres formant les mots qui sont soulignés, sont piquées, sur tout le pourtour, avec une aiguille très fine, de façon à pouvoir en retrouver l'origine dans le cas où les malheureux soldats renvoyés auraient voulu les raturer ou les surcharger. La cartouche jaune, suivant les mœurs de l'époque, rejetait ^purement et simplement du sein de la société les victimes de l'ancien régime. Il ne leur restait plus qu'une seule ressource : c'était de mendier. (Archives municipales, série non classée).

(1) Bibliothèque municipale. Section de Provence, Tbe 160. — Forfaits aristocratiques.

époque qu'à travers le prisme trompeur de la discipline qui y est infuse. Par suite ils font retomber la responsabilité des événements sur les municipalités et les clubs en particulier, puisque ces organes ont détruit cette discipline en amenant à eux les soldats de l'ancien régime. C'est donc la Nation (les clubs et les municipalités en étant les intermédiaires les plus directs) qui a paralysé l'armée permanente d'autrefois, l'armée du roi.

Eh bien ! nous acceptons cette thèse et nous disons mieux : sans la propagande des clubs et la bienveillance des municipalités, cette armée aurait survécu encore, quelque temps peut-être, avec son organisation surannée et sa mentalité particuhère. Qui peut alors prévoir les malheurs qui seraient arrivés ? Peut-on songer, sans frémir, à cette armée de Bouille favorisant par la force la fuite du roi après Varennes ? Qui peut ici contester que la guerre civile n'eût éclaté, avant l'invasion étrangère, si les troupes étaient restées fidèles au monarque ?

Eh ! sans doute, si la Nation a conquis ses droits, elle a le droit, ce nous semble, d'appeler à elle, pour les défendre, ses enfants. Les procédés employés par les clubs ne sont, certes, par tous recommandables. Mais il faut juger l'ensemble. L'armée nn doit être que l'expression populaire et quand le peuple évolue, saurait-elle rester en arrière ? Dans un pays libre, peut- elle rester entre les mains d'un parti ?

L'armée, sans doute, est ce qu'on la fait. Mais quand le peuple est souverain elle ne peut être que la manifestation tangible de sa puissance, de sa force. Que vient donc faire sur la scène en 1790, et même en 1791, deux ans après la Déclaration des droits de l'homme, l'armée de l'ancien régime ?

On nous objectera, peut-être, que les officiers ont prêté le serment. Mais sont-ils acquis pour cela aux idées nouvelles ? Sont-ils vraiment sincères ? Comprennent-ils leur nouvelle mission ? On peut en douter quand on les voit refuser de se prêter aux réquisitions des municipalités, feindre d'ignorer l'existence de la garde nationale, heurter de front les pouvoirs publics et continuer d'appeler les régiments, dans leur correspondance officielle, les troupes du Roi ?

A Marseille, l'antagonisme entre la garde nationale et les troupes réglées ne fit que s'accroître après l'affaire du marquis d'Ambert. Il est remarquable de constater qu'au début même de la Révolution, la haine du peuple ne s'étend point aux soldats et que ceux-ci ayant reconnu leurs frères dans la garde nationale, sont acquis aux nouveaux principes. La mission des deux forces parait différente, mais l'origine est commune et le résultat devrait être unique. Pourquoi faut-il que les chefs militaires ne l'aient pas compris ? Il est vrai de dire que le roi ne les a pas déliés du serment de fidélité à sa personne : l'honneur militaire commande l'abnégation. Mais le peuple ne comprend point le sentiment qui les anime et juge les actes des chefs militaires par comparaison avec ses droits. Les heurts, les actes d'indiscipline, les insurrections même, tout dénote dans l'armée l'esprit nouveau qui gagne en intensité au fur et à mesure que la Révolution gagne du terrain. Le pouvoir exécutif met tout en œuvre pour enrayer ce mouvement et l'endiguer, témoin cette affaire sanglante de, Nancy; il aurait mieux fait, sans doute, de dénoncer aux officiers l'attitude qu'ils prendront plus lard. Nous parlons de ceux, seulement, qui, soldats et patriotes avant tout, n'émigrèrent point et restèrent à leur poste. La première milice citoyenne, à Marseille, a placé dans sa devise le roi avant la loi. La garde nationale actuelle place la souveraineté du peuple au-dessus de tout et le roi n'est déjà plus que le premier serviteur de son peuple.

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