‹ Martin et Bamboche ou Les amis d'enfanceChapitre 10 sur 104 · CLAUDE GÉRARD, MARTIN · texte numérisé non relu

CLAUDE GÉRARD, MARTIN

CLAUDE GÉRARD

Malheureux! je t'ai deviné.

MARTIN

Que dites-vous ?

CLAUDE GÉRARD

Tu l'aimes (

MARTIN

Pouvez-vous croire ?

CLAUDE GÉRARD

Ah! maintenant tout m’est expliqué, U tristesse toMjoun croissante, ton ioquiétudo, ton agitation.

Fh bien, oui, jo l’aime, je l'aime comme un insensé ; du pr« mier jour où je l’ai vue je l'ai aimée; sa grâce, sa candeur, ce parfum de pureté, m'ont frappe au cœur ; nos jeux, cette familiarité de l’enfance, ont (ait pénétrer mon aiTection au plus profond de mon Ame, et quand sa mère mourut, sa douleur si vraie... tant de larmes versées, en la voyant pleurer, me la firent aimer davantage encore... Elle partit, co qui était sacré pour elle devint sacré pour moi... son souvenir était Ik, toujours, toujours...

CLAUDE GÉRARD

llélas, mon ami, il t'a donné plus de tourmonts que de joie..

MARTIN

Oui, car je sentais que ce fol amour me vouait à jamais au malheur... Mais que faire, ici, dans cet isolement, entouré d'objets qui chaque jour me rappelaient elle ou sa mère? Je n'ai pu résister b ce fatal entrainement.

CLAUDE GÉRARD

Ah t oui, fatal, bien fatal.

Martin.

Vous dire avec quelle impatience dévorante j’attendais chaque année le jour de son arriTee, pour la voir quelques instants à peine, vous dire... Oh ! mon ami, pardon !... pardon, mais je n’ai jamais eu tant de désespoir dans l’Ame... Tout perdre en an jour, vous, elle ! [Se jetant dans ses bras.) Ah ! je ne puis plus parler.

CLAUDE GÉRARD

Malheureux enfant, je t'avais bien dit qu'il est des jours où l'on regarde heureux ceux où l'on n'a souffert que du froid et de la faim ; mais c’est surtout contre les maux de l'Ame que le courage do l'homme est un spectacle agréablo k Dieu. De ta force, mon ami... du courage !

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