SCÈNE IX
CLAl'DE GÉRARD, GRÉGOIRE, puis BAMBOCHE .
cr choir R. descendant la coltine, à la cantonnade.
Par ici. monsieur, par iri. (// ta à la porte de Claude Gérard et appelle.) Monsieur Claude Gérard !
claudr Gérard, sortant de la maison.
Que veux-tu?
CRÉCOIRB.
Maître Claude Gérard, c’est un b< au monsieur qui embrasse les servante* et qui tape sur les tables avec sa grosse canne; il veut vous parler.
ci.ai'diï Gérard, regardant Bamboche -pti entre •
Je no couuais pas cet honim». (A Grégoire.) Laisse- nous. GRÉGOIRE.
Oui, maître Claude. {A Bambo<he.) Monsieur, voilà maître Claude...
Bamboche, fui donnant une pièce.
Tiens, gamin.
GRÉGOIRE
Cent sous!... c’est un mylord anglais!... Je vris ficher do retrouver le nègre. [Il sort.)'
RAMBOCIIR .
Mon bravo homme, je veux voir Martin.
CLAUDE GÉRARD
Martin n’est pas ici, monsieur.
Allons, pas dfiMtisc*, mon vieux... J’ai pris mes informât ior dans le village; jo sais qu'il y a huit ans, ici, près do coite fenêtre, vous avez pincé un gamin qui faisait lu guet, pendant qu’un autre petit vaurien, son camarade, vous volait.
CLAt'DB GÉRARD.
Après, monsieur?
Vous avez gardé lo gamin, puis vous l'avex nourri et vous rtvez éduqué, et jo vous en remercie.
CLAUDE GÉRARD
Et quel intérêt?...
BAUBdCUB
C’est mon frère...
CLAUDE CÉBARD.
Martin n’a pas do frère.
ï'n instant, mon vieux, jo m'entends... Martin n’est montré ro ni de père ni do mère, mais il est mon fri re de malheur et d'aventure; nous avons ri, pleuré, souffert ensemble, et mille totinerres! cette fraternité-la en vaut bien uueautre... Allons, vite, mon vieux, où est Martin?
CL Aine GÉRARD.
Je vous ai dit qu'il n’était pas ici.
BAMUOCllE.
Je rattcndraL
CLAUDE GÉRARD
C’est inutilo... il ne vous recevra pas.
BAMBOCUB.
Et pourquoi cela, mentor Y
• CLAUDE GÉRARD
Parce que jo lo lui défendrai.
BAVEOCUR, mCHOT'inf.
Est-ce que vous vous moquez de moi? Et pourquoi lui défendrez-vous do mo recevoir?
CLAUDE CÉIIARD.
Parce que vous Ôtes Bamboche.
Il vous a parlé de moi... Biavo Martini il no m'a donc pas oublié...
Il a été aussi fidèle à son amitié qu'il l’a été h la promesse qu’il vous avait faite il y a huit ans d'uller vous rejoindre au rendez-vous quo vous vous étiez donné.
BAMBOCUB.
Il est venu h 1s croix ! Cela ne m donne pas... il se serait fait
CLAUDE CÉBARD.
Oui, la menace ne put rien sur lui, il ne céda qu'à mes prières.
BAMBOCUB.
Eh ! que diable pouviez-vous lui dire?
CLAt DE GÉRARD.
Des paroles bien simple*!.,. Si tu lo veux, lui dis-je, tu resj teras ici, mais, jo l'cn préviens, ta condition sera pauvre et rude, j tu partageras avec moi du pénibles travaux ; en échange. je t'arracherai à lino vie qui tu mène au crime, jo l’instruirai, je te mettrai à môme de gagner honorablement ta vie... C’est le moment décisif, tu vas choisir entre lo bien et to mat. l’uUque tu le toux, va rejoindre tes camarades... s’ils éprouvent lo désir do revenir à uno vio meilleure, ils to suivront, ils auront un asile, du pain, de bons enseignements, et vous ne serez pas sépares... 11 partit, mais to soir, il revint seul.
BAMBOCUB.
Nous avions peur, nous avons fui plus loin... Ah! s’il avait pu
nom ramener!... pour rater arec lui nous serions devenus meilleurs.
CLAC DR GÉRARD
Vous l’aimez donc bien?...
BAMRUC.I1 R.
Si je l’aime ! Quand lu Livrasse l’a recruté sur la grande route, il m'avait flanqué depuis huit jours dans la cave, avec une danse matin et soir parce que je ne voulais po* faire le saut du lapin... Vous ne connaissez pas le saut du lapin !... c’est diablement difficile, allez... Mon pauvre Martin m’entendait régulièrement ] crier... le voilà qui se prend de pitié et veut venir à moi... ab ! bion oui... Kn ce cas, dit-il à la Livrasse, apprvncz-lo-ntoi voire saut du lapin, jti le ferai et je verrai Bamboche... Le gueux ac- I copie. Mon pauvre Martin, qui n’était pas encore assez désossé, ] tombe, se casso le bras, ot ça pour me voir, pour me consoler... i cl vous me demandez si je l’aime?... Ces choses -15, voyez-vous, ne j s’oublient jamais. Après avoir énormément tiré le diable par b queue et fait toute sorte de métiers disgracieux, depuis que je ne marche plus sur tes mains, j'ai gagné au biribi trente-deux mille francs, hein ! quel coup de rateau ! enfoncés les croupiers! Alors je me dis, ce n’est pas tout ça! me voilé riche ! j’ai do quoi rire et faire la noce I... faut quo Basquine et Martin en mangent,. , Il vous a aussi parlé de Basquine, pas vrai?... pauvre petite! élevée par uno bande dégueux, elles! loyale, ai énergique, si bonne.
CLACIiE GÉRARD.
Colle pauvre enfant qu’est-cllo devenue?
BAMBOCHE, «Tim air sombre.
Que voulez-vous quelle soit devenue? Quand nous avons eu grandi en mendiant, en souffrant, j'ai commencé à travailler, elle aussi, nous vivions sous lo mémo loit, mais chacun do son côté... je l’aimais, mais j’étais brutal, emporté. Un jour.. .j’avais bu, je rentrai violemment chez elle, et je lui dis : Ça m'ennuie d’ètre ton frère, rien que ton frère, je ne veux plus..* Elle se jeta à mes pieds, fondit en larmes : Mon ami, mon frère, demain, accorde-moi jusqu'à demain... Je n’avais pas assez perdu b raison pour que sa voix ne me fit pas remuer le cœur... A demain, lui dis-je, et je m'endormis dans mon vin.
CLAUDE GÉRARD
El lo lendemain?...
BAMDOCBB.
Le lendemain, parbleu, elle avait disparu. Ne parlons pas d’elle, ie vous dis... Pour me consoler il faut quo je voio mon pauvre Martin... que jolui offre ma bourse, s'il en a besoin, et surtout que je l'embrasse, oh l mais ferme et do tout coeur.
CLAC DE GERARD
Impossible!
Impossible!... et pourquoi?